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mardi, 02 juin 2020

La fac, pour quoi faire ?

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Georges Feltin-Tracol

Dans la décennie 1980, la chaîne de télévision publique Antenne 2 battait des records d’audience chaque dimanche en fin d’après-midi avec « L’École des Fans ». Jacques Martin y accueillait une vedette du moment qui assistait à l’interprétation de ses chansons par des enfants. Une fois la prestation terminée, les autres petits participants décernaient une note dont la moyenne indiquait un superbe 10 sur 10. Tout le monde l’emportait finalement et repartait avec des cadeaux et de beaux souvenirs télévisuels.

Jacques Martin était un visionnaire. Trente ans plus tard, son système de notation bon enfant et fantaisiste s’applique dans certaines universités de l’Hexagone. Le 20 mai dernier, le tribunal administratif de Paris rejette la requête de treize enseignants de Paris I – Panthéon – La Sorbonne contre la « neutralisation des notes ». Ils n’admettent pas l’annulation pour cause de covid-19 des notes inférieures à 10 sur 20 obtenus par les étudiants au cours du second semestre bien confiné.

Le tribunal se justifie en avançant que « seuls 73 % des étudiants disposent d’un équipement informatique personnel et que 40 % ne s’estiment pas en mesure de subir des épreuves à distance en un temps réduit ». Les partiels proposés de manière numérique et virtuelle ne paraissent plus être la panacée pédagogique si espérée…

Les enseignants mécontents se pourvoient devant le Conseil d’État. En attendant, la CGT, le Snesup-FSU et l’AGE – UNEF se félicitent de la décision. Ils exigeaient déjà pendant la protestation contre l’infâme réforme des retraites de l’hiver 2019 – 2020 que les correcteurs mettent d’office 10 sur 20 à l’ensemble des étudiants, en particulier ceux qui privilégiaient les manifestations aux amphithéâtres.

Les syndicats d’extrême gauche qui ne recueillent qu’une poignée de voix en raison d’une abstention massive et habituelle, continuent à terroriser des universités. Quelques-uns de leurs adhérents, pas ceux qui à 30 ou à 35 ans animent à plein temps ces coquilles presque vides, militent aux frais de la princesse. Mais ils ne peuvent pas toujours avoir le beurre et l’argent du beurre. Le 8 novembre 2019, un certain Anas K., étudiant de 22 ans en 2e année de licence en sciences politiques à Lyon II, s’immole devant un bâtiment du CROUS de la Capitale des Gaules. Dans la lettre ouverte accompagnant son geste qui le plonge dans un coma profond, il entend dénoncer la précarité étudiante. Or, après quatre années d’études, le dénommé Anas triplait sa 2e année ! Ce proche du cloaque antifa était par ailleurs secrétaire fédéral de Solidaires Étudiant-e-s. Il n’arrivait pas à mener de front (international ?) des heures de cours harassantes et un militantisme bien-pensant. Comme il aurait aimé concilier les deux grâce à de généreuses bourses universitaires…

La neutralisation des notes et l’impunité flagrante qui bénéficie aux gauchistes confirment le naufrage de l’université et du système scolaire français. Contrôle continu, notation par compétences et bienveillance forcée s’étendent maintenant de la 6e à la Terminale. Cette déchéance amplifie la faillite du savoir intellectuel. Emmanuel Todd l’évoque dans Les luttes de classes en France au XXIe siècle(Le Seuil, 2020, 376 p.). Prenant acte de l’accès démocratisé à l’université, il observe toutefois « le déplacement social de l’intelligence » : les nouveaux bacheliers lisent, écrivent et comptent bien moins que leurs aînés. Todd aurait pu mentionner que de nombreux bacheliers des séries générales (littéraire, économique et scientifique) choisissent des filières courtes en IUT. En revanche, les titulaires de bac en série technologique, voire professionnelle, s’inscrivent en droit, en économie, en médecine, en psychologie, en sociologie, en « sciences de l’éducation » ou en sciences politiques sans en avoir acquis au préalable les méthodes de travail.

À ce déclin universitaire qui fait des facultés des antres d’enseignement « inférieur » s’ajoutent enfin des initiatives loufoques telles que l’emploi obligatoire de l’écriture inclusive, l’écoute attentive de déclarations de guerre contre l’« hétéropatriarcat blanc colonisateur » et l’approbation publique de professions de foi non-genrées, décoloniales et racisées. Les diplômes universitaires ne sanctionnent plus l’acquisition ordonnée de connaissances; ce ne sont plus que des hochets capables d’attirer vers le Système ses prochains larbins ou d’autres corrupteurs. Une pratique se généralise en effet dans diverses universités : des étudiants étrangers, souvent venus de Chine, apportent aux professeurs des matières les plus importantes des mallettes remplies de billets afin qu’ils exercent une très grande indulgence quand ils corrigeront les copies.

Les milieux populaires se détournent d’instinct de ces « abattoirs du savoir ». Ils maintiennent en revanche au contact du quotidien une expérience non négligeable. Les facultés sont devenues des foyers de sida mental où prédomine un inacceptable politiquement correct. Il revient aux jeunes générations de ne plus envisager la voie universitaire, mais d’accepter auprès des artisans, des ouvriers et des paysans un apprentissage professionnel immédiat bien plus formateur.

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n°174.

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mardi, 26 mai 2020

Par-delà le neuvième groupe…

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Georges Feltin-Tracol

Pendant la crise du coronavirus, la tambouille politicienne continue. Tout l’univers et même au-delà ont été saisis d’effroi et de terreur, ce dimanche 17 mai : le député du Val – d’Oise, Aurélien Taché, abandonne le groupe de La République en marche (LREM), lui, le macronien historique venu du PS. Il accuse son ancien groupe de trop tendre vers la droite… Deux jours plus tard, un nouveau coup de tonnerre retentit dans les couloirs du Palais-Bourbon. Avec ses 288 députés, LREM perd la majorité absolue et dépend dorénavant des 46 élus du MoDem et des 27 députés UAI (UDI, Agir et Indépendants). Aurélien Taché, Cédric Villani, Guillaume Chiche, Mathieu Orphelin et l’ancienne ministre PS de l’Écologie, Delphine Batho, l’actuelle présidente de Génération Écologie, s’associent dans un neuvième groupe de 17 membres intitulé « Écologie, Démocratie, Solidarité ».

Depuis juin 2017, LREM subit une déperdition constante de ses effectifs entre exclusions fracassantes et départs plus ou moins volontaires. Son président, Gilles le Gendre, et le délégué général du parti présidentiel, Stanislas Guérini, prouvent à tous leur incompétence réelle à diriger un collectif, fut-il, de godillots. Pour bien tenir les membres, il aurait fallu toute l’expérience d’un Benjamin Griveaux…

La quinzième législature de l’Assemblée nationale sous la Ve République enregistre le record du plus grand nombre de groupes parlementaires. Qu’il est loin le temps dans les années 1970 où seuls quatre groupes (PCF, PS, UDF, RPR) couvraient presque tout l’hémicycle. Ce foisonnement ne reflète pourtant pas l’état véritable des forces politiques françaises. Les groupes UAI et GDR (Gauche démocrate et républicaine) constitué autour des derniers communistes, émanent de formations groupusculaires. Il existe aussi un groupe, plus technique que politique, de 19 députés dont Jean Lassalle, les autonomistes corses, le radical de gauche Olivier Falorni, des centristes proches d’Hervé Morin, des divers-gauche et des divers-droite, « Libertés et Territoires », qui s’inspire de « République et Liberté » (1993 – 1997). Présidé par le très conservateur député-maire de Tours, Jean Royer, ce groupe transpartisan comptait parmi ses 27 membres le centriste Jean-Louis Borloo, des communistes réunionnais, Bernard Tapie, des chevènementistes ainsi que des radicaux de gauche.

« Libertés et Territoires » et « République et Liberté » se réfèrent à la « Formation administrative des non-inscrits » (FANI) présente au cours de la première législature entre 1958 et 1962. D’une quarantaine de membres, dont le démocrate-chrétien ligérien Eugène Claudius-Petit et le divers-droite niçois Jean Médecin, ce groupe laissait cependant à l’écart 36 autres non-inscrits dont les dix députés communistes. Bien que deuxième force politique derrière les gaullistes, le PCF n’avait pas pu constituer de groupe. Jusqu’en 1988, l’article 19 du règlement intérieur de l’Assemblée nationale exigeait un minimum de trente députés pour en former un et ainsi bénéficier d’un plus grand temps de parole, de plus de moyens matériels ainsi que de plus de personnel. En 1988, pour complaire aux communistes, le seuil s’abaisse à vingt députés. En 2009, sur la demande des centristes, Nicolas Sarközy ordonna à sa majorité de diminuer encore le seuil à quinze députés !

Il va de soi que si l’Opposition nationale, populaire, sociale, identitaire et européenne détenait une vingtaine de sièges, le quorum remonterait aussitôt à trente, voire à quarante ou cinquante élus. Dans le second tome de ses mémoires, Tribun du peuple (Éditions Muller, 2019), Jean-Marie Le Pen rappelle qu’entre 1986 et 1988, le groupe FN – RN fut l’objet de tentatives fréquentes de débauchage de la part de la courte majorité RPR – UDF afin de provoquer sa disparition immédiate. Le cas s’est finalement produit en 2016 avec l’explosion du groupe Vert. Tandis que quelques députés verdâtres s’apparentaient au groupe PS, les autres rejoignaient le rang des non-inscrits portés à vingt-cinq, un autre record !

Avec six députés RN, deux divers-droite (Emmanuelle Ménard et Nicolas Dupont-Aignan), l’élue vauclusienne de la Ligue du Sud et un député Les Patriotes, le courant national se voit toujours privé de groupe, ce qui le contraint de siéger avec trois dissidents marcheurs atypiques chez les non-inscrits. Pour l’ancien FN, c’est une habitude tenace depuis 1989 avec Marie-France Stirbois, 1997 avec l’éphémère Jean-Marie Le Chevallier et en 2012 avec Marion Maréchal et Gilbert Collard. S’agirait-il d’une « malédiction » fortuite de Jean Fontaine (1922 – 2014) ? Député de La Réunion à partir de 1968, ce gaulliste très anti-communiste, ancien des Forces françaises libres au physique assez typé, devient non-inscrit à partir de 1978. En novembre 1984, il adhère au Front national et est ainsi jusqu’en 1986 le tout premier député frontiste de la Ve République. Il préside ensuite l’association des élus du FN.

Que ce soit au scrutin majoritaire à deux tours ou au mode proportionnel, le processus complexe de décomposition et de recomposition des forces politiques de l’Hexagone se poursuit et s’accélère. Une véritable assemblée populaire, organique et nationale ne devrait pas accepter des fractions politiciennes litigieuses et factices, mais plus sérieusement les vraies forces vives du travail, de la famille et des patries charnelles de la France européenne.

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n°173.

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dimanche, 17 mai 2020

L’Arlésienne du second tour municipal

Urne-élec.jpgGeorges Feltin-Tracol

La période du 15 mars au 21 juin prochain, voire jusqu’au mois de septembre (ou d’octobre) 2020, restera comme le plus long entre-deux-tours de l’histoire électorale française. Le second tour des élections municipales peut se dérouler un dimanche de juin, de septembre, d’octobre, de novembre, de décembre ou de janvier 2021. 55,40 % d’abstention, 1,57 % de votes blancs et 2,74 % de bulletins nuls ont cependant marqué le premier tour en mars.

La crise épidémique du covid-19 n’explique pas complètement cette abstention massive. Outre 106 communes où ne se présentait aucun candidat, de très nombreuses communes, pas seulement rurales et peu peuplées, n’offraient aux électeurs qu’un seul choix. Cette désaffection se comprend par la raréfaction croissante des volontaires pour ce « sacerdoce » laïque. Le maire à la campagne voit sa responsabilité pénale s’aggraver et ses prérogatives politiques diminuer.

La présence de listes uniques dignes de l’Éthiopie populaire démocratique du camarade Mengistu se comprend à l’aune de cette parfaite saloperie qu’est la parité en vigueur depuis deux décennies maintenant. Le code électoral exige dans les communes de moins en moins habitées des listes paritaires hommes – femmes. Or, le sexe féminin est moins porté sur la chose publique que le sexe masculin. Présenter des listes viables relève souvent de la gageure, en particulier pour les formations politiques médiatiquement ignorées.

La parité homme – femme représente en elle-même une honteuse discrimination puisqu’elle exclut les transgenres et autres non-binaires. Cette non-inclusion crypto-patriarcale cessera tôt ou tard quand le Régime s’apercevra que cette nouvelle post-parité ternaire homme – femmes – autres ostracisera légalement les mouvements de l’Opposition nationale, populaire, sociale, identitaire et européenne. Ce verrouillage démocratique empêchera ainsi l’émergence de nouvelles forces politiques et sanctuarisera l’actuelle partitocratie dégénérée.

À cette mesure qui ne saurait tarder s’ajoute déjà un harcèlement quotidien et insidieux des candidats qui osent figurer sur des listes vraiment dissidentes de la part des municipalités, de leurs complices concurrents et du voisinage. Combien de sympathisants ne se présentent-ils pas par crainte de perdre des clients, de rompre avec des proches et de se disputer avec les siens ? La liberté de candidature dans l’Hexagone est de fait biaisée.

Le premier tour des municipales du 15 mars 2020 est une indéniable pantalonnade. Le scrutin aurait dû être pour le moins reporté à l’automne. L’abstention élevée et l’insincérité manifeste du vote compromettent pour les six prochaines années la légitimité des élus dès le premier tour et transforment le second tour en fumisterie.

Il faut en outre en finir avec l’apolitisme de circonstance. Il est formidable de constituer une liste d’intérêt communal regroupant des gars de droite, de gauche et du centre, soit le Système, mais on oublie un peu vite que le maire et son conseil municipal participent de droit à l’élection des sénateurs en septembre 2020. Par ailleurs, le maire peut être élu au conseil départemental ou au conseil régional ou bien visé la députation. Son apolitisme communal de façade s’efface très vite quand approchent d’autres échéances électorales.

Les maires participent enfin au parrainage des candidats à l’Élysée. Déjà difficile, le recueil des cinq cents signatures requises n’est pas facilité depuis 2017 avec la publication intégrale et régulière de l’identité de tous les signataires. Cette nouvelle contrainte écarte de l’élection capitale française tout véritable candidat anti-Système. Maints maires refusent en effet de parrainer quelqu’un par peur de déplaire à leurs familles, à leurs conseillers municipaux, au conseiller départemental du coin, aux services préfectoraux ou à leurs poissons rouges. Le maire est aujourd’hui un froussard hors catégorie.

Impuissant quand le gouvernement lui impose un camp d’accueil pour immigrés clandestins délinquants ou l’ouverture d’une salle pour se droguer en toute quiétude, l’édile communal joue au despote local comme à Sanary-sur-Mer où, au début du confinement, fut interdit un court laps de temps d’acheter une seule baguette ou de sortir à plus de dix mètres de son domicile. Quand il ne prend pas d’arrêté municipal contre un spectacle de l’excellent humoriste Dieudonné, le maire met tout en œuvre pour entraver l’implantation de lieux de convivialité socio-culturels de l’Opposition nationale, populaire, sociale, identitaire et européenne. En liaison avec les antifas, les journalistes et les préfectures, les mairies de Lyon, de Strasbourg et de Clermont-Ferrand ont persécuté en 2018 – 2019 les sections du Bastion social avant qu’il subisse d’une scandaleuse dissolution. Les édiles laissent les racailles prospérer dans les quartiers de non-droit. Ils se montrent en revanche intraitables envers les opposants résolus du Régime. Il faut reconnaître que les seconds, à la différence des premiers, ne financent pas en sous-main les campagnes électorales…

Un conformisme républicain moutonnier n’épargne pas les communes rurales. Le 29 février 2020, près d’un milliers de personnes, souvent âgées et retraitées (de futurs « covidiots » ?), manifestaient contre l’ouverture d’un local de l’association patrimoniale identitaire Terra Nostra dans une bourgade rurale de près de deux mille habitants aux confins de la Loire et du Rhône. Le maire de ce patelin, véritable satrape des Monts du Lyonnais réélu dès le premier tour grâce à une liste unique en dépit d’une abstention à 68,41 % (sans oublier 2,18 % de votes blancs et 9,17 % de bulletins nuls), cherche par tous les moyen de résilier le bail de location afin de chasser les membres de cette sympathique et méritante association, ce qui, on en conviendra aisément, n’est pas très « Charlie ».

Le second tour de ces municipales ne concernerait que cinq mille communes, les plus peuplées. Si le gouvernement le maintient en juin, en septembre, en octobre ou à la Saint-Glinglin, il en résultera une farce grotesque bien coûteuse pour les contribuables. Sauf si le gouvernement invalide le premier tour survenu en mars dernier et réorganise les deux tours du scrutin municipal à l’automne, la non-participation à ce cirque s’impose dès à présent, hormis où se maintiennent des listes de l’Opposition nationale, populaire, sociale, identitaire et européenne comme à Tarascon avec Valérie Laupies, à Orange avec le maire sortant Jacques Bompard ou à Marseille avec Stéphane Ravier.

On a sans cesse incité les Français à rester chez eux pendant la crise du coronavirus. Continuons plus que jamais à suivre cette injonction sanitaire impérieuse et, si toutes les municipales ne sont pas annulées, le jour du fameux second tour, sauf exceptions mentionnées, ne sortons pas ! Aidons plutôt l’abstention à battre son propre record.

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n°172. Source Europe Maximacliquez ici.

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mardi, 12 mai 2020

Une mesure de bon sens

61tiGTyi-WL.jpgGeorges Feltin-Tracol

L’oracle de l’Élysée a parlé : le 11 mai, en fonction d’une carte de France bicolore qui ne doit rien à l’évanescent Benjamin Griveaux, crèches et établissements de l’enseignement élémentaire pourront rouvrir, sauf opposition manifeste des équipes éducative, administrative et technique ainsi que des maires.

Le régime macronien ne s’inspire pas des déconfinements en cours chez ses voisins européens. En Espagne et en Italie, enfants et adolescents restent à la maison. En Allemagne, ce sont les élèves les plus âgés qui passent les examens de l’Abitur, leur baccalauréat. Cette étrange priorité hexagonale souligne la nécessité sous-entendue de remettre une grande partie de la population active au boulot. Sous prétexte de combattre un décrochage scolaire bien réel dû souvent à un sous-équipement informatique et à un désintérêt compréhensible, les autorités françaises offrent aux familles volontaires ou censées l’être une forme de garderie améliorée.

