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jeudi, 12 septembre 2019

Ordre Nouveau : retour sur une épopée militante

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Grégoire Gambier Polémia cliquez ici

Cinquante ans après, ils sont de retour : les anciens d’Ordre Nouveau (ON) proposent un recueil de souvenirs, mais aussi d’analyses et de documents avec pour objectif d’expliquer la réalité de leur engagement et témoigner pour les générations à venir. L’ouvrage aurait pu tourner à l’évocation nostalgique si caractéristique des anciens combattants, entre souvenirs de « cogne » contre les « bolches » et de soirées plus ou moins arrosées à « refaire le monde » : il n’en est rien. Certes, l’ouvrage en contient, mais il va bien au-delà. Les quelque vingt-cinq témoignages recueillis par André Chanclu et Jacques Mayadoux donnent à voir ce qu’est la vie militante, pour ceux qui l’ignoreraient, et les ressorts du combat « national », pour ceux qui pourraient en trahir les idéaux, ou l’ont toujours plus ou moins sournoisement méprisé. Appuyé par une dizaine de contributions de personnalités extérieures au mouvement, parmi lesquels Philippe Conrad, Jean-Yves Le Gallou, Bernard Lugan ou encore Eric Delcroix et Pierre Vial, ce livre se révèle bien plus important – et pertinent – qu’une énième étude sur « l’extrême droite » pondue par un spécialiste auto-proclamé du sujet, généralement de gauche. Car il décrit la réalité du militantisme : une vie consacrée à son idéal, et les indéfectibles amitiés qui se forgent dans les combats menés en commun – surtout lorsqu’ils ont été perdus.

Résister à la déferlante gauchiste

Créé en décembre 1969, à partir du noyau dur du GUD, continuateur du mouvement Occident dissous en octobre 1968, ON connaîtra une existence aussi mouvementée que brève, étant lui-même dissous le 28 juin 1973, à la suite de l’attaque, la semaine précédente, de son meeting à la Mutualité et de son local, par des milliers de nervis gauchistes.

Il faut rappeler le contexte de l’époque. Aux lendemains de Mai 68, l’extrême gauche jouit de l’impunité acquise par tout vainqueur – fut-ce d’un pitoyable carnaval d’étudiants, enfants gâtés des Trente Glorieuses. La culture, l’éducation, la rue sont à eux. Marxistes-léninistes, « maos » et trotskistes de toutes obédiences entendent imposer par la force du nombre les acquis de la « Révolution » de Mai, et sa continuation. Rares sont ceux qui osent relever la tête, et plus encore se battre pour défendre, au-delà de leurs opinions, leur « être au monde » – seuls contre tous, ou au mieux un contre dix, cent ou mille. Ils ne seront sans doute jamais plus qu’une poignée – 1500 peut-être. On comprend dès lors que les militants d’ON seront souvent très jeunes, s’éveillant au militantisme dès 15 ou 16 ans, et compteront dans leurs rangs une forte proportion de travailleurs, ainsi que quelques femmes de tête dont certaines témoignent dans cet ouvrage (Catherine Barnay, Françoise Monestier, Véronique Péan, Marie-Thérèse Philippe) – tant il est vrai que le « sexe faible » n’est pas le dernier à avoir « des couilles » en situation dégradée…


Quelles furent leurs motivations ? Alain Robert, secrétaire général d’ON, les résume en préface : « Romantisme de l’action ? Romantisme révolutionnaire ? Goût du risque ? Volonté d’affirmer sa liberté de pensée ? Un peu tout cela à la fois… » Pour Guillaume d’Aram, autre figure du mouvement et plus généralement de la mouvance droitiste, « ce poste avancé de la résistance formait un bloc, certes minoritaire et ‘groupusculaire’, suivant l’expression consacrée, intransigeant et puisant déjà sa foi militante dans les ressorts identitaires profonds du nationalisme français et européen. »

Que voulait cette poignée de militants ? Jack Marchal, graphiste et inventeur du style si novateur d’Ordre Nouveau, et notamment des Rats noirs, le rappelle sans fioriture inutile : « Le plan était le suivant : recueillir le dynamisme du mouvement Occident [Madelin, Longuet, Devedjian, etc.] dont nous étions les héritiers afin de bâtir une solide organisation militante, et la faire évoluer afin d’en faire le noyau du parti politique que notre peuple attendait. Un vrai parti de masse, apte à recueillir l’adhésion de la généralité des citoyens, débarrassé des vieilles tares de l’extrême droite mais ayant vocation à rassembler cette dernière, sachant que c’est là que se trouvaient en premier lieu les éléments se réclamant du nationalisme. » Le projet était donc, déjà, politique. Ce sera l’idée du « Front national », officiellement lancé le 5 octobre 1972 et dont la présidence est offerte, après le refus de Dominique Venner puis de Georges Bidault, à un jeune retraité de la politique politicienne : Jean-Marie Le Pen. Une personnalité présentant alors une image plus respectable, susceptible de permettre à ON d’entrer dans l’arène électorale, en coagulant l’ensemble de la « droite nationale » (anciens de l’Algérie française et des comités Tixier, d’Occident et d’Europe-Action, parmi lesquels nombre d’intellectuels et de journalistes, ainsi que des « passerelles » vers les indépendants et paysans voire certaines franges démocrates-chrétiennes opposées au régime gaulliste…).

