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lundi, 23 octobre 2017

La ratification fantôme

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Georges Feltin-Tracol

L’Accord économique et commercial global conclu entre le Canada et l’Union pseudo-européenne, plus connu sous ses initiales anglophones de CETA, est entré en vigueur le 21 septembre dernier alors que les parlements nationaux, voire les assemblées régionales, des États membres ne l’ont pas encore entériné. Le CETA s’appliquerait-il ainsi sans la moindre approbation légale ? La réponse est plus complexe dans les faits.

La ratification de ce traité de libre-échange s’effectue en réalité en deux temps. Le 15 février dernier, le Parlement européen le ratifiait par 408 voix (venus des bancs socialistes, libéraux, centristes et conservateurs) contre 254 et 33 abstentions. Adopté, le traité s’applique dès à présent uniquement en ce qui concerne les compétences exclusives de l’Union dite européenne. Ce n’est qu’une ratification partielle, car les clauses portant sur les compétences partagées entre Bruxelles et les États membres (ou même leurs régions autonomes ou fédérées) ne peuvent pour l’instant entrer en vigueur, faute d’approbation parlementaire.

Il y a un an, en octobre 2016, la région Wallonie alors dirigée par les socialistes s’élevait contre ce traité pendant une semaine ! Puis, fidèles à leur couardise, les socialistes wallons capitulèrent en rase campagne. La procédure de ratification a dès à présent commencé avec l’acceptation du Congrès des députés d’Espagne, de la Croatie et de la Lettonie. Elle va continuer sans trop de résistances parlementaires. En effet, sur ce point précis, les quatre États du fameux Groupe de Visegrad (Pologne, Hongrie, Tchéquie, Slovaquie) n’éprouvent aucune réticence à entériner ce document de 2 344 pages.

Le CETA aurait dû susciter en France l’indignation non seulement des élus de l’« Hexagone asservi » du camarade Mélenchon, mais aussi la colère d’un Front national en proie à de vives querelles internes. Pour la circonstance, « marinistes », « philippotistes », « marionistes » et « jean-maristes » auraient pu se retrouver contre un traité abject qui va ruiner l’agriculture européenne, polluer notre alimentation et favoriser les firmes transnationales. Mais pour cela, il eût fallu à ce parti politique une authentique fibre sociale-identitaire. Encore une occasion ratée !

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 49, diffusée sur Radio-Libertés, le 20 octobre 2017.

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lundi, 16 octobre 2017

Du Kurdistan à la Catalogne

dimanche_vote-300x220.jpgGeorges Feltin-Tracol

L’automne arrive et, avec la chute des feuilles d’arbre, les referenda se ramassent à la pelle. Après le référendum de septembre 2014 sur l’indépendance de l’Écosse marquée par la nette victoire du non, deux referenda d’autodétermination se sont respectivement déroulés le 25 septembre au Kurdistan irakien et le 1er octobre en Catalogne. Ces deux consultations n’avaient aucun caractère officiel légal pour être entérinées par les autres États.

Même si les Catalans ne sont pas des Kurdes et les contextes politiques, culturels, historiques, sociaux et économiques très différents, on demeure frappé par le parallélisme des démarches. Depuis 1991, le Kurdistan du Nord de l’Irak dispose d’une très large autonomie interne. La Catalogne bénéficie, quant à elle, d’un puissant gouvernement régional grâce à la Constitution de 1978. Cette liberté politique est toutefois entravée par la rivalité politico-tribale entre le PDK (Parti démocratique du Kurdistan) du clan Barzani et l’UPK (Union patriotique du Kurdistan) de Talabani (qui vient de disparaître) ainsi que d’une dette colossale et d’un état déplorable des finances publiques pour la Généralité de Catalogne.

L’initiative kurde s’inscrit dans l’affirmation militaire de ses forces dans la région : reprise des hostilités entre les Turcs et le PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan), constitution en Syrie du Rajova socialiste-libertaire aux portes de la Turquie, volonté d’émancipation des Kurdes d’Irak. Entre un « Arc chiite » presque réalisé, le magistère russe au Proche-Orient et une « réaction sunnite » éclatée entre Ankara – Doha et Riyad – Abou Dabi, Washington et Tel-Aviv préfèrent désormais encourager les ambitions kurdes historiquement sensibles au sionisme, pensant ainsi contrarier toute hégémonie régionale perso-russe, voire sunnite.

La Catalogne réclame pour sa part son indépendance, ce que refuse le gouvernement central conservateur minoritaire et corrompu de Madrid au nom de l’ordre constitutionnel. Or ce même gouvernement a quand même approuvé le pseudo-scrutin de l’opposition au Venezuela et dénie toute légitimité à l’Assemblée constituante à Caracas. Madrid fait en outre pression sur Barcelone, quitte à recourir à des dispositions liberticides.

Il ne faut cependant pas se réjouir de ce réveil tardif des peuples. Les séparatistes catalans ne se disent pas nationalistes et les Kurdes se veulent d’excellents démocrates selon le pseudo-philosophe Botule-Henri Lévy. Les partis en pointe dans la revendication catalane proviennent de la démocratie chrétienne affairiste, de la gauche républicaine et de l’extrême gauche radicale. Ces formations ne se préoccupent jamais des ravages de l’immigration extra-européenne, ni de l’expansion de l’islam; elles rejettent plutôt le non-Catalan hispanophone et rêvent d’une nation contractuelle multiculturaliste, féministe et « gendériste ».

Alors que la puissance s’exprime désormais en grands espaces continentaux organisés, à quoi bon qu’il y ait une Catalogne et/ou un Kurdistan indépendants si cette souveraineté ne sert que les minables intérêts d’une clique politicienne toujours prête à se répartir la manne pétrolière (ou commerciale) et à suivre les injonctions du « Bloc occidental atlantiste » ? Pour la circonstance, autant les nationalismes étatiques que les indépendantismes régionaux sont les alliés objectifs zélés du mondialisme.

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 48, diffusée sur Radio-Libertés, le 13 octobre 2017.

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dimanche, 08 octobre 2017

La marâtre d’outre-Rhin

Merkel.jpgGeorges Feltin-Tracol

Depuis les législatives du 24 septembre dernier, Angela Merkel rempile pour un quatrième mandat consécutif de chancelier allemand. Il est paradoxal que les mêmes commentateurs qui applaudissent le quinquennat renouvelable une seule fois et enragent à la seule idée que Vladimir Poutine puisse solliciter un nouveau mandat présidentiel de six ans l’an prochain, s’enthousiasment de cette réélection. Mais c’est une victoire à la Pyrrhus ! Avec l’arrivée massive de l’AfD et le retour fracassant des libéraux grâce à un chef de file à la limite lui aussi populiste, la configuration politique conventionnelle a explosé : le Bundestag se retrouve divisé en sept formations (la gauche radicale post-communiste, les sociaux-démocrates, les Verts, les libéraux, les chrétiens démocrates, leurs alliés conservateurs bavarois, et l’AfD). Le futur gouvernement fédéral sera bancal et fragile. Reconnaissons toutefois que dans la piètre faune politicienne occidentale actuelle, Angela Merkel ressemble plus à un bouledogue qu’aux caniches qu’elle côtoie avec une suffisance certaine…

Elle dirige certes la première puissance économique d’Europe, mais ce modèle périclite en raison d’une austérité budgétaire décennale, d’une financiarisation incessante de son économie et d’un inquiétant déficit démographique. Le non-renouvellement des générations allemandes favorise la venue massive d’immigrés exigée par un patronat négrier toujours en quête de bénéficies énormes aux dépens des petites gens de souche. Les conservateurs âgés associent Merkel à une bonne grosse maman. Or, c’est une marâtre impitoyable pour les Grecs, les Portugais et les Italiens. Cette « Européenne » de pacotille empêche en outre toute avancée effective vers une Europe-puissance enfin dégagée des actions bellicistes de l’OTAN.

Oui, Angela Merkel est une anti-européenne patentée ! Le Tribunal constitutionnel de Karlsruhe a insisté à plusieurs reprises sur la priorité de la souveraineté allemande par rapport au projet de construction européenne. Décision cocasse quant on sait la présence massive des troupes d’occupation étatsuniennes ainsi que l’intégration de la Bundeswehr dans les structures globalitaires de l’Alliance Atlantique. L’Allemagne ne dispose en réalité que d’une souveraineté limitée.

En s’opposant avec constance aux initiatives de Charles de Gaulle, et ensuite de ses successeurs présidentiels français, Bonn, puis Berlin se détournent de toute véritable entente intergouvernementale européenne au profit d’une simple colonie marchande déracinée et métissée dans laquelle une Germanie sénile détiendrait une médiocre prépondérance.

Angela Merkel administre une belle maison de retraite outre-Rhin sans comprendre que l’histoire l’a déjà lourdée. Plus que « Mère des Allemands », l’actuel chancelier est leur infirmière ès-euthanasie. Oui, Angela Merkel über alles, proclament les médiats du Système, jusqu’à son crash final… le plus tôt possible.

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 47, diffusée sur Radio-Libertés, le 6 octobre 2017.

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jeudi, 05 octobre 2017

L’énigme alawite

Alawites-225x300.jpgGeorges Feltin-Tracol

Dans le monde arabo-musulman, le terme « alaouite » désigne l’actuelle dynastie royale marocaine en référence à son fondateur, descendant de Mahomet, venu sur la demande des tribus locales, d’où son titre de « Commandeur des croyants », ce qui lui permet de contenir les poussées islamistes.

Le mot mentionne ensuite une communauté ethno-religieuse surtout présente en Syrie et au Liban. Abdallah Naaman étudie ce groupe peu connu pour lequel il remplace les lettres o et u par un w : Les Alawites. Histoire mouvementée d’une communauté mystérieuse (Éditions Érick Bonnier, coll. « Encre d’Orient », 359 p., 20 €). L’ouvrage se compose de deux parties inégales. L’une revient longuement sur le déclenchement de la guerre civile syrienne. Démocrate et laïque, l’auteur récuse les supposés rebelles et vrais terroristes islamistes sans pour autant soutenir le gouvernement légitime du président Bachar al-Assad. Très critique envers Israël et l’Arabie Saoudite, il n’hésite pas à qualifier Nicolas Sarkozy de « burlesque », Laurent Fabius de « mouche du coche (p. 200) » et à dénoncer le philosophe botulien Bernard-Henri Lévy qu’il considère comme un « affabulateur (p. 201) » et un « malhonnête homme à la chemise blanche immaculée que d’aucuns traitent d’imposteur intellectuel de la nouvelle philosophie (p. 201) ». Cependant, hors de ces quelques vérités très incorrectes, l’autre partie s’attache à découvrir un peuple mystérieux.

Dissidence religieuse qui mêlent rites animistes, musulmans, chrétiens et zoroastriens d’où la célébration des fêtes de Noël et du Nouvel An solaire perse, les Alawites vivent surtout confinés dans les montagnes abruptes du littoral méditerranéen. Toujours méprisée et en conflit permanent avec leurs voisins chiites ismaéliens qui croient en sept imams à la différence des Iraniens, imamites, qui en vénèrent douze, la communauté alawite « longtemps tenue dans une dépendance étroite, sut conserver une vie religieuse, discrète, sinon active. Face à tous les conquérants, les Alawites sont restés immuablement attachés à leur sol, labourant leurs champs, cultivant leur tabac, leurs vignes et leurs oliviers, et gardant au fond d’eux-mêmes l’empreinte et les souvenirs des vieux cultes (p. 330) ».

Après 1918, la France, devenue puissance mandataire au Levant, tente un éphémère État alawite avant de le fondre dans un État syrien à majorité sunnite, soit les oppresseurs habituels. Les jeunes Alawites s’engagent alors en nombre dès cette époque dans l’armée ainsi que dans deux partis politiques rivaux qui proposent un projet laïque intégrateur : le Parti nationaliste social syrienfavorable à une Grande Syrie pré-arabe, et le Baas panarabe. Dans les années 1960, les militants baasistes s’emparent du pouvoir à Damas. Puis, après de féroces luttes intestines, en 1970, l’Alawite baasiste Hafez al-Assad devient l’homme fort de la Syrie. Ce baasiste qui a épousé une ancienne militante du Parti nationaliste social syrien donne aux Alawites la direction du pays tout en s’ouvrant aux autres minorités religieuses chrétiennes, druzes et chiites et en s’entendant avec une large partie de la population sunnite.