La réouverture des locaux scolaires oblige par ailleurs ces « fainéants » de professeurs « en vacances prématurées » depuis le 15 mars de reprendre le chemin du travail malgré les risques évidents d’une nouvelle vague pandémique. Celle-ci entraînera un nouveau confinement estival en attendant un troisième à l’automne…

Le gouvernement a donc tranché entre le regain possible du covid-19 et l’aggravation de la situation économique. Il paie – et la France avec lui – l’imprévoyance de tous ses prédécesseurs depuis trente-cinq ans. L’augmentation du nombre de places en crèches jamais satisfait s’explique par la prédominance mentale du féminisme. Vraie « célibatante », la femme d’aujourd’hui veut connaître la joies et les vicissitudes de la servitude salariale. Sa présence favorise au même titre que l’immigration un taux de chômage élevé et une baisse tendancielle des rémunérations.

Les féministes ont beau protesté contre l’absence de parité au moins sur la fiche de paie ; ces harpies contemporaines oublient que le destin de la femme demeure la maîtrise de la famille et de la maisonnée. La société ultra-moderne fluide et mouvante ne reconnaît plus cette fonction essentielle. En 1985, dans La France est de retour (Carrère – Michel Lafon Éditions 13), Jean-Marie Le Pen affirmait que « les transferts sociaux par allocations familiales diverses seront accrus et simplifiés par la définition d’un véritable revenu maternel (y compris un droit à la retraite). Cette disposition sera, d’une part, la reconnaissance du rôle éminent que les mères jouent dans une nation et, d’autre part, le choix délibéré d’un développement personnel et non collectif : il est pour nous absurde par exemple que l’on développe les crèches pour un coût social et économique supérieur à une éducation parentale; cette démarche collectiviste est une des marques de la socialisation rampante de notre pays. La solidarité pour la mère au foyer et les familles nombreuses est naturelle et parfaitement justifiée économiquement : les enfants élevés par l’effort de certains sont les travailleurs de demain pour toute la collectivité. En outre, les femmes recevant ce salaire maternel se retirent du marché du travail et ne pèsent plus comme chômeuses (p. 212) ». Les faits présents confirment encore une fois cette mesure de bon sens.

Le revenu maternel (ou revenu paternel ou même revenu familial) aurait évité aux élus locaux de 2020 le dilemme entre rouvrir des espaces scolaires et para-scolaires et relancer l’épidémie de covid-19. Certes, de beaux esprits qui approuvent maintenant le projet d’allocation universelle…, estiment que le revenu maternel alourdirait les dépenses publiques. Quelle argutie fallacieuses !

Sa réalisation s’accompagnerait d’une remise en cause totale des flux migratoires extra-européens et d’un arrêt immédiat de la « subventionnite » aiguë. Son financement proviendrait des aides octroyées à la presse du Système, aux syndicats domestiqués, aux associations parasitaires et aux partis politiques décomposés. Les ressources financières sont dès à présent disponibles. Il ne manque que la volonté politique.

Par la faute, il y a trois décennies, des Français qui se détournèrent de cette proposition longtemps phare du programme du Front national, bien des familles seront contaminées d’ici la fin mai et le début du mois de juin. Dans le contexte actuel d’hystérie féministe, le revenu maternel reste certes inenvisageable. Mais si le coronavirus se révèle être le Tchernobyl français et/ou européen et Emmanuel Macron un Gorbatchev tricolore, cette mesure audacieuse pourrait fort bien s’appliquer dans un nouveau cadre social révolutionnaire parce que traditionnel.

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n°171

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samedi, 02 mai 2020

Vers la fin des « ponts » du mois de mai ?

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Georges Feltin-Tracol

Geoffroy Roux de Bézieux, le président du MEDEF, le syndicat du CAC 40, ne fait pas dans la nuance. Dans un entretien au Figaro du 10 avril dernier, il déclarait que pour sortir de la crise économique imputée au coronavirus, les Français devraient travailler plus longtemps, avoir moins de congés payés et accepter de perdre des jours fériés. La rengaine n’est pas nouvelle. Elle démontre qu’en digne héritier des négriers industriels des XIXe et XXe siècles, le MEDEF s’accroche encore à de vieilles lunes.

L’automatisation, l’informatique et la robotisation modifient durablement les conditions de travail. Déjà, à la fin des années 1960, les grands patrons ont poussé Pompidou à privilégier l’immigration de main-d’œuvre étrangère aux dépens de l’installation, certes coûteuse au départ, des premières chaînes de montage automatiques qui auraient probablement évité l’actuel « Grand Remplacement » [comme cela a été le cas au Japon ; [NdR].

Sans la pandémie de covid– 19, le mois de mai 2020 eut été propice à de courts séjours touristiques grâce à quatre sympathiques « ponts » : les 1er, 2 et 3 mai; les 8, 9 et 10 mai; les 21, 22, 23 et 24 mai pour l’Ascension, et même les 30 et 31 mai ainsi que le 1er juin pour la Pentecôte.Tous ces ponts ne peuvent qu’enrager les hiérarques du grand patronat. Ils aimeraient un monde dans lequel les salariés trimeraient deux cents heures par semaine pour un demi euro et donneraient à leur direction cent, deux cents ou trois cents euros chaque mois dans l’espoir de garder leur emploi.

Le MEDEF ne représente qu’une minorité de patrons, vrais bureaucrates du capital. Ce ne sont pas des capitaines d’industrie audacieux prêts à hypothéquer leurs biens personnels pour la bonne marche de leur entreprise. Ces aventuriers économiques se retrouvent chez les artisans, les indépendants et les chefs des petites et moyennes entreprises, soit les plus affectés par le confinement imbécile et pour qui les aides exceptionnelles de l’État sont compliquées à obtenir en raison d’une paperasserie administrative proliférante.

En 2020, la productivité française ne repose plus sur la durée journalière du temps de travail, les 35 heures par semaine, les cinq semaines de congés payés, le repos dominical et les onze jours fériés (hors particularités propres à l’Outre-mer). La demande du grand patronat de les réduire rejoint les exigences répétées des multiculturalistes qui remplaceraient volontiers une à deux fêtes chrétiennes par une à deux autres fêtes monothéistes exogènes. Les deux groupes œuvrent de concert.

Déplorable Premier ministre du sinistre Chirac, le Poitevin Jean-Pierre Raffarin a rétabli en 2004 la corvée seigneuriale avec la « journée de solidarité » prévue à l’origine pour parasiter le lundi de Pentecôte. Il s’agissait par un jour de travail gratuit de financer la dépendance des personnes âgées sans jamais solliciter le capital et les « parlementeurs ». Le pognon ainsi soutiré aux travailleurs permet en fait de rembourser les intérêts de la dette abyssale de l’Hexagone.

Reporter le plus tard possible l’âge légal de la retraite, rogner sur les congés payés, augmenter la durée hebdomadaire et quotidienne du temps de travail, supprimer des jours fériés, voilà les propositions soi-disant innovantes d’une clique patronale aveugle aux nouveaux enjeux. Ces bouffons déphasés s’enferrent dans leur incompétence libérale policière progressiste et continuent à regarder la décennie 2020 avec les lunettes de 1880 ! Le grand patronat composé de fonctionnaires salariés pantouflards payés à coup de stock options et de parachutes dorés ne saisit pas l’imbrication croissante des questions sociale, écologique et nationale (ou identitaire). Peu importe, il sera tôt ou tard éjecté et remplacé par une élite nouvelle consciente des nouveaux défis.

Et s’il faut abroger des jours fériés, plutôt que de s’attaquer aux célébrations chrétiennes, que la « Ripoublique » hexagonale commence par réduire les siennes. Abolissons les funestes 8-Mai et 14-Juillet ! On ne peut pas se satisfaire de la sujétion de l’Europe par le bolchévisme de Wall Street et de la City. On ne peut pas non plus fêter la prise d’une forteresse royale qui n’accueillait qu’un noble incestueux, un fou, un apprenti-régicide et quatre faux monnayeurs. On ne doit pas non plus se féliciter de la fête organisée un an plus tard sur le Champ de Mars parisien et dont le déroulement cacha l’évidente duplicité des parties en présence.

Sans réclamer la reconnaissance officielle du 10 juillet 1940, il serait bien que le 27 juillet devienne la nouvelle fête nationale française en souvenir de la victoire de Bouvines en 1214. Allié  au jeune prince des Romains Frédéric de Hohenstaufen et du pape Innocent III, le roi de France Philippe II Auguste gagna grâce aux milices communales des bourgs francs du Nord sur les troupes anglaises du roi Jean sans Terre, d’un comte de Flandre félon et de l’usurpateur impérial le guelfe Otton IV. Si on peut encore vibrer à l’évocation du sacre des souverains français à Reims, le récit de la Fête de la Fédération n’émeut guère. L’historien médiéviste et résistant français Marc Bloch voyait dans le ravissement commun de ces deux événements une preuve marquante de francité. Pour la circonstance, notre européanité l’emporte nettement.

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n°170 publiée sur Europe Maxima cliquez là

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mercredi, 22 avril 2020

Une vie de combat pour la France et les Français

Le-Pen-2.jpgGeorges Feltin-Tracol

Jean-Marie Le Pen, président d’honneur du Front national, a sorti à l’automne 2019 le second tome de ses mémoires. Après la surprise de Fils de la Nation dans lequel on découvrait l’homme Le Pen, ce nouveau volume, intitulé Tribun du peuple, relate sa vie politique, d’où la relative déception de tous ceux qui ont participé de près ou de loin à l’aventure frontiste. L’ouvrage commence à la fondation du Front national (FN) et va jusqu’à nos jours.

Tout au long du récit, Jean-Marie Le Pen s’en prend avec une virulence rare et légitime à ce qu’il désigne comme l’« Établissement » ou le « Système ». « J’appelle système, par définition, la mécanique qui régente la vie politique française par l’alternance de partis complices. Qu’importe le nom qu’on lui donne, bande des quatre ou UMPS, l’important est qu’il ne se cantonne pas à la stricte politique : il déborde sur les médias, la publicité, etc. C’est une machine qui s’empare de la société tout entière pour la diriger à sa convenance (p. 311). » C’est une pieuvre dont les tentacules investissent le journalisme, les universités et l’histoire. C’est un bonheur de voir l’auteur s’attaquer en page 113 à ces chercheurs et plumitifs militants (les Igounet, Albertini, Doucet et Lebourg) qui ne cessent de traquer leurs fantasmes et qui sans l’existence de l’« extrême-droite » seraient contraints d’écrire dans la rubrique des chiens écrasés ou d’enseigner dans un collège paumé dans une banlieue de l’immigration. Jean-Marie Le Pen les fait vivre.

Contre la médiacaste

Ce tome deux a moins suscité l’intérêt de la part des journalistes que le premier. « L’immense majorité des articles que la presse m’a consacrés n’a pas été rédigée après la lecture du livre, mais d’après la “ synthèse ” que l’AFP a publiée en balayant des yeux les bonnes feuilles qu’elle s’était procurées (pp. 7 – 8). » Faut-il s’en étonner de la part de l’officine maîtresse en désinformation ? L’hystérique pathologique Christine Angot au style si nullissime n’a « pas compris que la ruse était de profiter de ce battage publicitaire pour donner envie au grand public de ne pas lire le livre (p. 7) ». Jean-Marie Le Pen accuse : « Mes adversaires se sont arrangés pour que peu de personnes […] partagent (p. 7) » ses mémoires qui jettent une lumière crue sur les événements des quarante dernières années.

À l’instar des décroissants « Casseurs de Pub », il ne se prive pas de souligner que « les messages publicitaires servent à installer dans l’esprit public, de façon subliminale, des images et des sentiments indépendants de l’objet qu’ils sont censés vanter. En d’autres termes, ce sont de puissants instruments de propagande, au service du politiquement correct. En particulier au service du grand mélange et du grand remplacement (p. 264) ». Il confirme en outre que les « nouveaux propagandistes […] sont journalistes et communicants (p. 303) ».

C’est ainsi qu’il qualifie respectivement l’« affaire du détail » du 13 septembre 1987 à RTL d’« embuscade médiatique (p. 175) » et l’odieuse machination socialiste de Carpentras de 1990 de « pacte social spécifique (p. 184) ». Il note qu’à ces occasions de partis pris assumés, « une paire de journalistes frénétiques s’érigeait en tribunal, et l’opinion ratifiait leur condamnation sans même écouter mes arguments (p. 183) ». Rien qu’entre 1986 et 1992, Jean-Marie Le Pen et les membres du FN font l’objet de plusieurs centaines d’agressions ! Sans oublier le traquenard de Mantes-la-Jolie en 1997, l’auteur est encore poursuivi par une justice bien connue pour sa partialité politique. Le FN, son président et ses militants ont subi des attaques, des attentats, des persécutions qui, sous d’autres latitudes, leur auraient valu de recevoir le prix Nobel de la Paix, le prix Sakharov du Parlement européen et le soutien aveugle des ONG droits-de-l’hommistes.

S’élevant contre les mensonges médiatiques, l’auteur s’inquiète d’entrer « dans une société manichéenne, où seuls sont habilités à parler ceux qui figurent le Bien (p. 412) ». Sa préoccupation concerne partout « l’histoire [qui] est aujourd’hui la simple pétrification de la mémoire de la presse dominante, la validation officielle de la propagande de gauche (p. 238) ». Et gare à ceux qui s’écartent des chemins balisés ! Ils risquent dès à présent le bannissement social, voire l’emprisonnement, bientôt peut-être la décapitation en direct sur les chaînes info avant 20 h. Élucubrations fantaisistes ? Bien des Gilets jaunes ont perdu un œil ou une main de l’automne 2018 au printemps 2019. « Les CRS ne sont plus des SS, ce sont les prétoriens de Cohn-Bendit (p. 412). » Avec ses deux tomes de mémoires, Jean-Marie Le Pen entend être « passeur de mémoire et rectificateur d’histoire (p. 8) ».

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jeudi, 09 avril 2020

Le signe indien du quinquennat

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Georges Feltin-Tracol

Expression d’origine anglaise, le « signe indien » désigne une malédiction, un maléfice, un mauvais sort que des chamanes amérindiens auraient jeté contre les colons européens au moment de la conquête de l’Ouest américain. Vaincu en 1811 par les Étatsuniens à la bataille de Tippecanoe, le chef shawnee Tecumseh, futur allié des Britanniques, aurait formulé une incantation hostile au président des États-Unis : chaque président élu une année se terminant par le chiffre zéro décéderait de manière brutale avant la fin de son mandat renouvelé ou non.

En 1841 meurt de pleurésie le neuvième président William Henry Harrison. Abraham Lincoln est assassiné en 1865. En 1881 voit l’assassinat du vingtième président, James Abraham Garfield. Le vingt-neuvième président, Warren Gamaliel Harding succombe en 1923 d’une apoplexie. Enfin, en 1963, tombe à Dallas John Fitzgerald Kennedy. Quarantième président des États-Unis, Ronald Reagan semble avoir vaincu le signe indien en survivant à l’attentat du 30 mars 1981. Élu en 2000, George W. Bush resta huit ans à la Maison Blanche pour le plus grand malheur de l’Afghanistan, de l’Irak, de l’Iran et du Venezuela.

Lancée par l’ancien chef de l’État français Valéry Giscard d’Estaing, reprise par le Premier ministre socialiste Lionel Jospin et accepté après une nouvelel volte-face de l’insignifiant Jacques Chirac, la réforme du quinquennat présidentiel est soumise au référendum, le 24 septembre 2000. Si 73,21 % approuvent cette détestable mesure, cet assentiment ne représente que 7 407 697 oui contre 2 710 651 non. Outre 1 940 340 bulletins blancs et nuls, l’abstention s’élève à 69, 81 %, soit 27 880 073 électeurs. Un record ! Dans bien des pays, une si forte abstention aurait provoqué l’annulation du scrutin, pas en France, grande donneuse de leçons démocratiques au monde entier. Le quinquennat imposé aux Français à leur corps défendant n’aurait-il pas suscité à son tour une sorte de « signe indien » ?

En dix-huit ans de pratique quinquennale, force est de constater la brièveté du séjour des élus à l’Élysée. Premier à étrenner le mandat de cinq ans en 2002, Jacques Chirac, malade de ses excès nasaux empoudrés, ne se représente pas en 2007. Son successeur, Nicolas Sarközy, ne fait heureusement qu’un seul mandat, car il perd en 2012. François « Flamby » Hollande renonce à l’automne 2016 à solliciter un nouveau mandat en raison d’une impopularité record largement justifiée. Quant à Emmanuel Macron, quelques commentateurs politiques hardis avancent dès à présent qu’il ne se briguerait pas un second mandat en 2022 ou qu’il serait vaincu dès le premier tour… Ces hypothèses audacieuses méritent néanmoins d’être étayées dans les prochains mois.

À cette liste, il faut y adjoindre Georges Pompidou. Le deuxième président de la Ve République décéda au cours de sa présidence alors qu’il s’approchait d’un quinquennat en 1974. D’ailleurs, un an plus tôt, lors d’un message lu au Parlement, il avait suggéré un mandat de cinq ans. Le texte a beau avoir été adopté par les deux chambres, Pompidou renonce finalement à convoquer le Congrès, craignant de ne pas obtenir la majorité qualifiée des trois cinquièmes. Cette révision constitutionnelle avortée révèle une nouvelle fois Georges Pompidou en vrai « anti-De Gaulle »…

Si le septennat avait été maintenu, la crise économique de 2008 aurait sévi dans les dernières années de la présidence Chirac. Le social-libéral Dominique Strauss-Kahn aurait probablement accédé à la présidence sans connaître le moindre problème hôtelier…

En choisissant cinq ans au lieu de sept ans, les politicards ont grappillé quatre ans, soit un quasi-mandat élyséen. Le quinquennat favorise une rotation plus rapide des titulaires, ce qui tend vers toujours plus d’incompétence et de médiocrité. Le raccourcissement de la durée du mandat du président de la République dévalorise sa fonction, ce que comprennent les Français prêts à user sans modération du « siège éjectable » de l’élection – reine du cirque hexagonal. Dans ces conditions, Emmanuel Macron parviendra-t-il à briser le « signe indien » du quinquennat ? On ne le souhaite vraiment pas.

Bonjour chez vous !

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lundi, 30 mars 2020

Patriotisme total

Onoda.jpgGeorges Feltin-Tracol

Le 16 janvier 2014 s’éteignait à Tokyo à l’âge respectable de 91 ans Hirô Onoda. Il fut certainement l’ultime porteur des principes fondateurs de l’esprit samouraï, le dernier Japonais à avoir sacrifié sa vie pour la grande idée impériale.