Ce que l’on retrouve, plus fondamentalement, chez ces militants, va bien au-delà des calculs politiques et autres positionnements partisans. Il est évoqué par Claude Jaffrès, ancien de Jeune nation, qui insiste sur une attitude commune : « Le refus de laisser la rue aux autres, l’acceptation de la nécessaire violence [du fait de celle exercée par l’adversaire, NDLR], le courage et l’audace, la camaraderie, le militantisme généreux si éloigné du petit carriérisme cher à certains. » Jacques Mayadoux parle pour sa part d’« une croyance commune en un certain nombre de règles dans la vie : l’honneur, le courage, la fidélité, l’amour de notre peuple ».

Impasses politiques et influence

ON était-il de droite ? Pour Alain Robert et les quelques anciens d’Occident, cela ne faisait aucun doute. Mais la doctrine du mouvement n’a jamais été clairement fixée, tant du fait de sa nature profondément éruptive et juvénile, que des rapports de force du moment, les gaullistes détestés pour leur comportement lors de l’abandon de l’Algérie française étant encore virtuellement au pouvoir, tandis que les gauchistes faisaient partout la loi, de l’usine à l’université.Quel camp privilégier ?Quel axe choisir lorsque l’on se prétend d’une « troisième voie », alternative tout à la fois aux « régimistes » et libéraux qu’aux « bolchos » ? La question s’était déjà posée à Occident et à l’Action française en Mai 68…

« En fait, nous avions beaucoup de points communs avec les gauchistes, souligne Pascal Gauchon. J’avais même publié un article ‘Vous ne comprenez pas le gauchisme’ qui en listait certains : l’engagement, l’absence de respect pour nos aînés (‘révisionnistes soviétiques’ ou ‘nationaux’), la certitude que nous ferions mieux qu’eux, le mépris des normes bourgeoises, le romantisme révolutionnaire alimenté de notre côté par le souvenir de l’Algérie française ou par des épisodes comme le Baltikum. Nous étions de la même génération et un homme politique de la précédente nous avait même traités de ‘gauchistes de droite’. Entre nous et eux, la principale différence tenait en la certitude des seconds qu’ils allaient changer le monde – leur nombre, l’efficacité des mouvements révolutionnaires, le soutien des intellectuels et des médias progressistes, tout les plaçait dans le sens de l’histoire ; dès lors, ils se prenaient terriblement au sérieux. Notre faiblesse nous interdisait de nourrir les mêmes illusions, nous compensions par l’autodérision. »

L’ironie inspirée d’une forme revendiquée d’« anarchisme de droite » et le folklore taquin resteront la marque de fabrique du GUD, une fois les inévitables scissions opérées.

Les jeunes d’ON pensaient contrôler Jean-Marie Le Pen : il va réussir à les expulser de leur propre mouvement, le FN, au nom d’une nécessaire « notabilisation » exigée par le choix du jeu électoral – on ne parlait pas encore de « dédiabolisation », mais il est piquant de constater que Marine Le Pen utilisera les mêmes motifs et leviers pour exclure son père du parti qu’il avait subtilisé à Ordre Nouveau…

Une fois le mouvement dissous, le noyau dirigeant se scinde entre plusieurs options, apparemment diamétralement opposées. Avec Franck Timmermans, François Duprat compte parmi les rares à accepter de rester au sein du FN « lepénisé », et en sera remercié par un poste de secrétaire général : la plupart des partisans d’une continuité avec l’objectif politique initié par l’idée de Front national finiront par fonder un éphémère parti concurrent – le PFN – avant de privilégier soit l’entrisme au sein des appareils droitiers existants (Alain Robert), soit le choix d’une influence par les idées, dans l’enseignement et la presse (Pascal Gauchon). A l’opposé, une fraction militante privilégiera par « pureté révolutionnaire » la fuite en avant (Fabrice Jean), qui aurait pu mal tourner : ce sera le GAJ, puis son rapprochement avec le mouvement solidariste dont l’un des dirigeants, Jean-Pierre Stirbois, deviendra secrétaire général du FN et le premier, sans rien renier, à conclure à Dreux, en 1983, la première et victorieuse alliance des droites contre les socialo-communistes. Preuve s’il en est, et que confirmeront plus tard les mégrétistes, que ce sont les plus radicaux, parce que sûrs de leurs opinions et de leurs objectifs, qui peuvent se permettre ce genre d’alliance – aidés il est vrai par un sens de l’initiative tactique qui faisait cruellement défaut à leurs aînés.

