vendredi, 26 juin 2009
Sourires ironiques et sourire en moins
La chronique de Philippe Randa
Qui peut bien raisonnablement prétendre que rien ne change en France ?
Depuis deux ans, Nicolas Sarkozy pille méthodiquement les principaux partis de son opposition politique… L’ouverture à gauche, obsession habituelle des gouvernements de droite depuis Valéry Giscard d’Estaing, s’est donc tout naturellement poursuivie dans le récent remaniement ministériel.
Outre le trésorier du Modem piqué à son ennemi béarnais et, faute sans doute de vrais socialistes compétents – mais si la compétence était un critère dans un gouvernement Fillon, cela se saurait –, Nicolas Sarkozy a au moins appelé un vrai homme de culture au ministère du même nom. Comme au billard, c’est aussi un coup à deux bandes : en s’attachant Frédéric Mitterrand, personnalité de qualité et au nom resté fameux et populaire (certes plus à droite qu’à gauche), il laisse du même coup Jack Lang œuvrer à la reconstruction d’une gauche qui ne lui dit pas merci.
Rien ne change en France ?
Au contraire… Au tribunal de grande instance de Nanterre (Hauts-de-Seine), on a jugé Pierre-Damien Kitenge, né en République démocratique du Congo, mais de nationalité française comme tout un chacun. Cet ex-employé de Carrefour SA avait porté plainte l’année dernière pour insultes racistes à son encontre de la part… d’un haut fonctionnaire au ministère de l’Immigration ! Plainte rejetée faute de témoins… et retour de bâton judiciaire avec une autre plainte, cette fois déposée contre lui par son ex-employeur qu’il avait accusé dans la foulée de faire pression pour empêcher les témoignages en sa faveur. L’arroseur arrosé, donc… Rappelez-vous ces temps de l’antiracisme triomphant où il n’était pas bon pour un natif de Ménilmontant d’avoir quelque conflit que ce soit avec un natif de Ouagadougou : aucun bookmaker n’aurait parié un centime de nos anciens francs sur ses chances d’échapper à la lapidation citoyenne.
C’est qu’à l’époque, les camarades syndiqués étaient les premiers à soutenir le « pov’ migré » dans sa lutte de chaque instant contre toutes les misères possibles qu’ils rencontraient dans une France fort peu citoyenne, mais tout de même heureusement fort assistante. Aujourd’hui, les gros bras du service d’ordre CGT ont repris du service, mais pour faire fi du sacro-saint principe enseigné par Pierre-Joseph Proudhon –anarchiste socialiste à ses heures et antisémite notoire le reste du temps – que « La propriété, c’est le vol ! »
Mal en prit donc à ce collectif de faux-papiers d’occuper depuis trop longtemps (14 mois !) la Bourse du travail, bâtiment appartenant à la ville de Paris mais géré par plusieurs syndicats. Ces Africains syndicalement indélicats et ignorant qu’il y a propriété et propriété, se sont donc fait déloger par les gaz lacrymogènes estampillés CGT, sous le regard sans doute goguenard de la police qui, « présente à proximité (des lieux) pour encadrer une manifestation, a assisté à l’intervention de personnes de la CGT à la Bourse du travail sans intervenir », précise-t-on à la préfecture de police de Paris.
Décidément, nous vivons une époque surprenante. Malheureusement, avec une drôle de dame en moins. Farrah Fawcett et son fabuleux sourire ne sont plus. Somme toute, c’est la plus mauvaise nouvelle de la semaine… Certes, hier après-midi, Michael Jackson, roi de la Pop, est mort lui aussi. Mais question sourire, non, tout de même, c’était moins ça !
17:34 Publié dans La chronique de Philippe Randa | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cgt, sans-papiers, frédéric mitterrand, modem, nanterre, congo, philippe randa, synthèse nationale
vendredi, 19 juin 2009
NOS AMIES LES BELPHÉGORS !
La chronique de Philippe Randa
Décidément, la France multiraciale, multiconfessionnelle, tolérante et antiraciste à ses heures, repentante le reste du temps, ne cesse de " poser problème ", selon une moderne expression.
