mardi, 14 juillet 2009

AVIGNON OFF : "Le Canard enchaîné" plante sa plume dans Carla

SOURCE : LA PROVENCE

 

carla B..jpgLe journaliste Frédéric Pagès invite et invente sa diva

 

"Quand j'ai commencé à être pigiste (ndlr : il a été titularisé voilà plus de 20 ans) au "Canard enchaîné", on m'appelait le pitchoun dans la rédaction", se souvient Frédéric Pagès à la terrasse d'un café, place de l'Horloge. Trente ans plus tard, c'est au théâtre... le Pitchoun que le journaliste débarque pour la première fois en tant qu'auteur dans le Festival Off d'Avignon.

L'appellation contrôlée "Pitchoun" poursuit donc le seul homme de presse en France qui, chaque mercredi, signe sa chronique du "Canard enchaîné" par un pseudo rutilant à souhait : Carla B. Car, tel Flaubert en plein coming out ("Bovary, c'est moi"), sieur Pagès pourrait en faire de même en déclarant, la plume sur le coeur : ""Le journal de Carla B.", c'est moi !" Une chronique délicieusement corrosive, autant qu'une critique en creux de l'omni-président, qui fait le bonheur des lecteurs de l'hebdomadaire satirique depuis décembre 2007.

 

Jusqu'au 31 juillet, Pagès l'ancien prof de philo (ndlr : à Hénin-Beaumont ! Mais il décline toute responsabilité quant à l'actuelle turgescence du bleu-blanc-rouge-qui-tâche), se fait parolier. Dans l'ombre de la scène, il a commis le spectacle "Carla B. : le dernier concert", dans lequel le comédien Jean-Hugues Lime (ndlr : ex-du Petit théâtre de Bouvard promo 1982) campe chaque soir une Carla à poils longs. Qui frétille, d'un ton péremptoire : "Dans cocktail molotov, il y a cocktail !" "Carla est trop gentille, trop belle, avec une bonne éducation", note Frédéric Pagès. "Elle est difficile à caricaturer par rapport à Xavière Tiberi, qui est une poissonnière méchante".

Sur scène, fort d'un maquillage que n'aurait pas renié Bela Lugosi et d'une guitare dont on sent bien qu'il n'en fera pas un usage "claptonien", Lime chante "L'ennuyeuse" au lieu de "L'amoureuse". "Je joue de la gratte / Tout le monde s'en fout / Je ne sais pas quoi faire / Alors, j'ai décidé de jouer les somnifères", susurre-t-il avec une voix grave (au propre comme au figuré, mais l'effet est voulu) de Carla-la-diva. "L'histoire du spectacle, c'est que Sarko a quitté l'Elysée", indique l'auteur. "Il est en fuite aux Bahamas, car les émeutiers ont voulu lui couper la tête. Carla prend le pouvoir et devient une régente à la Médicis". Et d'ajouter : "On n'a pas envoyé d'invitation à l'Elysée".

En 2010, cette plume à la force tranquille sortira une compilation de ses chroniques dans un livre, intitulé sobrement "Le journal de Carla B.". Avis aux amateurs de férocité stylisée...

 

"Carla B. : le dernier concert", 21 heures 30, Pitchoun.

 

Fabien Bonnieux

Les commentaires sont fermés.