De façon organique, la leçon de l’expérience ON retracée dans cet ouvrage peut se résumer en trois points :

  • Malgré la dureté de l’engagement, la plupart des militants « réussiront dans la vie », ce qui démontre que l’on peut être radical et inséré socialement – ce qui reste un gage d’efficacité potentielle ;

  • Les divergences du moment, même violentes, n’ont jamais empêché de naturelles connivences ultérieures–ce qu’un observateur extérieur ne pourra jamais réellement relever et comprendre, surtout s’il n’a pas été lui-même militant « extrémiste » dans sa jeunesse ;

  • Le ressort de l’opposition aux « vieux cons » est une constante de l’histoire des mouvements politiques, et de ceux de la droite nationale en particulier : au-delà des postures, elle n’a jamais empêché les « Jeunes Turcs » de toute organisation de s’inscrire dans une forme de continuité et, eux aussi, de « reprendre le flambeau » – fût-ce à leur corps défendant. Toujours, le devoir de transmission transcende les postures et impatiences du moment, et la généalogie d’ON prouve à elle seule la filiation qui existe et perdure entre toutes les générations « droitistes ».

Lanceurs d’alerte contre l’invasion migratoire

Sur le plan des idées, le principal mérite d’ON aura été de dépoussiérer ce qu’il était alors convenu d’appeler « l’extrême droite », par son style agressif, turbulent et spectaculaire, son engament militant inspiré des camarades italiens, et en abordant des thèmes jusque-là délaissés, de la campagne « Europe libère-toi » de février 1970 au meeting du solstice d’été 1973 à la Mutualité « Halte à l’immigration sauvage », qui vaudra au mouvement sa dissolution.

Comme le rappelle Alain Robert, « nous fûmes les premiers, avec Europe-Action et Dominique Venner, à dénoncer le danger qu’allait représenter l’immigration qui aujourd’hui occupe l’actualité et menace notre identité ». Ce sont en effet les militants d’ON qui ont imposé à un Jean-Marie Le Pen réticent, car encore empreint de la logique assimilationniste propre aux nostalgiques de l’empire colonial (« Un drapeau, trois couleurs »), et par crainte du risque politique et juridique induit (la loi Pleven venait d’être votée, le 1er juillet 1972), la prise en compte d’une menace qui allait faire, dix ans plus tard et aujourd’hui encore, le succès électoral du FN, même devenu RN.

« L’immigration sauvage » n’était pas un fantasme raciste : ON a fait office de « lanceur d’alerte », ou plutôt de Cassandre lorsque l’on constate l’accélération du phénomène depuis cette date, avec pour corollaire l’explosion de la criminalité de rue, le pillage des finances publiques et le risque avéré de« Grand Remplacement » démographique et civilisationnel par invasion migratoire.

ON aurait-il pu mieux faire ? Être plus efficace ? Des hommes, mêmes talentueux, peuvent-ils réellement inverser des circonstances défavorables ? Le moment n’était pas venu. Mais « sans doute sont-ils encore nombreux, ceux qui en se retournant sur leur jeunesse, ont au moins le sentiment d’avoir fait en des temps quelque peu baroques leur devoir pour que le flambeau soit relevé, que le relais soit transmis et que l’espoir ne meure pas » (Philippe Pierson). L’idée du Front national, en tant que rassemblement des Français sur une ligne nationale, populaire et sociale, était à l’évidence une bonne idée. Son échec à conquérir le pouvoir tient certes à des causes externes, mais également internes, parmi lesquelles une absence de réelle stratégie, ce qui suppose de penser aujourd’hui de façon plus large, et audacieuse. Nul doute que des anciens d’ON, ou au moins leurs continuateurs, seront comme toujours de l’aventure.

Ce qu’il reste d’ON, Fabrice Jean en propose la synthèse la plus personnelle. L’apport de cette expérience à toute une génération militante a permis de traverser des années de braise sinon encore de plomb, en se forgeant un caractère, voire une âme, à l’acuité intacte :« Je crois qu’il faut résister à la grande uniformité, à la superclasse mondiale, à l’abaissement de la souveraineté, à la marchandise.Je crois – c’est tarte – au peuple français et à l’Europe puissance. Je crois qu’il faut penser contre soi et contre les flics-penseurs. Je crois qu’il faut se battre. C’est dire si la vie m’a peu appris. Mais elle fut belle. Merci, camarades. »

Merci, en effet, aux militants d’ON, sans lesquels la résistance française et européenne aurait pu s’éteindre. Il revient aux générations de l’avenir de reprendre le flambeau. A partir d’une « critique positive », certes, de ces combats perdus – mais au moins menés. Et dont toutes les potentialités n’ont pas encore été exploitées.

Demain leur appartient !

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