Le Lys noir de feu Rodolphe Crevelle en date du 21 juin 2012 présentait cet incontestable héros contemporain. Le titre du texte claquait tel un défi lancé à la moraline ambiante : « Comment gagner une guerre mondiale quand on est seul… » Hirô Onoda appartient à ces conscrits nippons qui, faute de moyens de transmission appropriés, ignorèrent la défaite de leur pays en 1945 et continuèrent à combattre sur des îles, plus ou moins isolées, de l’aire Asie – Pacifique.

Jeune lieutenant à la fin du conflit, Hirô Onoda rejoint l’île occidentale de Lubang aux Philippines. Instruit auparavant dans une école de guérilla à Futamata, il reçoit des ordres explicites : 1) ne jamais se donner la mort, 2) désorganiser au mieux l’arrière des lignes ennemies une fois que l’armée impériale se sera retirée, 3) tout observer dans l’attente d’un prochain débarquement japonais.

Ce pratiquant de kendô de 22 ans prend très à cœur sa mission. Il s’exaspère en revanche du piètre état physique et moral de ses compatriotes sur place. « Je me retrouvais là sans aucun pouvoir, avec des troupes désordonnées dont aucun soldat ne comprenait rien aux bases de la guérilla que nous aurions à mener sous peu (p. 90). » Son enthousiasme martial contraste avec le défaitisme latent des plus anciens.

Hirô Onoda et trois autres militaires commencent leurs raids dès que les Yankees investissent Lubang. Si l’un d’eux finit par faire défection et se rend, ses trois compagnons de guerre persistent à lutter. Ils restent fidèles au « serment de continuer le combat. C’était le début du mois d’avril 1946 et nous constituions la seule force japonaise de résistance présente à Lubang (p. 120) ». Pendant vingt-neuf ans, Hirô Onoda mène ainsi une vie de camouflage, une existence furtive, sur le qui-vive, une survie permanente. La prouesse est remarquable. À son arrivée, sa « première impression de Lubang fut que c’était un terrain difficile pour y mettre en œuvre la guérilla (p. 74) ».

Hirô Onoda voit successivement ses deux derniers frères d’armes tombés au combat face aux Étatsuniens, à la police locale ou à des habitants de plus en plus téméraires. Les autorités de Manille et de Tokyo emploient divers moyens pour leur faire comprendre la fin des hostilités. Sans succès. « Nous ne pouvions pas nous résoudre à croire que la guerre était finie. Nous pensions que l’ennemi forçait des prisonniers à participer à leur supercherie (p. 117). » Malgré les tracts parachutés dans la jungle, les journaux nippons laissés volontairement bien en évidence près des sentiers et même des émissions radio écoutées grâce à un transistor volé, aucun ne consent à déposer les armes. « Nous avions juré que nous résisterions aux démons américains et anglais jusqu’à la mort du dernier d’entre nous (p. 177). » Pourquoi ? Parce qu’« il était de notre devoir de tenir le coup jusqu’à ce que la Sphère de coprospérité de la Grande Asie orientale soit solidement établie (pp. 168 – 169) ».

Modèle d’abnégation patriotique totale, bel exemple d’impersonnalité active, Hirô Onoda est alors certain qu’en cas d’invasion du Japon, « les femmes et les enfants se battraient avec des bâtons en bambou, tuant un maximum de soldats avant de mourir. En temps de guerre, les journaux martelaient cette résolution avec les mots les plus forts possibles : “ Combattez jusqu’au dernier souffle ! ”, “ Il faut protéger l’Empire à tout prix ! ”, “ Cent millions de morts pour le Japon ! ” (pp. 177 – 178) ». Ce n’est que le 9 mars 1974 que le lieutenant Onoda arrête sa guerre dans des circonstances qu’il reviendra au lecteur de découvrir.

Devenu éleveur de bétail au Brésil où vit depuis le XIXe siècle une forte communauté japonaise, Hirô Onoda retourne ensuite au Japon pour enseigner aux jeunes déformés par le monde moderne les techniques morales et pratiques de survie. Il ne se renia jamais. Préfacier et traducteur d’Au nom du Japon (La manufacture de livres, 2020, 317 p., 20,90 €), le Tokyoïte Sébastien Raizer qualifie ce livre de « récit hors du commun [… qui] se lit comme la plus haletante des aventures humaines (p. 7) ».

Un « bo-bo » du XIVe arrondissement de Paris ou du Lubéron y verra sûrement le témoignage d’un fanatisme ardent. Il ne comprendra pas qu’Au nom du Japon est avant tout une formidable leçon de volonté, de courage, de fidélité et d’honneur. Un très grand ouvrage !

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n°166.

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lundi, 23 mars 2020

De la prostate de François Mitterrand au coronavirus sous Emmanuel Macron : vingt-huit ans d’enfermement idéologique

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Georges Feltin-Tracol

En septembre 1992, à quelques jours du référendum sur le traité de Maastricht, s’inquiétant de la dynamique favorable au « Non » et craignant que les Français rejettent l’œuvre de sa vie, François Mitterrand rendit public son cancer de la prostate. En 1996, son médecin personnel, le Dr. Claude Gubler, révéla dans son livre co-écrit avec le journaliste Michel Gonod, Le Grand Secret (très vite interdit par une justice aux ordres !) que le premier président socialiste de la Ve République souffrait de cette maladie depuis… 1980.

En redoutable tacticien politique, Mitterrand instrumentalisa son mal afin de culpabiliser les indécis. Le coup réussit puisque le traité de Maastricht fut adopté avec une courte avance de 539 410 voix. Des Français, bien incapables de comprendre un traité illisible, prirent pitié pour le locataire de l’Élysée et votèrent « Oui ». Avec l’épidémie de coronavirus, leurs descendants ne les remercient pas.

Lors de son allocution radio-télévisée du 16 mars dernier, Emmanuel Macron a répété à six reprises que la France était « en guerre » sanitaire. Il a même ordonné l’installation en Alsace d’un hôpital militaire de campagne. Or, mutatis mutandis, 2020 ressemble à 1914. Les premiers mois de la Grande Guerre sur le front occidental voient un nombre de pertes considérables dans l’armée française. Pourquoi ?

– L’affaire scandaleuse des fiches remontant à 1905, bien des officiers supérieurs, en particulier les ganaches étoilées, sont certes de bons républicains francs-maçons, mais ils se montrent de piètres commandants sur le terrain, guère soucieux de la vie de leurs hommes, souvent venus de ces campagnes profondes restées catholiques et traditionnelles qu’ils méprisent tant. Ils se focalisent sur la priorité accordée à l’offensive.

– Malgré le vote en 1913 du service militaire de trois ans, l’armée française est mal préparée. L’incessant bourrage des esprits autour de la « Revanche » et les guerres coloniales ininterrompues amoindrissent paradoxalement la combativité effective des troupes.

– Un équipement inapproprié favorise enfin des pertes françaises élevées. Le soldat français est visible de très loin avec son calot rouge, sa veste bleu foncé et son pantalon rouge garance pour le plus grand bonheur des tireurs d’élite allemands.

Rien n’a changé ! Les médecins, les infirmières, les aides-soignants, les pharmaciens ne disposent pas d’une réserve suffisante de masques sanitaires, de blouses de protection, de gants… En outre, le nombre d’appareils de réanimation et de lits est limité. L’hôpital pâtit de plein fouet de la réduction des coûts imposée par les critères de Maastricht. Ce n’est pas sans raison que le service des urgences a mené une grève de presque d’un an !

Non contents de subventionner en vain la lutte fantasmatique contre toutes les discriminations, de financer sur fonds publics les partis politiques, les syndicats et certaines associations, et d’inciter au clientélisme, y compris migratoire, tous les gouvernements depuis 1992 ont imposé au secteur hospitalier, à l’Éducation nationale et aux forces armées et de police une cure d’austérité qui se traduit par la diminution draconienne des effectifs, des moyens et des coûts, d’où un sous-dimensionnement général chronique, criminel en temps de crise majeure.

Pourquoi l’Italie, la France, l’Espagne ou la Belgique se confinent-elles ? Non pas pour des motifs sanitaires immédiats : le coronavirus ne circule pas dans l’air; il se propage de personne à personne par la salive, les postillons et le contact physique. Le confinement est décidé afin de retarder au maximum la contagion de la population. Les autorités savent que leur système de santé rationné se révèle incapable de surmonter l’afflux des victimes virales. En Italie, en Espagne et en Belgique, la fédéralisation et la régionalisation de l’hôpital ont favorisé l’embauche massive partisane d’agents administratifs inutiles, des détournements de fonds et une corruption systémique. Une vision comptable étriquée a primé sur l’intérêt des patients et du personnel médical. Résultat : en Lombardie et en Alsace, les services de santé doivent maintenant trier les patients à sauver des autres souvent d’un âge avancé. Nos sociétés « ouvertes » qui dénoncent sans cesse toutes les ségrégations pratiquent dans le réel une féroce et terrible discrimination. Un « gériocide » s’annonce…

Par ailleurs, les frontières retrouvent leur pertinence (l’île d’Yeu est sur décision préfectorale séparée du continent !). L’Allemagne, la Suisse, l’Italie réactivent les douanes et les contrôles frontaliers. L’Espace Schengen se ferme pour trente jours renouvelables. Bien trop tardive, cette mesure reste timorée. Avant le début du confinement, le mardi 17 mars à Midi, des centaines de Franciliens ont fui la capitale pour se réfugier dans leurs résidences secondaires auprès des ploucs. Quelle sacrifice de la part des chantres du « vivre ensemble » ! Les bo-bo risquent ainsi d’infecter des zones jusque-là épargnées.

En 2000 – 2001, l’Union dite européenne a connu l’épizootie de la vache folle. À l’époque, les gouvernements réagirent avec vigueur peut-être parce que ce n’était que du bétail. En parallèle à l’élimination de tous les troupeaux (horrifiés, les Indiens s’horrifièrent de ce zoocide), les États rétablirent non seulement les frontières nationales, mais imposèrent un confinement régional, voire départemental. Pour quelle raison, l’actuel gouvernement français, un ramassis de pense-petits, n’a-t-il pas pris des dispositions similaires assorties d’autres mesures spécifiques telles un couvre-feu et l’instauration de strictes barrières cantonales, communales, voire entre les quartiers d’une même ville dès la mi-janvier ?

Darwiniste social, le gouvernement hexagonal n’entend pas tester toute la population. Les tests manquent en raison des réductions budgétaires exigées par la règle pseudo-scientifique des 3 % que la Commission européenne vient d’abandonner dans l’urgence. L’Allemagne semble au contraire miser sur le dépistage systématique de ses habitants. Pis, les médiats centraux qui répercutent et amplifient les mensonges gouvernementaux n’évoquent jamais le contre-exemple de la Corée du Sud. Malgré un effort militaire important qui grève son budget et sans se confiner, la République de Corée parvient à juguler la pandémie par des tests nombreux et fréquents. Le régime macronien trouve son intérêt à dramatiser la situation.

Contesté par les Gilets jaunes et une forte opposition à la réforme des retraites, le régime veut éviter toute nouvelle réaction populaire. Il plonge le pays via un puissant « bobardement » médiatique dans une ambiance anxiogène. Il en profite pour placer tout l’Hexagone en résidence surveillée. Les militaires du plan Vigipirate deviennent des auxiliaires de la police. S’opère sous nos yeux la fusion sécuritaire des policiers, des gendarmes, des militaires, voire des vigiles privés. Si Internet ne se plante pas avant, le verrouillage des réseaux sociaux parachèvera l’avènement d’une tyrannie douceâtre aux forts relents cosmopolites.

Il ne faut pas croire les beaux discours de Macron et de ses sbires. La crise sanitaire donne à son gouvernement cynique l’occasion de revenir en catimini dans le cadre de l’« état d’urgence sanitaire » (en attendant l’« état de siège climatique » et la « loi martiale financière », c’est-à-dire la spoliation légale des comptes des particuliers et des entreprises par la pègre financiariste) sur les acquis sociaux. Le coronavirus constitue bien le stade ultime du traité de Maastricht. Nos amis de CasaPound – Italie ont raison d’afficher partout que « le patient zéro est la mondialisation ».

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n°165.

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lundi, 24 février 2020

Entre le marteau islamiste et l’enclume gendériste

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Georges Feltin-Tracol

L’« affaire Mila » démontre une nouvelle fois que la soi-disant « Droite nationale » aime se fourvoyer avec ses pires ennemis au risque d’en perdre sa singularité dès qu’elle entend le couplet éculé de l’« unité nationale ».

Mila est cette lycéenne de 16 ans vivant à Villefontaine en Isère. Le 18 janvier dernier, elle insulte l’islam sur le réseau social Instagram. Habituée à étaler sa vie privée sur cette place publique virtuelle, elle repousse ce jour-là les lourdes avances d’un pitoyable dragueur probablement de confession musulmane. Touché dans sa fierté, celui-ci la tance vertement. Mila réplique en vilipendant la religion musulmane. Elle suscite en réaction une vague de commentaires haineux, de menaces de mort et d’appels au viol. Déscolarisée quelques semaines, Mila et ses proches vivent maintenant sous protection policière. Si la police cherche à identifier les auteurs des menaces, le Parquet a finalement décidé un non-lieu concernant une supposée incitation à la haine raciale. On ignorait que les mahométans appartinssent à une race…

Des politiciens (et surtout des politiciennes !) se distinguent par leur condamnation explicite des propos de l’adolescente. Les viragos du féminisme, si promptes d’habitude à dénoncer le premier Gabriel Matzneff venu, se font pour l’occasion bien discrètes. D’autres, en particulier ceux du Rassemblement ex-national, lui apportent un soutien médiatique et s’alignent sur la « gauche Charlie ». Ainsi l’avocat de l’hebdomadaire satirique, Richard Malka, la défend-il. Marine – Malka, même combat ? Un cauchemar…

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lundi, 17 février 2020

L’autre droite polonaise

Confédération-Pol-174x174.jpgGeorges Feltin-Tracol

Quatre faits majeurs ont marqué les élections générales du 13 octobre dernier. La majorité gouvernementale constituée autour du PiS (Droit et Justice) de Jaroslaw Kaczynski est reconduite, ce qui est en soi un événement majeur depuis la fin du régime communiste en 1990.

Si le PiS et ses alliés remportent la majorité absolue des sièges à la Diète, cette entente ne dispose que de 48 sièges sur cent au Sénat désormais présidé par un opposant de centre-droit. Disparue à l’occasion des élections précédentes, l’Alliance de la gauche démocratique retrouve une représentation parlementaire de 49 sièges. Animée par les agrariens du Parti paysan qui sert souvent de force d’appoint aux gouvernements de droite comme de gauche, la Coalition polonaise (30 députés) réunit les centristes de l’Union des démocrates européens, les libéraux-sociaux du Parti démocratique, les régionalistes de Silésie ensemble et les anciens populistes de Kukiz’15 désormais ralliés à la démocratie directe, au conservatisme libéral et à l’intégration européenne.

Mais la surprise provient de la Confédération, véritable cauchemar de Kaczynski qui n’a pas empêché l’émergence sur sa droite d’un pôle authentiquement radical. Lancée le 6 décembre 2018, la Confédération Liberté et Indépendance avait récolté aux élections européennes de mai dernier 621 188 voix et 4,55 %. Aux législatives, ce cartel obtient 1 256 953 voix, soit 6,81 % et onze députés. Grâce à un usage massif et réfléchi des réseaux sociaux, il devient la troisième force politique chez les moins de trente ans. Pour le Sénat, en raison du mode de scrutin majoritaire uninominal à un tour, elle ne rassemble que 144 124 bulletins (0,79 %).

La Confédération Liberté et Indépendance soutient la sortie de la Pologne de l’Union européenne. Cet ensemble souverainiste s’oppose aussi à l’avortement, au féminisme et à la vague LGBTXYZ. Plutôt climatosceptique, il préconise l’emploi simultané du charbon et des énergie renouvelables. C’est enfin une alliance électorale de sept mouvements, trois majeurs et quatre mineurs. Parmi ces derniers, mentionnons l’Association nationale STOP NOP pour la connaissance de la vaccination qui rejette les campagnes de vaccination obligatoire, les protestataires anti-bureaucratiques relativement « poujadistes » du Parti des chauffeurs qui exige un code de la route moins répressif et des infrastructures routières plus sûres, l’Union des familles chrétiennes qui défend la vie et le catholicisme traditionnel, et, rassemblant d’anciens activistes de la Ligue des familles polonaises et de Samoobrona, la Ligue nationale, un temps proche du PiS, dont le discours se réfère à la doctrine sociale de l’Église et au solidarisme de troisième voie.

Examinons maintenant ses principaux piliers. Avec un élu, la Confédération de la Couronne polonaise dédiée à Dieu et à la Vierge Marie, est une formation monarchiste sans prétendant, car le royaume de Pologne fut jusqu’en 1772 une monarchie élective. Avec cinq députés chacun, le mouvement KORWIN et le Mouvement national en sont les deux moteurs. KORWIN est l’acronyme polonais de Coalition pour la restauration de la liberté et de l’espoir de la République, clin d’œil évident à son président-fondateur, l’ancien député européen loufoque Janusz Korwin-Mikke de sensibilité libertarienne minarchiste (un État réduit à ses seules prérogatives régaliennes). Lointain héritier du Parti national-démocrate du penseur nationaliste Roman Dmowski (1864 – 1939), le Mouvement national lutte pour une Pologne subsidiariste et ethniquement homogène.

La Confédération Liberté et Indépendance s’oppose avec force à la politique étrangère catastrophique, atlantiste et pro-occidentale, du PiS. Sur les traces du pro-russe Roman Dmowski, elle a proposé à la Russie de partager l’Ukraine : l’Est dont le Donbass reviendrait à Moscou, l’Ouest, y compris la Galicie, à la Pologne. Elle reprend à son compte la vision géopolitique du grand rival de Dmowski, le maréchal Pilsudski. Elle se justifie par le fait que la Pologne accueille déjà des centaines de milliers d’immigrants d’origine ukrainienne. Si pour certains, l’ukrainien ne serait qu’une variante dialectale du russe, la Confédération estime qu’il s’agit d’une variante paysanne du polonais. Aucun ne s’est demandé si l’ukrainien ne serait pas plutôt la langue-mère du polonais, du russe et du bélarussien…

Si la Confédération Liberté et Indépendance ne sombre pas dans de vaines querelles de personnes, elle pourra à terme vraiment représenter une alternative crédible à Jaroslaw Kaczynski. Encore faudrait-il qu’elle délaisse une bonne fois pour toute l’impression persistante d’amateurisme politique.

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n°159, mise en ligne sur TVLibertés, le 10 février 2020.