Dernier exemple en date, le port de la burqa : 58 députés de toutes tendances politiques soutiennent en effet la proposition du député communiste André Gérin de créer " une commission d’enquête sur la pratique du port de la burqa et du niqab ", tandis que le ministre de l’Éducation nationale, Xavier Darcos, juge de son côté qu’il s’agit ni plus ni moins d’une forme d’" oppression ". La classe politique est d’ailleurs quasi unanime à s’élever brusquement contre la présence de ces Belphégors qui se multiplieraient dans nos rues.
Fort bien, mais à quel titre interdire la manifestation de cette si contestée et pourtant fort incontestable pratique religieuse ?
À celui de la condition féminine ? " Injure à la femme et à sa dignité ", " prisons mobiles ", " avilissement de la femme envers son mari ", etc, veut-on nous persuader. Certains esprits grincheux pourraient faire remarquer que, dans le même temps, notre société laisse libres les dames de se dévêtir comme cela leur chante dans des magazines pas forcément spécialisés, au cinéma ou dans d’innombrables publicités… que des parents tolèrent que leurs fillettes se culottent de strings tout en se peinturlurant outrageusement le groin… ou que les épouses puissent (tout comme leurs maris d’ailleurs) se percer les naseaux, les mamelles, le nombril ou la salle des fêtes : toutes modes et pratiques aussi élégantes que fort dignes et surtout des plus libératoires pour nos amies les femmes, n’est-ce pas ?
À celui de la religion ? Impossible quand on autorise la circoncision, soit une incontestable mutilation physique, qui plus est généralement pratiquée sur des enfants ! À celui de la laïcité de notre société ? Gênant quand on bannit quasi-systématiquement des menus scolaires ou de la plupart des collectivités la viande de porc et qu’on aménage des horaires particuliers dans les piscines municipales pour que ces dames puissent s’ébrouer loin des regards concupiscents…
À celui du trouble à l’ordre public ? Le passage de silhouettes " emburqanées " sur la voie publique est en tout cas moins bruyant que la première Gay Pride venue, pourtant si encensée par nos médias.
À celui de la lutte contre la soumission aux mâles ? Mais " si certaines femmes souffrent de ce voile qui les ensevelit de la tête au pied, la majorité a volontairement adopté cette tenue", tranche dans Le Figaro (18 juin 2009) Bernard Godard, spécialiste de l’islam.
À celui de la nécessaire éducation à apporter à des populations culturellement défavorisées ? Non plus, car " … beaucoup ont la nationalité française. Et l’on compte pas mal de converties dans leurs rangs ", constate un ancien du Bureau des cultes au ministère de l’Intérieur.
Comble de contrariété laïque, le président américain Barack Obama a lui-même reconnu la semaine dernière au Caire qu’" on ne peut dissimuler l’hostilité envers une religion derrière le faux-semblant du libéralisme. "
Contrairement à leur célèbre ancêtre qui ne hantait les salles du Louvre que de nuit, nos Belphégors modernes ont le mauvais goût, elles, de sortir en plein jour. Reconnaissons que c’est surtout cela qui gêne tous ceux qui ont prôné " plus, encore plus, toujours plus d’immigration " et ont transformé la France en une boîte de Pandore dont ils ont grand peine désormais à maintenir le couvercle fermé.
12:03 Publié dans La chronique de Philippe Randa | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : racisme, religions, vêtements, laïcité, xavier darcos, barack obama, philippe randa, synthèse nationale
mardi, 09 juin 2009
Éventuels vainqueurs et présumés vaincus
La chronique de Philippe Randa
Le paysage politique français est-il véritablement changé depuis le résultat des élections européennes dimanche soir ? Force est de constater qu’il suscite en tout cas beaucoup de perplexité. Pour les éventuels vainqueurs, tout comme pour les présumés vaincus.
Tout d’abord, sur l’Europe… Avec 60% d’abstention, il est clair que l’immense majorité des Français s’en désintéresse, d’autant que le nombre impressionnant de listes en compétition offrait tous les choix possibles. Cette abstention remet bien évidemment en cause la représentativité réelle des 72 élus nationaux et n’en donne pas davantage aux abstentionnistes, suivant l’adage que les absents n’ont pas seulement toujours tort, mais n’existent pas ! Les urnes ont beau avoir été plus qu’à moitié vide, les fauteuils du Parlement européen n’en seront pas moins occupés, ne leur en déplaise.
