vendredi, 06 janvier 2012
Suicide d’une adolescente
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Elle avait 12 ans. Sa photo, qui circule sur internet et dans la presse locale, montre une jolie petite adolescente à la peau claire, déguisée en Chinoise pour fêter Noël. Pauline était d’une famille simple et sans histoires ; elle habitait avec son père, sa mère et ses deux frères dans un quartier pavillonnaire d’Eleu-dit-Leauwette suffisamment proche de Lens pour que la carte scolaire la fasse fréquenter un établissement classé « ZEP » (zone d’éducation prioritaire). Sans connaître un niveau exceptionnel de violences scolaires (comme l’explique aujourd’hui son encadrement), le collège Jean-Jaurès n’était pas un « établissement facile ».
Lundi soir, à 23 h 30, elle s’est suicidée avec le fusil de chasse de son père.
Il semble que celui-ci venait de lui dire d’aller se coucher parce qu’il y avait école le lendemain.
Pauline a laissé une lettre – une lettre d’amour, raconte la presse – pour ses parents. Ses proches affirment qu’elle s’y plaignait de « divers trucs » laissant penser qu’elle avait été victime de harcèlement à l’école. Le parquet de Béthune a assuré que cette évocation de violences scolaires n’est qu’une rumeur.
Ses parents encore à vif – et spécialement sa mère, qui s’est exprimée dans les médias – accusent le collège Jean-Jaurès de n’avoir rien fait alors que leur fille subissait depuis des mois des harcèlements divers : « Il y a des gamins qui l’ont traînée par terre, ils lui ont craché au visage, ils la bousculaient dans les escaliers, lui tiraient sa chaise à la cantine. Il y a eu énormément de choses », a dit la mère. Elle affirme avoir produit un certificat médical daté du 8 novembre mettant en évidence des traces dans le dos et avoir alerté les autorités de l’établissement. Elle ajoute même que lors de sa deuxième visite au collège, en novembre, on lui avait assuré que les camarades de classe de Pauline avaient eu droit à un « briefing » et avaient fini par promettre d’arrêter.
Elle a annoncé qu’elle portait plainte contre le principal, Pascal Decaix, qui de son côté assurait mardi que la jeune fille n’avait jamais alerté les adultes de l’établissement à propos de harcèlement – pourtant elle était suivie par une assistante sociale. Selon le rectorat de Lille, le principal avait même informé la famille de Pauline que celle-ci présentait un « risque suicidaire », soulignant « l’excellent travail de prévention » de Pascal Decaix dans son établissement.
Comme dans l’affaire de la petite Agnès, violée et tuée sauvagement par Matthieu aux abords du collège Cévenol, il semble y avoir une volonté de la part de la hiérarchie de minimiser les problèmes, de se dégager de toute responsabilité – et sans doute, aussi, de ne pas porter atteinte au tabou de la « diversité ».
Or il est clair que le collège Jean-Jaurès est de ces établissements où se côtoient des jeunes d’origines… très diverses, pour reprendre le mot à la mode. Des jeunes déracinés – qu’ils soient d’ailleurs d’origine immigrée ou non – à la fois par le contexte humain et par la « déculturation » qu’ils subissent. Ce qui pousse au comportement tribal, qu’il soit de type ethnique ou non. Y avait-il d’autres problèmes, d’autres tensions ? L’enquête le découvrira sans doute. Il n’est pas certain qu’elle le dise…
Un fait semble être établi : une autre petite, qui avait eu à souffrir de l’attitude d’élèves dans cet établissement, vivait tellement mal sa scolarité que sa mère a demandé et obtenu une dérogation pour qu’elle fréquente un autre établissement : « elle était victime d’agressions par des élèves de sa classe, à l’intérieur et à l’extérieur du collège, et elle a fait une petite dépression », a témoigné sa maman. « On avait alerté le principal et les professeurs, mais ils n’ont rien fait. Maintenant elle est au collège d’Harnes. C’est bien triste, il faut attendre qu’une petite fille se suicide pour qu’on en parle enfin. »
Le suicide de la petite Pauline agit de nouveau comme un révélateur. Le Dr Frédéric Kochman, pédopsychiatre à Loos, a fait cette déclaration effarante à La Voix du Nord : « On estime que chaque jour dans la région, 70 jeunes font une tentative de suicide. » Des jeunes de plus en plus jeunes : il évoque le cas d’une fillette de 6 ans qui a tenté de se pendre – elle avait vu ça à la télé… Pour ce médecin, les jeunes de 8 à 16 ans qui tentent de mettre fin à leurs jours souffrent d’une pathologie en lien avec leur geste dans 90 % des cas : « un trouble bipolaire précoce par exemple ». Et d’ajouter : « On estime qu’à 18 ans, 25 % des jeunes ont traversé un épisode dépressif majeur. »
Les jeunes ne sont pas bien dans leur environnement ; ils ne sont pas bien dans leur tête. Alors que les tentatives de suicide sont très nombreuses et surviennent de plus en plus tôt – la France se place en haut du tableau des suicides de jeunes dans le monde, avec des pays comme la Chine… – il serait aussi temps de s’interroger sur la souffrance qu’engendrent chez les enfants les pédagogies qui les empêchent de penser, de raisonner, de s’exprimer, qui les laissent trop souvent sans défense devant leurs émotions brutes.
00:22 Publié dans Revue de presse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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