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lundi, 10 février 2020

Poutine en Commandeur

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Georges Feltin-Tracol

Le 15 janvier dernier, à la suite du discours annuel du président de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine, devant l’Assemblée fédérale regroupant la Douma d’État et le Conseil de la Fédération et en présence des ministres et des autres corps constitués, le président du gouvernement Dmitri Medvedev en place depuis plus de sept ans présentait sa démission et celle de son équipe. Le président russe l’acceptait aussitôt et nommait Mikhaïl Michoustine nouveau Premier ministre.

Le discours présidentiel a surpris tous les observateurs puisque Vladimir Poutine y annonce une série de réformes constitutionnelles valables pour 2024 au terme de son quatrième et ultime mandat. Au pouvoir depuis 1999, le président russe aspire en effet à une retraite… active, car il ne peut pas ne pas se préoccuper de l’avenir de son pays. Il a toujours en mémoire l’erreur majeure de Medvedev en 2011 qui en s’abstenant entérina la chute de Kadhafi en Libye. Alors président du gouvernement, Vladimir Poutine ne put pas s’opposer à cette décision catastrophique pour l’équilibre géopolitique du Sahel. Il s’inquiète aussi des événements survenus au Kirghizistan voisin. En août 2019, le président kirghize Sooronbay Jeenbekov a fait arrêter son prédécesseur, Almazbek Atambaev, qui venait de voir son immunité levée par les députés.

Vladimir Poutine sait que le pouvoir à Moscou n’est pas monolithique. Son assise repose sur différents clans qui correspondent imparfaitement au clivage entre libéraux et siloviki (membres des organes de sécurité), et entre technocrates et « Saint-Pétersbourgeois ». En arbitre suprême, Vladimir Poutine garantit la bonne marche de l’ensemble malgré de féroces et fréquentes frictions internes. Comment dès lors en maintenir la cohésion, la cohérence et la pérennité ?

Soucieux de respecter la Constitution qui interdit plus de deux mandats consécutifs, le président russe a d’abord tenté d’accélérer l’intégration toujours inachevée de la Russie et du Bélarus dans leur État de l’Union datant de 1997 et de 1999. Si cette union s’était réalisée, le président russe aurait pu prétendre à une éventuelle présidence supranationale. Il aurait ainsi imité Slobodan Milosevic qui, de président de la Serbie (1989 – 1997), passa à la présidence fédérale de la Yougoslavie (1997 – 2000), et Milo Dukanovic tour à tour président (deux fois) et Premier ministre (cinq fois) du Montenegro. Mais le président bélarussien Alexandre Loukatchenko a refusé ce scénario, rendant pour l’occasion la monnaie de sa pièce au locataire du Kremlin qui lui avait interdit de visiter à l’improviste les gouverneurs régionaux russes au début des années 2000. Respectueux de la souveraineté étatique, sauf peut-être pour l’Ukraine, Vladimir Poutine a renoncé à cette option.

La démission surprise en 2019 du président kazakh Noursoultan Nazarbaïev l’a en revanche fortement intéressé. Noursoultan Nazerbaïev n’est plus chef de l’État; il conserve cependant le titre de « Chef de la nation », continue à présider à vie le Conseil de sécurité du Kazakhstan et dirige le parti au pouvoir. Il se met donc en arrière-plan tout en gardant un droit de regard sur les questions vitales du pays. Le dirigeant kazakh s’inspire de l’exemple chinois de Deng Xiaoping qui, bien que retraité politique dès 1990, bénéficia d’une primauté de fait jusqu’à son décès en 1997. Il sut préparer les décennats de Jiang Zemin et de Hu Jintao (1993 – 2013).

Conscient enfin de l’impopularité du gouvernement fédéral, de l’impéritie du parti Russie unie et des faiblesses intrinsèques de la fédération russe, Vladimir Poutine organise sa succession et sculpte sa future statue de Commandeur. Le prochain président russe sera contraint à deux mandats uniquement. Le président du gouvernement et les ministres dépendront de la Douma d’État. La Cour constitutionnelle, le Conseil de la Fédération et d’autres organes administratifs verront leur influence s’accroître. Tout restera néanmoins polarisé par Vladimir Poutine, président du Conseil de sécurité de la Fédération de Russie dont Dmitri Medvedev en tant qu’ancien chef de l’État en est déjà l’adjoint, et du Conseil d’État. À l’instar du Politburo soviétique ou du Conseil de discernement iranien, cette dernière structure regrouperait autour de Poutine le président russe, le chef du gouvernement, les présidents des deux chambres, les gouverneurs régionaux, voire les représentants des conglomérats économiques (Gazprom et le complexe militaro-industriel).

Ne s’abaissant plus dans la politique quotidienne, domaine du Premier ministre, ni dans le maintien de l’unité fédérale, mission du prochain président, Vladimir Poutine se réservera pour la Grande Politique. Il supervisera ainsi son successeur en matière diplomatique et militaire. Le Vatican a déjà son pape émérite, Benoît XVI. Il est fort possible qu’après 2024, voire peut-être avant, la Russie ait son propre président émérite, le grand Revizor de l’État-continent.

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n°158, mise en ligne sur TV Libertés, le 4 février 2020.

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mardi, 04 février 2020

Un savoureux paradoxe

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Les syndicats les plus hostiles à la réforme des retraites d’Emmanuel Macron et d’Édouard Philippe, à savoir la CGT, Force Ouvrière, la FSU, la CFE – CGC et SUD – Solidaires, suscitent à leur insu un plaisant paradoxe politico-historique.

Hormis peut-être le « cadre en chef » François Hommeril, Philippe Martinez, Yves Veyrier et Benoît Teste qu’on peut avec raison ranger à gauche et à l’extrême gauche défendent avec une belle ténacité l’actuel système par répartition. Ils se posent sans hésiter en héritiers de l’« esprit de résistance » de 1944 – 1945. Ils rappellent fort opportunément que l’actuel système de retraite a été proposé par le Conseil national de la Résistance et fut mis en application dès 1946 sous la direction successive du démocrate-chrétien Alexandre Parodi et du communiste Ambroise Croizat, tous deux ministre du Travail et de la Sécurité sociale. Dans leur cabinet ministériel respectif officiait néanmoins l’auteur véritable du projet : Pierre Laroque (1907 – 1997).

Malgré les difficultés inhérentes à la reconstruction et aux pénuries de l’après-guerre, Pierre Laroque a pu bâtir un système efficace dont les bases existaient déjà depuis 1941. Il en supervisait alors la réalisation en tant que bras droit de René Belin, vieux militant syndicaliste révolutionnaire de la CGT, influencé par Georges Sorel, qui dirigea le ministère du Travail et de la Production industrielle de juillet 1940 à avril 1942.

Écarté de l’administration dès l’entrée en vigueur du premier Statut des juifs en octobre 1940 pour cause d’une lointaine ascendance israélite, Pierre Laroque rejoignit vite la Résistance. Il en profita pour diffuser auprès des résistants, puis à Londres aux côtés des Français libres, son projet social qui ne différait pas de beaucoup de celui des hauts-fonctionnaires technocrates à Vichy et à Paris… À part les plus compromis dans la Collaboration, de nombreux fonctionnaires ont ainsi servi avec le même zèle l’État français du Maréchal, le gouvernement provisoire de la République française, la IVeRépublique (en particulier autour de Jean Monnet et de Robert Schuman), puis la Ve République naissante.

Deux des trois Premiers ministres du Général De Gaulle, Michel Debré et Maurice Couve de Murville, ont prêté en 1940 le serment de fidélité au vainqueur de Verdun. Chargé des questions financières à la Commission d’armistice de Wiesbaden, Maurice Couve de Murville était même le fonctionnaire le plus important du pays. Envoyé à Alger à l’initiative du chef de cabinet de Pierre Laval quelques semaines avant le débarquement anglo-saxon en 1942, il y retrouva le successeur désigné du Maréchal, l’Amiral François Darlan, venu au chevet de son fils malade. Une fois Darlan assassiné par des orléanistes gaullistes, le futur locataire du Quai d’Orsay de 1958 à 1968 fut ensuite proche du rival du général De Gaulle, le général Henri Giraud, avant de se rallier finalement à l’homme du 18 juin…

Le système de retraite par répartition s’appuie sur une indispensable solidarité entre les générations. Il s’inscrit bien sûr dans la politique nataliste décidée par le gouvernement Daladier en 1939, reprise ensuite par l’État français et les républiques suivantes. Il représente un magnifique don de la Révolution nationale. Il importe par conséquent de le maintenir intact et même de mieux le fructifier au quotidien.

Si les dirigeants syndicalistes protestataires connaissent probablement cette origine, ils ne le crient pas sur les plateaux télé, car une telle révélation risquerait de choquer maints sectaires au raisonnement manichéen. C’est très regrettable, car des défilés syndicaux entre Bastille et Nation aux chants de La Terre nationale et de Maréchal, nous voilà ! auraient une bien meilleure tenue.

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n°157, mise en ligne sur TV Libertés, le 27 janvier 2020.

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dimanche, 26 janvier 2020

Des régimes spéciaux pour tous

Mai-68-3.jpgGeorges Feltin-Tracol

Une certaine « droite » dont l’origine la place très à gauche ne cesse pourtant de critiquer l’actuel système social français. Les régimes spéciaux de retraite constituent sa principale cible. Le projet de loi qui prépare leur disparition plonge la France dans une très grave crise depuis maintenant plus d’un mois.

Promesse électorale du contre-populiste Macron en 2017, cette réforme se veut universel. Elle entend abolir tous les régimes spéciaux et, surtout, effacer la notion même de statut personnel. Depuis le 1erjanvier dernier, les nouveaux cheminots embauchés par la SNCF ne disposent plus de leur ancien statut. L’esprit de la réforme s’inscrit dans la « fluidification » des rapports sociaux. À l’instar de l’aberrant service national universel (SNU) qui coûtera la bagatelle de dix milliards par an (la Ripoublique est très généreuse quand elle le veut bien !), son caractère universel basé sur un âge pivot de 64 ans et un cumul de points à la valeur pour l’instant indéterminée gagnés au cours d’une vie de labeur établit l’égalité entre les fonctionnaires, les salariés du privé et les travailleurs indépendants bien martyrisés par l’immonde RSI imaginé par le dénommé Xavier Bertrand. Le projet promeut l’uniformisation des départs et un intolérable égalitarisme.

En s’attaquant à la retraite par répartition, le régime de Macron soutient de manière implicite l’établissement à venir d’une retraite par capitalisation dont les effets délétères se multiplient de la Suède au Chili en passant par les États-Unis. Très servile envers les groupes d’intérêts financiers, le gouvernement français se prépare à céder à moyen terme l’épargne des travailleurs français aux fonds de pensions souvent étrangers. Or la volonté implacable du Procuste de Matignon de tout réduire en un seul et unique système universel se heurte à la dure réalité.

Le Premier ministre a déjà concédé des exceptions aux policiers, aux militaires, aux pilotes de ligne, aux agents de cabine des vols commerciaux et aux personnels de l’opéra. Les zélateurs obtus de la réforme commencent néanmoins à évoquer un système universel doté de quelques régimes spécifiques, preuve de son irréalisme. Le projet gouvernemental rendu public prévoit le maintien de mesures d’exonération pour les artistes auteurs, les artistes du spectacle, les journalistes (il faut choyer ces grands producteurs de bobards) et les mannequins (Pourquoi ? Les politiciens souhaiteraient-ils se faire rembourser en nature ?). Certains corps de métier seraient-ils donc moins universels que d’autres ? Pourquoi dès lors ne pas reconnaître leur spécificité aux déménageurs, aux infirmières, aux chauffeurs routiers, aux artisans, aux boulangers, aux avocats, aux couvreurs ?

Le régime prend ici une évidente posture idéologique. Il sait que la mondialisation, le gain de compétitivité et l’ouverture totale des frontières exigent en contrepartie l’harmonisation par le bas des salaires et des pensions. Il ose en maquiller les raisons véritables par une argumentation fallacieuse, à savoir assurer une « justice sociale » pour l’ensemble de nos compatriotes. Dans La France injuste. 1975 – 2006 : pourquoi le modèle social français ne fonctionne plus (Éditions Autrement, 2006), le Canadien Timothy B. Smith expliquait déjà très ouvertement que « le langage de la solidarité a été confisqué par les insiders (ceux du dedans) – cette frange de la population qui a un emploi stable et qui s’oppose aux réformes susceptibles de faire une place aux outsiders (ceux du dehors) (p. 31) ». Dans son livre-manifeste, Révolution (Éditions XO, 2016), Emmanuel Macron, quant à lui, écrivait vouloir « donner l’autonomie à tous (p. 74) ». Le gouvernement français et sa majorité parlementaire détestent en effet les emplois stables et les carrières homogènes et préfèrent tendre sous une formulation insidieuse à la précarité générale.

Plutôt que de susciter une unité mortifère et artificielle, le gouvernement aurait dû au contraire exalter les différences inhérentes au monde du travail. L’activité du boucher – charcutier n’équivaut pas à celle du pharmacien, de l’ingénieur, du médecin, de l’agriculteur ou de l’ouvrier. Le gouvernement cherche à briser toutes les solidarités professionnelles et ainsi encourager un individualisme étriqué et exacerbé. Il s’agit aussi d’organiser dans l’opinion publique un puissant sentiment de jalousie collective à l’égard des conducteurs de train, de métro et des enseignants.

On préférera au contraire l’idée transgressive d’une France protectionniste, décroissante et enfin libérée du consumérisme, pleine de statuts professionnels et sociaux. Très loin du cauchemar d’une retraite à points pour tous, un meilleur gouvernement encouragerait une profusion de statuts professionnels et de métier. Il accorderait à tout un chacun le bénéficie de son propre régime spécial. Il est temps pour les institutions politiques de constater par la loi et le droit les exceptionsprofessionnelles, territoriales, culturelles, linguistiques et religieuses.

À la société liquide chère aux progressistes libéraux bougistes, luttons pour une société française stratifiée et hiérarchisée, constituée d’un grand nombre de statuts socio-économiques particuliers. Comment un pays aux trois cents fromages pourrait-il vraiment accepter un mode unique de retraite ?

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n°156, mise en ligne sur TV Libertés, le 20 janvier 2020.

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dimanche, 19 janvier 2020

La nouvelle donne autrichienne

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Georges Feltin-Tracol

L’année 2020 commence par un coup de tonnerre en Autriche. Dans la soirée du 1er janvier, après quatre mois d’intenses tractations, le conservateur Sebastian Kurz et le Vert Werner Kogler annoncent qu’ils gouverneront ensemble.

Le 29 septembre dernier, les Autrichiens élisaient un nouveau Conseil national après la dissolution du précédent qui, le 27 mai 2019, avait pour la première fois renversé le gouvernement conservateur de Kurz. L’adoption de la motion de censure résultait de l’explosion de l’alliance entre les conservateurs et les nationaux-populistes du FPÖ, victimes de l’« Ibizagate », un coup monté contre le président du FPÖ, Hans-Christian Strache, par des officines probablement austro-allemandes.

Par l’application de la proportionnelle, aucun parti n’obtient seul la majorité absolue des sièges. Les grands vainqueurs du scrutin sont les conservateurs (37,54%, 71 élus, soit un gain de neuf députés) et les Verts (13,80%) qui reviennent au Parlement avec 26 députés ainsi que, dans une moindre mesure, les libéraux europhiles de NEOS (Nouvelle Autriche et Forum libéral) (8,06%, 15 sièges, soit cinq de plus). Les grands perdants s’appellent le FPÖ (16,21%, 31 députés et une perte de vingt sièges) et les sociaux-démocrates du SPÖ (21,22%, 40 élus et douze députés en moins). L’entente gouvernementale conservateurs – Verts concrétise fort logiquement le refus du plus jeune chancelier de la République fédérale d’Autriche de renouer avec le FPÖ ou de tenter une énième « Grande Coalition » avec des sociaux-démocrates décatis.

Pour la première fois en Autriche, après que leurs délégués ont entériné à 93,18% l’accord de gouvernement lors d’un congrès extraordinaire, les Verts disposent de quatre postes ministériels. Les transports et l’énergie dépendent d’un seul grand ministère technique. Le ministère de la Justice revient à une ancienne réfugiée bosniaque, une autre première. Werner Kogler devient pour sa part vice-chancelier. Cette alliance confirme l’embourgeoisement des Verts, leur conversion au libéralisme économique et leur collusion avec le conservatisme libéral-sécuritaire. Gardons à l’esprit que Kurz veut interdire le mouvement identitaire autrichien de l’héroïque Martin Sellner, très actif contre l’immigration de peuplement.

Le rapprochement entre les Verts et les conservateurs a probablement été encouragé en coulisse par le président fédéral lui-même écolo-compatible, Alexander Van der Bellen. Sans surprise, l’Église catholique autrichienne se félicite de cette nouvelle donne qui met en pratique les aspirations du « pape » conciliaire Bergoglio. Historiquement, à l’instar de son homologue allemand, le clergé autrichien n’a jamais caché son adhésion au modernisme et aux conclusions spécieuses du soi-disant concile Vatican II.

Concomitant à l’effondrement de la gauche sociale-démocrate, le succès des Vertsen Autriche, en Allemagne, en Belgique et en Suisse prouve que les classes moyennes de gauche se détournent de leurs formations habituelles et protestent à leur tour en privilégiant les Verts. Berlin regarde avec attention l’événement autrichien. La CDU d’Angela Merkel et d’Annegret Kramp-Karrenbauer cherche dès à présent un partenaire de remplacement au SPD. Chrétiens-démocrates et Grünenadministrent déjà depuis quatre ans le Land du Bade-Wurtemberg. Plusieurs municipalités sont même dirigées par des attelages CDU – SPD – Verts ou CDU – Verts – libéraux. Il fut même un temps question d’une entente ministérielle fédérale « Jamaïque » noire (CDU) – jaune (libéraux) – Verte

Cette nouvelle configuration politique prend forme en raison de l’aveuglement de la mouvance nationale aux enjeux de la nature, des écosystèmes et des paysages. L’hyper-classe mondiale réussit ce que l’Opposition nationale, populaire et européenne aurait dû entreprendre depuis au moins trente ans : permettre l’indispensable convergence des luttes identitaires, sociales et écologiques.

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n°155, mise en ligne sur TVLibertés, le 13 janvier 2020.

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vendredi, 03 janvier 2020

Le royaume déglingué

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Georges Feltin-Tracol cliquez ici

Les élections législatives anticipées de ce 12 décembre marquent un tournant majeur dans l’histoire du Royaume-Uni. Offrant volontiers aux médiats et à ses détracteurs une image de bouffon provocateur, le Premier ministre Boris Johnson, excellemment conseillé par le redoutable stratège en communication politique, Dominic Cummings, a réussi son pari et bénéficie désormais d’une légitimité incontestable sortie des urnes après avoir conquis à la hussarde le vieux Parti conservateur.