Les Alawites demeurent une énigme spirituelle, ethnologique et culturelle. Hostiles au prosélytisme, ils gardent secrète leur foi qui baigne dans un ésotérisme complexe mâtiné de croyances autour de la réincarnation de l’âme. Oscillant depuis des siècles entre certaines écoles sunnites modérées et des tendances chiites imamites, les Alawites souhaitent principalement se protéger des multiples menaces qui les entourent. Avec raison, car cette communauté très particulière incarne une part de cette diversité humaine que le monde ultra-moderne entend éradiquer. Voilà pourquoi il faut défendre les Alawites.

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 46, diffusée sur Radio-Libertés, le 29 septembre 2017.

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dimanche, 24 septembre 2017

La leçon de Standing Rock

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Georges Feltin-Tracol

Standing Rock est une réserve de la tribu des Sioux Iakota qui s’étend du Dakota du Nord au Dakota du Sud aux États-Unis. Une véritable révolte écologique, spirituelle et ethnique s’y développe depuis avril 2016. Ses habitants s’opposent en effet à la construction d’un oléoduc de 1900 km, le Dakota Access, propriété de la société Energy Transfer Partners.

Cet oléoduc menace la qualité des cours d’eau, peut polluer les nappes phréatiques et va détruire de nombreuses terres arables. Il traverse par ailleurs la réserve et bafoue des sites sacrés amérindiens dont les cimetières. Les Sioux Iakota et d’autres tribus refusent avec force ce tracé qu’ils assimilent avec raison à une profanation. Ils ne sont pas seuls. Le 4 décembre 2016, le Corps des ingénieurs de l’armée des États-Unis n’accordait aucun permis de forage sur la rivière Missouri. Barack Obama a lui aussi tergiversé. Les opposants ont espéré voir annulé ce projet coûteux pour les écosystèmes.

Cependant, à peine installé à la Maison Blanche, Donald Trump a relancé les travaux si bien qu’en mars dernier, plus de 600 personnes manifestaient sans grand succès à Washington. Sur place, les tensions s’exacerbent entre les Amérindiens excédés et des vigiles aux ordres des kleptocrates. L’oléoduc est vital pour des banques qui y ont placé des sommes vertigineuses. Marionnette du BigBusiness, la justice fédérale vient d’entériner tout le projet. Or cette décision judiciaire scandaleuse viole les clauses des traités de paix conclus entre 1851 et 1861 entre les États-Unis et les tribus amérindiennes parmi lesquelles l’interdiction faite aux gouvernements fédéral et locaux de s’accaparer des terres tribales.

Par delà de simples considérations écologiques, sociales et économiques, Standing Rock prouve une nouvelle fois toute la malhonnêteté des États-Unis. Il est dans leur nature profonde de ne jamais respecter les traités signés. La Seconde Guerre mondiale fut en partie due au refus de leur Sénat de ratifier le sinistre traité de Versailles. Avec le TAFTA pour l’heure en sommeil, les Européens risqueraient de se faire escroquer par des Yankees hâbleurs. On comprend mieux pourquoi la Corée du Nord se montre si vigilante face aux entourloupes permanentes de l’entité étatsunienne.

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 45, diffusée sur Radio-Libertés, le 22 septembre 2017.

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dimanche, 17 septembre 2017

Maudits Jeux Olymfric !

IMAGE_20150623_28898405.jpgGeorges Feltin-Tracol

La grande catastrophe est entérinée sous les applaudissements du pouvoir d’occupation médiatique, serviteur toujours zélé de la Finance et de la Banque. Réuni à Lima au Pérou le 13 septembre dernier, le CIO (Comité international olympique) a attribué l’organisation des XXXIIIe Olympiades de 2024 à Paris et les XXXIVe en 2028 à Los Angeles.

Toute la clique politico-économico-médiatico-sportivo-dopée de l’Hexagone exhulte ! Trente-deux ans après les Jeux d’hiver d’Albertville en Savoie, le grand cirque du sport-spectacle, de l’hégémonie publicitaire et du fric-roi reviendra en France, et pas n’importe où ! Dans le territoire – modèle de la « France périphérique » décrite par Christophe Guilluy, Paris et l’Île-de-France. Une fois encore, le centralisme parisien permet à la région-capitale de bénéficier d’investissements financiers colossaux pour les aménagements prévus et les nouveaux réseaux de transports. Certes, ces travaux d’aménagement peuvent empêcher l’asphyxie, la thrombose et l’apoplexie de cette région obèse en population, en activités économiques et en richesses produites. Toutefois, pour quinze jours de gloriole mondio-diffusée, le régime d’Emmanuel Macron délaisse volontiers les régions rurales, ferme des lignes ferroviaires non rentables mais indispensables au tissu local, et favorise les aires métropolitaines.

La France a-t-elle encore les moyens de se payer une danseuse capricieuse appelée « Jeux Olympiques » ? Vu la situation économique déplorable, la réponse est non. Mais les homoncules qui dirigent l’Hexagone savent être très généreux avec l’argent public, cet argent extorqué à des contribuables épuisés. Ces politiciens devraient quand même se souvenir qu’Athènes accueillit les JO en 2004. Six ans plus tard, la Grèce entrait dans une interminable récession.

L’avenir hexagonal de 2024 a déjà un passé et c’est celui, hélas !, de la patrie de Platon et d’Aristote.

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 44, diffusée sur Radio-Libertés, le 15 septembre 2017.

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mardi, 12 septembre 2017

Comme un air de guerre

Werner-198x300.jpgGeorges Feltin-Tracol

Fondées et animées par Slobodan Despot, auteur des brillants romans Le Miel (2014) et Le Rayon bleu (2017), les éditions Xenia ont un auteur fétiche, Éric Werner. Naguère publié par L’Âge d’Homme, ce philosophe suisse poursuit son examen méticuleux du monde hyper-moderne. Son nouvel essai, Un air de guerre (coll. « Franchises », 2016, 93 p., 12 €), s’attarde sur les derniers attentats islamistes survenus en France, en Belgique et ailleurs en Europe.

En fidèle lecteur de Carl Schmitt, Éric Werner désigne sans fausse pudeur l’ennemi. Mais il ne s’en contente pas. Dans sa ligne de mire se trouvent aussi l’État et ses organismes sécuritaires. En effet, les institutions occidentales sont les principaux bénéficiaires des campagnes terroristes. Loin d’être remises en question par les victimes survivantes et leurs proches, elles regagnent à peu de frais une fragile légitimité, ce qui explique en partie l’échec électoral des forces populistes sur le Vieux Continent.

Cette légitimité ténue favorise « l’interpénétration croissante des structures militaires et policières, écrit-il, interpénétration due à plusieurs facteurs, mais en particulier à l’effacement progressif de la distinction intérieur – extérieur (p. 68) ». Désormais, « les forces spéciales ressemblent aux unités antiterroristes de la police (RAID, GIGN). C’est le même concept, mais en plus grand (p. 69) ».

Éric Werner aurait pu aussi se pencher sur la valorisation du terme « sécurité » aux dépens des mots « défense », « police » et « maintien de l’ordre public ». Les militaires intègrent des « forces de sécurité », d’où la propension croissante de certains terroristes à les attaquer au cours de leurs patrouilles. Un air de guerre ne traite pas que de ce sujet. L’ouvrage insiste aussi sur la surveillance généralisée de l’ensemble des habitants par les services de l’État. Au nom d’une soi-disant « guerre contre le terrorisme », des restrictions toujours plus nombreuses (limitation des achats en liquide, fichage des voyageurs, billets de train nominatifs…) s’imposent à une population anesthésiée par un formidable bourrage de crâne médiatique.

Dans cette unanimité pesante et factice, Un air de guerre d’Éric Werner représente vraiment un souffle d’air frais, un vent de liberté venu des Alpes helvétiques.

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 43, diffusée sur Radio-Libertés, le 8 septembre 2017.

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mercredi, 06 septembre 2017

Les déboulonneurs de l’histoire

Général-Lee-300x200.jpgGeorges Feltin-Tracol

Comme il était prévisible, la période estivale fut riche en événements souvent tragiques. On pourrait revenir sur les attentats islamistes qui ont encore frappé l’Europe occidentale, la situation inquiétante au Venezuela, la crise nucléaire entre les États-Unis et la Corée du Nord ou le renvoi de Steve Bannon de la Maison Blanche. Intéressons-nous cependant à un phénomène qui ne cesse de croître en Occident : la relecture idéologiquement correcte des traces matérielles de l’histoire.

On se souvient des incidents violents survenus à Charlottesville, le 12 août dernier entre des militants de l’Alt Right étatsunienne et des contre-manifestants agressifs de gauche. La manifestation, autorisée et pacifique, des nationalistes blancs dénonçait le retrait prochain de la statue équestre du général Lee, le commandant en chef des armées sudistes pendant la Guerre de Sécession (1861 – 1865), située dans un parc public. Or depuis des mois, la mémoire du Sud vaincu est violée et bafouée. Outre l’enlèvement de statues et de monuments dédiés aux héros tombés pour Dixieland, les autorités locales retirent aussi des emplacements publics le drapeau sudiste parce qu’il inciterait à la haine raciale… À ce rythme dément, les musées consacrés à la « Guerre entre les États » fermeront ou bien seront contraints d’expliquer aux visiteurs que les Sudistes étaient très très méchants et les Nordistes super-gentils. Cette hargne contre le passé ne se limite pas à ce seul conflit. Le maire multiculturaliste de New York, Bill de Blasio, va enlever une plaque posée en 1931 – qui rend hommage au Maréchal Philippe Pétain – au motif qu’elle honore le futur chef de l’État français.

Une frénésie similaire concerne l’Espagne, l’Italie et la France. Les municipalités gauchistes hispaniques commencent à effacer toute trace de la période franquiste. Certains élus souhaiteraient même l’anéantissement du colossal monument de la Valle de los Caidos. Les descendants des perdants de 1939 se vengent avec huit décennies de retard de leur écrasante défaite. S’ils continuent ainsi, ils estimeront bientôt que le gouvernement de la IIe République en exil au Mexique était le seul légitime, l’État franquiste une usurpation totale et l’actuelle constitution royale un compromis dépassé.

En Italie, un projet de loi envisage d’interdire toute hommage sur la tombe de Benito Mussolini à Predappio ainsi que la présence de son visage sur des maillots de corps, des étiquettes de bouteille et des gadgets touristiques. Le commerce a donc des limites…

La France a elle aussi connu cette hystérie dans les années 1990 avec la chasse aux notoriétés proches de l’État français du vieux Maréchal. Ainsi de nombreuses rues qui portaient le nom du prix Nobel de médecine, Alexis Carrel, furent changées. En 1996, à l’Université Claude-Bernard – Lyon I, la faculté de médecine Alexis-Carrel devint Laennec. En 2010, la justice administrative a contraint le maire de Gonneville-sur-Mer, dans le Calvados, de retirer le portrait du Maréchal Pétain affiché enmairie, car cela susciterait un « trouble manifeste à l’ordre public ».

Un véritable négationnisme historique sévit donc des deux côtés de l’Atlantique Nord, mais ce n’est pas celui auquel on croit, car ce négationnisme-là est officiel, encouragé et valorisé. Trois bonnes raisons pour le combattre sans pitié.

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 42, diffusée sur Radio-Libertés, le 1er septembre 2017.

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vendredi, 14 juillet 2017

Quelles tensions cet été ?

Revendications_Mer_Chine_Sud-01-272x300.jpgGeorges Feltin-Tracol

Avant d’entrer dans la longue période estivale synonyme de chaleur, de vacances, de voyages et de divertissements, intéressons-nous aux possibles foyers de tensions qui éclateront peut-être cet été. Pronostic délicat, car l’actualité est si mouvante que le feu pourra presque survenir aussi bien au Groenland qu’aux Seychelles.

Dans le cadre de cette dernière chronique avant la Rentrée, on peut dès à présent dresser la liste des zones en guerre : la Syrie, l’Irak, l’Afghanistan, la Libye, le Sahel, la Somalie, l’Ukraine. Dans le Caucase, le conflit dit gelé entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan au sujet du Haut-Karabakh risque de reprendre puisque l’armée azérie a acquis un équipement militaire auprès des Occidentaux payé par la vente des hydrocarbures de la Caspienne.

