samedi, 11 juillet 2009
Revue de presse : CRISE DU CAMP NATIONAL ET CULTE DE LA PERSONNALITE
SOURCE : PARTI POPULISTE
Le camp national est désemparé, il y a de quoi : pas à pas, pendant des décennies, il a progressé, gagné en influence, arrondi sa pelote (selon l’expression de Bruno Gollnisch)… En 2002, l’avenir logique s’appelait 2007. En 2002, le passé était une ligne continue de progrès, un décollage prometteur… 2007 semblait alors sur une ligne en pointillé inexorablement ascendante. La déception fut douloureuse et, aujourd’hui, la ligne en question est en chute libre : le prolongement en pointillé de la ligne continue des scores semble annoncer un crash à court terme dans l’océan du néant.
Pour comprendre la catastrophe, il nous faut examiner la « boîte noire » : identifier clairement les fausses manœuvres… analyser le rôle et la responsabilité de l’équipage en gardant en tête sa soumission plus ou moins obligatoire au commandant de bord.
Il y a bien sûr, dans l’accident qui nous occupe - comme dans tous les phénomènes humains et sociaux -, un enchevêtrement de causes ; pour l’heure, je ne mettrai le doigt que sur l’une d’elles, puisqu’elle doit être le plus à même de faire consensus parmi nous : la réduction du Front national à une officine personnelle et familiale. De longue date, et je pense n’avoir pas été le seul à m’en inquiéter (voire à m’en indigner), il était beaucoup moins question, à l’intérieur du mouvement comme dans sa presse, du « Front national » que du « Parti lepéniste » ou du « Mouvement de Jean-Marie Le Pen ».
La nation n’était que l’ombre du chef : J.M.L.P. était présenté comme l’incarnation de l’avenir de la France. Et de son passé aussi : fils spirituel d’Astérix et de Jeanne d’Arc. Il confiait parfois le flambeau à Madame Jany Le Pen, à Monsieur gendre Samuel Maréchal, à Mademoiselle Yann Le Pen ou Mademoiselle Caroline Le Pen… Maintenant, à Marine. Autour de lui, il ne pouvait y avoir que féaux ou félons. Tant et si bien que le combat se menait en son nom… « Le Pen vite »… Et tout ce qui pouvait apparaître comme un réveil national devenait « lepénisation des esprits ». En un mot, la prise en mains de son destin par le peuple s’identifiait à l’accession de J.M.L.P. au pouvoir.
Or, qui appelle un berger pense nécessairement à un troupeau… et, par définition, ce n’est pas le troupeau qui est maître de son destin… c’est le berger. Quelle que soit la qualité du berger. Et il n’est pas plus question ici de nier les qualités de Le Pen que de le déifier, puisqu’il a - comme tout un chacun - ses défauts et faiblesses… Mais, surtout, il n’est qu’un particulier. J. J. Rousseau s’exprimait ainsi : « … comme la volonté tend toujours au bien de l’être qui veut, … la volonté particulière a toujours pour objet l’intérêt privé, et la volonté générale l’intérêt commun ». Quant à la coïncidence entre la volonté privée et la volonté générale, il ajoute : « Une volonté particulière substituée à la volonté générale est un instrument superflu quand elles sont d’accord, et nuisible quand elles sont opposées ». (Contrat social - 1ère version. Livre I, chap. 4).
Il n’est pas question non plus de nier la nécessité d’une organisation et donc de responsables à divers niveaux… Seulement de rappeler que ces responsables doivent l’être justement - responsables - devant les militants et le peuple. Ils doivent rendre des comptes et non pas prétendre « L’Etat, c’est moi » ou « Le Front, c’est moi ». Les statuts qu’il nous faut sont à débattre… Pourvu qu’ils mettent la direction - peut-être collégiale ? - au service du mouvement, et non l’inverse.
Accessoirement et à titre d’exemple, il me vient une remarque. La personnalisation des projets politiques a réduit le duel UMP contre FN à celui - bien moins clair - Sarkozy contre Le Pen. Bien moins clair, car on maquille un individu (en homme neuf ou en épouvantail) bien plus facilement qu’on occulte la réalité d’un parti que l’on a vu à l’œuvre depuis des années. Si les électeurs «frontistes » qui ont voté Sarkozy avaient eu clairement conscience de soutenir l’UMP contre leur parti, peut-être ne l’auraient-ils pas fait.
Enfin, revenons à nos moutons et au berger « providentiel ». De national, le Front, étant devenu nominal, a suivi la pente toute tracée : le voici familial. Après s’être donné un roi, comment s’étonner de le voir tendre à la monarchie héréditaire ? Si nous ne sommes pas des moutons, n’acceptons plus de Panurge.
Daniel CHARDON
17:15 Publié dans Revue de presse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : chute, front national, famille, le pen, bruno gollnisch, contrat social, troupeau














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