Celui-ci connaît pour la circonstance son plus grand succès depuis 1987. Il s’empare de quarante-huit nouvelles circonscriptions dont de nombreuses issues du « Mur rouge » du Nord de l’Angleterre traditionnellement acquises aux travaillistes. « BoJo » dispose dorénavant d’une écrasante majorité absolue (365 sièges sur 650). Il va pouvoir réaliser le Brexit, mais va-t-il aussi transformer la Grande-Bretagne en une copie occidentalisée d’un Singapour mondialisé ? Pas forcément quand on sait que les nouveaux électeurs « bleus » sont d’anciens travaillistes Brexiters tout autant préoccupés par l’insécurité galopante que par une immigration croissante, y compris venue du Commonwealth.

Ce scrutin fait trois victimes principales sans compter les frondeurs conservateurs anti-Johnson qui subissent de graves revers. En 2017, le Labour du sympathique Jeremy Corbyn dont les idées politiques, sociales et économiques n’ont jamais varié, avait augmenté son audience de trente élus. Cette fois-ci, malgré un programme ouvertement populiste de gauche malheureusement entaché par de néfastes considérations multiculturalistes et sociétalistes, les travaillistes perdent le double dont des bastions historiques jugés imprenables. Cette incontestable défaite attise les règlements de comptes entre l’aile gauche dirigeante et son opposition sociale-libérale d’origine blairiste. Les semaines à venir seront saignantes pour ce parti de gauche qui, à l’instar de ses homologues allemand, français, belge et autrichien, poursuit son inexorable déclin.

Europhiles convaincus et favorables à l’arrêt immédiat du Brexit sans même recourir à un nouveau référendum, les centristes libéraux-démocrates se ramassent une belle déculotté et régressent d’un siège, celui de leur présidente, l’Écossaise Jo Swinson. Soutenus par les milieux d’affaires de la City, les « Lib-Dem » n’ont pas convaincu, ce qui est une bonne nouvelle. L’Ulster connaît à son tour une révolution silencieuse. Force d’appoint indispensable aux précédents gouvernements minoritaires tories, les unionistes du DUP reculent de deux sièges et n’envoient plus que huit élus. On observe pour la première fois que le Sinn Fein, le Parti social-démocrate et travailliste et les centristes du Parti de l’Alliance s’adjugent les dix autres sièges. Ce vote confirme la montée en puissance de la population catholique. L’Irlande du Nord risque de devenir un point d’achoppement sérieux dans les prochaines années, parallèlement au retour de la brûlante question écossaise.

Avec 48 sièges, le SNP ne renouvelle pas son triomphe de 2015 (56 sièges alors), mais le parti indépendantiste gagne néanmoins treize élus supplémentaires. Force prépondérante au-delà du Mur d’Hadrien, il constitue plus que jamais le troisième groupe parlementaire de Westminster. En Écosse, les tories arrivent en tête dans six circonscriptions, les « Lib-Dem » dans quatre et un seul élu pour le Labour longtemps hégémonique. Le regain de l’indépendantisme écossais qui coïncide avec le maintien de l’autonomisme gallois (le Plaid Cymru conserve ses quatre sièges) répond à la nette anglicisation du Parti conservateur. En phagocytant les formations nationalistes (le Parti du Brexit de Nigel Farage fait 2 %, UKIP 0,1 % et le BNP 0,0 %), les conservateurs portent le mécontentement de l’opinion publique anglaise tandis que les formations régionalistes anglaises telles que le Parti du Yorkshire, les Indépendants d’Ashfield ou le Parti pour les Cornouailles ne récoltent que des miettes inférieures à 0,1 % des suffrages. L’« Angleterre périphérique » rurale et sub-urbaine s’élève contre les différentes dévolutions (autonomies administratives) octroyées à l’Écosse, au Pays de Galles, à l’Irlande du Nord et à Londres. Elle réclame sa propre dévolution régionale et se détourne d’une capitale plus que jamais fief d’un travaillisme cosmopolite et globalitaire. Le Parti conservateur correspond donc de facto à la partie visible d’un puissant mouvement de fond nationaliste anglais pan-britannique.

Boris Johnson se retrouve donc à la tête d’un État en proie à des forces centrifuges réelles et tangibles. Loin d’atténuer les tensions territoriales, le Brexit va les accentuer au moment où le garant séculaire de l’unité, la monarchie, traverse une période difficile. Bon pied bon œil, Sa Gracieuse Majesté va néanmoins sur ses 94 ans. Son fils, le prince de Galles, assure dans les faits la régence alors que la famille royale affronte deux secousses comparables au décès de Lady Di. D’une part, le fils préféré de la souveraine, Andrew, grand pote du financier pédophile Jeffrey Epstein, a montré toute sa désinvolture au cours d’un entretien télévisé sur un sujet sensible pour des Britanniques déjà horrifiés par les scandales parlementaires et l’impunité manifeste du prédateur sexuel Jimmy Savile. D’autre part, le jeune couple princier Meghan et Harry envisagerait de s’installer outre-Atlantique, ce qui constituerait un véritable affront pour la « Firme » de Buckingham Palace.

Pour l’heure, bien que fragmentée, l’unité britannique perdure par déférence envers la reine Elizabeth II. Or sitôt celle-ci disparue, son successeur ne fera pas autant l’unanimité, bien au contraire. Telle une autre Autriche – Hongrie, le Royaume-Uni de Charles, voire de Guillaume, pourrait éventuellement exploser.

Bonjour chez vous, et passez de très bonnes fêtes !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n°153, mise en ligne sur TV Libertés, le 23 décembre 2019.

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samedi, 28 décembre 2019

À propos du « survivant désigné »

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Georges Feltin-Tracol cliquez ici

La chaîne de télévision C8 diffuse depuis le 17 novembre dernier chaque dimanche soir quatre épisodes de la première saison de Survivant désigné. Lancée en 2015, cette série étatsunienne s’est arrêtée au terme de trois saisons en juillet 2019. On trouve parmi ses auteurs David Guggenheim, un rédacteur des discours de Bill Clinton et d’Al Gore et l’acteur – producteur Kal Penn, fort proche de l’entourage de Barack Obama. Quant à la vedette principale, le Canadien Kiefer Sutherland, elle ne cache pas sa sympathie pour le Nouveau Parti démocratique, l’équivalent à Ottawa de Génération.sde Benoît Hamon. Cette série synthétise toutes les lubies néo-conservatrices et progressistes qui constituent l’idéologie de l’État profond yankee.

Librement inspirée des aventures de Jack Ryan, le héros de Tom Clancy, l’intrigue tourne autour du « survivant désigné » Thomas Adam Kirkman. Lors de l’investiture présidentielle tous les quatre ans et au moment du discours annuel du président des États-Unis sur l’état de l’Union devant les deux chambres réunies du Congrès, la Maison Blanche désigne un membre du gouvernement qui, placé sous la protection du Secret Service dans un lieu tenu secret, doit assumer en cas de destruction des institutions la continuité de l’État et devenir le nouveau président des États-Unis. Au lendemain du 11 septembre 2001, le vice-président Dick Cheney et le secrétaire à la Santé et aux Services sociaux étaient ces « survivants désignés ». Le 20 janvier 2009, jour de la prestation de serment de Barack Obama, le secrétaire à la Défense, le républicain Robert Gates, maintenu dans ses fonctions par le nouvel élu démocrate, assumait ce rôle.

Depuis 2005, le Congrès choisit lui aussi des sénateurs et des représentants « survivants » qui assisteront le cas échéant le nouveau président afin de renforcer leur légitimité respective. La série s’attarde un peu sur cette fragilité constitutionnelle intrinsèque. Secrétaire au Logement et au Développement urbain bientôt démissionné, Thomas Kirkman est un universitaire, inscrit chez les indépendants, qui a participé à aucune campagne électorale. Il devient chef de l’État après l’explosion terroriste du Capitole. Susceptible d’accéder au Bureau ovale dans des circonstances tragiques, le « survivant désigné » doit respecter les conditions d’éligibilité à la présidence des USA : y être né, avoir au moins 35 ans et avoir eu sa nomination au poste ministériel confirmée par le Sénat. Pour l’heure, en sont exclus la secrétaire aux Transports de Donald Trump, Elain Chao, originaire de Taïwan, naturalisée en 1972, et Chad Wolf, le secrétaire à la Sécurité intérieure par intérim.

Adopté en 1967, le XXVe amendement n’évoque que le vice-président, même s’il réaffirme toute sa légitimité à succéder au président élu. Le cas s’est présenté à neuf reprises, huit décès et une démission, à savoir Gerald Ford, successeur de Richard Nixon en 1974. Or le vice-président qui accède à la présidence sans avoir été élu se voit souvent décrié. Président de droit du Sénat, il est souvent écarté des affaires courantes par son colistier. Truman découvre le projet Manhattan à la mort de Roosevelt. Depuis Bill Clinton, la vice-présidence a été notoirement revalorisée et son titulaire promu co-responsable des mesures prises par l’exécutif. Ce dédain remonte aux premiers temps des États-Unis quand le vaincu de la présidentielle devenait néanmoins vice-président. Malgré le changement du mode d’élection, cette défiance perdure. John Tyler succède en 1841 à William Henry Harrison investi un mois plus tôt, victime d’une pleurésie mortelle. Perçu comme un homme d’État médiocre, le dixième président Tyler agit cependant en tant que président à part entière et non pas comme un quelconque président par intérim. Il dirige en revanche les États-Unis sans aucun vice-président à ses côtés. En cas de drame, qui l’aurait remplacé ?

Le Congrès vota dès 1792 une première loi de succession présidentielle. Elle prévoyait qu’en cas de vacance de la présidence et de la vice-présidence, la fonction reviendrait au président pro tempore du Sénat (c’est-à-dire le doyen de la majorité sénatoriale, aujourd’hui le républicain de l’Iowa Chuck Grassley), puis au speaker (président) de la Chambre des représentants, soit la démocrate californienne Nancy Pelosi. En 1886, une nouvelle loi modifie l’ordre. La charge présidentielle reviendrait alors au secrétaire d’État (soit Mike Pompeo), puis dans l’ordre protocolaire aux autres secrétaires du Cabinet. En 1947, Harry Truman promulgue un troisième ordre de succession encore en vigueur : vice-président, speaker, président pro tempore du Sénat, secrétaire d’État, secrétaire à la Défense et les onze autres ministres sur les quinze envisagés.

Toutefois, anglais oblige, les textes demeurent assez obscurs. En effet, en cas de destruction complète des institutions, qu’est-ce qui empêcherait les parlementaires survivants d’élire un speakerqui reléguerait ainsi au second plan le survivant désigné de l’exécutif ? Ce dernier serait-il contraint de démissionner quelques jours après son entrée en fonction ? Le « survivant désigné » nouveau président serait-il vraiment obéi ? Dans la série, le gouverneur du Michigan ne reconnaît pas l’autorité de Tom Kirkman, mais (merci les scénaristes !) ce gros naïf accepte de se rendre à Washington où il se fait arrêter pour sédition et conspiration. Mais si le gouverneur avait refusé de se déplacer et obtenu en prime l’aide de son assemblée d’État et de la Cour suprême locale, comment aurait réagi Washington ? Dans ce contexte exceptionnel, un État fédéré pourrait bien aller jusqu’à l’épreuve de force en proclamant sa souveraineté effective.

Ces interrogations ne visent pas que le « survivant désigné », elles concernent aussi le speaker et le président pro tempore. Dans l’éventualité peu probable d’une destitution simultanée de Donald Trump et de Mike Pence, Nancy Pelosi bénéficierait-elle d’une réelle légitimité ? Toutes ces hypothèses montrent en tout cas la méfiance atavique des Étatsuniens pour les modalités non électives de succession du résident au 1600, Pennsylvania Avenue.

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n°152, mise en ligne sur TV Libertés, le 16 décembre 2019.

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lundi, 16 décembre 2019

La révolte des Bo-Bo

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Georges Feltin-Tracol

Le 30 novembre dernier, les égouts d’une des plus belles villes d’Italie, Florence, débordaient. Environ dix mille manifestants selon la police, quatre fois plus d’après les organisateurs, occupaient la Place de la République à l’appel lancé sur les réseaux sociaux par les « Sardines », seize jours plus tôt depuis la ville de Bologne. Cette manifestation à Florence n’est que la dernière d’un mouvement largement surestimé qui parcourt néanmoins toute la péninsule. Certains observateurs politiques le comparent déjà aux « Gilets Jaunes » français.

Les « Sardines » sont une réaction de l’énigmatique « société civile ». Ils reprennent les codes, postures et méthodes d’un Beppe Grillo, auteur des Vaffanculo Day anti-Berlusconi avant l’institutionnalisation de son Mouvement Cinq Étoiles. Ce nouveau phénomène essentiellement virtuel et viral qui s’inspire aussi des flash mob se veut apolitique et non partisan. Un apolitisme bien particulier… Les participants entonnent en effet Bella Ciao, disent se retrouver dans les valeurs de l’« antifascisme » et estiment sur Facebook, bien complaisant pour la circonstance, que leur « archipel des sardines » s’oppose avec force aux discriminations, à l’exclusion et aux idées populistes et souverainistes. Ils protestent contre la victoire écrasante de la Lega et de ses alliés en Ombrie, une région historiquement acquise à la gauche en octobre dernier. Or, le 26 janvier 2020, Bologne et sa région, l’Émilie – Romagne, connaîtront à leur tour des élections administratives capitales. Si la coalition des droites conduite par Matteo Salvini remporte cet autre fief de gauche, le second ministère Conte sera plus qu’en sursis. Par ailleurs, dès le printemps, une troisième terre de gauche, la Toscane avec Florence pour capitale, fera aussi l’objet d’un scrutin régional déterminant.

Les militants les plus actifs des « Sardines » « contre-populistes » ou « populistes de gouvernement » proviennent de la petite bourgeoisie urbaine à gros capital intellectuel, soit la version mutante de Bo-Bo mâtinée de hipsters. Outre l’investissement d’étudiants souvent inscrits dans des filières – impasses subventionnées, battent le pavé des villes italiennes des retraités soixante-huitardés et de jeunes familles biberonnées dans leur adolescence par le cosmopolitisme musical d’un Johnny Clegg et de Simple Minds. Si l’organisateur principal de la manif florentine est un certain Danilo Maglio, un étudiant de 20 ans en arts et spectacles, les fondateurs (Giulia, Andrea, Roberto et Mattia) de cette riposte pseudo-civique restent largement méconnus. Seul Mattia Santori se prête à une relative médiatisation. Ce diplômé écologiste en économie de 32 ans enseigne l’athlétisme et entraîne à la fois une équipe de basket pour handicapés et une équipe féminine de frisbee. Cet « organisateur communautaire » déclare aux journalistes ne plus supporter « la violence et la fausseté des messages diffusés par les populistes ». Pauvre chou ! En compagnie de ses congénères, il beugle que « chaque sardine a le droit d’exister ». Vindicatif, il exige « une politique de qualité. Nous en avons marre d’une dialectique violente, populiste et surtout à matrice souverainiste ». Une telle détestation de la souveraineté nationale et populaire est paradoxale quand on sait que l’Italie est un État souverain fantomatique.

Les « Sardines » prolifèrent dans un climat délétère sciemment entretenu. Début septembre, Fabio Sanfilippo, un journaliste de radio, interpellait Matteo Salvini sur sa page Facebook en espérant que « d’ici six mois tu vas te tirer dessus mon ennemi ». Face au tollé général suscité par cet appel au suicide, le triste sire a confirmé qu’il écrirait « de nouveau ce message […] en précisant mieux la référence au suicide du Leader de la Ligue ». Le 28 novembre dernier, la police a démantelé un groupuscule supposé terroriste et arrêté dix-neuf militants du Parti italien national-socialiste des travailleurs. Certains dans quelques palais nationaux auraient-ils l’intention de relancer de nouvelles « années de plomb » ? Le pire est à envisager.

La référence à la sardine n’est pas anecdotique. Un de ses administrateurs sur Facebook explique que « les sardines, comme les petits poissons, sont fortes et peuvent devenir une énorme vague, un tsunami ». Toujours sur le réseau de Mark Zuckerberg, on peut lire de la part des « Sardines » qu’« il est clair que la pensée dérange, même si ceux qui pensent sont muets comme des poissons. D’ailleurs, c’est un poisson. Et en tant que poisson, il est difficile à bloquer, car la mer le protège. Comme la mer est profonde ». Les allusions au « monde liquide », à la « fluidité sociale » et au thalassotropisme ne trompent pas; elles expriment d’une manière explicite la primauté de la Mer sur la Terre et, par conséquent, l’action subtile de l’atlantisme et/ou du mondialisme occidental. Les « Sardines » représentent l’amorce d’une gigantesque opération de mobilisation, d’endoctrinement et de manipulation des masses, première étape d’une « révolution de couleur » à venir qui vise non pas le gouvernement en place, l’alliance déglinguée Parti démocrateMouvement Cinq Étoiles, mais son opposition. Comment réagirait l’Occident si les partisans de Poutine, d’Orban ou de Kaczynski vilipendaient leurs opposants ? Il dénoncerait ce comportement inacceptable. Pas pour les « Sardines » ! C’est sans précédent.

En fait, pas tout à fait… L’opération en cours au-delà des Alpes rappelle étrangement le « tour infernal » de la présidentielle de 2002. Pendant l’entre-deux tours après le 21 avril, Jean-Marie Le Pen dut affronter la hargne des journalistes, des politicards, des professeurs qui exigeaient de leurs élèves de hurler contre le « Menhir », des collectionneurs de papillons tropicaux ainsi qu’une soi-disant Société des Gens de Lettres…

Les « Sardines » entendent façonner l’opinion publique dans un but d’ingénierie socio-psychologique de masse. Bien propagée sur le plan médiatique et par les réseaux sociaux, cette entreprise arrivera-t-elle cependant à freiner, voire à empêcher, l’arrivée au pouvoir de la Ligue de Matteo Salvini et des Frères d’Italie de Giorgia Meloni alliés à Forza Italia de Berlusconi ? Plus que jamais, l’Italie devient le champ de bataille majeur entre l’hyper-classe cosmopolite et ses sujets Bo-Bo et les peuples autochtones albo-européens qui ne supportent plus l’irénisme ambiant.

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n°151, mise en ligne sur TVLibertés, le 9 décembre 2019.

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jeudi, 12 décembre 2019

Des nouvelles du Bélarus

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Georges Feltin-Tracol

Le dimanche 17 novembre dernier, près de sept millions de Bélarussiens ont renouvelé les 110 sièges de la Chambre des représentants. Coincé entre la Russie, la Lituanie, la Lettonie, la Pologne et l’Ukraine, le Bélarus – qu’on appelle en France la Biélorussie – demeure le seul État du continent à ne pas céder aux injonctions du détestable Conseil de l’Europe en appliquant toujours l’indispensable peine de mort.