L’UMP, avec un tiers des suffrages exprimés, confirme que Nicolas Sarkozy est incontestablement passé maître d’œuvre dans l’art de diviser ses adversaires. Car c’est à l’évidence bien davantage sur la faiblesse (euphémisme !) de ses opposants, bien davantage que sur les résultats de son action présidentielle, que les Français, faute de mieux, ont confirmé le leadership électoral de son parti. Mais ce parti ne rassemble toutefois qu’un électeur sur trois, sur moins d’un Français sur deux autorisé à déposer un bulletin de vote… Et il ne peut compter sur aucun allié politique potentiel. Il reste donc un géant aux accords électoraux d’argile et aux très possibles déconvenues électorales à venir.
Le Parti socialiste s’est certes ridiculisé dans cette élection avec 16,5% de suffrages, mais on rappellera que la liste menée par un certain Nicolas Sarkozy (avec Alain Madelin) avait obtenu le brillant score de 12,82% à ces mêmes élections de 1999, tandis que celle menée par Charles Pasqua et Philippe de Villiers les devançait à 13,05%. On sait ce qu’il est advenu ensuite des uns et des autres…
L’incontestable percée des listes écologistes de Daniel Cohn-Bendit, Eva Joly et José Bové est à relativiser… Sauront-ils faire perdurer leur succès, voire l’augmenter ? Il est clair que, dans un premier temps, leur succès va surtout contribuer à diviser encore plus l’opposition au chef de l’État. D’autant que ces écologistes-là doivent tout au soutien médiatique dont ils ont outrageusement bénéficié, le point d’orgue de ce soutien ayant été la diffusion télévisuelle du film « Home », le vendredi soir précédant l’élection.
Le Modem essuie un échec tout aussi incontestable, du moins dans les ambitions qu’il affichait durant la campagne électorale et en comparaison du résultat de François Bayrou à l’élection présidentielle. Mais ce n’est pas le premier essuyé par le Béarnais et il a montré son incontestable aptitude à rebondir. Ceux qui ne cessent de l’enterrer ont sans doute encore beaucoup de pelletées électorales à lui asséner. Et s’ils se lassaient avant lui ?
Celui qui a rempli sa mission électorale, c’est à l’évidence Jean-Luc Mélenchon. Chargé par ses camarades socialistes de ramasser au fond des urnes les derniers des mohicans communistes et de stopper l’ascension d’Olivier Besancenot, il peut être pleinement satisfait.
Enfin, Marine Le Pen tire incontestablement son épingle électorale du scrutin. Sa réélection dans la région Nord-Ouest lui assure la légitimité que lui contestaient tous ceux qui ont quitté le Front national. Ces derniers ont par ailleurs démontré qu’en politique, les démissionnaires sont comme les abstentionnistes, ils perdent toute légitimité.
20:37 Publié dans La chronique de Philippe Randa | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, européennes, abstention, ump, jean-luc mélenchon, bayrou, marine le pen, philippe randa
mercredi, 03 juin 2009
TOHU-BOHU D'IGNORANCE
La chronique de Philippe Randa
S’il n’y avait 228 passagers du Vol AF 447 assurant la liaison Rio-Paris présumés morts, le tohu-bohu médiatique, depuis lundi matin, sur leur disparition passerait pour un gag. Pas drôle, évidemment, mais parfaitement surréaliste. Un gag ou peut-être un exploit professionnel, on ne sait plus trop…
L’intensité des commentaires laisse en effet pantois : 48 heures d’explications pour une conclusion rabâchée en boucle : " On ne sait rien ! " Nada ! Pas la moindre certitude, sinon que " les perspectives de retrouver des survivants (sont) très faibles ", ainsi que l’a déclaré Nicolas Sarkozy, faisant là preuve d’une redoutable perspicacité. Pour preuve, il n’a pas hésité à ajouter qu’il n’y avait " aucun élément précis sur ce qui s’est passé ", confirmant ainsi ce que les journalistes ne cessent de répéter depuis l’annonce du drame.