En Extrême-Orient, les contentieux entre la Chine et les États voisins de la Mer de Chine méridionale ne cesseront pas. Cependant, le point névralgique de la future crise majeure reste la péninsule coréenne. Depuis son revirement interventionniste néo-conservateur, le bravache milliardaire ne cesse de provoquer et de menacer la vaillante République démocratique populaire de Corée parce qu’elle tient toujours tête à la stupide « Communauté internationale ». Comme on aurait aimé que la Maison Blanche exerçât les mêmes pressions sur l’État d’Israël qui ignore superbement les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU. Certes, Washington abrite un puissant lobby israélien alors qu’il n’existe aucun lobby nord-coréen…

Paralysé sur le plan intérieur par les menées politiciennes des élus du Congrès, Trump cherche à redorer son blason en gesticulant contre Pyongyang. Or il sait que tout missile yankee tiré sur la Corée du Nord entraînera une riposte immédiate légitime capable de bouleverser non seulement la Corée du Sud et le Japon, mais aussi l’économie chinoise, voire la stabilité très précaire de l’aire Asie – Pacifique.

Profitez cependant bien de ses deux mois ensoleillés et à la Rentrée pour de nouvelles chroniques hebdomadaires.

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 41, diffusée sur Radio-Libertés, le 7 juillet 2017.

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jeudi, 06 juillet 2017

La question macédonienne

Macedonia_region.jpgGeorges Feltin-Tracol

Pour la diplomatie française, espagnole ou australienne, la Macédoine n’existe pas. Le territoire le plus méridional issu de l’éclatement de la Yougoslavie qui correspond au large bassin hydrographique du fleuve Vardar s’appelle en anglais FYROM ou, en français, ARYM, soit « ancienne république yougoslave de Macédoine ». Candidate à l’Alliance Atlantique, son admission est reportée sine die, suite à l’opposition farouche de la Grèce. En effet, Athènes n’apprécie pas que la capitale Skopje se couvre de monuments et de symboles à la gloire d’Alexandre le Grand. Les Grecs craignent que les Macédoniens revendiquent les régions hellènes de la Macédoine égéenne dont Thessalonique est la ville principale. Par ailleurs, la Macédoine historique défendue à la fin du XIXe siècle par les comitadjisde l’ORIMA (Organisation révolutionnaire intérieure macédonienne et andrinopolitaine) qui firent les premiers attentats modernes, s’étend à l’Est au Pirin bulgare et, à l’Ouest, au Prespa albanais.

Outre les tensions avec Athènes, la Macédoine se heurte à sa puissante minorité albanaise (25 %). En décembre 2016, des législatives anticipées virent le parti au pouvoir, les conservateurs pro-russes remporter de justesse les élections contre l’opposition sociale-démocrate pro-occidentale aidée en l’occurrence par divers partis de la minorité albanaise. Ceux-ci souhaiteraient participer au gouvernement et imposer l’albanais comme seconde langue officielle du pays.

Fort du précédent du Kossovo voisin, les Albanais de Macédoine exigent en outre une large autonomie interne, préalable à terme d’un éventuel rattachement à l’Albanie qui deviendrait ainsi la « Grande Albanie ethnique ». Dans ce contexte délicat s’ajoutent les manœuvres de certaines officines soutenues par l’ineffable George Soros, qui tentent de fomenter une nouvelle révolution colorée. Pour l’instant, le président Gjorge Ivanov refuse toute coalition gouvernementale qui inclurait des irrédentistes albanais et maintient le gouvernement d’Emil Dimitriev.

Un subtil jeu d’influences et de contre-influences se déroule donc en Macédoine entre la Serbie, la Bulgarie, la Grèce et l’Albanie avec, en coulisses, les pressions discrètes de Washington, de Bruxelles, de l’OTAN et de la Russie. La Macédoine est l’exemple même des enjeux géopolitiques dans les Balkans.

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 40, diffusée sur Radio-Libertés, le 30 juin 2017.

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lundi, 26 juin 2017

Le vote des ados

Le-Naour.jpgGeorges Feltin-Tracol

Fin janvier 2017, un soi-disant syndicat lycéen (eh oui ! maintenant les lycéens ont des associations supposées représentatives animées par des permanents trentenaires du PS et du PCF) rendait public un sondage favorable à l’abaissement du droit de vote à 16 ans.

Cette surprenante revendication s’appuie sur le précédent des élections prud’homales qui autorisent les salariés âgés de 16 ans à voter. Il est toutefois étonnant que cette demande ne soit pas complétée par l’exigence de conduire des automobiles au même âge. Par ailleurs, il serait paradoxal d’accorder ces droits à des adolescents alors qu’en 2005, Chirac avait interdit le mariage des filles à partir de 15 ans au mépris des traditions culturelles légitimes et honorables. Voter serait bien, mais pas se marier…

Au cours de la campagne électorale de ce printemps, Philippe Poutou, Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon ont défendu cette mesure au nom d’une conception viciée de la citoyenneté. Accorder le droit de vote à des lycéens accentuerait le chaos au sein même des familles qui ne sont ni monoparentales, ni homoconjugales. Déjà que tout est entrepris dans l’éducation hexagonale pour faire des élèves de très bons petits républicains. Le bourrage de crânes commence très tôt, dès la maternelle, voire la crèche.

Il ne faut cependant pas rejeter cette suggestion. On doit au contraire la subvertir. En 2005, Jean-Yves Le Naour et Catherine Valenti relataient dans La famille doit voter (Hachette, 265 p.) les tentatives d’imposer en France le suffrage familial qui fut défendu autant par le gaulliste Michel Debré que par le Front national avant 2012. Par suffrage familial, on entend donner aux parents la possibilité de voter à la place de leurs enfants jusqu’à leur majorité. Le père voterait pour sa fille et aurait donc deux voix tandis que son épouse disposerait de trois bulletins (le sien et celui de leurs deux fils).

Parfaitement inégalitaire, ce mode de suffrage accorderait aux familles nombreuses un réel poids politique proportionnel à leur poids démographique dans le renouvellement des générations à la condition bien sûr que s’appliquent le droit du sang et une attribution limitée de la citoyenneté. Plus loin que le simple droit de vote des ados, c’est à la famille de racines albo-européennes qui doit s’exprimer.

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 39, diffusée sur Radio-Libertés, le 23 juin 2017.

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dimanche, 18 juin 2017

Chroniques missinistes

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Missiniste désigne l’adhérent et le militant du Mouvement social italien (MSI), fondé un 3 décembre 1946 à Rome par quelques personnes dont Pino Romualdi, le père du penseur organique, Adriano Romuladi, auteur de plusieurs essais novateurs, décédé sur la route le 12 août 1973, et Giorgio Almirante. Dès l’immédiate après-guerre, dans une Italie en ruines sous occupation anglo-saxonne, des nombreux groupes épars qui, héritiers de la République sociale italienne (1943 – 1945), entendent maintenir la flamme du fascisme s’engagent au sein d’une seule formation. Pendant plus de quarante ans, tandis qu’une partie de l’Europe au-delà du « Rideau de Fer » subit l’occupation soviétique, la flamme tricolore missiniste illuminera la grande majorité des mouvements nationalistes d’Europe occidentale.

C’est cette aventure politique exceptionnelle que relate Massimo Magliaro pour le onzième numéro des « Cahiers d’histoire du nationalisme ». Journaliste à la RAI, correspondant à Paris et à Madrid, ensuite directeur de la RAI – International, l’auteur fut auparavant le rédacteur en chef du Secolo d’Italia, le journal officiel du MSI, et un proche de Giorgio Almirante qui en fut le secrétaire général de 1947 à 1950, puis de 1969 à 1987.

L’auteur privilégie la chronologie avec des notices plus ou moins longues. Il rappelle que dès avril 1944, des militants fascistes éditent un journal clandestin Manifesto (« Manifeste »). À peine la guerre terminée, d’autres titres imprimés et des groupes locaux plus ou moins secrets – La Rivolta ideale (« La Révolte idéale »), le Parti fusionniste italien, Paginere Libere (« Pages libres »), Groupes nationalistes lombards, Rosso e Nero (« Rouge et Noir »), Front du Travail, etc. – se manifestent dans toute la péninsule.

Des années agitées

Très vite, le jeune MSI fait face à la violence politique du puissant PCI et des socialistes, aux harcèlements judiciaires pour « reconstitution du parti fasciste » ainsi qu’aux entraves administratives diverses et variées. Jusqu’à la fin des années 1980, les missinistes affrontent flics du Régime obéissants, communistes acharnés et gauchistes virulents. Maints militants y perdent la vie, souvents assassinés par des terroristes néo-bolcheviks. Ce sont les funestes « Années de plomb » avec la manipulation par le réseau occidentaliste otanien Gladio et la Loge P2 d’organisations terroristes d’extrême gauche et d’extrême droite. Dans ce contexte violent, les drames se multiplient. Le 16 avril 1973, l’appartement du secrétaire de section du quartier populaire romain de Primavalle est incendié. « Deux des enfants, l’aîné, Virgilio, 22 ans, et le plus petit, Stefano, 8 ans, meurent brûlés vifs. […] Pour la gauche, l’attentat est le fruit d’un conflit interne au sein de la section dont Mattei était le secrétaire (p. 111) », ce qui est bien sûr abject et faux.

Les intimidations, les menaces, les attentats, les bagarres de rue n’empêchent pas le MSI de siéger, grâce au mode de scrutin proportionnel, tant au Sénat et à la Chambre des députés que dans les conseils municipaux et régionaux. Aussi étrange que cela puisse paraître pour un observateur français habitué au monolithisme partitocratique, le MSI pratique une véritable démocratie interne avec la libre expression de tendances parfois antagonistes. En effet, quoi de commun entre les courants de « Gauche fasciste », l’aile « spiritualiste » de Pino Rauti, animateur du Centre d’études Ordine Nuovoqui fit un temps scission, les monarchistes ralliés après bien des palabres et qui permirent au MSI de s’adjoindre les termes de « Droite nationale » sans oublier le rôle de la CISNAL (Confédération italienne des syndicats nationaux des travailleurs), issue du MSI, et qui va progressivement s’en émanciper avant de se transformer en une UGL (Union générale du travail) de plus de deux millions d’adhérents aujourd’hui.

Outre une grande floraison de publications, certaines plus éphémères que d’autres, et la participation – originale alors – aux premières radios libres ouvertement de droite, le MSI organise très tôt des réunions culturelles internationales. Y assistent en mai 1962 les Allemands Ernst Jünger et Ernst von Salomon, le Hongrois exilé Thomas Molnar, les Français Michel Déon, Thierry Maulnier, Pierre Andreu, Paul Sérant, Philippe Héduy, Guy Dupré, Roland Laudenbach, Raoul Girardet. Julien Freund se rendra lui aussi assez régulièrement à Rome à l’invitation de cénacles culturels missinistes. En revanche, l’auteur ne mentionne pas la conférence paneuropéenne de mars 1950 qui donna un an plus tard le fameux congrès de Malmö et la création d’un des tout premiers partis ouvertement européens, le MSE (Mouvement social européen). L’engagement européen du MSI constitue une donnée politique permanente.