Dirigé depuis 1994 par Alexandre Loukachenko (NDLR SN : ci-dessus), le Bélarus et son excellent président auraient dû figurer en bonne place dans le Dictionnaire des populismes sous la coordination d’Olivier Dard, de Christophe Boutin et de Frédéric Rouvillois. En effet, une multitude d’articles n’hésitent jamais à qualifier le modèle politique en vigueur à Minsk de « populiste ».

Ces élections législatives sont anticipées; elles auraient dû se dérouler en septembre 2020. La Chambre des représentants est élue pour quatre ans au scrutin majoritaire uninominal à un tour. Outre la prise en compte des votes blancs et nuls, l’électeur peut aussi choisir le bulletin « Aucun d’entre eux ». Si ce bulletin spécifique, voire l’abstention, atteint 50 % comme ce fut le cas lors du second tour des législatives françaises de juin 2017, les autorités doivent invalider le scrutin.

L’opposition payée par les officines de Soros et les observateurs de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe ont évoqué l’impossibilité pour des opposants de se présenter. Ils ont critiqué des pressions administratives sur les nombreux fonctionnaires et dénoncé d’éventuelles fraudes massives. Le bidule de Strasbourg qu’il ne faut pas confondre avec l’Union dite européenne devrait plutôt se pencher sur ces municipalités communistes, socialistes, centristes et Les Républicains de l’Hexagone où le clientélisme généralisé, la corruption endémique, le bourrage des urnes et le taux élevé de votes post mortem sont des habitudes bien installées. Maints candidats de l’ancien Front national auraient mille anecdotes à raconter sur ce sujet inépuisable…

Le Bélarus populiste ne plie pas devant la Finance internationale et son principal larbin, les États-Unis d’Amérique. Le président Alexandre Loukachenko qui entend se représenter l’an prochain pour un sixième mandat consécutif de cinq ans n’adhère à aucun parti et ne dispose même pas de sa propre formation politique. Il bénéficie en revanche de l’appui implicite d’une majorité présidentielle qui vient de remporter la totalité des sièges. La participation a augmenté de 2,6 %, d’où une abstention à 22,69 %. Les bulletins blancs et nuls s’élèvent à 0,94 %. Quant au choix « Aucun d’entre eux », il baisse de 1,09 %, soit 8,48 %.

Les grands vainqueurs des législatives restent les candidats indépendants avec 60,31 % des voix et 89 élus. Ils perdent cependant cinq sièges et 6,70 %. Le Parti communiste du Bélarus (10,67 %, en progression de 3,2 %) prend trois sièges supplémentaires, soit un total de onze élus. De tendance sociale-démocrate et en hausse de 3,88 %, le Parti républicain du travail et de la justice recueille 6,75 % et six élus. Variante locale du mouvement nationaliste grand-russe de Vladimir Jirinovski, le Parti libéral-démocrate du Bélarus conserve son unique député, mais avec 5,36 %, il progresse de 1,12 %. La gauche nationale incarnée par le Parti patriotique bélarussien maintient lui aussi ses deux élus en dépit d’une faible audience nationale (1,43 %) et un retrait de 0,73 %.

Trois nouvelles formations liées à la majorité présidentielle informelle ont présenté quelques candidats. En dépit d’un résultat national décevant (0,89 %), le Parti agraire obtient un élu. Une formation atypique à l’intitulé original, le Parti socialiste des sports bélarussien, récolte 0,15 %. Quant au Parti républicain d’inspiration eurasiste, il ne réalise que 0,14 % des suffrages.

Les oppositions nationale-centriste, atlantiste et pro-occidentaliste du Front populaire et des communistes dissidents balayées, la nouvelle assemblée va pouvoir collaborer avec le Conseil de la République. Elle aussi élue pour 4 ans, cette chambre haute compte 56 membres élus par les conseils des représentants locaux des sept oblast(ou régions) dont la capitale et huit membres nommés par le président de la République. Celui-ci, conscient des fragilités géopolitiques et économiques de sa patrie louvoie entre Moscou, Pékin et Bruxelles. Parfois confronté comme au printemps 2017 à une vive contestation sociale, le président Loukachenko qui écoute avec une rare attention ses compatriotes a eu le courage politique de renoncer à certains projets.

Malgré d’inévitables défauts inhérents à la nature humaine, Alexandre Loukachenko appartient aux derniers véritables grands hommes d’État de la planète. En revanche, ni la France ni l’Europe n’ont cette chance.

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n°150, mise en ligne sur TVLibertés, le 2 décembre 2019.

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dimanche, 08 décembre 2019

Improvisations européennes

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Ancien rédacteur des discours du premier président du Conseil européen, le Belge Herman van Rompuy, et auparavant conseiller politique du libéral Frits Bolkestein, le Néerlandais Luuk van Middelaar examine en historien et en philosophe politique le fonctionnement de l’Union dite européenne dans un essai incontournable, Quand l’Europe improvise. Dix ans de crises politiques (Gallimard, coll. « Le débat », 2018, 412 p., 24 €).

Longtemps, l’organisation de Bruxelles a végété dans une rassurante routine. « Traditionnellement, les institutions de l’Union européenne, écrit-il, sont uniquement aménagées en fonction d’une politique de la règle afin de construire et d’équilibrer un marché (p. 25). » Or une série de crises majeures (sort de l’euro, désastre financier grec, guerre dans l’Est de l’Ukraine, arrivée massive des « migrants », Brexit, élection de Donald Trump) bouleverse cette douce torpeur. « Dans ces crises, observe l’auteur, l’Union a dû abandonner le cadre sacro-saint de sa vision éternaliste et agir pour survivre. Une tâche colossale : être prête à faire face aux imprévus et mener une politique de l’événement (p. 222). » Jusqu’à ces moments critiques cruciaux, les instances dites européennes se complaisaient dans la « politique de la règle », car « le projet de construction initial, resté longtemps dominant, poursuit-il, consiste dans la dépolitisation par le droit (p. 19) ». Dans une approche très schmittienne, Luuk van Middelaar pense que « les crises exigent une capacité d’action politique différente de celle que permettent les structures bruxelloises traditionnelles. Elles requièrent non des normes, mais des décisions (p. 18) ». Les dirigeants de l’Union pseudo-européenne ont dû improviser afin de donner un contenu politique pertinent à un ensemble polysynodal en proie à la multiplication des oppositions, des fractures et des contentieux.

Il en résulte de fortes tensions entre le Conseil européen, la Commission, le Parlement européen, les agences supranationales, voire la Banque centrale de Francfort et la Zone euro en tant que telle. Ces différents, parfois virulents, sont légitimes puisque « l’Union regroupe une diversité d’États qui apportent chacun leurs intérêts, leurs valeurs et leur expérience à la table des négociations (p. 230) ». L’auteur a-t-il saisi l’essence des rouages eurocratiques ? Dans un entretien accordé à la revue Nationalisme et République (n° 2, automne 1990), le professeur Julien Freund déclarait déjà : « Ce qu’il importe que les Européens comprennent, c’est que leur civilisation n’a jamais reposé sur une équivalence, mais sur des possibilités de contestations, de conflits et par conséquent sur des compromis vivifiants dans le respect des différences de vivre des divers peuples qui composaient l’Europe. » Un embryon de souveraineté s’ébaucherait-il au moyen des réunions fréquentes du Conseil européen ? Cette assemblée regroupe les chefs d’État et de gouvernement des États membres ainsi que son propre président et celui de la Commission; elle devient ainsi l’exécutif collectif ultime hors de toute classification constitutionnelle habituelle. Le Conseil européen prend à partir d’un consensus unanime (ou presque !) des initiatives déterminantes qui peuvent outrepasser la lettre des traités européens.

L’auteur justifie cette primauté institutionnelle. « L’Union est une alliance d’États et non un État. Les moyens humains et matériels de la politique étrangère demeurent en grande partie entre les mains des membres. Cela vaut tant pour les diplomates que pour les forces armées, les services d’espionnage ou les fonds alloués (p. 319). » Mieux, depuis 2009, le Conseil européen n’accepte plus les ministres des Affaires étrangères. « Ce retrait […] revêt une signification bien plus large : la politique européenne n’est plus de la politique étrangère, elle est devenue avant tout politique intérieure (p. 282) ». Pour y participer, « on envoie le chef de l’exécutif politique (p. 279) ». Mais Luuk van Middelaar ne maîtrise pas le droit constitutionnel; il oublie qu’en période de cohabitation française ou polonaise peuvent siéger côte à côte les deux responsables nationaux, chef d’État et chef de gouvernement.

Luuk van Middelaar remarque qu’« en plus d’être un fait historique et juridique, l’Europe politique n’a cessé d’être une promesse, la promesse d’une nouvelle ère, de “ plus jamais la guerre ” (p. 237) ». Il lui manque une maturité acquise de manière tragique. Cependant, « dans des situations anormales, la politique sous-jacente sort de l’obscurité pour se manifester sur le devant de la scène (p. 15) ». Les quelques crises qu’il évoque ne sont qu’un tout petit aperçu des prochaines tempêtes.

Tenant d’une « souveraineté européenne », Emmanuel Macron l’a-t-il compris, lui qui annonce dans The Economist la « mort cérébrale de l’OTAN » ? L’auteur l’anticipe. À ses yeux, « pour la France et l’Europe, la question décisive se trouve à Berlin. Si les Américains replient leur parapluie nucléaire, où les Allemands iront-ils chercher refuge ? Dans la neutralité ? Dans un nationalisme de puissance moyenne ? Ou dans un système européen garanti au fond par la force de frappe française ? La dernière option, pour l’instant la plus probable, redistribuerait les cartes entre Paris et Berlin et pourrait même entraîner des quid pro quo, des échanges de bons procédés sur d’autres plans, y compris celui de l’euro (p. 407) ». Or, il relève aussi l’éclatant contraste d’ordre ethnopsychologique entre les Français et les Allemands. « Les différences de caractère entre ces peuples rejaillissent dans leur façon d’interpréter les concepts “ règle ” et “ événement ”. En Allemagne, la règle équivaut à l’équité, l’ordre, l’intégrité. En France, par contre, le centre de gravité sémantique du mot se déplace légèrement, passant de la protection à l’obstruction : et voilà que la règle renvoie à la coercition et à la soumission. […] Face aux règles, Paris a tendance à plaider en faveur d’un surcroît de flexibilité, tant pour les autres que pour elle-même. La France justifie de préférence la violation d’une règle en avançant des “ circonstances exceptionnelles ”. Berlin, qui observe cette attitude depuis quatre décennies, l’estime irresponsable, opportuniste et témoignant de mauvaise foi. Aux Allemands, qui donnent la priorité à une juste application de la même règle budgétaire par tous, on reproche d’être rigides et bornés quand on n’attaque pas leur obsession historique de l’inflation (p. 232). » Ces divergences fondent-elles pour autant une souveraineté contractuelle commune ?

Luuk van Middelaar oublie seulement de mentionner que même isolationnistes, les États-Unis n’accepteront jamais une quelconque indépendance stratégique de l’ensemble européen. Il n’est pas anodin que des pans entiers des industries d’aéronautique, d’armement, d’informatique, de bio-technologie du continent européen soient dès à présent dans les mains des entreprises étatsuniennes. Le rêve des nationalistes yankees à la Steve Bannon serait de remplacer l’OTAN par des accords bilatéraux de défense conclus entre Washington et chacune des quelque trente capitales soumises du Vieux Continent. L’émancipation de l’Europe n’est pas pour demain, ni même pour après-demain.

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n°149, mise en ligne sur TVLibertés, le 25 novembre 2019.

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lundi, 02 décembre 2019

Une interprétation audacieuse du fascisme

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Georges Feltin-Tracol

Patron du « Libre-Journal des Européens » un mardi sur quatre en semaine C de 21 h 30 à 23 h 00 à Radio Courtoisie, président – fondateur du Parti des Européens et animateur engagé sur YouTube, Thomas Ferrier étudie l’histoire du fascisme en Europe dans un ouvrage dense sur le fond et succinct (un peu trop ?) sur la forme.

Il intègre sous ce terme l’ensemble des mouvements politiques européennes entre 1918 et 1945, y compris le national-socialisme allemand. Il complète son (assez) courte étude par trois annexes sur les relations entre le paganisme et le national-socialisme, les symboles fascistes et le mésusage par l’hitlérisme du mot « Aryen ». Ainsi Thomas Ferrier observe-t-il que le fascisme « idéal » se manifeste en une profusion de fascismes historiques, car « ce qui modifie le fascisme idéal en un fascisme historique, c’est le contexte politique et le contexte national (p. 91) ».

Au-delà du socialisme

L’auteur apporte cependant un éclairage aujourd’hui largement occulté : « Le fascisme puise ses racines dans la tradition européenne, et a été l’aboutissement sous la forme d’une synthèse nouvelle de nombreux thèmes antérieurs (pp. 5 – 6). » Au risque de choquer une opinion publique moutonnière, il est patent que « la triade Machiavel – Voltaire – Nietzsche est un des fondements idéologiques du fascisme (p. 35) ». Il ajoute même que « le fascisme est un des héritiers de la Révolution française de 1789 (p. 29) ». Syncope générale au Grand Orient de France et chez Vincent Peillon !

De ce constat fort peu historiquement correct, il s’interroge sur la complexité originelle du national-socialisme allemand. Celui d’Adolf Hitler qui dirigea l’Allemagne une douzaine d’années associait un pangermanisme dément, un antisémitisme forcené et une slavophobie exacerbée. Héritier indirect des socialistes révolutionnaires français Auguste Chirac, Alphonse Toussenel et de Benoît Malon, « l’antisémitisme fasciste est essentiellement issue de la gauche, mais de celle du XIXe siècle (p. 19) ».

Thomas Ferrier avance par exemple que « le national-socialisme d’Hitler est un authentique mouvement socialiste et de gauche mais qui, pour des raisons politiques, a laissé partiellement son programme en suspens en attendant de pouvoir l’imposer intégralement (p. 73) ». Les premiers mois de l’après-Première Guerre mondiale demeurent d’ailleurs assez obscurs pour Adolf Hitler. Avant d’être retourné (ou de changer de camp au bon moment) et de devenir un officier de renseignement politique, le futur Führer « semble bien avoir brièvement fait partie de la SPD, la social-démocratie allemande, dans sa frange la plus révolutionnaire, proche de la USPD [NDLR – EM : les socialistes indépendants à l’origine du mouvement spartakiste]. En effet, il était selon toute vraisemblance garde rouge à Munich en 1918 et il aurait même assisté aux funérailles du dirigeant socialiste Kurt Eisner (p. 71) ».

Cette information renforce le parallélisme entre Adolf Hitler et Benito Mussolini dans leur formation initiale socialiste-révolutionnaire. Thomas Ferrier assume que sa « grille de lecture […] consiste à prendre au sérieux la dimension socialiste du fascisme (p. 5) ». « En tant que socialisme communautaire, le fascisme met l’accent sur l’intérêt général en même temps que sur l’identité propre à cette communauté (p. 25). » Joue ici la polysémie du vocable « communauté ». Le fascisme s’inscrit dans trois catégories de communautés éventuellement rivales : l’État, la race ou bien la priorité accordée à la question sociale, ce qui se traduit par le syndicalisme national. Toutefois, hors du fait national-syndicaliste, le fascisme demeure « également un nationalisme mais révolutionnaire(p. 14) ».

Thomas Ferrier évoque par conséquent un socialisme national idéal articulé autour d’un socialisme non marxiste et non collectiviste, d’un nationalisme ethnique revendiqué, d’une conception « res-publicaine » des institutions publiques, d’une démocratie autoritaire, directe et organique, de l’écologie radicale et d’une spiritualité païenne – polythéiste. Présenté ainsi, le socialisme national ou « le fascisme se distingue profondément de l’extrême droite. Celle-ci est cléricale, chauvine, réactionnaire et monarchiste, et s’oppose au nationalisme ethnique (p. 23) ». Pour preuve, le renversement du Duce en juillet 1943 par le Grand Conseil du fascisme avec l’aval du roi Victor-Emmanuel III et l’attentat raté de juillet 1944 du colonel von Stauffenberg contre le Führer. « La réaction, poursuit Thomas Ferrier, n’entend pas tolérer un 1789 fasciste (p. 83). »

Une réponse païenne

Bien mieux que les collectivistes, les anti-fascistes les plus véhéments demeurent les conservateurs, souvent fort religieux surgis du catholicisme. Ils se méfient avant tout de sa portée spirituelle. « Le fascisme met naturellement en avant le paganisme, celui du peuple auquel chaque parti fasciste s’adresse (p. 14). » Il détient une autre conception du monde. Si « vouloir sortir l’Europe de 1500 ans de christianisme était osé (p. 99) », l’auteur insiste sur l’essence spirituelle du fascisme qui ne relève pas du christianisme. « Le paganisme est perçu comme une religion républicaine et authentiquement européenne développant les vertus héroïques et guerrières, et compatible avec les autres éléments doctrinaux, notamment l’écologie et le nationalisme (pp. 88 – 89). » Tout cet arrière-plan est ignoré quand on accuse aujourd’hui quelqu’un d’être fasciste. « À peine mort, souligne encore l’auteur, son nom a servi à désigner tout et n’importe quoi (p. 6). »

En Européen convaincu, Thomas Ferrier signale enfin que « le fascisme est également favorable à la formation d’une Nouvelle Europe dans une perspective aryaniste (p. 15) ». Or cette dernière ne se restreint pas au seul paganisme. L’aryanisme a pu être chrétien avec la thèse chère à certains Völkischen du Christ aryen puisque la racine Gal indique la présence de tribus celtiques – gauloises en Gaule, au Pays de Galles, en Galilée, en Galicie, en Galatie et en Galice.

« La renaissance de l’Europe aurait-elle besoin que le fascisme, même dissimulé sous un autre nom, aboutissement d’une idéologie européenne énergique qui plonge ses racines dans l’Antiquité européenne la plus ancienne, soit réhabilité quant à ses valeurs, sans que cela n’implique le retour à une conception totalitaire et criminogène, en somme compatible avec la démocratie ? (pp. 97 – 98). » Thomas Ferrier le pense. Il mentionne par exemple une multitude de formations fascistes en Europe dans les décennies 20, 30 et 40 du XXe siècle. La Pologne de l’Entre-deux-guerres fut riche en mouvements fascistes divers et variés. En Grande-Bretagne, avant l’arrivée des « Chemises noires » de Sir Oswald Mosley en 1932 existait dès 1916 (et non 1918 !) un National Socialist Party de l’antisémite Henry Mayers Hyndman (1842 – 1921). L’ouvrage aurait mérité de mieux entrer dans les détails afin d’examiner leurs différences programmatiques tangibles.