Des suppositions, oui, tant qu’on veut… Accident mécanique, défaillance humaine, voire même éventualité d’un attentat que l’on se croit obligé d’indiquer " d’origine terroriste ", même si à part les attentats à la pudeur, on n’en connaît pas vraiment d’autres, à moins de penser que la décence due aux morts est justement malmenée par l’inanité des commentaires…
On se moque – ou on admire, au choix ! – des journalistes sportifs obligés de " tenir le micro " deux heures durant et racontant tout et n’importe quoi sur les joueurs, leurs tactiques, leurs avenirs ou leurs passés, si ce n’est leurs salaires ou leurs dopages… bref, parlant, parlant, parlant jusqu’au coup de sifflet final et libérateur ! Constatons que leurs confrères prétendus d’informations sont aujourd’hui logés à la même obligation professionnelle : retenir le chaland, coûte que coûte, par tous les moyens…
L’actualité n’étant guère palpitante en ces premiers jours ensoleillés de juin, le citoyen consommateur se fichant des élections européennes et ne paniquant plus au souvenir de la dernière pandémie – celles des cochons mexicains – censée hanter son existence, tout y passe pour le scotcher devant sa radio, sa télé ou (pour les plus savants) son journal : les interviews des traumatisés collègues de travail du personnel navigant, celles des éplorées familles des passagers, des consternés chefs d’État concernés… Dès que nos fins limiers du journalisme auront mis la main sur les adresses des malchanceux passagers, nul doute qu’ils ne se précipitent pour recueillir les palpitants témoignages de leurs accablés voisins de palier…
Pendant que d’autres préparent déjà sur cette catastrophe l’émission peut-être déjà programmée pour la rentrée ; d’ici là, les enquêteurs auront éventuellement découvert quelques éléments d’explication…
10:05 Publié dans La chronique de Philippe Randa | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : catastrophe aérienne, médias, nicolas sarkozy, brésil, france, journalistes, philippe randa
lundi, 25 mai 2009
Le prix du ridicule...
La Chronique
de Philippe Randa
Il y a comme cela des « non-événements » qui font pourtant la une des médias et transforment un banal fait-divers en réprobation générale. Ainsi, l’interpellation à Floirac de deux gamins de 6 et 10 ans à la sortie de leur école au motif qu’ils étaient soupçonnés du vol d’un vélo.
Selon l’expression consacrée, l’affaire est révélatrice…
En effet, ce puissant moyen de locomotion écologiste n’appartenait nullement à un proche de l’actuel Président de la République ! Rappelez-vous : lorsque son fils s’était fait « tirer » son scooter, la police française – Nicolas Sarkozy était alors ministre de l’Intérieur – avait déployé des moyens exceptionnels pour retrouver non pas le pétaradant engin (abandonné deux jours après dans un parking), mais les voleurs en pratiquant relevés d’empreintes et deux prélèvements d’ADN. Quand y faut, y faut, quel qu’en soit le prix pour le contribuable français : selon le nouvelobs.com, le prix d’une analyse d’un prélèvement ADN par un laboratoire privé avoisine les 300 euros hors taxes, soit 600 euros pour les deux analyses en question.
Et youpee, youp lala, les coupables furent appréhendés et nombre d’électeurs comprirent quel devait être leur choix électoral quelques mois plus tard.
La police nationale de Floirac, elle, s’est contentée de mobiliser six fonctionnaires à bord de deux voitures de fonction pour appréhender les délinquants. Il n’est pas certain que l’addition sera plus légère pour le contribuable, mais quand on réprime, c’est comme quand on aime, on ne compte pas, c’est bien connu.
Les pandores de Floirac ont donc fait taire les mauvaises langues en général – on peut être Français moyen et défendu tout comme le fils de qui on sait – et déconsidéré François Bayrou qui déclarait voilà deux ans : « Nous vivons dans la France des deux poids, deux mesures (…) C’est évident que ce genre de petit événement est révélateur de la manière dont, selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour, en tout cas l’attitude de la police, de la justice ne sera pas exactement la même. »
Hé bien si ! C’est du tout pareil au même dans la France d’en bas comme dans celle d’en haut : Sarkozy régnant, on ne plaisante pas avec les voleurs de pédales ! Quel qu’en soit le prix financier… et le ridicule !
01:07 Publié dans La chronique de Philippe Randa | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : floirac, philippe randa, gironde, bordeaux, police
samedi, 09 mai 2009
Les damnés socialistes du spectacle
La chronique de Philippe Randa
On parle beaucoup, ces jours-ci, du bilan des deux premières années de présidence de Nicolas Sarkozy. Les Français seraient plutôt mécontents que contents, plutôt cocus que comblés selon les sondages… Il est toutefois un succès qu’on ne peut lui discuter. L’actuel hôte de l’Élysée exauce incontestablement le vœu d’Albert Treint, principal dirigeant communiste entre 1923 et 1925, en « plumant la volaille socialiste ». Méthodiquement, systématiquement et magnifiquement. Comme François Mitterrand avait en son temps plumé celle arborant la faucille et le marteau.
Il y eut l’entrée de personnalités de gauche dans les gouvernements Fillon, puis les missions distribuées à des Jacques Attali, Jack Lang ou autre Claude Allègre… et, dernière offensive en date, la loi Création et Internet, dite « loi Hadopi » (le petit nom du texte), véritable arme fatale contre les socialistes.
Touchés au portefeuille, les artistes autoproclamés consciences morales nous prouvent qu’ils sont aussi prompts à se mobiliser pour de nobles causes de bons sentiments et d’auto-promotions que réactifs à défendre becs et ongles leurs intérêts financiers. Charité bien ordonnée commence par soi-même, c’est connu !
Juliette Gréco, Maxime Le Forestier, Pierre Arditi, Michel Piccoli et Bernard Murat, pour ne citer que les figures les plus emblématiques des damnés socialistes du spectacle, s’offusquent que le PS s’oppose « à ce que des règles s’imposent aux opérateurs de télécommunications (comme [les socialistes les avaient] imposées naguère aux opérateurs de télévision et de radio) pour qu’ils cessent de piller la création ». Frappés au portefeuille, trahis par un Parti qu’ils avaient tant soutenu, ils lui tournent désormais le dos de « manière fracassante », selon leurs propres termes.
D’autres artistes (Chantal Ackerman, Catherine Deneuve, Jeanne Balibar - en photo, NDLR -, Chiara Mastroianni, Christophe Honoré, Louis Garrel et une trentaine d’autres) estiment au contraire que la loi en question est « démagogique (et) bêtement ignorante des nouveaux procédés de téléchargement et purement répressive »… Ce qui fait dire à certains observateurs que le clivage serait générationnel avant d’être politique, « les “anti-Hadopi” soulignant peu élégamment que la moyenne d’âge des signataires de la lettre pro-Hadopi [Gréco and co] est de 72 ans » (in Libération du 6 mai 2009).
Dans ce débat où l’intérêt le plus personnel (« Touche pas à mon pognon ! ») le dispute à l’utopie la plus crétine (« On rase enfin gratis ! »), Jacques Attali a une idée aussi étonnante que réellement socialiste, voire même communiste. Dans un entretien au magazine Technikart, ce « fidèle du free », comme il est présenté, déclare en effet : « On essaye de nous faire croire que si les consommateurs ne paient pas, les artistes ne seront pas payés. Totalement absurde. On ne paye pas l’instituteur qui donne des cours aux enfants, mais ça ne veut pas dire que lui n’est pas payé. »
Fonctionnariser l’artiste, en voilà une idée qu’elle est bonne ! Pour preuve : si on considère nombre de ceux qui monopolisent les radios, les télévisions, les salles de cinéma ou encore les rayons des librairies, on ne risque guère de se plaindre quand ils se mettront en grève…
20:42 Publié dans La chronique de Philippe Randa | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : socialistes, loi hadopi, art, juliette gréco, pierre arditi, jeanne balibar, philippe randa, synthèse nationale
samedi, 02 mai 2009
ROULETTE JUDICIAIRE
La chronique de Philippe Randa
Croire en la justice de son pays, c’est ce que tout citoyen clame haut et fort. Parfois, il veut s’en persuader et, souvent, une telle déclaration n’à d’autre but que de s’attirer la bonne grâce des jurés. Se présenter devant un tribunal fort de son innocence, mais en clamant haut et fort qu’il est illégitime, que ses membres sont corrompus ou à la solde de quelque puissance étrangère, financière ou politique, reste la seule posture possible de ceux pour qui le jugement est rendu d’avance.
Deux affaires déjà anciennes ont fait la une de l’actualité judiciaire française ces derniers jours. D’abord, celle du juge Burgaud qui avait instruit « l’affaire d’Outreau » : sur dix-sept personnes soupçonnées d’appartenir à un vaste réseau international de proxénétisme d’enfants, « toutes sauf quatre avaient toujours clamé leur innocence », sept seront finalement acquittées et six d’abord faiblement condamnées seront également acquittées en appel, obligeant le ministre de la Justice de l’époque, Pascal Clément, à présenter à son tour des excuses au nom de l’institution judiciaire. Rappelons que tous ces « innocentés » avaient été maintenus en détention provisoire, pour certains pendant plus de trois ans, sur la seule foi de déclarations mensongères ou inexactes.
Pour solder ce qui est désormais considéré comme un exemplaire fiasco judiciaire, le Conseil Supérieur de la magistrature a estimé jeudi dernier que « l’accumulation de négligences, maladresses et un défaut de maîtrise dans la conduite de l’information judiciaire constituaient un manque de rigueur caractérisé ». Fort de quoi, le juge Burgaud a écopé d’un simple blâme. Sanction qui fait quelque peu tousser la France profonde. On peut comprendre cette dernière, même si le plus scandaleux est sans doute que le juge Burgaud apparaisse désormais comme un bouc émissaire, le vilain petit fusible permettant au reste de l’institution judiciaire d’échapper à ses responsabilités.
La seconde affaire est celle du professeur Jacques Viguier : accusé du meurtre de son épouse, alors que le corps de celle-ci n’a jamais été retrouvé et qu’il a toujours clamé son innocence, il a tout de même passé neuf mois en détention provisoire.
S’étant débarrassé d’un lit clic-clac à la décharge quelques jours après la disparition de son épouse, l’accusation en a tiré la conclusion que le matelas devait être imbibé du sang de la disparue. Problème : la belle-mère de l’accusé avait couché dessus deux nuits durant après la disparition de sa fille et avant celle du matelas. Belle-mère persuadée de l’innocence de son gendre, tout comme les propres enfants du couple.
Cela n’a pas empêché l’avocat général de requérir de quinze à vingt années de réclusion criminelle à l’encontre de Viguier, qui a été acquitté, un jeudi également. C’était hier.
Il faut croire à la justice de son pays, paraît-il. Ne pas y croire passe généralement pour une preuve d’incivilité, voire de terrorisme intellectuel tout à fait condamnable au pays autoproclamé des droits de l’homme. Au vu des affaires Burgaud et Viguier, c’est tout à fait possible, avec tout de même un bon avocat, un juge pas trop ambitieux et un procureur moins borné que d’autres. Et sans doute un peu de chance. Ca aide toujours !
17:38 Publié dans La chronique de Philippe Randa | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : justice, juge burgaud, outreau, jacques viguier, avocats, philippe randa, synthèse nationale
vendredi, 24 avril 2009
LA BOÎTE DE PANDORE DE L'AMERICAN WAY OF REPENTANCE
La chronique de Philippe Randa
Voici une vingtaine d’années, lors d’un dîner, je soutenais à l’un des invités que la puissance des États-Unis d’Amérique, alors quasiment à son apogée, connaîtrait un inévitable déclin. Comme toutes les puissances depuis la nuit des temps. Comme tous les empires, victimes de trop d’arrogance et de démesure… Il me regarda avec une réelle incompréhension qui m’amusa beaucoup. Ce soir-là, il avait rencontré l’homme qui ne croyait pas à l’éternité de l’american way of life !
Aujourd’hui, s’il n’a pas évolué avec les années, ce monsieur doit être comme les survivants d’un tremblement de terre : en quelques mois, non seulement les USA ont perdu tout à la fois l’arrogance de leur supériorité économique avec la crise financière, la confiance de leur hyperpuissance militaire avec les bourbiers afghans et irakiens, leur suprématie politique en Amérique du Sud où les gouvernements hostiles se multiplient… et désormais leur aura de zélateurs auto-proclamés de la liberté démocratique sur fond de droits de l’homme étoilés.
En rendant publiques les techniques de torture définies sous l’administration Bush dans le cadre de la lutte contre le terrorisme – véritable catalogue de méthodes toutes plus dégradantes les unes que les autres –, Barack Obama a porté le coup le plus grave à son pays, parmi tous ceux qui le frappent actuellement.
" Les États-Unis ont détruit leur image de pays "démocratique" et apparaissent pour ce qu’ils sont devenus, un empire totalitaire, méprisant le droit international et dont les méthodes sont comparables en bien des points à celles des nazis : guerres préventives, invasion et occupation illégales de pays souverains, politique de la terreur et de la domination absolue ("choc et effroi"), mépris des conventions de Genève, assassinat de journalistes, arrestations arbitraires, camps de concentration (Guantanamo) et pratique systématique de la torture… ", lit-on, par exemple et entre autres, sur syti.net.
Et le site d’informations d’ajouter que " pour retrouver leur statut de démocratie, les États-Unis doivent destituer Bush et le juger pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, ainsi que les concepteurs de ces atrocités (Rumsfeld, Wolfowitz, Cheney…). "
Ce serait la moindre des obligations pour le pays qui a institué la Cour internationale de justice de La Haye, s’il n’avait toutefois pris la précaution de s’en mettre hors d’atteinte. Il ne faut donc pas trop y croire.
On rétorquera que les USA n’ont fait qu’utiliser les pratiques de leurs ennemis. Sans doute, même si c’est encore à prouver : les évidences, on apprend à s’en méfier, même s’il est souvent plus rassurant de conserver ses certitudes par une lâche obstination. Quoi qu’il en soit, ces révélations des tortures et sévices, pratiques systématiques de l’armée américaine, ont d’ores et déjà un effet dévastateur.
On se relève d’une défaite militaire, on se sort d’une crise économique. Plus ou moins facilement, plus ou moins rapidement. Ce sera le cas des USA comme cela a été le cas de l’Allemagne et du Japon, après leur défaite en 1945. Mais l’Allemagne, qui n’en finit pas de se repentir du IIIe Reich, reste depuis plus de soixante ans un nain politique et international. De même, le Japon.
La Russie, après l’effondrement du système soviétique, s’est gardée de toute repentance pour les millions de morts de celui-ci. Vladimir Poutine s’est contenté de tourner la page simplement, sans mea culpa, sans chasse aux sorcières, sans procès politiques et sans donner de leçons au reste du Monde… De même, la Chine, qui s’est ouverte au monde et en premier lieu à l’économie de marché, l’a fait sans renier quoi que ce soit de son sanglant passé maoïste.
En inoculant le venin de la repentance, le président Barack Obama a bel et bien ouvert la boîte de Pandore de l’American way of repentance.
13:53 Publié dans La chronique de Philippe Randa | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : états-unis, obama, repentance, bush, la haye, allemagne, philippe randa, synthèse nationale
vendredi, 17 avril 2009
MODERNES INQUISITEURS
La chronique de Philippe Randa
Nous vivons décidément une période où l’historiquement, le religieusement, le politiquement ou le médicalement corrects sont de plus en plus oppressants. Il n’y a sans doute pas pire dictature que celle qui entend modifier insidieusement non seulement notre vie quotidienne, mais également notre passé.
La dernière dinguerie en date, on la trouve du côté de la RATP et de Métrobus, sa régie publicitaire. Au nom de la loi Evin – lutte contre le tabac et l’alcool –, elle a trouvé tout naturel d’amputer le célèbre personnage de M. Hulot de sa pipe sur les affiches de l’exposition de la Cinémathèque.
À censure ridicule, riposte de même : la Cinémathèque a décidé de fournir à la RATP des affiches où la pipe est remplacée par un grotesque moulin à vent jaune. Après la cigarette d’André Malraux gommée du timbre à son effigie, le mégot de Jean-Paul Sartre supprimé sur les affiches d’une exposition qui lui était consacrée ou encore Lucky Luke obligé de mâchonner un brin d’herbe dans ses premières aventures " revues et corrigées ", les talibans du médicalement correct ont donc encore frappé.
On s’est longtemps gaussé des communistes qui, ne cessant d’épurer leurs rangs de toutes les vipères lubriques de la réaction qu’ils y découvraient sans cesse, les effaçaient les unes après les autres sur les photos de leur rassemblement. Ils n’étaient en fait que des précurseurs.
Quelles seront les prochaines cibles de nos modernes inquisiteurs ? Ne peut-on craindre qu’ils s’en prennent aux monuments aux Morts de nos communes : chaque soldat arbore fièrement en bandoulière un fusil Lebel… Exposer ainsi une arme leur paraîtra sûrement inadmissible. Chaque monument sera-t-il alors resculpté pour que les fusils soient remplacés par des yo-yos ?
Pourquoi pas ! C’est impensable, vraiment ? " Les cons, ça ose tout. C’est même à ça qu’on les reconnaît ", disait Michel Audiard.
14:20 Publié dans La chronique de Philippe Randa | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : exposition, publicité, ratp, pipe, claude evin, andré malraux, philippe randa, synthèse nationale
jeudi, 09 avril 2009
LE CLOCHARD DU CAC 40...
La Chronique
Les temps sont durs pour tout le monde, la preuve par le patronat. En France, séquestrer un patron devient une habitude et quand ce n’est pas le Grand manitou qu’on coince, on se rabat sur les cadres de l’entreprise, comme sur le site Scapa France de Bellegarde-sur-Valserine.
Selon le quotidien régional Le Progrès, « la soixantaine de salariés, affectés par l’annonce en février dernier de la fermeture prochaine du site, ont décidé de séquestrer mardi soir quatre dirigeants de l’entreprise afin de protester contre le plan de sauvegarde de l’emploi (PSE), en cours de négociations. »
Un sale moment à passer pour les cadres, mais une action désespérément inutile. Les cadres seront finalement relâchés, Scapa fermera son site comme prévu, les quatre infortunés dirigeants exigeront des indemnités de risques et le remboursement de leur psy-machin chose qu’ils ne manqueront pas de réclamer à leur caisse de sécu… et les employés renommeront leur ville Bellegarde-sans-Vaseline.
Ainsi vont les choses en ce début de XXIe siècle, sur fond de crise internationale et de discours réitérés de « moralisation du capitalisme », ce qui n’est pas un vœu pieu, la preuve, pour ceux qui en douterait, par Jean-François Cirelli, vice-président de GDF Suez.
Ce brave homme passait pour une sorte de quasi-clochard vis-à-vis de ses collègues du CAC 40 avec ses 460 000 euros de rémunérations annuelles. On a donc purement et simplement décidé de « réaligner » les rémunérations des dirigeants de GDF. Et hop ! Un petit coup de pouce de 180 % d’augmentation et JFC peut désormais tenir son rang comme il se doit à 1,3 million d’euros annuel. Ce n’est que Justice, tout de même ! mais qui ne manque malheureusement pas de faire des jaloux, notamment à Libération ; le quotidien nous apprend ainsi fielleusement « que le conseil d’administration de GDF Suez qui a pris cette décision était composé de gens très bien. Des actionnaires privés qui n’ont aucun problème à verser des rémunérations importantes aux patrons (comme le financier Albert Frère), mais ce qui est intéressant, c’est qu’on y trouvait aussi des PDG d’entreprises publiques qui rêvent de rémunérations aussi importantes (Anne Lauvergeon, PDG d’Areva, Jean-Paul Bailly, PDG de la Poste, Pierre Graff, PDG d’Aéroport de Paris), et enfin des membres de l’administration comme Xavier Musca, alors directeur du Trésor et aujourd’hui conseiller de Nicolas Sarkozy… qui passe son temps à donner des leçons aux patrons. »
Qu’on ne s’imagine tout de même pas que le Conseil d’administration de GDF Suez n’ait pas pris pleinement conscience de la situation économique délicate dans laquelle sont plongées quelques millions de personnes… La preuve : Jean-François Cirelli a renoncé à toucher des stock-options.
« À partir de novembre, pour les clochards, il n’y a plus que deux solutions : la Côte d’Azur ou la prison », constatait Michel Audiard.
Ceux du CAC 40 choisissent dès le printemps la première destination… craignant qu’un jour, peut-être, ils finissent à la seconde ! Quoique, par la force de l’habitude, ils ne pourraient sans doute pas s’empêcher de passer par la case départ !
17:43 Publié dans La chronique de Philippe Randa | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cac 40, crise économique, politique, france, philippe randa