Un esprit fort européen

Dès 1978, le MSI de Giorgio Almirante approuve l’initiative du PFN de présenter une liste lors des premières élections européennes de l’année suivante. Plus européens que les habituels européistes patentés, Français, Italiens et Espagnols entérinent le principe d’une liste commune appelée l’« Eurodroite ». Si le 10 juin 1979, la version française conduite par Jean-Louis Tixier-Vignancour ne recueille que 1,33 % des suffrages, le MSI envoie à Strasbourg quatre élus dont Almirante. Massimo Magliaro ne signale pas non plus qu’au moment de l’élection de la présidence du Parlement européen, les députés européens missinistes votèrent pour la Française Simone Veil qui oubliera d’ailleurs cet étonnant soutien à partir du « tonnerre de Dreux » en 1983…

Cinq ans plus tard, toujours au Parlement européen, le MSI rejoint le groupe des Droites européennes présidé par Jean-Marie Le Pen qui renouait ainsi avec une vieille alliance contractée en 1972 – 1973 (la flamme du FN est un décalque de la flamme du MSI). En avril 1985, le groupe des Droites européennes tient dans la capitale italienne deux journées d’études consacrées au terrorisme, à l’émigration, à l’adhésion prochaine de l’Espagne et du Portugal et de la monnaie unique européenne ! Eh oui ! Avant la chute du Mur de Berlin, le FN et le MSI défendaient l’idée conjointe d’une monnaie et d’une armée européennes. On était très loin du souverainisme étriqué en vogue chez certains nationaux…

Massimo Magliaro évoque enfin la fin du MSI. Le 27 janvier 1995, sur proposition de son secrétaire général, Gianfranco Fini, le XVIIIe Congrès accepte de dissoudre le mouvement pour pouvoir se fondre le lendemain dans une Alliance nationale d’orientation libérale-conservatrice. Ministre des Affaires étrangères de 2004 à 2006, président de la Chambre des députés de 2008 à 2013, vice-président du Conseil des ministres de 2001 à 2006 sous Silvio Berlusconi, Gianfranco Fini achèvera son parcours politique débuté à la direction du Front de la Jeunesse, naguère ami de Jean-Marie Le Pen et disciple de Maurice Bardèche, au centre-droit très modéré et en admirateur transi de Jacques Chirac et de Nicolas Sarközy.

L’échec de Pino Rauti

Certes, un MSI – Flamme tricolore s’est maintenu avec de Pino Rauti, mais il réalisa des résultats électoraux très décevants. En janvier 1990, au XVIe Congrès à Rimini, après d’âpres débats, l’éternel opposant interne Pino Rauti avait remporté le secrétariat général face à Gianfranco Fini. Proche des thèses évoliennes, Rauti soutenait une ligne nationale-populaire dite de « troisième voie ». Dirigeant un mouvement fracturé parce qu’il ne l’avait remporté que par une avance de « 47 voix sur un total d’environ 1500 délégués (p. 216) », Rauti ne comprit pas cette fragilité. Il fut le premier à écarter la flamme tricolore des tracts et bulletins de vote et engagea le MSI sur un programme « national-gauchiste ». Rauti commit en outre deux autres erreurs. Ne comprenant pas le problème de l’immigration au moment où perçaient les ligues régionales autonomistes du Nord très en pointe sur cette question cruciale, Rauti n’hésita pas à poser sur les affiches du parti avec de jeunes immigrés ! Le MSI n’obtint aux élections régionales que 3,9 % des voix, une véritable chute libre ! La seconde concerna la guerre du Golfe (1990 – 1991). Tandis que Jean-Marie Le Pen refusait de se rallier à une supposée « union nationale » voulue par Mitterrand et Bush père, décidait avec panache de soutenir l’Irak baasiste du Président Saddam Hussein et prédisait avec un quart de siècle d’avance les conséquences délétères désormais visibles dans tout le Proche-Orient, Pino Rauti justifia, lui le farouche anti-américain, au nom de l’Occident l’intervention militaire de la coalition internationale ! De nouveaux mauvais résultats survenus en juin 1991 à l’occasion d’élections en Sicile entraînèrent la démission de Rauti et son remplacement par Fini.

Grâce à cette histoire chronologique du MSI, on découvre enfin un mouvement animé par un militantisme ardent, une intense activité culturelle (pensons aux camps de jeunesse des années 1970 inspirés de l’œuvre de J.R.R. Tolkien) et une exceptionnelle vigueur éditoriale. À part peut-être entre 1989 et 1998, jamais son pendant français, le FN, ne fut aussi actif et astucieux. Même si le contexte italien ne correspond pas à la situation française, l’histoire du MSI démontre que rien n’est jamais gagné, ce qui est logique d’autant que c’est bien à Rome que le Capitole se trouve toujours à proximité de la roche Tarpéienne.

• Massimo Magliaro, Le MSI. Le Mouvement social italien, « Cahiers d’histoire du nationalisme », n° 11, Synthèse nationale, 2017, 248 p., 20 € (+ 4 € de port), à commander à l’ordre de Synthèse nationale, 9, rue Parot, CS 72 809, 75 012 Paris.

Le commander en ligne cliquez là

Le banquet pour les 70 ans du MSI à Paris cliquez ici

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mardi, 13 juin 2017

RÉVOLUTION NATIONALE EN INDE

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Georges Feltin-Tracol

Focalisés par la campagne présidentielle française, les commentateurs politiques ne se sont pas intéressés aux élections provinciales survenues en Inde ce printemps. À tort ! Cinq provinces (l’Uttar Pradesh, Goa, Manipur, le Pendjab et l’Uttarakhand) renouvelaient leur parlement local. L’enjeu était de taille pour le Premier ministre fédéral, le nationaliste Narendra Modi. D’abord, avec 220 millions d’habitants, l’Uttar Pradesh est l’État le plus peuplé de l’Union indienne, ce qui donne une indication fiable de l’opinion publique. Ensuite, en novembre 2016, afin de lutter contre la corruption, l’enrichissement mafieux et le travail au noir, Modi ordonna le retrait immédiat des grosses coupures alors que 98 % des transactions financières se réalisent par des paiements liquides, provoquant ainsi un incroyable chaos économique et monétaire. Enfin, ces élections avaient valeur de test national pour le BJP (Parti du peuple hindou) au pouvoir depuis juin 2014. À la surprise générale, le BJP de Modi a remporté quatre provinces sur cinq, seul le Pendjab est revenu à l’opposition (le Parti du Congrès). En Uttar Pradesh, le scrutin majoritaire uninominal à un tour accorde au BJP près de 310 sièges sur 403 !

Créé en 1980, le BJP obtint quatre ans plus tard 7,74 % et deux sièges de députés fédéraux. Au pouvoir entre 1998 et 2004 dans le cadre de l’Alliance démocratique nationale (ADN) qui fédère vingt-quatre partis dont le Shiv Shena du Maharashtra et l’étonnant Parti socialiste révolutionnaire bolchevik au Kérala, le BJP conforte son assise électorale pour les échéances de 2019 et renforce la popularité de son chef. En fin politique, Narendra Modi a choisi comme Ministre en chef (Premier ministre régional) de l’Uttar Pradesh un sadhu, un ascète hindou. Ancien député fédéral de 44 ans, Shri Yogi Adityanah souhaite interdire l’abattage des vaches au nom de l’Hindutva (l’hindouité). Poursuivi dans dix-huit affaires judiciaires pour incitation à la haine et un temps emprisonné pour incitation à la violence, le nouvel homme fort de l’Uttar Pradesh s’oppose avec force aux deux religions étrangères qui menacent l’identité spirituelle indienne : l’islam (les musulmans sont 138 millions, soit 13,4 %) et les différents prosélytismes chrétiens.

Il est regrettable de ne pas s’intéresser à l’Inde, car une véritable révolution nationale s’opère dans ce pays qui,en 2050, sera le plus peuplé au monde.

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 37, diffusée sur Radio-Libertés, le 9 juin 2017.

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mercredi, 07 juin 2017

La Nature en sujet de droit

280px-NZ-Whanganui_R.pngGeorges Feltin-Tracol

L’information est passée inaperçue, car venue de l’autre côté du globe, de Nouvelle-Zélande précisément. Le 17 mars 2017, le Parlement néo-zélandais accordait au Whanganui le statut d’entité vivante avec la personnalité juridique et les droits et devoirs qui en découlent.

Le Whanganui est un fleuve sacré pour les Maoris. Situé dans l’île du Nord, long de 290 km, ce cours d’eau est gardé par la tribu indigène. Grâce à ce vote, la tribu et le gouvernement néo-zélandais pourront dorénavant désigner des avocats qui représenteront le fleuve. Les Néo-Zélandais n’innovent pas. Au Mexique et en Équateur, de semblables mesures ont déjà été prises. Mieux, en Bolivie, le président syndicaliste en poste depuis 2006 Evo Morales se réclame de la Pachamama, la « Déesse-Terre » à la grande fureur des sectes évangéliques et de l’Église catholique.

Dans la province septentrionale indienne de l’Uttarakhand, une haute-cour estima, le 31 mars dernier, que les glaciers de Gangotri et de Yamunotri, sources respectives du Gange et du Yamuna, étaient des entités vivantes, ce qu’étaient déjà ces deux fleuves jugés sacrés par les hindous. Le tribunal va plus loin puisqu’il considère qu’il faut protéger et conserver les rivières, les ruisseaux, les lacs, l’air, les prés, les vallées, les jungles, les forêts, les marécages, les prairies et les cascades qui doivent donc avoir les mêmes droits, devoirs et responsabilités qu’un être physique.

Indiens, Néo-Zélandais et Boliviens font redécouvrir aux Occidentaux le holisme et l’organicité dynamique complexe de la Vie. Cette tendance va plus loin qu’une simple prise de conscience écologiste. À rebours de la doxa mécaniciste dominante occidentale, cette nouvelle perception de la co-appartenance de la Nature et de l’homme (ou plus exactement, des peuples et des communautés enracinées) au monde renoue en fait avec les vieilles visions européennes médiévales et antiques.

Ces quelques décisions judiciaires inimaginables aujourd’hui en France bousculent de vieux schémas de pensée modernes dus aux Lumières du XVIIIe siècle. Un nouvel univers mental émerge lentement sous nos yeux. Il faut s’en réjouir, foi d’un obscurantiste allumé !

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 36, diffusée sur Radio-Libertés, le 2 juin 2017.

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mardi, 06 juin 2017

Saluons le Bastion social de Lyon !

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Georges Feltin-Tracol

Depuis le début des années 1970, le GUD (Groupe Union Défense) joue au grain de sable dans le merveilleux monde des Bisounours. Malgré des différences bien compréhensibles, toutes les générations gudardes se sont révélées par des initiatives médiatiques retentissantes dont la plus récente s’appelle le Bastion social.

Le samedi 27 mai 2017, au 18, rue du Port-du-Temple, dans le IIe arrondissement de la Capitale des Gaules, sa section lyonnaise animée depuis plusieurs années par Steven Bissuel, par ailleurs président national du GUD, a mis en pratique une occupation non-conforme, soit la réquisition d’un immeuble désaffecté appartenant à la municipalité. Après l’avoir sommairement aménagé, le Bastion social va accueillir en priorité des sans-abris d’origine française. En effet, pendant que des travailleurs précaires dorment dans leur véhicule, des familles françaises endettées sont expulsées sans ménagement de leur foyer, et des clochards abandonnés dans la rue par des autorités peu charitables, les mêmes autorités offrent aux clandestins sans-papiers de bonnes conditions d’accueil. Écœurés et scandalisés par ce traitement franchement discriminatoire à l’encontre des nôtres au profit des autres, l’ami Steven Bissuel et son équipe entendent y remédier un petit peu.

Le GUD lyonnais s’inspire très clairement des actions qui rendirent célèbre le mouvement CasaPound. Il s’agissait de donner un toit aux Italiens de racines albo-boréennes qui en étaient dépourvus. L’exemple italien fut ensuite appliqué en Espagne, gravement touchée par la crise financière, avec les militants du Hogar Social (HS) de Madrid. Ce n’est pas un hasard si, le 16 novembre 2015, s’exprimaient au Congrès européen du GUD à Rungis des représentants grecs d’Aube dorée, chypriote de l’ELAM (Front populaire national), de CasaPound et du HS. Certes, les modalités pratiques varient suivant le droit italien, espagnol, grec ou français. Cela n’empêche pas d’oser d’astucieuses entreprises sociales à l’esprit réellement solidariste.

L’apparition du Bastion social a suscité l’indignation habituelle des bien-pensants, plumitifs stipendiés de la presse quotidienne régionale aux ordres des potentats locaux, politiciens trouillards et minables antifas. Ces derniers n’acceptent pas l’idée même d’un squat nationaliste-révolutionnaire au service exclusif des seuls Français d’origine boréenne. La connivence, voire la complicité, entre les flics et les gauchistes s’est déjà manifesté à diverses reprises. Violant sciemment la loi, les forces du « désordre ripouxblicain » ont coupé dans la journée de mercredi 31 mai l’alimentation électrique du bâtiment tandis que la mairie de Lyon déposait une plainte. Vendredi 2 juin, une centaine d’antifas crasseux et de philâtres pro-migrants protestaient, place des Jacobins, à quelques centaines de mètres du Bastion social. Tenant des banderoles genre « Bienvenue aux réfugiés (en anglais) », ce ramassis improbable de mal-lavés cannabisés, d’enseignants retraités, d’intermittents du spectacle et de cultureux cosmopolites verse lui-même dans une inacceptable stigmatisation en beuglant des slogans ineptes tels « Pas de fachos dans nos quartiers. Pas de quartiers pour les fachos » ou « Les seuls étrangers dans nos quartiers, ce sont les racistes ! ». Le « Vivre ensemble » pour tous, oui, sauf pour les « horribles » fafs ?… Discutera-t-on bientôt de leur appartenance à l’humanité ?

Combien de temps résistera le Bastion social ? Les ripostes à venir rendent toute réponse bien pessimiste. Incapables de maintenir le moindre ordre public dans les banlieues de l’immigration gangrenées par les trafics de drogue, plus que timorés quand il faut déloger les délinquants qui occupent illégalement le domicile d’un particulier, et inactifs face au racisme anti-blanc assumé ducollectif Mwasi (prononcez « Moisi »), organisateur du fameux festival parisien Nyansapo (interdit aux femmes blanches et aux hommes !) des 28 30 juillet prochains, État, police, municipalité et justice risquent pour la circonstance de se dépêcher afin d’éviter au plus vite une possible contagion d’occupations non-conformes non seulement à Lyon et dans son aire urbaine, mais aussi en Auvergne – Rhône-Alpes et dans toute l’Hexagone. La non-mixité ethnique du lieu semble ici vraiment poser problème. Vérité à Paris, erreur à Lyon ? Si c’est le cas, que Steven et ses « Rats noirs » se griment au cirage noir et fassent leurs relèves en mini-jupe ! Ou bien qu’ils demandent le patronage des « Afro-descendantes » de ce collectif qui paraît bénéficier d’une réelle immunité !

Pour l’instant, le Bastion social a besoin de votre aide matérielle ou financière. De bonnes volontés bénévoles sont les bienvenues pour des travaux d’aménagement domestique, et des dons de matériel ou de meubles. En pleine campagne des élections législatives fade et nulle sur le plan médiatique, le GUD lyonnais a dès à présent réussi un magnifique coup de maître en plein cœur de la Macronie (le nouveau ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, est le futur ancien maire de Lyon et président de la Métropole). Mieux que la course stérile aux suffrages, cette action directe pacifique démontre toute la pertinence d’allier exemple européen, cause nationale et enjeu social. Bravo donc aux militants du Baston social !

Source Europe maxima cliquez ici

 

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jeudi, 01 juin 2017

Comiques en politique

Mvt-5-stelle.pngGeorges Feltin-Tracol

L’héritage de Coluche ne se limite pas aux Restos du Cœur, ni aux histrions appelés « Les Enfoirés ». Sa postérité inattendue se retrouve aussi en politique, un domaine que Michel Colucci tenta d’investir entre octobre 1980 et mars 1981 quand il présenta sa candidature à l’élection présidentielle. Recueillant jusqu’à 16 % des intentions de votes, l’acteur comique se retira finalement après de nombreuses pressions parfois menaçantes…

Ce n’était pas la première fois qu’un comique postulait pour l’Élysée. En 1965, Pierre Dac avait l’intention de se présenter avant que cet ancien de la France libre ne se retirât en faveur du général De Gaulle. Depuis, Pierre Dac et Coluche ont eu des épigones dans le monde entier. On pense bien sûr à Beppe Grillo, le fondateur du Mouvement Cinq Étoiles en 2009. Il avait ouvert dès 2005 un virulent blogue contre Silvio Berlusconi, la corruption et la malbouffe. Aujourd’hui, sa formation serait la première d’Italie. Mais Grillo n’est pas seul.

Le 25 octobre 2015, le Guatemala portait à sa présidence le conservateur protestant Jimmy Morales. Cet ancien enseignant en économie se fit connaître de ses futurs électeurs en tant que producteur de cinéma, réalisateur, acteur et humoriste télévisuel. En Hongrie, pour remplacer les partis de gauche en plein naufrage, des amateurs de street art hostiles à Viktor Orban lancèrent en 2006 un parti parodique au nom loufoque : le Parti hongrois du chien à deux queues (MKKP). Onze ans plus tard, ce parti est devenu le fer de lance de l’opposition face au Fidesz et au Jobbik. Il prône par exemple la « petite Hongrie » ou l’érection de montagnes près du Danube…

Le 2 avril dernier, les Serbes élisaient dès le premier tour à la présidence leur Premier ministre Alexandre Vucitch. Troisième de l’élection avec 9,59 %, Luka Maksimovitch surnommé « Beli (Blanc) » est un modeste étudiant en communication de 25 ans qui s’est fait remarquer par un costume d’un blanc immaculé, des manifestations parodiques, un discours anti-corruption et un slogan percutant : « Frappe fort ». Ses facéties lui assurèrent une véritable popularité qui défavorisa les candidats nationalistes Vojislav Sesel (4,56 %) et Bosko Obradovitch (2,3 %).

En France, un certain comique troupier politicien a disparu avec le retrait de Nicolas Sarközy et de François Hollande. Gageons cependant que cette vacance sera vite comblée par les figures montantes surgies du PS, des Verts, de l’UDI, des Républicains et d’En Marche !.

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 35, diffusée sur Radio-Libertés, le 26 mai 2017.

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mardi, 23 mai 2017

Platon à Téhéran

170px-Plato_Pio-Clemetino_Inv305.jpgGeorges Feltin-Tracol

Aujourd’hui (NDLR : 19 mai) se déroule en Iran le premier tour de l’élection présidentielle. Sauf énorme surprise, le président sortant Hassan Rohani sera réélu pour un second mandat de quatre ans. Il ne faut toutefois pas surestimer l’action du président qui, bien que représentant l’État, n’est qu’un super-Premier ministre.

République islamique depuis 1979, l’Iran est une théocratie dans laquelle le clergé chiite joue un rôle important. La Constitution du 3 décembre 1980, adoptée par référendum, transcrit dans les faits la vision politique de l’ayatollah Khomeyni. Comme tous les clercs chiites, Khomeyni a lu et médité les auteurs classiques grecs traduits en arabe et en perse farsi dont La République de Platon qui dépeint la cité idéale gouvernée par un philosophe-roi.

Révisée par référendum en 1989, la Constitution distingue très nettement le pouvoir exécutif détenu par un président qui nomme vice-présidents et ministres, le pouvoir législatif, le Majlis ou Assemblée consultative islamique, élu pour quatre ans au suffrage universel direct, et le pouvoir judiciaire avec un Chef indépendant des deux autres pouvoirs. Ces trois pouvoirs sont placés sous la supervision du Guide suprême de la Révolution islamique, soit le philosophe-roi platonicien. Successeur de Khomeyni depuis 1989, Ali Khamenei, chef des armées, peut révoquer le président. Élu par l’Assemblée des experts (86 religieux élus par les Iraniens pour 8 ans) qui peut le révoquer, le Guide suprême désigne le Chef de la justice. Ce dernier nomme à son tour les six religieux qui siègent au Conseil des gardiens de la Constitution aux côtés des six juristes choisis par le Majlis. Ce conseil vérifie la conformité musulmane et constitutionnelle des lois et valide (ou pas) les candidatures aux élections.

Outre la suppression du poste de Premier ministre, la révision de 1989 a entériné le Conseil de discernement du bien de l’État qui entend préserver le Guide suprême des problèmes triviaux de la vie courante dont les interventions risqueraient de désacraliser la fonction. Cet autre conseil se compose de 31 membres nommés par le Guide parmi lesquels s’y trouvent de droit le président, le président du Majlis et du Chef du pouvoir judiciaire. Cet organisme tranche les conflits entre l’exécutif, le législatif et le Conseil des gardiens de la Constitution à propos des questions politiques, économiques et sociales. Ainsi le Guide suprême se réserve-t-il l’essentiel tel l’accord nucléaire conclu avec l’Occident.

La République islamique d’Iran concilie par conséquent un système théocratique et l’élection populaire, ce qui donne toute sa plasticité, son originalité et sa longévité en dépit des crises politiques fréquentes et des tentatives de déstabilisation venues de l’extérieur.

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 34, diffusée sur Radio-Libertés, le 19 mai 2017.

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lundi, 15 mai 2017

Les enfants de SAS

KO-Odessa-186x300.jpgGeorges Feltin-Tracol

Le 31 octobre 2013 décédait à l’âge de 83 ans l’écrivain et journaliste Gérard de Villiers, créateur de Malko Linge alias SAS (Son Altesse Sérénissime). Quelques mois plus tôt était paru la 200e aventure du fameux agent autrichien de la CIA, La Vengeance du Kremlin. Allant sur place plusieurs semaines et obtenant des données confidentielles d’honorables correspondants, Gérard de Villiers exprimait un point de vue atlantiste et pro-occidental assorti d’une conception phallocratique blanche à faire frémir les féministes les plus remontées. Était-il un agent d’influence occidental ? En tout cas, les réseaux qui lui fournissaient de la matière viennent de trouver son successeur capable de diffuser leurs renseignements et de modeler subtilement l’opinion publique.

Au début de cette année, Le Livre de poche a publié une nouvelle série intitulée KO. En relation étroite avec les « Services », les journalistes, les cabinets ministériels, les ONG et les hackers, l’auteur, Alex de Brienne porte ce pseudonyme qui se réfère au siège historique du ministère français de la Défense.

Par KO, il désigne les initiales de ses héros : Kali et Odys Grant, deux citoyens helvétiques. Redoutable informaticien pirate pour sa sœur jumelle, Odys est officiellement chef du protocole aux Nations unies à Genève. Agent de terrain, polyglotte et experte en arts martiaux, Kali agit pour un mystérieux Lord Byron qui travaille pour Sa Gracieuse Majesté.

Deux volumes sont déjà parus : Opération Mossoul et Massacre à Odessa. Ce dernier qui ouvre la série revient sur l’incendie criminel à la Maison des syndicats d’Odessa dans laquelle moururent vifs des militants pro-russes en 2013. L’auteur adresse un clin d’œil sympathique à Villiers. Dans l’avion qui l’emmène à Kiev, Kali « commença à lire un SAS de Gérard de Villiers, Le Cartel de Sébastopol. N’en déplaise aux critiques qui l’avaient snobé pendant toute sa carrière, Villiers savait comme personne nous familiariser avec un pays, ses mœurs et ses agences de renseignements (p. 43) ». D’ailleurs, la trame est assez proche de ses propres intrigues. Analyses géopolitiques et coups tordus des services secrets cohabitent avec les moments d’action et les inévitables scènes de sexe avec cette nouveauté : Kali est une redoutable coureuse de jupons ! Cela préfigurerait-il un prochain James Bond homosexuel, voire d’origine africaine ?

Dans Massacre à Odessa, les pro-russes et les nationalistes ukrainiens sont dépeints en brutes violentes et en trafiquants liés aux oligarques et aux mafias locales, ce qui montre une bonne connaissance du terrain. On y trouve aussi de vives critiques à l’égard de la Russie de Poutine. Y sont évoqués les clans antagonistes du Kremlin. En revanche, l’auteur n’insiste jamais sur la lourde responsabilité des puissances occidentales (États-Unis, Grande-Bretagne, Allemagne, France) dans le drame ukrainien.

La guerre culturelle et la guérilla de l’information constituent des vecteurs souvent anodins. La littérature dite de gare, style SAS et maintenant KO, en fait partie. Ces fictions d’espionnage inspirées de faits réels apportent un éclairage intéressant – mais biaisé – sur les coulisses véritables des grands événements mondiaux.

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 33, diffusée sur Radio-Libertés, le 12 mai 2017.

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vendredi, 12 mai 2017

Bookchin au Rojava

110px-Flag_of_Syrian_Kurdistan.svg_.pngGeorges Feltin-Tracol

Il est des penseurs guère connus du grand public dont les idées circulent néanmoins et s’implantent dans des terreaux fertiles. C’est le cas de l’écologiste social étatsunien Murray Bookchin (1921 – 2006). Intellectuel de la « Nouvelle Gauche » favorable au féminisme et aux sociétés non hiérarchiques, Bookchin théorise le municipalisme libertaire qui postule le renversement des sociétés patriarcales et l’abolition de l’État.

Dans les dernières années de sa vie, Bookchin a correspondu avec Abdullah Öcalan, le chef du PKK (le Parti des travailleurs du Kurdistan) détenu en Turquie. Ses arguments firent évoluer Öcalan et ses partisans indépendantistes du marxisme-léninisme maoïste à une conception socio-politique attentive aux questions d’environnement, aux droits des minorités ethniques et religieuses, à la démocratie directe et à l’égalité des sexes (les combattantes kurdes sont réputées pour leur vaillance militaire).

Dans le conflit syrien, l’émanation locale du PKK s’appelle le PYD (Parti de l’union démocratique). Grâce à ses forces armées et l’aide des Occidentaux, il contrôle trois territoires non contigus (Afrine, Kobané et la Djézireh) qui constituent le Rojava (« l’Ouest » en kurde). Cet ensemble autonome se désigne lui-même de « Système fédéral démocratique de Syrie du Nord » sans officiellement exprimer la moindre revendication séparatiste.

Un texte constitutionnel, la Charte du Contrat social, organise les structures politiques du Rojava. Si ce document s’inspire des expériences communistes libertaires, anarchistes (dont Makhno en Ukraine) et zapatistes au Mexique, il applique aussi de nombreux concepts chers à Bookchin et ce, en dépit de la situation conflictuelle avec le voisin turc, l’Organisation de l’État islamique, les autres groupes rebelles sunnites et, parfois, l’armée nationale syrienne du Président Bachar al-Assad.

Si les Kurdes longtemps soucieux de concilier lutte des classes et libération nationale-populaire, se montrent sensibles aux idées bookchiniennes, c’est peut-être parce que « son mode de réflexion, note Frédéric Dufoing dans L’écologie radicale, relève d’une logique dialectique issue du marxisme et de l’hégélianisme (Infolio, 2012, p. 88) ». Après le Chiapas du sous-commandant Marcos dans les années 1990, il est possible qu’une fois les combats terminés, le Rojava devienne le nouveau modèle de l’utopie post-gauchiste.

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 32, diffusée sur Radio-Libertés, le 5 mai 2017.

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samedi, 06 mai 2017

L’omniprésidence turque

Recep_Tayyip_Erdogan-227x300.pngGeorges Feltin-Tracol

Le 16 avril dernier, les électeurs turcs étaient convoqués à un référendum crucial. Ils devaient se prononcer sur une grande révision de la constitution de 1982 rédigée par la junte militaire alors en place.

Premier ministre omnipotent entre 2003 et 2014, Recep Tayyip Erdogan avait déjà réussi une première modification en 2007 en imposant l’élection au suffrage universel direct du président de la République de Turquie pour un mandat de cinq ans renouvelable une fois. Auparavant, le chef de l’État était élu par les parlementaires pour un mandat unique de sept ans et exerçait une fonction principalement honorifique.

L’élection dès le premier tour d’Erdogan et son tempérament autoritaire provoquèrent l’éviction de son ancien conseiller diplomatique, le Premier ministre Ahmet Davotuglu, pour un chef de gouvernement plus malléable. Désormais, malgré une opposition qui soupçonne une vaste fraude électorale et une victoire plus courte que prévue (51,41 %), la nouvelle réforme fait de la Turquie non pas un régime présidentiel calqué sur le modèle étatsunien, mais plutôt un régime présidentialiste.

En effet, toujours élu pour cinq ans, le président qui n’aura plus de premier ministre à partir de 2019, nommera et révoquera les membres de son gouvernement, dirigera tout l’exécutif et aura le droit de présider un parti politique. Chef suprême des forces armées, il supervisera les magistrats et pourra gouverner par décret. La concordance des élections présidentielles et législatives sera appliquée : les Turcs voteront le même jour pour le président et les députés. De fait, la dissolution de la Grande Assemblée nationale (impensable en système présidentiel) entraînera une élection présidentielle anticipée. Observons que cette simultanéité électorale fut défendue en France dans les années 1960 par le Club Jean-Moulin, proche des socialistes, puis par Jean-Pierre Chevènement dans Le temps des citoyens en 1993.

Désireux d’éclipser la figure fondatrice d’Atatürk, Erdogan s’est offert des institutions hyper-présidentielles qui lui assurent la plénitude du pouvoir. La Turquie retrouve ainsi avec lui sa puissance régionale d’avant au risque de déstabiliser une nouvelle fois tout le bassin méditerranéen, les Balkans, le Caucase et, on l’a vu récemment avec l’implantation de fortes communautés immigrées turques, l’Europe occidentale.

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 31, diffusée sur Radio-Libertés, le 28 avril 2017.

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mardi, 02 mai 2017

Pour un vote de rupture radicale

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Georges FELTIN-TRACOL Europe maxima cliquez ici

Un examen rapide des résultats de ce premier tour vraiment historique confirme avec éclat les travaux de Christophe Guilluy, rejeté par une université française sclérosée. Le vote distingue une Hexagone des métropoles connectées à la mondialisation et des catégories sociales les plus aisées d’une « France périphérique » des « oubliés », des « déclassés », des perdants de la mondialisation. Cette lecture est cependant brouillée par le phénomène des « Insoumis » de Jean-Luc Mélenchon. L’indéniable tribun populiste de gauche a porté dans les agglomérations mi-bénéficiaires mi-victimes de la mondialisation un véritable programme altermondialiste et universaliste. Mélenchon a ainsi plumé la volaille sociale-démocrate quand bien même il s’inscrit toujours dans une logique libérale, humanitariste et progressiste. N’est-il pas favorable à la dépénalisation du cannabis, à la l’inscription dans la Constitution de l’avortement et de l’euthanasie (mais pas de la peine de mort), et à la légalisation de la PMA et de la GPA ? Le vote Mélenchon constitue une variante interne au « Dispositif » établi.

Par leur mécontentement surgi des urnes, les électeurs ont donné une sévère correction aux deux formations de gouvernement qui, depuis quatre décennies, les entraînent vers la ruine et le déclin. Outre une abstention relativement forte (22,23 %) et un nombre assez élevé des suffrages blancs (659 997) et nuls (289 337), les Français ont dégagé le projet social-écologiste multiculturaliste de Benoît Hamon et la vision libérale cosmopolite soi-disant conservatrice de François Fillon. Il faut s’en féliciter.

En effet, entre Emmanuel Macron, fils de François Hollande et de Nicolas Sarkozy, petit-fils de Jacques Chirac, hybride réussi de Jean-Jacques Servan-Schreiber et de Jean Lecanuet, qui va (peut-être ?) gagner, rejeton idéal du mondialisme et du progressisme, remarquable synthèse du libéralisme économique le plus brutal et du libéralisme social le plus dévastateur, et Marine Le Pen, la candidate du peuple, de la patrie et de la nation, le choix est désormais limpide. Il est exceptionnel qu’un second tour de présidentielle française présente deux orientations politiques aussi dissemblables, aussi tranchées. Il y eut bien sûr 2002, 1981, voire 1974. À rebours d’ailleurs des sondages, il est envisageable que le résultat définitif du 7 mai prochain soit aussi serré que celui de 1974 entre Valéry Giscard d’Estaing, ministre de l’Économie et des Finances de Georges Pompidou, et François Mitterrand, candidat socialiste pour la seconde fois, battu pour seulement 425 000 voix d’écart.

Tandis que Jean-Luc Mélenchon, échaudé par ses appels à voter Chirac en 2002, puis Hollande en 2012, ne donne aucune consigne de vote à ses millions d’électeurs et qu’une certaine jeunesse – favorisée des grandes villes ou totalement marginalisée, manipulée par quelques groupuscules antifas, manifeste aux cris : « Ni Macron, ni Marne ! Ni patrie, ni patrons ! », retrouvant ainsi un sympathique « Ni – ni » -, ce second tour ne laisse pas indifférent. Si de nombreux électeurs de François Fillon, de Jean-Luc Mélenchon, de Jean Lassalle, de Nathalie Arthaud et de Jacques Cheminade s’apprêtent à s’abstenir ou à voter blanc ou nul, les identitaires grand-européens n’ont aucun dilemme pour dimanche prochain. Leur engagement ne peut être qu’en faveur d’une rupture radicale, à savoir Marine Le Pen.

Certes, la candidate nationale réclame la sortie de l’euro et de l’Union pseudo-européenne (même si l’alliance avec Nicolas Dupont-Aignan relègue au second plan ces deux sottises), souhaite la suppression des régions, l’interdiction de tous les communautarismes imaginables et le renforcement d’une supposée laïcité. Toutefois, ces mesures ne pèsent guère devant le péril mondialiste-progressiste « Emmanuel Hollande ». Les révolutionnaires-conservateurs, les identitaires et les nationalistes-révolutionnaires, partisans d’une authentique union européenne enracinée et libérée de Wall Street, de la City et de Francfort, doivent se mobiliser en masse au cours de cette semaine décisive pour inciter leur entourage à adopter un choix révolutionnaire crucial. « C’est le vote paradoxal, explique Christine Boutin – avec qui on est pour une fois d’accord – qui fait voter pour faire en sorte que celui de votre camp soit battu (dans Présent du 27 avril 2017). » Sans illusion aucune sur l’issue finale du scrutin, il importe donc de déstabiliser le plus fortement possible leRégime.

Il est enfin rare d’avoir en même temps dans le viseur l’« esprit bourgeois (et beurgeois) », les banksters, les traders, la finance apatride et anonyme, le « Parti médiatique » (BFM-TV, RMC, Le Monde, Le Figaro, Libération, L’Obs, L’Express, Le Point, Télérama, etc.), les ONG (Fondation Abbé-Pierre, Aides, ATTAC, Greenpeace, Planning familial, France – Terre d’Asile, SOS Racisme, Emmaüs, Ligue des droits de l’homme, CCFD, JOC, Ligue de l’enseignement, CIMADE, Osez le féminisme !, Maison des potes, Médecins du monde, Fédération des associations de Marocains en France, Secours islamique – France…), Jacques Attali, Bernard – Henri Lévy, un certain SYNDEAC (Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles), la CFDT, la CGT, la CFTC (le I pour remplacer le C serait maintenant plus juste, vu le profil des nouveaux adhérents souvent barbus), la FSU, SUD, Nicolas Sarközy et les autres charlots du parti Les Républicains (mentions spéciales à « Ali » Juppé, à « Ben» Le Maire, à Valérie Pécresse, à Jean-Pierre Raffarin, à l’amoureux des costards chics appelé François Fillon, à Xavier Bertrand, au « faux-dur » Laurent Wauquiez et au « motodidacte » azuréen Christian Estrosi), Pierre Laurent du groupsculaire PCF, les hiérarques traumatisés du solférinisme abattu, les clowns de l’UDI (Jean-Christophe Lagarde), Les Verts décomposés, la LICRA, Patrick Gaubert, François Hollande, le maître ès-trahison Manuel Valls, le « coup-de-boulleur » Zinedine Zidane, Pierre Bergé, Robert Hue, Alain Madelin, Laurence Parisot, l’expatrié fiscal Dany Boon, l’UOIF devenue « Musulmans de France » ainsi que les ectoplasmes du show biz (les réalisateurs pitoyables et surfaits Luc Besson et Mathieu Kassovitz, le chanteur tête à claque Benjamin Biolay, l’acteur de pissotière Gilles Lellouche ou bien, désaoulé de temps en temps, Renaud Séchan). On pourrait continuer encore tant cette liste de privilégiés est longue comme un jour sans pain. « Beaucoup d’ennemis, beaucoup d’honneurs », affirme le proverbe.

Par conséquent, sans aucun état d’âme, au nom du peuple compris dans sa triple acception d’ethnos, du demos et du plebs, contre la caste « cosmoligarchique » de l’Établissement, mettons le 7 mai prochain une magistrale quenelle au Système !

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mercredi, 26 avril 2017

L’empreinte du Dragon sur la carte

Chine.jpgGeorges Feltin-Tracol

Le Monde des 19 et 20 février 2017 mettait en Une un étonnant planisphère qui témoigne des représentations géopolitiques actuelles de la Chine populaire. Adoptée par l’administration chinoise des espaces arctique et antarctique, cette projection polaire australe place la Chine au cœur du document. De quoi de plus normal pour situer l’« Empire du Milieu » ?

En page intérieure, une seconde carte – plus détaillée – explique le fameux « Collier de perles » (les ports de l’océan Indien qui offrent des facilités aux navires de Pékin et qui encerclent le grand rival indien), présente la seule base chinoise en Arctique (« Fleuve Jaune » sur le Spitzberg) et les quatre autres en Antarctique (« Grande Muraille », Baie Terra Nova, Kundun et Zhongshan), évoque la future base militaire qui sera inaugurée à la fin de cette année à Djibouti, et mentionne quelques réussites logistiques comme le contrôle du Pirée depuis 2009 et la gestion pour 99 ans du port australien de Darwin.

Dans le même temps, en mer de Chine méridionale, les archipels Spratleys et Paracels se sinisent à très grande vitesse tandis que l’état-major a remplacé les sept anciennes régions militaires par cinq « commandements de théâtre » (CT ou Zhanqu) à vocation plus offensive avec, pour celui de l’Ouest, une attribution contre-insurrectionnelle officielle. Ces réformes militaires témoignent d’un intérêt renouvelé pour la réflexion stratégique.

En 2006 paraissait La guerre hors limite (Rivages poche, 310 p., 9,50 €) de Qiao Liang et Wang Xiangsui, deux colonels des forces aériennes de l’Armée populaire de libération. Dans cet essai rédigé en 1999 est défendue « une vision sécuritaire étendue qui élève la notion traditionnelle de domaine territorial à la notion de domaine de l’intérêt de l’État (p. 171) ». À la terre, à la mer, au ciel et au monde sous-marin s’ajoutent dorénavant l’espace interstellaire, les télécommunications et le cyberespace ainsi que la culture, les ressources naturelles, l’environnement, la religion et l’économie. Ainsi les auteurs, fort critiques à l’égard de l’Occident, qualifient-ils « le système financier et l’ordre économique mondial actuels […] de terrorisme financier (p. 192) » avec une nouvelle figure de la Terreur, le spéculateur financier international. Les auteurs associent donc volontiers les attentats de Ben Laden aux méfaits du milliardaire George Soros ! « Cette vision pan-domaines, insistent-ils enfin, est une des conditions de la survie et du développement des États souverains modernes ainsi que de leur influence dans le monde (p. 170). »

L’ascension de la Chine implique de bien comprendre les cartes sinocentrées qui contribuent à l’avènement d’une ère mondiale post-occidentale.

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 30, diffusée sur Radio-Libertés, le 21 avril 2017.

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lundi, 17 avril 2017

Sauvons nos espèces !

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Georges Feltin-Tracol

Depuis plusieurs mois, la presse tant quotidienne qu’hebdomadaire évoque de plus en plus fréquemment une inquiétante évolution venue une nouvelle fois de la Suède. Quand les historiens du futur étudieront notre époque, ils insisteront sur le rôle délétère de ce dépotoir anthropologique.

Terre d’égalitarisme social-démocrate le plus repoussant, le royaume d’opérette suédois n’a jamais cessé de contaminer l’Europe de législations les plus démentes les unes des autres : interdiction de la fessée administrée aux enfants, pénalisation des clients de prostituées, féminisme enragé, incitation d’uriner pour les hommes assis, ouverture suicidaire à l’immigration extra-européenne, éloge forcenée du multiculturalisme libéral, persécution des dissidents tels Julian Assange, déclarations belliqueuses contre la Russie et le Bélarus… Maintenant, Stockholm (Cockholm serait une appellation plus judicieuse) veut abandonner toute monnaie liquide (pièces et billets de banque) et n’accepter que l’argent électronique. Certes, la Corée du Sud prend la même direction, mais c’est en Extrême-Orient. L’État suédois, les syndicats et les grandes chaînes commerciales sont les plus favorables à cette fâcheuse innovation qui, selon le prétexte officiel, tarirait enfin le travail au noir et le crime organisé. La liberté n’y gagnera en fait rien !

En effet, la disparition des espèces monétaires placera chaque habitant sous la dépendance de sa banque. Or, on le sait bien, en démocratie bourgeoise, la finance exerce une puissance prédominante sur les autres pouvoirs. Dans un avenir proche, le banquier pourra exiger de son client la justification précise de ses dépenses. « Pourquoi faîtes-vous un don au Groupe Libertés ? », « Pour quelle raison êtes-vous abonné à Réfléchir & Agir ? », « Allez-vous encore acquérir des livres papier de Julius Evola et de Michel Drac ? » Et si le client joue au mauvais esprit, son banquier le sanctionnera facilement en lui restreignant ses facilités de paiement virtuel.

Cette menace plane sur la France. Le paiement en liquide est dès à présent limité à 1 000 € ! À la Poste, les changeurs de monnaie ont été supprimés pour des motifs fallacieux tandis que les machines qui délivrent les timbres n’acceptent qu’une vingtaine de pièces. Il faut arrêter de suite cette sinistre tendance et payer le plus possible en liquide ! Notre liberté a un coût et passe par une guerre totale à la tyrannie cosmopolite de la transparence.

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 29, diffusée sur Radio-Libertés, le 14 avril 2017.

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mardi, 11 avril 2017

Le mirage suisse

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Georges Feltin-Tracol

Pour bon nombre d’observateurs de sensibilité patriotique, identitaire ou non-conformiste, le voisin suisse fait presque figure d’Arcadie. Leur attirance pour la Confédération helvétique ne repose ni sur son fédéralisme sagement pensé ainsi que sa pratique fréquente de la subsidiarité (deux axes majeurs pour la promotion d’une Alter Europe à rebours de l’Union pseudo-européenne de Bruxelles), ni sur la cœxistence de quatre ensembles linguistiques (germanique, francophone, italien et romanche) qui prouve que la Suisse par ce polyculturalisme enraciné résume elle aussi l’authentique esprit européen.

Non, l’helvétophilie en cours en France ne se rapporte qu’à la votation. Ce terme désigne le référendum d’initiative populaire organisé indifféremment à l’échelle de la commune, du canton et de la Confédération. C’est d’ailleurs cette dernière configuration qui suscite le plus d’admiration. Il faut reconnaître que les votes surprises du 29 novembre 2009 sur l’interdiction des minarets et du 14 février 2012 contre l’immigration de masse n’ont pu que ravir les vrais Européens.

Cependant, ces victoires sans efficacité pratique parce que le gouvernement fédéral bloque la mise en œuvre ne doivent pas masquer de nombreux échecs. Le 12 février dernier, 60,4 % des Suisses approuvèrent la simplification de la procédure de naturalisation des petits-enfants d’immigrés souvent d’origine balkanique, orientale et africaine ! Les médiats du Système fêtèrent ce résultat ! Quelques années auparavant, les Suisses avaient majoritairement rejeté le projet d’abrogation des lois liberticides. Ces deux exemples démontrent que, loin de s’opposer au nouvel ordre cosmopolite, la votation représente parfois un excellent moyen d’asservissement !

Ses introducteurs ignoraient en effet tout de l’impact de ce terrible pouvoir que constitue la sphère médiatique. Ils ne pouvaient pas non plus imaginer que le corps électoral serait au gré des vagues successives de naturalisation plus hétérogène sur le plan ethnique. La démocratie directe convient à l’homme européen à la condition expresse qu’il puisse établir son propre jugement. Dans le tumulte de la vie post-moderniste et l’emprise croissante des réseaux sociaux, ce n’est plus le cas !

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 28, diffusée sur Radio-Libertés, le 7 avril 2017.

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lundi, 03 avril 2017

En mémoire d’un auteur libre

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Georges Feltin-Tracol

Il y a quarante ans, le 29 mars 1977, disparaissait à l’âge de 41 ans un homme libre : Dominique de Roux. Plus que le romancier de L’Harmonika-Zug ou de La Mort de L.-F. Céline, ce père des célèbres « Cahiers de l’Herne » fit partager les textes d’Ezra Pound, de Gombrowicz ou de la Beat Generation. Essayiste, il forgeait de cruels aphorismes qu’on lit dans L’Ouverture de la Chasse, Immédiatement ou La France de Jean Yanne.

Dominique de Roux fut aussi un redoutable polémiste quand il s’attaquait au libéral américanolâtre Jean-Jacques Servan-Schreiber, l’Emmanuel Macron du début des années 1970. Curieux du monde, il devint journaliste et reporter et partit pour le Portugal post-salazariste. Il suivit de près le conflit colonial en Angola et au Mozambique d’où il en tirera Le Cinquième Empire et Le Livre Nègre. Il rencontrera dans les maquis angolais le chef de l’UNITA, Jonas Savimbi, dont il deviendra bientôt le conseiller politique. Savimbi rejettait tout autant la domination portugaise que la tutelle marxiste soviético-cubaine.

Dominique de Roux assumait cet engagement politique au nom d’une « Internationale gaulliste », émanation de son étonnant ouvrage consacré à L’Écriture de Charles de Gaulle (1967), lui l’ancien partisan de l’Algérie française. Son biographe, Jean-Luc Barré dans Dominique de Roux. Le provocateur (Fayard, 2005), rapporte « le silence du général de Gaulle, alors qu’il est dans les habitudes du chef de l’État de répondre personnellement à tout envoi d’écrivain (p. 317) ». L’homme de Colombey comprit que Dominique de Roux avait deviné ses desseins les plus profonds, desseins qu’on reverra en 1982 dans Le Livre des compagnons secrets (ACL – Rocher) du R.P. Martin.

Au-delà des affres quotidiennes de la politique, Dominique de Roux traduisait dans une prose proche du Raymond Abellio dans Assomption de l’Europe l’action gaullienne qui oeuvrait à « la tâche politico-stratégique suprême de la France, plaque tournante, axe immobile et Empire du Milieu d’une unité géopolitique au-delà des frontières actuelles de notre déclin, unité dont les dimensions seraient à l’échelle de l’Occident total, dépassant et surpassant la division ternaire du monde blanc entre les États-Unis, l’Europe et l’Union Soviétique (L’Écriture de Charles de Gaulle, p. 91) ». Pas si mal pour quelqu’un qui lançait : « Moi, Dominique de Roux, déjà pendu à Nuremberg (Immédiatement, p. 234) »

Bonjour chez vous !

Georges Feltin-Tracol

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 27, diffusée sur Radio-Libertés, le 31 mars 2017.

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mardi, 28 mars 2017

Le tiers inclus nord-irlandais

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Georges Feltin-Tracol

Le 2 mars dernier, les électeurs de l’Irlande du Nord (ou Ulster pour les loyalistes britanniques) élisaient leur Parlement régional d’une manière anticipée. Née en 1921 au lendemain de la signature du traité anglo-irlandais qui fondait l’État libre irlandais (Eire) afin de satisfaire la minorité protestante unioniste orangiste alors dominante dans les six comtés du Nord-Est de l’île, l’Irlande du Nord connut une vraie guerre civile de 1969 à 1998 entre les républicains catholiques, les orangistes protestants et leurs alliés, les forces britanniques qui se comportèrent en véritable troupe d’occupation.

L’abandon progressif de la lutte armée et des attentats par l’IRA permit la conclusion des Accord du Vendredi Saint en 1998 et le début d’une période d’apaisement. Le régime d’autonomie régionale favorisa même en 2007 l’impensable, à savoir une coalition gouvernementale entre les anciens ennemis les plus farouches : les unionistes radicaux du pasteur Ian Paisley, nouveau Premier ministre, et le Sinn Fein de Martin Mc Guiness, un ancien chef de l’IRA désigné comme vice-Premier ministre ! Cette entente s’est brisée en décembre 2016. Malade, Mc Guiness démissionna pour protester contre le détournement de subventions publiques au profit des héritiers politiques de Paisley (NDLR SN : il est décédé la semaine dernière).

Hostile au « Brexit » à 55,8 %, l’Irlande du Nord voit avec inquiétude le retour probable d’une frontière terrestre avec l’autre Irlande. Or la population catholique en Ulster sera bientôt majoritaire. L’éventualité d’une réunification de l’île s’éloigne cependant surtout si l’Écosse n’obtient pas son indépendance. Il faut toutefois prendre en compte une nouvelle donnée démographique qui modifie le face-à-face habituel en faveur d’un tiers inclus surprenant. L’Irlande du Nord enfin pacifiée a bénéficié à la fois du dynamisme économique du « Tigre celtique » et des nombreuses aides régionales de l’Union pseudo-européenne. L’Ulster a donc non seulement attiré des Polonais, des Baltes et des Roumains, mais aussi des masses allochtones extra-européennes, en particulier une importante communauté musulmane indo-pakistanaise.

Si les premiers immigrés allogènes se faisaient discrets, leurs enfants se montrent, eux, plus revendicatifs et, comme à Londres, à Édimbourg ou à Cardiff, soutiennent un multiculturalisme dément et l’instauration progressive de la charia. Leurs exigences irritent autant les républicains que les orangistes qui découvrent avec surprise et effroi qu’un troisième larron vient d’entrer en scène…

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 26, diffusée sur Radio-Libertés, le 24 mars 2017.

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vendredi, 24 mars 2017

La démocratie comme conflit

Mouffe.jpgGeorges Feltin-Tracol

Philosophe belge qui enseigne à l’université londonienne de Westminster, Chantal Mouffe vient de publier un essai magistral, indéniable pavé lancé dans la mare du conformisme idéologique ambiant. L’illusion du consensus (Albin Michel, 2016, 197 p., 17,50 €) est la traduction française d’un ouvrage rédigé en 2005 !

Chantal Mouffe entend dénoncer la conception dominante de la démocratie, à savoir l’avènement d’une unanimité formelle. « Les conflits partisans sont choses du passé, écrit-elle en introduction; on peut à présent atteindre un consensus à travers le dialogue. La mondialisation et l’universalisation de la démocratie libérale donnent tout lieu de croire en un futur cosmopolitique qui apportera paix et prospérité et permettra de faire respecter les droits de l’homme partout dans le monde (pp. 7 – 8). » Cette croyance accentue en réalité la défiance démocratique.

En lectrice avisée de Carl Schmitt, elle déplore la réduction du politique par l’économique, la morale et l’éthique. Démocrate radicale et inspiratrice du mouvement espagnol Podemos, Chantal Mouffe encourage l’apparition d’un populisme de gauche. Elle entend ainsi « reconnaître l’impossibilité d’éradiquer la dimension conflictuelle de la vie sociale, loin de saper le projet démocratique, permet précisément de relever les défis auxquels la politique démocratique est aujourd’hui confrontée (p. 11) ». Elle s’attaque par conséquent aux thèses sociales-démocrates réformistes d’Ulrich Beck et d’Anthony Giddens avant d’affirmer que « tout ordre est politique et fondé sur une certaine forme d’exclusion (p. 31) ».

Le quatrième et dernier chapitre concerne les relations internationales. Réservée à l’égard des théories cosmopolitiques pour lesquelles « tout est subordonné au domaine économique et à la souveraineté du marché (p. 137) », Chantal Mouffe qui démonte avec brio les analyses post-gauchistes sur la « multitude » de Michael Hardt et d’Antonio Negri, préfère en bonne schmittienne de gauche favoriser « un véritable multilatéralisme [qui] exige l’existence d’une pluralité de centres de décision et une certaine forme d’équilibre – même si elle n’est que relative – entre les différentes puissances (pp. 174 – 175) ». Une rupture flagrante et appréciable dans le consensus mortifère actuel !

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• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 25, diffusée sur Radio-Libertés, le 17 mars 2017.

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mercredi, 22 mars 2017

La république des émirs

Emirs.jpgGeorges Feltin-Tracol

La dénonciation de l’influence russe dans l’Hexagone a fait récemment l’objet de deux médiocres parutions, La France russe de Nicolas Hénin (Fayard) et Les réseaux du Kremlin en France de Cécile Vaissié (Les petits matins). Ce faisant, une autre enquête, plus juste celle-là, est passée totalement inaperçue même si quelques politiciens français dont un membre des gouvernements Valls – Cazeneuve ont porté plainte contre leurs auteurs, les journalistes Christian Chesnot et Georges Malbrunot. Ces habitués du théâtre proche-oriental viennent de sortir Nos très chers émirs (Michel Lafon, 2016, 299 p., 17,95 €). Son sous-titre,Sont-ils vraiment nos amis ?, pose le débat.

Chesnot et Malbrunot traitent de la forte présence en France du Qatar, de l’Arabie Saoudite, des Émirats arabes unis (premier investisseur arabe dans l’Hexagone) et, dans une moindre mesure, du Koweït, cet État-avorton qui restera à jamais la 19e province de l’Irak baasiste. Les auteurs décrivent la situation politique intérieure souvent complexe de ces États et insistent sur le caractère proprement schizophrénique de la société saoudienne ultra-rigoriste en public et laxiste en privé. L’aspect le plus intéressant de l’ouvrage concerne toutefois les liens des pétromonarchies avec les différents gouvernements de la République.

Depuis les années 1960, la France recherche de juteux contrats auprès d’émirs qui se servent de cet intérêt économique compréhensible pour influencer le personnel politique hexagonal. Avec Sarközy et Hollande, le Quai d’Orsay a relayé et amplifié les revendications des pétromonarchies. La position française « très ferme sur le nucléaire iranien [a ainsi] été motivée par cette “ tyrannie des contrats ” qui caractérise notre diplomatie dans cette région du monde depuis une bonne quinzaine d’années (p. 152) ». Les Saoudiens considèrent pour leur part que « chaque gros contrat signé avec la France fut le plus souvent “ une compensation ” pour remercier Paris (p. 51) ». Cette soumission affecte la présence française en Afrique maintenant brouillée par le jeu trouble de Riyad et de Doha en faveur de l’islamisme…

Saoudiens, Qatariens, Émiratis et Koweïtiens savent que les politiciens français, sensibles au luxe et à l’argent, apprécient « la diplomatie du carnet de chèques (p. 11) ». On apprend que pendant des années, l’ambassadeur du Qatar « offrait aux membres du groupe d’amitiés France – Qatar à l’Assemblée nationale des montres Rolex ou des bons d’achats dans des grands magasins, pour s’acheter un costume par exemple. La valeur du cadeau pouvait aller jusqu’à 5 000 ou 6 000 euros (pp. 15 – 16) ». La vénalité des politicards était telle que, irrité, le gouvernement qatarien exigea finalement l’arrêt immédiat du « distributeur de billets de 500 euros (p. 19) ».

Christian Chesnot et Georges Malbrunot dépeignent donc un système politique français inféodé à de nombreuses puissances étrangères. L’indépendance nationale n’est plus, hélas !, qu’un lointain souvenir.

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 24, diffusée sur Radio-Libertés, le 10 mars 2017.

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lundi, 06 mars 2017

La Russie pour cible

Chiesa.jpgGeorges Feltin-Tracol

Il ne fait pas bon d’être russe en Occident ces derniers temps. D’habitude si attentives à l’Autre, les instances politico-médiatiques occidentales ne cachent même plus leur profond mépris à l’égard de la Russie coupable de revenir sur la scène internationale, ce qui est scandaleux venant de l’État le plus étendu au monde, en outre deuxième détenteur d’ogives nucléaires de la planète.

Au moment où toutes les phobies, toutes les peurs collectives sont de plus en plus pénalisées, une seule est encouragée, voire valorisée : la russophobie. Russophobie 2.0 est d’ailleurs le titre du livre écrit par l’Italien Giulietto Chiesa (Le Retour aux Sources, 208 p., 19 €). Russophone et ancien correspondant de presse à Moscou, Chiesa fut député européen entre 2004 et 2008. Il dénonce dans cet essai « une constante au cours des cinq derniers siècles (p. 7) ». La russophobie qui s’étend jusqu’à une partie du peuple russe. « Tout au long de son histoire, l’intelligentsia russe a été éloignée de son peuple, et absolument incapable d’en partager les sentiments profonds, affirme-t-il. C’est ce qui explique également chez les intellectuels russes ce désintérêt collectif pour la nation à laquelle ils appartiennent (p. 152). » Le terme de nation apparaît ici inapproprié pour décrire l’ultime entité impérial existante. Fascinée par un soi-disant modèle occidental, cette frange infime de la société russe ignore que « les peuples américain et européen, insiste encore l’auteur, constituent de magnifiques cobayes pour le mensonge, mais il faut toujours faire attention à préserver la forme démocratique (pour l’instant, du moins) (p. 56) ».

Giuletto Chiesa estime que « l’Occident cherche à couper les ponts, pour supprimer toute possibilité de dialogue (p. 201) ». N’hésitant pas à considérer le 11 septembre 2001 comme un « attentat sous fausse bannière (p. 115) » et envisageant l’élection certaine de la néo-conservatrice belliciste Hillary Clinton – il ne pouvait prévoir la surprise Trump -, il affirme que « l’ère Obama n’a pas été qu’une suite de victoires médiatiques, elle a connu aussi des défaites politiques et diplomatiques pour les États-Unis. Poutine, à l’opposé, a systématiquement perdu les premières, mais remporté les secondes (pp. 191 – 192) ». Bien vu ! En revanche, on reste très sceptique à propos de son avis partisan sur la crise ukrainienne plus complexe qu’il n’y paraît Cet ancien candidat aux européennes du parti pro-russe en Lettonie ne peut pas s’empêcher de verser dans un antifascisme obsolète en qualifiant les courageux nationalistes-révolutionnaires ukrainiens de « néo-nazis ». On s’étonnera toujours que quelques personnes n’appliquent pas à toutes les communautés populaires enracinées le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 23, diffusée sur Radio-Libertés, le 3 mars 2017.

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mercredi, 01 mars 2017

Vie et œuvre d’un doctrinaire transeuropéen

Thiriart-Pardès.jpgGeorges Feltin-Tracol

Qui connaît Jean Thiriart ? Son ami Yannick Sauveur vient de rédiger une très intéressante biographie aux éditions Pardès dans la collection « Qui suis-je ? » (127 p., 12 €). Optométriste réputé à Bruxelles, Jean Thiriart (1922 – 1992) fut un ardent militant européen ou, plus exactement, « national-européen ».

Après une jeunesse collaborationniste, Thiriart défend le Congo belge et l’Algérie française qu’il intègre rapidement dans une ambitieuse vision grande-européenne allant de l’Arctique jusqu’au Cap. Il crée dès 1962 Jeune Europe, un mouvement transeuropéen qui entend fondre toutes les nationalités en une seule citoyenneté. Hostile aux deux blocs surgis de Yalta, ce parti s’implante en Belgique, en RFA, en Italie, en France, et publie L’Europe communautaire ou La Nation européenne. Auteur, deux ans plus tard, d’Un Empire de quatre cents millions d’hommes : l’Europe. La naissance d’une nation, au départ d’un parti historique (réédité aux éditions Avatar dans la collection « Heartland » en 2007), Thiriart, en lecteur attentif de Machiavel et de Pareto, conçoit un État-nation européen, centralisé, indivisible, unifié, laïque et républicain. Être européen n’est à ses yeux qu’une question politique et nullement une réalité ethno-linguistique. Il exècre par conséquent tous les « petits nationalismes » qu’ils soient régionalistes, nationaux, ethnistes et religieux. Si, dans les années 1980, il envisageait une solide alliance euro-soviétique tournée contre les États-Unis, après la fin de l’URSS en 1991, il imagine un grand-espace plus qu’européen couvrant à la fois l’Europe de l’Ouest et l’ancien bloc de l’Est ainsi que la Turquie, l’Asie centrale, le Proche-Orient et l’Afrique du Nord.

La pensée géopolitique de ce doctrinaire intransigeant déroute. L’échec de Jeune Europe en 1969 ne l’empêche néanmoins pas de continuer à réfléchir et à persévérer. En août 1992, il séjourne à Moscou et y rencontre les opposants de Boris Eltsine dont le jeune Alexandre Douguine pas encore chantre d’une quatrième théorie politique néo-eurasiste. Toutefois, malgré quelques similitudes, force est de relever que le néo-eurasisme douguinien ne correspond pas au transeuropéisme de Thiriart.

Certaines des analyses de Jean Thiriart demeurent actuelles et pertinentes, nonobstant un idéal transeuropéen qui continue à susciter réticences, interrogations et polémiques auprès de tous les européistes identitaires convaincus.

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 22, diffusée sur Radio-Libertés, le 24 février 2017.

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