Signalons enfin un oubli majeur et deux erreurs relevés dans Fascismes d’Europe. Thomas Ferrier n’évoque jamais Qu’est-ce que le fascisme ? de Maurice Bardèche et sa conception anhistorique du fascisme. Il est en revanche inexact, d’une part, de parler d’une « Internationale » fasciste dès 1946. Le Congrès fondateur du Mouvement social européen se déroule à Malmö en mai 1951. L’erreur plus manifeste concerne « Vilfredo Pareto, philosophe socialiste (p. 41) ». L’économiste et sociologue italien a certes écrit Les systèmes socialistes pour les condamner, lui qui professait volontiers le libéralisme.

Fascismes d’Europe de Thomas Ferrier n’en demeure pas moins une belle introduction au « croque-mitaine » des idées politiques du siècle dernier. Il risque de ne pas satisfaire les connaisseurs pointus du sujet. Néanmoins, grâce à une vraie aptitude pédagogique, il est facile et finalement plaisant de plonger dans cette histoire condensée des fascismes européens.

• Thomas Ferrier, Fascismes d’Europe. Origine, idéologie, histoire…, Les Bouquins de Synthèse nationale, coll. « Idées », 2019, 121 p., 18 €. cliquez ici

RAPPEL :

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lundi, 25 novembre 2019

Élucubrations constitutionnelles

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Georges Feltin-Tracol

Au secours, Flamby revient ! On retrouve le calamiteux François Hollande dans les librairies avec un nouvel ouvrage, Répondre à la crise démocratique (Fayard – Terra Nova, 2019, 126 p., 14 €), une série d’entretiens sur le fonctionnement des pouvoirs publics en France.

De ses cinq années passées à l’Élysée, François Hollande en tire une révision complète de la VeRépublique sans pour autant réclamer l’avènement d’une VIe. Suggestion avancée dès 1995, bienavant Arnaud Montebourg et Jean-Luc Mélenchon, par Jean-Marie Le Pen dans le cadre novateur d’une république référendaire. À l’instar de Dominique Strauss-Kahn et de François Fillon, l’ancien président de la République de 2012 à 2017 propose que le président de la République devienne le seul et unique responsable de l’exécutif. Il nommerait directement le gouvernement et dirigerait les ministres, ce qui impliquerait la disparition du Premier ministre. Le gouvernement ne serait plus responsable devant l’Assemblée nationale, rendant caduc l’article 49 – 3, déjà bien amoindri depuis la révision constitutionnelle de 2008 voulue par Nicolas Sarközy. Si l’Assemblée nationale ne peut plus adopter une motion de censure contre le gouvernement, elle ne risque plus la dissolution. Pour voter une loi, approuver une nomination et adopter le budget, François Hollande table sur une collaboration étroite entre l’exécutif et le législatif à travers d’incessantes négociations. Le mandat présidentiel serait porté à six ans tandis que celui des députés serait ramené à quatre ans comme sous la IIIeRépublique. Le chaud partisan du quinquennat au moment du détestable référendum de 2000 abolissant le septennat se renie.

François Hollande imagine que les institutions françaises correspondent au fonctionnement interne du Parti socialiste avec ses courants, ses sous-courants et sa commission de récolement ! Il veut importer le régime présidentiel dont l’exemple-type reste les États-Unis d’Amérique. Le président ydirige son administration et nomme des ministres qui ignorent toute solidarité gouvernementale, d’où les tensions courantes entre le secrétaire d’État, le Pentagone, le secrétaire à la Sécurité intérieure et le conseiller à la sécurité nationale. Face au Congrès, il dispose d’un droit de veto dissuasif. Outre le caractère fédéraliste des États-Unis, François Hollande oublie que le président est élu pour quatre ans, les représentants pour deux ans et les sénateurs six ans. Entre enfin en ligne de compte la Cour suprême qui joue un rôle politique majeur par ses décisions et tranche en dernier recours les contentieux fréquents entre le Capitole et la Maison Blanche.

La France a déjà connu un régime présidentiel imparfait de 1848 à 1851 avec la IIe République. Cette expérience lamentable fut heureusement interrompue par le futur Napoléon III un 2 décembre 1851 pour ensuite donner au pays des institutions plus appropriées à son génie. En partie d’inspiration latine, de nombreux États d’Amérique centrale et méridionale appliquent le système politique étatsunien, souvent pour leur malheur. Cependant, ils ont été contraints de l’adapter aux circonstances locales.

Il faut aussi savoir qu’aux États-Unis, depuis Franklin Delano Roosevelt, le président dispose d’un chef de cabinet de la Maison Blanche, soit l’équivalent français du secrétaire général de l’Élysée, du Premier ministre et du secrétaire général du gouvernement. Au Brésil, le président et son vice-président sont assistés d’un ministre de la Maison civile, coordonnateur de l’activité ministérielle et principal interlocuteur des parlementaires fédéraux. Depuis 1994, l’Argentine dispose d’un Chef de cabinet des ministres, véritable bras droit du président, qui organise le travail gouvernemental et assure la liaison entre l’exécutif et le législatif fédéral. Ces trois cas démontrent que le bicéphalisme exécutif (chef d’État différent du chef du gouvernement) relève de la nécessité institutionnelle.

Le régime présidentiel ne convient pas à la France d’autant qu’en vrai « M. Bricolage ès-constitution», François Hollande rejette le scrutin proportionnel pour les députés et s’oppose aux procédures référendaires. Quant aux collectivités territoriales, il souhaiterait que leurs échéances électoralesconcordent. En clair, les élections municipales, intercommunales (ou métropolitaines), départementales (ou cantonales) et régionales se déroulent le même jour et probablement avec le même mode de scrutin. Or, en 2012, à peine installé à l’Élysée, le second président socialiste de la VeRépublique n’a-t-il pas abrogé la réforme sarközyste du conseiller territorial ? Élu au scrutin majoritaire uninominal à deux tours dans une circonscription élargie, le conseiller territorial devait à la fois siéger au conseil départemental et au conseil régional.

Doit-on en être surpris de la part d’un responsable politique incompétent en matière d’aménagement du territoire qui a redessiné un soir entre la poire et le fromage les régions françaises de l’Hexagone ? Par cet ouvrage qui ne marquera pas l’histoire des idées politiques, François Hollande prouve une nouvelle fois qu’il représente pleinement la « gauche américaine » en France.

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n°148, mise en ligne sur TV Libertés, le 18 novembre 2019.

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samedi, 16 novembre 2019

Un Fantômas géopolitique, Olrik

Olrik.jpgGeorges Feltin-Tracol

Certaines enquêtes sont osées. Elles dévoilent des pans entiers de la vie privée des vedettes du cinéma et de la variété. L’ancien ministre français des Affaires étrangères de 1997 à 2002, Hubert Védrine, et son fils, Laurent, évoquent, eux, l’énigmatique personnalité du Colonel Olrik dont l’ombre couvre la plupart des grands événements du XXe siècle.

Olrik ? Oui, le responsable du 13e Bureau de l’Empire Jaune fondé au Tibet par des rescapés de la Division asiatique de Cavalerie du Baron von Ungern-Sternberg. L’homme qui essaya de s’emparer des secrets de la Grande Pyramide, qui explora l’Atlantide, qui fut la « Marque Jaune » et qui tenta de voler le collier de la reine Marie-Antoinette à Paris !

Au terme de longues et patientes recherches souvent infructueuses, les Védrine publient un premier bilan passionnant dans Olrik. La biographie non autorisée (Fayard, 2019, 220 p., 20 €). On y apprend que ce maître-espion et grand criminel rencontre avant-guerre Edgar P. Jacobs qui, très impressionné, en fait l’adversaire principal du professeur Philip Mortimer et du capitaine Francis Blake. Les auteurs confirment aussi une entrevue avec le jeune réalisateur étatsunien George Lucas qui en tira pour la seconde trilogie de StarWars la figure éminemment politique du Chancelier galactique Palpatine alias Dark Sidious, le futur Empereur des Sith !

Né près de la Baltique au temps de la Russie tsariste, Olrik dont la mère était hongroise, aurait été proche des mouvements nationalistes d’Europe centrale. Puis ce génie de la dissimulation aurait tour à tour travaillé pour la CIA, puis pour le KGB. On retrouve sa trace sur presque tous les continents. Il aurait même vécu en Californie aux côtés des réalisateurs, des producteurs de cinéma, des acteurs célèbres et de belles actrices en quête de gloire dont l’une d’elles lui donna sa fille unique, Julia.

Mêlant desseins géopolitiques et appât du gain, Olrik serait à l’origine du programme nucléaire pakistanais. Il aurait aussi permis à la Corée du Nord de contourner l’embargo international afin de se doter de la dissuasion nucléaire. Les auteurs insinuent qu’au début des années 1960, leur sujet aurait rencontré un certain Lee Harvey Oswald. De là à envisager que le célèbre colonel, as de l’espionnage, ait tiré sur JFK, les Védrine ne s’avancent pas, mais le doute persiste…

Cette « biographie non autorisée » d’Olrik demeure néanmoins insuffisante. On peut s’interroger comment un homme seul a-t-il pu survivre à la traque de si nombreux services spéciaux. À moins qu’Olrik soit affilié à une puissante organisation clandestine telle SPECTRE bien décrite par Ian Fleming ou encore Hydra vaincue naguère par Captain America dans l’univers des comics de Marvel. Et si Olrik et le Crâne Rouge n’étaient qu’une seule et même personne ? À d’autres fins limiers mi-journalistes mi-détectives de poursuivre ces recherches afin de mieux cerner le parcours aventurier du Colonel Olrik.

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n°146, mise en ligne sur TV Libertés, le 4 novembre 2019.

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vendredi, 08 novembre 2019

Les Cours suprêmes contre le peuple et l’histoire

Balance-justice.jpgGeorges Feltin-Tracol

Le mardi 24 septembre 2019 restera dans l’histoire européenne comme une journée de deuil. Ce jour-là, les Cours suprêmes britannique et espagnole ont pris des décisions contraires à la volonté populaire et à la réalité historique.

La Cour suprême du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord existe depuis 2009. Elle remplit des fonctions judiciaires jusque-là assumées par la préhistorique Chambre des Lords. Elle décrète à l’unanimité que la suspension du Parlement pour cinq semaines voulue par le Premier ministre Boris Johnson est « illégale, nulle et sans effet ». Le Speaker (président) de la Chambre des Communes, John Bercow, convoque alors pour le lendemain une nouvelle session parlementaire.

Il s’agit d’un indéniable coup d’État judiciaire qui accélère la mutation du système politique britannique. De régime parlementaire rationalisé dans lequel le Premier ministre détenait un pouvoir discrétionnaire pour une durée illimitée, seulement interrompue par les électeurs ou par sa propre majorité, la Grande-Bretagne passe dans un régime d’assemblée soumis à la pression permanente des cléricatures médiatique et judiciaire.

Boris Johnson est devenu Premier ministre parce qu’il veut réaliser le Brexitapprouvé par 51,89 % des votants. Or la classe politique britannique n’entend pas se séparer de l’Union dite européenne. Certains anti-Brexit suggèrent même l’organisation d’un nouveau référendum. Et si on refaisait les élections dès que leurs résultats déplaisent au politiquement correct ? Le cas s’est déjà présenté pour l’Irlande avec le traité de Lisbonne, d’abord rejeté par les Irlandais, le 12 juin 2008, avant que cette pâle copie du Traité constitutionnel européen soit finalement adopté le 2 octobre 2009.

Le même jour à Madrid, la Cour suprême espagnole rejette les recours déposés par la Fondation Franco, bientôt interdite pour une supposée « apologie du franquisme », l’Association de défense de la Valle de los Caidos et la communauté bénédictine du lieu. Elle autorise le gouvernement minoritaire et prébendier du sociétaliste Pedro Sanchez à exhumer la dépouille du Caudillo Francesco Franco ainsi que, dans un second temps, celle du martyr José Antonio Primo de Rivera. La violation illégitime de la sépulture du chef d’État espagnol a eu lieu jeudi dernier, 24 octobre, dans des conditions iniques qui bafouent le respect dû au défunt et à sa dignité. Le gouvernement espagnol souhaiterait ensuite transformer ce lieu de recueillement historique en « Disneyland » de la mémoire hémiplégique. Il s’agit d’effacer la victoire incontestable de la Croisade de libération nationale commencée en juillet 1936. Pedro Sanchez aimerait réécrire, huit décennies plus tard, un conflit largement perdu par les siens de la gauche dégénérée.

Exhumer les tombes de Franco et de José Antonio relève de la profanation, acte tristement pratiqué par les « Rouges » entre 1936 et 1939. Cette pratique infâme sape d’ailleurs les piliers d’une Espagne contemporaine toujours redevable à Franco. Dans De Gaulle, 1969. L’autre révolution (Perrin, 2019, 301 p., 22 €), Arnaud Teyssier rapporte ce propos du Général De Gaulle à son collaborateur, Pierre-Louis Blanc, après son séjour passé en Espagne au printemps 1970. Il évoque l’œuvre du Caudillo : « Tout bien pesé, le bilan de son action est positif pour son pays. Mais, Dieu, qu’il a eu la main lourde ! (note 17, p. 254) » L’auteur de cet ouvrage précise que « De Gaulle avait noté un jour dans ses carnets cette phrase de Joseph de Maistre : “ Un acte politique ne se juge pas aux victimes, mais aux maux qu’il évite ” (p. 252) ». Pas sûr que le minable Pedro Sanchez comprenne cette profonde réflexion.

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n°145, mise en ligne sur TVLibertés, le 28 octobre 2019 cliquez ici

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lundi, 28 octobre 2019

Frémissements populistes au Portugal

Chega-.jpgGeorges Feltin-Tracol

Le 6 octobre 2019 se tenaient des élections législatives au Portugal. Au cours des jours précédant ce scrutin, la grosse presse cosmopolite ne cessa pas de vanter la clique politicienne locale.

Bien qu’arrivée en tête aux élections de 2015, la droite modérée qui se désigne « sociale-démocrate », bel aveu de modération avancée, est incapable de s’entendre au point de laisser le pouvoir aux forces de gauche. Le Parti socialiste d’Antonio Costa négocie âprement avec son ennemi historique, le Parti communiste, et avec le Bloc de gauche, une sorte de condensé lusophone de Mélenchon et de Besancenot. Costa constitue un gouvernement socialiste homogène qui bénéficie du soutien parlementaire des communistes et des gauchistes. Cette alliance inédite n’empêche pas le Portugal d’appliquer une politique économique décidée par la troïka FMI – BCE – Commission de Bruxelles. La violence économique de l’austérité néo-libérale s’édulcore seulement de mesures progressistes d’ordre sociétal.

La médiacratie hexagonale s’extasie surtout de l’absence de tout signe de populisme. Le discours national-identitaire n’est guère audible dans l’opinion portugaise malgré une immigration croissante due à la conjonction de deux phénomènes : l’installation de plus en plus fréquente de ressortissants d’anciennes colonies ultra-marines et l’arrivée des retraités francophones et anglophones. Leur présence favorise la hausse rapide des prix de l’immobilier aux dépens des Portugais eux-mêmes.

Les résultats électoraux voient le vote socialiste croître de 4,3 points et remporter vingt sièges supplémentaires. Antonio Costa est sûr de retrouver son poste de Premier ministre. Le Bloc de gauche garde ses dix-neuf sièges tandis que la Coalition démocratique unitaire, un regroupement de diverses formations dont les communistes et les Verts, n’en a plus que douze, soit cinq de moins. L’alliance gouvernementale est reconduite avec une préférence – implicite – accordée au Bloc de gauche.

La politique sociétaliste de Costa suscite cependant une forte défiance populaire. Outre une abstention élevée (46,5 %), le mouvement environnementaliste et proto-animaliste de centre-gauche Personnes – Animaux – Nature s’emparent de trois autres sièges, soit un total de quatre élus. Mouvement de droite nationale, le Parti national rénovateur ne recueille que 15 272 suffrages (0,3 %), une perte de 0,2 point. Cet échec cuisant s’explique par le (modeste) succès de CHEGA !.

Fondé le 9 avril 2019, CHEGA !, c’est-à-dire « ASSEZ ! », est dirigé par un professeur de droit de 36 ans, André Ventura. Il entre au Parlement avec 66 442 voix (1,30 %). Cet ancien adhérent du Parti social-démocrate entend importer au Portugal les méthodes du voisin espagnol Vox et, lusophonie oblige, l’activisme du président brésilien Jair Bolsonaro. CHEGA ! ne verse pas dans l’euroscepticisme et pencherait plutôt vers l’Alliance des conservateurs et réformateurs européensdorénavant dominée par le PiS polonais. Hostile à l’islam et au mariage gay, ce jeune parti politique promeut une ligne nationale-libérale conservatrice. Il s’affiche libéral en économie, nationaliste sur le plan culturel et conservateur dans le domaine sociétal. À l’instar de Vox, il se déclare irréprochable sur certains sujets supposés controversés et prend par conséquent bien soin de ne pas être confondu avec le RN français, la Lega italienne et l’AfD allemande.

Par cette élection surprise, l’illusion d’une Lusitanie préservée de tout affreux populisme, se dissipe enfin. Faut-il y voir une conséquence indirecte de la polémique de l’été ? En août dernier, le maire socialiste de Santa Comba Dao, Leonel Gouveia, proposa l’édification d’un musée, ou plutôt d’un centre d’étude et d’interprétation du régime de l’enfant de la commune, Antonio Salazar, le président du Conseil de l’« État nouveau » (1933 – 1974). Le 11 septembre suivant, à l’initiative du groupe communiste, le Parlement vota grâce à l’abstention d’une « droite » toujours aussi pleutre, une condamnation de ce projet qui offenserait la mémoire des « victimes » du salazarisme.

André Ventura est bien seul. Et alors ? Pendant près de vingt-huit ans, Jair Bolsonaro fut un député fédéral isolé et méprisé. En dépit d’un changement fréquent d’étiquette partisane, cet isolement politique le préserva des compromissions politicardes. Le président de CHEGA ! a-t-il commencé une longue marche qui en fera un jour le Bolsonaro du Portugal et de la Vieille Europe ?

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n°144, mise en ligne sur TVLibertés, le 21 octobre 2019.

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mercredi, 16 octobre 2019

OPA territoriales

Drapeau-USA-berne.pngGeorges Feltin-Tracol

L’été a connu une affaire que beaucoup ont pris pour une nouvelle provocation loufoque de Donald Trump. L’édition du 15 août 2019 du Wall Street Journal révélait l’intérêt de l’actuel président des États-Unis pour le Groenland. Il aurait proposé d’acheter l’île arctique au Danemark. Le royaume danois jugea la démarche vaine.

Dépendance de Copenhague, le Groenland dispose d’une large autonomie interne et n’appartient plus depuis le milieu des années 1980 à l’Union dite européenne. Au moment où la route maritime du Nord deviendrait plus accessible, il occupe une position géopolitique essentielle. Outre la présence de gisements d’hydrocarbures, son sous-sol regorgerait d’or, de zinc, de cuivre, de graphite, de nickel, de platine et d’uranium.

Loin d’être une énième pitrerie, Donald Trump inscrit son étonnante proposition dans l’action de ses prédécesseurs. À deux reprises déjà, la Maison-Blanche a voulu acheter l’île; en 1867, puis en 1946 pour un montant de cent millions de dollars… L’homme d’affaire devenu président relance ainsi une vieille pratique étatsunienne : l’achat plus ou moins honnête de territoires.

La formation des États-Unis aux XIXe et XXe siècles se réalise autour du regroupement de terres acquises à vil prix. En 1803, le Premier consul Bonaparte vend pour quatre-vingt millions de francs le vaste territoire de la Louisiane entre le Golfe du Mexique et les confins du Canada. Sous-peuplée et mal défendue, la Louisiane constituait une cible prioritaire pour la belliqueuse Angleterre dans son espoir de soumettre ses anciennes colonies rebelles. En 1819, l’Espagne reçoit cinq millions de dollars pour la cession de la Floride. En 1848, les États-Unis font un bond territorial considérable. Suite à une féroce guerre d’invasion, les États-Unis versent au gouvernement mexicain un pourboire de quinze millions de dollars dans le cadre du traité de Guadalupe. Ce traité biaisé offre à la jeune puissance nord-américaine le Texas, la Californie, l’Utah, le Nevada, l’Arizona, le Colorado et le Nouveau-Mexique. Cinq ans plus tard, en 1853, l’Étatsunien James Gadsden négocie avec Mexico, un accord sur la rectification frontalière méridionale du Nouveau-Mexique. Washington y achète une bande de terre de 76 800 km² dans laquelle se trouvent les villes bien connues des cinéphiles fans de western, Yuma et Tucson.

En 1867, les États-Unis réussissent un très beau coup territorial. Partisan du Nord pendant la Guerre de Sécession entre 1861 et 1865, le tsar Alexandre II commet l’erreur irréparable de vendre l’Alaska pour la somme de sept millions deux cents mille dollars. La Russie perd sa dimension tricontinentale qui lui aurait permis de faire du Nord de l’océan Pacifique un lac russe. En 1899, le traité de Paris arrête la guerre entre l’Espagne et les États-Unis. Contre vingt millions de dollars, Madrid cède Porto Rico, les îles de Wake et de Guam dans le Pacifique ainsi que les Philippines et Cuba. Un an plus tôt, les États-Unis avaient annexé la république bananière d’Hawaï…

En 1917, Washington achète enfin au Danemark pour vingt-cinq millions de dollars sa part des îles Vierges. L’autre partie de cet archipel des Antilles appartient toujours au Royaume-Uni. Par cette acquisition, les États-Unis renforcent leur emprise sur les aires centre-américaine et caraïbe.

Réclamer le Groenland revient par conséquent à poursuivre une vieille politique géo-boutiquière. Bien des critiques de Trump n’ont toujours pas compris que son impulsivité ne l’empêchait pas de réfléchir. Cette manie douteuse d’acheter des territoires s’applique jusqu’au continent européen puisque qu’est-ce que l’OTAN, sinon la meilleure justification pour manipuler des gouvernements soi-disant européens plus que jamais déférents envers leur maître d’outre-Atlantique ?

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mardi, 03 septembre 2019

Pour saluer la mémoire d’un Argentin exemplaire

Mohamed-Ali-Seineldin.jpeg

Georges Feltin-Tracol

Il y a dix ans, le 2 septembre 2009, décédait à l’âge de 75 ans d’une crise cardiaque à Buenos Aires Mohamed Ali Seineldin. Si cette personnalité reste méconnue en Europe hors des cercles hispanophones, il a pourtant été un remarquable activiste nationaliste argentin.

Né le 12 novembre 1933 à Concepción del Uruguay dans la province d’Entre Ríos, Mohamed Ali Seineldin vient d’une famille druze d’origine libanaise. Ayant grandi sous la décennie péroniste, il s’engage dans l’armée et se convertit au catholicisme de tradition. Seineldin signifiant en arabe « Protecteur de la foi », il rendra toute sa vie un culte particulier à la Vierge Marie tout en conservantses prénoms musulmans par respect pour ses parents.

Officier commando d’infanterie, il participe à la tentative de reconquête des Malouines occupées par la perfide Albion en 1983. Malgré la défaite, il garde le respect de ses hommes. Hostile aux États-Unis d’Amérique, au sionisme et au mondialisme, il partage des idées assez semblables à celles de l’Étatsunien réfractaire Lyndon LaRouche. Ce proche du théoricien nationaliste-révolutionnaire Norberto Ceresole s’élève vite contre l’épuration des cadres de l’armée entreprise par le gouvernement néo-démocratique de Raul Alfonsin. En 1988, il s’empare de la caserne de Villa Martelli près de Buenos Aires. Attaché militaire au Panama, il assiste à l’invasion et à l’occupation de ce petit pays stratégique par la soldatesque yankee en 1989. La scandaleuse arrestation de Manuel Noriega préfigure celle des présidents résistants Slobodan Milosevic, Saddam Hussein et Radovan Karadzic ainsi que l’assassinat du Guide Libyen Kadhafi. Sous la présidence du traître péroniste et kleptocrate notoire Carlos Menem, le colonel Seineldin fomente en 1990 un second coup d’État qui échoue en raison de la torpeur des troupes et de l’apathie de la population. Mohamed Ali Seineldin devient la principale figure des « carapintadas », ces militaires nationaux-révolutionnaires qui maquillent leur visage de camouflage. Malgré les échecs répétés, les « carapintadas » marqueront durablement le lieutenant-colonel des parachutistes vénézuélien Hugo Chavez.

Arrêté puis jugé, Mohamed Ali Seineldin est condamné à la détention perpétuelle. Il rédige en 1992 dans sa cellule une Synthèse du projet mondialiste « Nouvel Ordre » qui doit être imposé dans les nations ibéro-américaines. Il dénonce dans cette brochure le « Nouvel Ordre mondial » et l’impérialisme cosmopolite étatsunien. Gracié par le président Eduardo Duhalde en 2003, il réintègre le cadre de réserve des forces armées. Ce partisan des aires de développement autocentrées crée d’abord un groupuscule politique, le Mouvement pour l’identité nationale et l’intégration ibéro-américain, avant de rejoindre le Parti populaire de la Reconstruction d’orientation nationaliste catholique fondé en 1996 par l’un de ses anciens lieutenants, Gustavo Breide Obeid. Le colonel Seineldin soutient donc une troisième voie nationale, populaire, sociale et continentale autant opposée à l’ultra-libéralisme bankstériste qu’au collectivisme marxiste. Il n’hésita jamais au cours de sa vie à mettre ses idées au bout de sa peau, quitte à le payer parfois chèrement.

Le colonel Mohamed Ali Seineldin représente aux côtés du « Commandant Zéro », le Nicaraguayen Eden Pastora, et du « Commandante » bolivarien Hugo Chavez, l’exemple même du combattant politique soucieux des intérêts conjoints de sa nation et de l’Amérique romane. Sa vie demeure plus que jamais une source d’inspiration pour tous les révolutionnaires-conservateurs du monde entier.

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mercredi, 07 août 2019

Mettre l’Union européenne à l’heure suisse

Mettan.jpgGeorges Feltin-Tracol

Ancien directeur de La Tribune de Genève et député à l’assemblée cantonale de Genève d’abord sous l’étiquette démocrate-chrétienne, puis comme indépendant, le Russo-Suisse Guy Mettan vient de signer un essai qui mécontentera les européistes « bruxellobéats » et agacera les souverainistes nationaux, Le continent perdu. Plaidoyer pour une Europe démocratique et souveraines (les Éditions des Syrtes, 2019, 266 p., 19 €).

Il jette en effet un regard extérieur sur la question européenne ou, pour être plus précis, sur le devenir de l’Union européenne. Guy Mettan commet toutefois une erreur fréquente, celle de confondre l’Europe et l’Union dite européenne. L’auteur ne cache pas avoir été un chantre de l’adhésion suisse au grand ensemble continental voisin. Il en est aujourd’hui revenu au point de le qualifier de « machine déréglée (p. 109) » au « circuit législatif abscons (p. 123) » qui pratique « un coup d’État judiciaire permanent (p. 121) ». Il juge les institutions actuelles de l’UE ne pas être à la hauteur des défis.

Fort des précédents historiques, Guy Mettan s’inquiète de l’inertie croissante du processus européen qui suscite en revanche une décomposition étatique inouïe avec le Brexit, générateur d’une incroyable instabilité politique outre-Manche, les revendications indépendantistes de la Catalogne, de l’Écosse, de la Flandre ou les tentations illibérales en Europe centrale. Ces phénomènes politiques profonds affaiblissent des États européens qui deviendront bientôt des proies faciles pour la Chine ou l’Inde. Il craint par ailleurs que le destin des nations européennes soit de finir digérées par les États-Unis comme les cités grecques le furent par Rome…

L’auteur déplore en outre la confrontation stérile entre de faux européistes qui croient l’UE comme un accélérateur de dépolitisation du monde au profit d ela technique, du droit et de l’économie, et des souverainistes populistes qui préfèrent se rétracter sur le seul cadre national. Guy Mettan ose pour sa part proposer un projet européen souverainiste et fédéraliste, ce qui peut paraître contradictoire pour un esprit français. Pas du tout quand on s’inspire de l’exemple helvétique. Ainsi défend-t-il que « l’Europe, plutôt que de vouloir devenir un empire non impérial, devrait au contraire avoir l’ambition de se transformer en un “ anti-empire ”, en un État fédéral fort, libre, démocratique, souveraine et respectueuse des autres (p. 222) ».

Hormis l’emploi dans une acception courante, inexacte et polémique du concept d’empire, l’auteur avance, à rebours de la doxa dominante, que le processus européen ne peut se concrétiser qu’autour de « la neutralité (ou le non-alignement) comme principe d’action (p. 248) ». Certes, « évoquer cette perspective, concède-t-il, fera naturellement bondir les atlantistes fanatiques et les intellectuels partisans de l’ingérence humanitaire et de la mission civilisatrice de l’Europe, censées apporter les lumières de la démocratie et des droits de l’homme au reste du monde plongé dans les ténèbres de la barbarie (idem) ». Si la neutralité coïncide à la spécificité suisse, correspondrait-elle à l’âme européenne définie naguère par Robert Dun ? Or il existe une subtile différence entre la neutralité et le non-alignement.

Charles De Gaulle esquissa aux débuts de la Ve République une diplomatie non-alignée en vive opposition avec le bloc atlantique anglo-saxon. La neutralité suisse est par nature dépolitisante puisqu’elle récuse toute puissance. Or, l’hypothétique non-alignement alter-européen qui impliquerait au préalable la fin de l’OTAN et la présence militaire étatsunienne serait quant à lui résolument politisé, axé sur la notion de puissance, et s’incarnerait dans une « Europe cuirassée » comme l’entendait Maurice Bardèche. L’État européen de demain (ou d’après-demain ?) pourra bien sûr se mettre à l’heure de Genève mais à la condition impérative de se placer au centre du grand jeu tragique des rapports de forces géopolitiques et non point à l’écart.

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n°136, mise en ligne sur TV Libertés, le 29 juillet 2019.

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mardi, 30 juillet 2019

Abécédaire de CasaPound

CasaPound.jpgGeorges Feltin-Tracol

À bientôt 40 ans, Adriano Scianca est le responsable culturel du mouvement italien CasaPound. Ce journaliste s’est fait connaître en France dès 2012 par la traduction de CasaPound. Une terrible beauté est née !. Les Éditions du Rubicon ont laissé la place à une structure plus professionnelle, les Éditions Némésis, qui republie l’ouvrage avec une traduction revue et corrigée, un cahier photographique inédit et un nouveau titre dans le cadre de la collection « Europe » : Tout se réapproprier. 40 concepts pour une révolution en marche (311 p., 22 €).

L’ouvrage est d’abord un bel objet esthétique : couverture métallisée avec rabat, papier de qualité, mise en page soignée. Sur le plan des idées, il représente toujours ce condensé de dynamite qui, au moment de sa première sortie hexagonale, souleva de vifs débats. Dans la préface qu’il accorde à cette deuxième édition, Adriano Scianca reconnaît « regarder avec un œil moins sévère les critiques qui me parvinrent de la part d’une certaine droite journalistique française. Aujourd’hui, je pense que, sans faire preuve de rancœur, ces critiques comprenaient au moins une part de vérité (p. 13) ». Il estime en effet que « le caractère trop “ post-moderne ” […] découlait d’une certaine immaturité (Idem) » au point de penser « que l’approche globale de Tout se réapproprier exprime un moment dialectique aujourd’hui dépassé par une synthèse supérieure (Id.) ».

En 2011, CasaPound n’investissait que la métapolitique et l’action sociale. Le mouvement se présente maintenant aux élections. Aux récentes européennes, 89 142 Italiens ont choisi la liste de la Tortue fléchée. L’essai d’Adriano Scianca n’en demeure pas moins toujours actuel grâce aux quarante notions qu’il définit, explique et commente avec une belle aisance.

CasaPound – Italia est une formation révolutionnaire qui avoue se réclamer du « fascisme du IIIemillénaire ». Qu’est-ce que le fascisme ? « C’est avoir conscience d’une destinée et avoir l’envie éhontée de l’affronter, avoir la capacité de vivre pleinement dans la bande, dans l’équipe, dans le clan et de savoir élever ce lien au niveau de la nation et de l’empire. Être fasciste, c’est avoir 17 ans pour toute la vie. C’est se dépasser, c’est donner forme à soi-même et au monde. […] N’avoir de la nostalgie que pour le futur ! (p. 140) » La référence assumée à l’héritage fasciste n’empêche pas la critique. « Après 1945, on prend tout ce qui a fait l’esprit de la révolution mussolinienne et on écarte tout ce qui l’a trahie (p. 89). » Il est plus qu’évident que CasaPound – Italia se situe dans une avant-garde altière, militante et héroïque aux « suggestions nationale-révolutionnaires inspirées par Jeune Europe et la Nouvelle Droite (p. 90) ».

Tout se réapproprier demeure l’opus doctrinal fondamental de CasaPound dont la seule existence a ensuite inspiré le Hogar Social Madrid et la communauté francophone de Zentropa. Même si huit ans plus tard certaines inflexions se sont opérées, le livre reste toujours aussi pertinent parce que, nonobstant quelques détracteurs hexagonaux, il mêle avec une rare acuité intellectuelle la Tradition à la Post-Modernité dans sa dimension la plus archaïque.

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• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n°135, mise en ligne sur TV Libertés, le 22 juillet 2019.

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lundi, 15 juillet 2019

Valérie Pécresse libre de nous enchaîner

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Georges Feltin-Tracol

Les Parisiens sont les citadins les plus chanceux du monde. Ils expérimentent avant tout le monde les joies inclusives du matriarcat version 2.0. Déjà administrés depuis l’hôtel de ville par la délicieuse Anne Hidalgo qui ne cesse de multiplier les travaux de voirie au point que les plus anciens se croient revenus aux temps des Ateliers nationaux, les habitants de la capitale subissent en outre les délires de Valérie Pécresse, l’exquise présidente de leur conseil régional.

Sa soudaine démission des Républicains au lendemain d’une claque historique et jubilatoire retentissante ne surprend guère l’observateur averti. Elle se positionne dès à présent pour un destin national en 2022 (Matignon ?) ou en 2027 (l’Élysée ?). Elle se réclame d’une « droite moderne », comprendre faire du Macron sans et contre Macron. Il s’agit ici d’une énième resucée des « Modérés » si bien critiqués par Abel Bonnard. Elle anime un groupuscule de notables appelé Libres !, ou plus exactement, Soyons libres !.

Il importe de comprendre cette injonction comme une anti-phrase. En tant que présidente d’Île-de-France Mobilités, la libérale libertaire sécuritaire Valérie Pécresse va par un vague prétexte écologique remplacer le ticket magnétique de métro – bus – RER en papier par une numérisation complète depuis les téléphones. Cette suppression aiguisera en réalité un nouveau et fort besoin en métaux rares supraconducteurs, ce qui entraînera de nombreuses dégradations environnementales à l’échelle locale en Asie, en Afrique et en Amérique latine.

Que les abonnés de la RATP et du Transilien suivent cette « évolution » technique, soit !, puisqu’ils utilisent depuis le milieu des années 2000 le pass Navigo au lieu de la fameuse « Carte orange ». Mais pourquoi enlever toute forme de papier pour les usagers occasionnels que sont les touristes, les personnes âgées et les provinciaux de passage dans la capitale ? Comment feront-ils pour se déplacer si des titres de transport tels Mobilis ou Paris Visite ne seront téléchargeables que sur des téléphones intelligents ? Ceux qui n’en ont pas ou qui ne souhaitent pas être suivis à la trace devront-ils parcourir Paris et sa banlieue à pied, à cheval ou à vélo ?

La carte électronique d’abonnement est au même titre que le téléphone portatif un excellent mouchard. Les données récupérées (heures et stations d’arrivée et de sortie, durée du trajet) alimentent des algorithmes de surveillance de l’ensemble de la population francilienne. Associée à la vidéo-surveillance en pleine expansion, aux logiciels de reconnaissance faciale et à l’intrusion toujours plus massive des objets connectés chez soi, la fin de la carte en papier marque la fin prochaine des libertés publiques et privées.

Du fait d’une longue et ancienne centralisation, vivre en Île-de-France – désormais devenue Île-du-Monde – ressemble à un enfer terrestre. Loin de libérer les Franciliens et les Parisiens des désagréments du quotidien, Valérie Pécresse les enchaîne encore plus. À l’occasion d’une interventiondonnée aux étudiants de l’École de management de Lyon à l’hiver 2017 – 2018, son grand adversaire Laurent Wauquiez réagissait au récit d’une auditrice en Prépa Littéraires victime d’une loi surl’enseignement supérieure : « C’est vrai ? C’est Valérie Pécresse qui a mis ça en place ? Ah, le nombre de conneries qu’elle peut faire ! » Pour une fois, on ne peut qu’approuver le président démissionnaire des Républicains.

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n°133, mise en ligne sur TV Libertés, le 8 juillet 2019.

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13:14 Publié dans Georges Feltin-Tracol | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook