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mardi, 23 mai 2017

Platon à Téhéran

170px-Plato_Pio-Clemetino_Inv305.jpgGeorges Feltin-Tracol

Aujourd’hui (NDLR : 19 mai) se déroule en Iran le premier tour de l’élection présidentielle. Sauf énorme surprise, le président sortant Hassan Rohani sera réélu pour un second mandat de quatre ans. Il ne faut toutefois pas surestimer l’action du président qui, bien que représentant l’État, n’est qu’un super-Premier ministre.

République islamique depuis 1979, l’Iran est une théocratie dans laquelle le clergé chiite joue un rôle important. La Constitution du 3 décembre 1980, adoptée par référendum, transcrit dans les faits la vision politique de l’ayatollah Khomeyni. Comme tous les clercs chiites, Khomeyni a lu et médité les auteurs classiques grecs traduits en arabe et en perse farsi dont La République de Platon qui dépeint la cité idéale gouvernée par un philosophe-roi.

Révisée par référendum en 1989, la Constitution distingue très nettement le pouvoir exécutif détenu par un président qui nomme vice-présidents et ministres, le pouvoir législatif, le Majlis ou Assemblée consultative islamique, élu pour quatre ans au suffrage universel direct, et le pouvoir judiciaire avec un Chef indépendant des deux autres pouvoirs. Ces trois pouvoirs sont placés sous la supervision du Guide suprême de la Révolution islamique, soit le philosophe-roi platonicien. Successeur de Khomeyni depuis 1989, Ali Khamenei, chef des armées, peut révoquer le président. Élu par l’Assemblée des experts (86 religieux élus par les Iraniens pour 8 ans) qui peut le révoquer, le Guide suprême désigne le Chef de la justice. Ce dernier nomme à son tour les six religieux qui siègent au Conseil des gardiens de la Constitution aux côtés des six juristes choisis par le Majlis. Ce conseil vérifie la conformité musulmane et constitutionnelle des lois et valide (ou pas) les candidatures aux élections.

Outre la suppression du poste de Premier ministre, la révision de 1989 a entériné le Conseil de discernement du bien de l’État qui entend préserver le Guide suprême des problèmes triviaux de la vie courante dont les interventions risqueraient de désacraliser la fonction. Cet autre conseil se compose de 31 membres nommés par le Guide parmi lesquels s’y trouvent de droit le président, le président du Majlis et du Chef du pouvoir judiciaire. Cet organisme tranche les conflits entre l’exécutif, le législatif et le Conseil des gardiens de la Constitution à propos des questions politiques, économiques et sociales. Ainsi le Guide suprême se réserve-t-il l’essentiel tel l’accord nucléaire conclu avec l’Occident.

La République islamique d’Iran concilie par conséquent un système théocratique et l’élection populaire, ce qui donne toute sa plasticité, son originalité et sa longévité en dépit des crises politiques fréquentes et des tentatives de déstabilisation venues de l’extérieur.

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 34, diffusée sur Radio-Libertés, le 19 mai 2017.

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lundi, 15 mai 2017

Les enfants de SAS

KO-Odessa-186x300.jpgGeorges Feltin-Tracol

Le 31 octobre 2013 décédait à l’âge de 83 ans l’écrivain et journaliste Gérard de Villiers, créateur de Malko Linge alias SAS (Son Altesse Sérénissime). Quelques mois plus tôt était paru la 200e aventure du fameux agent autrichien de la CIA, La Vengeance du Kremlin. Allant sur place plusieurs semaines et obtenant des données confidentielles d’honorables correspondants, Gérard de Villiers exprimait un point de vue atlantiste et pro-occidental assorti d’une conception phallocratique blanche à faire frémir les féministes les plus remontées. Était-il un agent d’influence occidental ? En tout cas, les réseaux qui lui fournissaient de la matière viennent de trouver son successeur capable de diffuser leurs renseignements et de modeler subtilement l’opinion publique.

Au début de cette année, Le Livre de poche a publié une nouvelle série intitulée KO. En relation étroite avec les « Services », les journalistes, les cabinets ministériels, les ONG et les hackers, l’auteur, Alex de Brienne porte ce pseudonyme qui se réfère au siège historique du ministère français de la Défense.

Par KO, il désigne les initiales de ses héros : Kali et Odys Grant, deux citoyens helvétiques. Redoutable informaticien pirate pour sa sœur jumelle, Odys est officiellement chef du protocole aux Nations unies à Genève. Agent de terrain, polyglotte et experte en arts martiaux, Kali agit pour un mystérieux Lord Byron qui travaille pour Sa Gracieuse Majesté.

Deux volumes sont déjà parus : Opération Mossoul et Massacre à Odessa. Ce dernier qui ouvre la série revient sur l’incendie criminel à la Maison des syndicats d’Odessa dans laquelle moururent vifs des militants pro-russes en 2013. L’auteur adresse un clin d’œil sympathique à Villiers. Dans l’avion qui l’emmène à Kiev, Kali « commença à lire un SAS de Gérard de Villiers, Le Cartel de Sébastopol. N’en déplaise aux critiques qui l’avaient snobé pendant toute sa carrière, Villiers savait comme personne nous familiariser avec un pays, ses mœurs et ses agences de renseignements (p. 43) ». D’ailleurs, la trame est assez proche de ses propres intrigues. Analyses géopolitiques et coups tordus des services secrets cohabitent avec les moments d’action et les inévitables scènes de sexe avec cette nouveauté : Kali est une redoutable coureuse de jupons ! Cela préfigurerait-il un prochain James Bond homosexuel, voire d’origine africaine ?

Dans Massacre à Odessa, les pro-russes et les nationalistes ukrainiens sont dépeints en brutes violentes et en trafiquants liés aux oligarques et aux mafias locales, ce qui montre une bonne connaissance du terrain. On y trouve aussi de vives critiques à l’égard de la Russie de Poutine. Y sont évoqués les clans antagonistes du Kremlin. En revanche, l’auteur n’insiste jamais sur la lourde responsabilité des puissances occidentales (États-Unis, Grande-Bretagne, Allemagne, France) dans le drame ukrainien.

La guerre culturelle et la guérilla de l’information constituent des vecteurs souvent anodins. La littérature dite de gare, style SAS et maintenant KO, en fait partie. Ces fictions d’espionnage inspirées de faits réels apportent un éclairage intéressant – mais biaisé – sur les coulisses véritables des grands événements mondiaux.

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 33, diffusée sur Radio-Libertés, le 12 mai 2017.

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vendredi, 12 mai 2017

Bookchin au Rojava

110px-Flag_of_Syrian_Kurdistan.svg_.pngGeorges Feltin-Tracol

Il est des penseurs guère connus du grand public dont les idées circulent néanmoins et s’implantent dans des terreaux fertiles. C’est le cas de l’écologiste social étatsunien Murray Bookchin (1921 – 2006). Intellectuel de la « Nouvelle Gauche » favorable au féminisme et aux sociétés non hiérarchiques, Bookchin théorise le municipalisme libertaire qui postule le renversement des sociétés patriarcales et l’abolition de l’État.

Dans les dernières années de sa vie, Bookchin a correspondu avec Abdullah Öcalan, le chef du PKK (le Parti des travailleurs du Kurdistan) détenu en Turquie. Ses arguments firent évoluer Öcalan et ses partisans indépendantistes du marxisme-léninisme maoïste à une conception socio-politique attentive aux questions d’environnement, aux droits des minorités ethniques et religieuses, à la démocratie directe et à l’égalité des sexes (les combattantes kurdes sont réputées pour leur vaillance militaire).

Dans le conflit syrien, l’émanation locale du PKK s’appelle le PYD (Parti de l’union démocratique). Grâce à ses forces armées et l’aide des Occidentaux, il contrôle trois territoires non contigus (Afrine, Kobané et la Djézireh) qui constituent le Rojava (« l’Ouest » en kurde). Cet ensemble autonome se désigne lui-même de « Système fédéral démocratique de Syrie du Nord » sans officiellement exprimer la moindre revendication séparatiste.

Un texte constitutionnel, la Charte du Contrat social, organise les structures politiques du Rojava. Si ce document s’inspire des expériences communistes libertaires, anarchistes (dont Makhno en Ukraine) et zapatistes au Mexique, il applique aussi de nombreux concepts chers à Bookchin et ce, en dépit de la situation conflictuelle avec le voisin turc, l’Organisation de l’État islamique, les autres groupes rebelles sunnites et, parfois, l’armée nationale syrienne du Président Bachar al-Assad.

Si les Kurdes longtemps soucieux de concilier lutte des classes et libération nationale-populaire, se montrent sensibles aux idées bookchiniennes, c’est peut-être parce que « son mode de réflexion, note Frédéric Dufoing dans L’écologie radicale, relève d’une logique dialectique issue du marxisme et de l’hégélianisme (Infolio, 2012, p. 88) ». Après le Chiapas du sous-commandant Marcos dans les années 1990, il est possible qu’une fois les combats terminés, le Rojava devienne le nouveau modèle de l’utopie post-gauchiste.

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 32, diffusée sur Radio-Libertés, le 5 mai 2017.

08:50 Publié dans Georges Feltin-Tracol | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

samedi, 06 mai 2017

L’omniprésidence turque

Recep_Tayyip_Erdogan-227x300.pngGeorges Feltin-Tracol

Le 16 avril dernier, les électeurs turcs étaient convoqués à un référendum crucial. Ils devaient se prononcer sur une grande révision de la constitution de 1982 rédigée par la junte militaire alors en place.

Premier ministre omnipotent entre 2003 et 2014, Recep Tayyip Erdogan avait déjà réussi une première modification en 2007 en imposant l’élection au suffrage universel direct du président de la République de Turquie pour un mandat de cinq ans renouvelable une fois. Auparavant, le chef de l’État était élu par les parlementaires pour un mandat unique de sept ans et exerçait une fonction principalement honorifique.

L’élection dès le premier tour d’Erdogan et son tempérament autoritaire provoquèrent l’éviction de son ancien conseiller diplomatique, le Premier ministre Ahmet Davotuglu, pour un chef de gouvernement plus malléable. Désormais, malgré une opposition qui soupçonne une vaste fraude électorale et une victoire plus courte que prévue (51,41 %), la nouvelle réforme fait de la Turquie non pas un régime présidentiel calqué sur le modèle étatsunien, mais plutôt un régime présidentialiste.

En effet, toujours élu pour cinq ans, le président qui n’aura plus de premier ministre à partir de 2019, nommera et révoquera les membres de son gouvernement, dirigera tout l’exécutif et aura le droit de présider un parti politique. Chef suprême des forces armées, il supervisera les magistrats et pourra gouverner par décret. La concordance des élections présidentielles et législatives sera appliquée : les Turcs voteront le même jour pour le président et les députés. De fait, la dissolution de la Grande Assemblée nationale (impensable en système présidentiel) entraînera une élection présidentielle anticipée. Observons que cette simultanéité électorale fut défendue en France dans les années 1960 par le Club Jean-Moulin, proche des socialistes, puis par Jean-Pierre Chevènement dans Le temps des citoyens en 1993.

Désireux d’éclipser la figure fondatrice d’Atatürk, Erdogan s’est offert des institutions hyper-présidentielles qui lui assurent la plénitude du pouvoir. La Turquie retrouve ainsi avec lui sa puissance régionale d’avant au risque de déstabiliser une nouvelle fois tout le bassin méditerranéen, les Balkans, le Caucase et, on l’a vu récemment avec l’implantation de fortes communautés immigrées turques, l’Europe occidentale.

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 31, diffusée sur Radio-Libertés, le 28 avril 2017.

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mardi, 02 mai 2017

Pour un vote de rupture radicale

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Georges FELTIN-TRACOL Europe maxima cliquez ici

Un examen rapide des résultats de ce premier tour vraiment historique confirme avec éclat les travaux de Christophe Guilluy, rejeté par une université française sclérosée. Le vote distingue une Hexagone des métropoles connectées à la mondialisation et des catégories sociales les plus aisées d’une « France périphérique » des « oubliés », des « déclassés », des perdants de la mondialisation. Cette lecture est cependant brouillée par le phénomène des « Insoumis » de Jean-Luc Mélenchon. L’indéniable tribun populiste de gauche a porté dans les agglomérations mi-bénéficiaires mi-victimes de la mondialisation un véritable programme altermondialiste et universaliste. Mélenchon a ainsi plumé la volaille sociale-démocrate quand bien même il s’inscrit toujours dans une logique libérale, humanitariste et progressiste. N’est-il pas favorable à la dépénalisation du cannabis, à la l’inscription dans la Constitution de l’avortement et de l’euthanasie (mais pas de la peine de mort), et à la légalisation de la PMA et de la GPA ? Le vote Mélenchon constitue une variante interne au « Dispositif » établi.

Par leur mécontentement surgi des urnes, les électeurs ont donné une sévère correction aux deux formations de gouvernement qui, depuis quatre décennies, les entraînent vers la ruine et le déclin. Outre une abstention relativement forte (22,23 %) et un nombre assez élevé des suffrages blancs (659 997) et nuls (289 337), les Français ont dégagé le projet social-écologiste multiculturaliste de Benoît Hamon et la vision libérale cosmopolite soi-disant conservatrice de François Fillon. Il faut s’en féliciter.

En effet, entre Emmanuel Macron, fils de François Hollande et de Nicolas Sarkozy, petit-fils de Jacques Chirac, hybride réussi de Jean-Jacques Servan-Schreiber et de Jean Lecanuet, qui va (peut-être ?) gagner, rejeton idéal du mondialisme et du progressisme, remarquable synthèse du libéralisme économique le plus brutal et du libéralisme social le plus dévastateur, et Marine Le Pen, la candidate du peuple, de la patrie et de la nation, le choix est désormais limpide. Il est exceptionnel qu’un second tour de présidentielle française présente deux orientations politiques aussi dissemblables, aussi tranchées. Il y eut bien sûr 2002, 1981, voire 1974. À rebours d’ailleurs des sondages, il est envisageable que le résultat définitif du 7 mai prochain soit aussi serré que celui de 1974 entre Valéry Giscard d’Estaing, ministre de l’Économie et des Finances de Georges Pompidou, et François Mitterrand, candidat socialiste pour la seconde fois, battu pour seulement 425 000 voix d’écart.

Tandis que Jean-Luc Mélenchon, échaudé par ses appels à voter Chirac en 2002, puis Hollande en 2012, ne donne aucune consigne de vote à ses millions d’électeurs et qu’une certaine jeunesse – favorisée des grandes villes ou totalement marginalisée, manipulée par quelques groupuscules antifas, manifeste aux cris : « Ni Macron, ni Marne ! Ni patrie, ni patrons ! », retrouvant ainsi un sympathique « Ni – ni » -, ce second tour ne laisse pas indifférent. Si de nombreux électeurs de François Fillon, de Jean-Luc Mélenchon, de Jean Lassalle, de Nathalie Arthaud et de Jacques Cheminade s’apprêtent à s’abstenir ou à voter blanc ou nul, les identitaires grand-européens n’ont aucun dilemme pour dimanche prochain. Leur engagement ne peut être qu’en faveur d’une rupture radicale, à savoir Marine Le Pen.

Certes, la candidate nationale réclame la sortie de l’euro et de l’Union pseudo-européenne (même si l’alliance avec Nicolas Dupont-Aignan relègue au second plan ces deux sottises), souhaite la suppression des régions, l’interdiction de tous les communautarismes imaginables et le renforcement d’une supposée laïcité. Toutefois, ces mesures ne pèsent guère devant le péril mondialiste-progressiste « Emmanuel Hollande ». Les révolutionnaires-conservateurs, les identitaires et les nationalistes-révolutionnaires, partisans d’une authentique union européenne enracinée et libérée de Wall Street, de la City et de Francfort, doivent se mobiliser en masse au cours de cette semaine décisive pour inciter leur entourage à adopter un choix révolutionnaire crucial. « C’est le vote paradoxal, explique Christine Boutin – avec qui on est pour une fois d’accord – qui fait voter pour faire en sorte que celui de votre camp soit battu (dans Présent du 27 avril 2017). » Sans illusion aucune sur l’issue finale du scrutin, il importe donc de déstabiliser le plus fortement possible leRégime.

Il est enfin rare d’avoir en même temps dans le viseur l’« esprit bourgeois (et beurgeois) », les banksters, les traders, la finance apatride et anonyme, le « Parti médiatique » (BFM-TV, RMC, Le Monde, Le Figaro, Libération, L’Obs, L’Express, Le Point, Télérama, etc.), les ONG (Fondation Abbé-Pierre, Aides, ATTAC, Greenpeace, Planning familial, France – Terre d’Asile, SOS Racisme, Emmaüs, Ligue des droits de l’homme, CCFD, JOC, Ligue de l’enseignement, CIMADE, Osez le féminisme !, Maison des potes, Médecins du monde, Fédération des associations de Marocains en France, Secours islamique – France…), Jacques Attali, Bernard – Henri Lévy, un certain SYNDEAC (Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles), la CFDT, la CGT, la CFTC (le I pour remplacer le C serait maintenant plus juste, vu le profil des nouveaux adhérents souvent barbus), la FSU, SUD, Nicolas Sarközy et les autres charlots du parti Les Républicains (mentions spéciales à « Ali » Juppé, à « Ben» Le Maire, à Valérie Pécresse, à Jean-Pierre Raffarin, à l’amoureux des costards chics appelé François Fillon, à Xavier Bertrand, au « faux-dur » Laurent Wauquiez et au « motodidacte » azuréen Christian Estrosi), Pierre Laurent du groupsculaire PCF, les hiérarques traumatisés du solférinisme abattu, les clowns de l’UDI (Jean-Christophe Lagarde), Les Verts décomposés, la LICRA, Patrick Gaubert, François Hollande, le maître ès-trahison Manuel Valls, le « coup-de-boulleur » Zinedine Zidane, Pierre Bergé, Robert Hue, Alain Madelin, Laurence Parisot, l’expatrié fiscal Dany Boon, l’UOIF devenue « Musulmans de France » ainsi que les ectoplasmes du show biz (les réalisateurs pitoyables et surfaits Luc Besson et Mathieu Kassovitz, le chanteur tête à claque Benjamin Biolay, l’acteur de pissotière Gilles Lellouche ou bien, désaoulé de temps en temps, Renaud Séchan). On pourrait continuer encore tant cette liste de privilégiés est longue comme un jour sans pain. « Beaucoup d’ennemis, beaucoup d’honneurs », affirme le proverbe.

Par conséquent, sans aucun état d’âme, au nom du peuple compris dans sa triple acception d’ethnos, du demos et du plebs, contre la caste « cosmoligarchique » de l’Établissement, mettons le 7 mai prochain une magistrale quenelle au Système !

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mercredi, 26 avril 2017

L’empreinte du Dragon sur la carte

Chine.jpgGeorges Feltin-Tracol

Le Monde des 19 et 20 février 2017 mettait en Une un étonnant planisphère qui témoigne des représentations géopolitiques actuelles de la Chine populaire. Adoptée par l’administration chinoise des espaces arctique et antarctique, cette projection polaire australe place la Chine au cœur du document. De quoi de plus normal pour situer l’« Empire du Milieu » ?

En page intérieure, une seconde carte – plus détaillée – explique le fameux « Collier de perles » (les ports de l’océan Indien qui offrent des facilités aux navires de Pékin et qui encerclent le grand rival indien), présente la seule base chinoise en Arctique (« Fleuve Jaune » sur le Spitzberg) et les quatre autres en Antarctique (« Grande Muraille », Baie Terra Nova, Kundun et Zhongshan), évoque la future base militaire qui sera inaugurée à la fin de cette année à Djibouti, et mentionne quelques réussites logistiques comme le contrôle du Pirée depuis 2009 et la gestion pour 99 ans du port australien de Darwin.

Dans le même temps, en mer de Chine méridionale, les archipels Spratleys et Paracels se sinisent à très grande vitesse tandis que l’état-major a remplacé les sept anciennes régions militaires par cinq « commandements de théâtre » (CT ou Zhanqu) à vocation plus offensive avec, pour celui de l’Ouest, une attribution contre-insurrectionnelle officielle. Ces réformes militaires témoignent d’un intérêt renouvelé pour la réflexion stratégique.

En 2006 paraissait La guerre hors limite (Rivages poche, 310 p., 9,50 €) de Qiao Liang et Wang Xiangsui, deux colonels des forces aériennes de l’Armée populaire de libération. Dans cet essai rédigé en 1999 est défendue « une vision sécuritaire étendue qui élève la notion traditionnelle de domaine territorial à la notion de domaine de l’intérêt de l’État (p. 171) ». À la terre, à la mer, au ciel et au monde sous-marin s’ajoutent dorénavant l’espace interstellaire, les télécommunications et le cyberespace ainsi que la culture, les ressources naturelles, l’environnement, la religion et l’économie. Ainsi les auteurs, fort critiques à l’égard de l’Occident, qualifient-ils « le système financier et l’ordre économique mondial actuels […] de terrorisme financier (p. 192) » avec une nouvelle figure de la Terreur, le spéculateur financier international. Les auteurs associent donc volontiers les attentats de Ben Laden aux méfaits du milliardaire George Soros ! « Cette vision pan-domaines, insistent-ils enfin, est une des conditions de la survie et du développement des États souverains modernes ainsi que de leur influence dans le monde (p. 170). »

L’ascension de la Chine implique de bien comprendre les cartes sinocentrées qui contribuent à l’avènement d’une ère mondiale post-occidentale.

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 30, diffusée sur Radio-Libertés, le 21 avril 2017.

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lundi, 17 avril 2017

Sauvons nos espèces !

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Georges Feltin-Tracol

Depuis plusieurs mois, la presse tant quotidienne qu’hebdomadaire évoque de plus en plus fréquemment une inquiétante évolution venue une nouvelle fois de la Suède. Quand les historiens du futur étudieront notre époque, ils insisteront sur le rôle délétère de ce dépotoir anthropologique.

Terre d’égalitarisme social-démocrate le plus repoussant, le royaume d’opérette suédois n’a jamais cessé de contaminer l’Europe de législations les plus démentes les unes des autres : interdiction de la fessée administrée aux enfants, pénalisation des clients de prostituées, féminisme enragé, incitation d’uriner pour les hommes assis, ouverture suicidaire à l’immigration extra-européenne, éloge forcenée du multiculturalisme libéral, persécution des dissidents tels Julian Assange, déclarations belliqueuses contre la Russie et le Bélarus… Maintenant, Stockholm (Cockholm serait une appellation plus judicieuse) veut abandonner toute monnaie liquide (pièces et billets de banque) et n’accepter que l’argent électronique. Certes, la Corée du Sud prend la même direction, mais c’est en Extrême-Orient. L’État suédois, les syndicats et les grandes chaînes commerciales sont les plus favorables à cette fâcheuse innovation qui, selon le prétexte officiel, tarirait enfin le travail au noir et le crime organisé. La liberté n’y gagnera en fait rien !

En effet, la disparition des espèces monétaires placera chaque habitant sous la dépendance de sa banque. Or, on le sait bien, en démocratie bourgeoise, la finance exerce une puissance prédominante sur les autres pouvoirs. Dans un avenir proche, le banquier pourra exiger de son client la justification précise de ses dépenses. « Pourquoi faîtes-vous un don au Groupe Libertés ? », « Pour quelle raison êtes-vous abonné à Réfléchir & Agir ? », « Allez-vous encore acquérir des livres papier de Julius Evola et de Michel Drac ? » Et si le client joue au mauvais esprit, son banquier le sanctionnera facilement en lui restreignant ses facilités de paiement virtuel.

Cette menace plane sur la France. Le paiement en liquide est dès à présent limité à 1 000 € ! À la Poste, les changeurs de monnaie ont été supprimés pour des motifs fallacieux tandis que les machines qui délivrent les timbres n’acceptent qu’une vingtaine de pièces. Il faut arrêter de suite cette sinistre tendance et payer le plus possible en liquide ! Notre liberté a un coût et passe par une guerre totale à la tyrannie cosmopolite de la transparence.

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 29, diffusée sur Radio-Libertés, le 14 avril 2017.

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mardi, 11 avril 2017

Le mirage suisse

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Georges Feltin-Tracol

Pour bon nombre d’observateurs de sensibilité patriotique, identitaire ou non-conformiste, le voisin suisse fait presque figure d’Arcadie. Leur attirance pour la Confédération helvétique ne repose ni sur son fédéralisme sagement pensé ainsi que sa pratique fréquente de la subsidiarité (deux axes majeurs pour la promotion d’une Alter Europe à rebours de l’Union pseudo-européenne de Bruxelles), ni sur la cœxistence de quatre ensembles linguistiques (germanique, francophone, italien et romanche) qui prouve que la Suisse par ce polyculturalisme enraciné résume elle aussi l’authentique esprit européen.

Non, l’helvétophilie en cours en France ne se rapporte qu’à la votation. Ce terme désigne le référendum d’initiative populaire organisé indifféremment à l’échelle de la commune, du canton et de la Confédération. C’est d’ailleurs cette dernière configuration qui suscite le plus d’admiration. Il faut reconnaître que les votes surprises du 29 novembre 2009 sur l’interdiction des minarets et du 14 février 2012 contre l’immigration de masse n’ont pu que ravir les vrais Européens.

Cependant, ces victoires sans efficacité pratique parce que le gouvernement fédéral bloque la mise en œuvre ne doivent pas masquer de nombreux échecs. Le 12 février dernier, 60,4 % des Suisses approuvèrent la simplification de la procédure de naturalisation des petits-enfants d’immigrés souvent d’origine balkanique, orientale et africaine ! Les médiats du Système fêtèrent ce résultat ! Quelques années auparavant, les Suisses avaient majoritairement rejeté le projet d’abrogation des lois liberticides. Ces deux exemples démontrent que, loin de s’opposer au nouvel ordre cosmopolite, la votation représente parfois un excellent moyen d’asservissement !

Ses introducteurs ignoraient en effet tout de l’impact de ce terrible pouvoir que constitue la sphère médiatique. Ils ne pouvaient pas non plus imaginer que le corps électoral serait au gré des vagues successives de naturalisation plus hétérogène sur le plan ethnique. La démocratie directe convient à l’homme européen à la condition expresse qu’il puisse établir son propre jugement. Dans le tumulte de la vie post-moderniste et l’emprise croissante des réseaux sociaux, ce n’est plus le cas !

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 28, diffusée sur Radio-Libertés, le 7 avril 2017.

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lundi, 03 avril 2017

En mémoire d’un auteur libre

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Georges Feltin-Tracol

Il y a quarante ans, le 29 mars 1977, disparaissait à l’âge de 41 ans un homme libre : Dominique de Roux. Plus que le romancier de L’Harmonika-Zug ou de La Mort de L.-F. Céline, ce père des célèbres « Cahiers de l’Herne » fit partager les textes d’Ezra Pound, de Gombrowicz ou de la Beat Generation. Essayiste, il forgeait de cruels aphorismes qu’on lit dans L’Ouverture de la Chasse, Immédiatement ou La France de Jean Yanne.

Dominique de Roux fut aussi un redoutable polémiste quand il s’attaquait au libéral américanolâtre Jean-Jacques Servan-Schreiber, l’Emmanuel Macron du début des années 1970. Curieux du monde, il devint journaliste et reporter et partit pour le Portugal post-salazariste. Il suivit de près le conflit colonial en Angola et au Mozambique d’où il en tirera Le Cinquième Empire et Le Livre Nègre. Il rencontrera dans les maquis angolais le chef de l’UNITA, Jonas Savimbi, dont il deviendra bientôt le conseiller politique. Savimbi rejettait tout autant la domination portugaise que la tutelle marxiste soviético-cubaine.

Dominique de Roux assumait cet engagement politique au nom d’une « Internationale gaulliste », émanation de son étonnant ouvrage consacré à L’Écriture de Charles de Gaulle (1967), lui l’ancien partisan de l’Algérie française. Son biographe, Jean-Luc Barré dans Dominique de Roux. Le provocateur (Fayard, 2005), rapporte « le silence du général de Gaulle, alors qu’il est dans les habitudes du chef de l’État de répondre personnellement à tout envoi d’écrivain (p. 317) ». L’homme de Colombey comprit que Dominique de Roux avait deviné ses desseins les plus profonds, desseins qu’on reverra en 1982 dans Le Livre des compagnons secrets (ACL – Rocher) du R.P. Martin.

Au-delà des affres quotidiennes de la politique, Dominique de Roux traduisait dans une prose proche du Raymond Abellio dans Assomption de l’Europe l’action gaullienne qui oeuvrait à « la tâche politico-stratégique suprême de la France, plaque tournante, axe immobile et Empire du Milieu d’une unité géopolitique au-delà des frontières actuelles de notre déclin, unité dont les dimensions seraient à l’échelle de l’Occident total, dépassant et surpassant la division ternaire du monde blanc entre les États-Unis, l’Europe et l’Union Soviétique (L’Écriture de Charles de Gaulle, p. 91) ». Pas si mal pour quelqu’un qui lançait : « Moi, Dominique de Roux, déjà pendu à Nuremberg (Immédiatement, p. 234) »

Bonjour chez vous !

Georges Feltin-Tracol

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 27, diffusée sur Radio-Libertés, le 31 mars 2017.

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mardi, 28 mars 2017

Le tiers inclus nord-irlandais

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Georges Feltin-Tracol

Le 2 mars dernier, les électeurs de l’Irlande du Nord (ou Ulster pour les loyalistes britanniques) élisaient leur Parlement régional d’une manière anticipée. Née en 1921 au lendemain de la signature du traité anglo-irlandais qui fondait l’État libre irlandais (Eire) afin de satisfaire la minorité protestante unioniste orangiste alors dominante dans les six comtés du Nord-Est de l’île, l’Irlande du Nord connut une vraie guerre civile de 1969 à 1998 entre les républicains catholiques, les orangistes protestants et leurs alliés, les forces britanniques qui se comportèrent en véritable troupe d’occupation.

L’abandon progressif de la lutte armée et des attentats par l’IRA permit la conclusion des Accord du Vendredi Saint en 1998 et le début d’une période d’apaisement. Le régime d’autonomie régionale favorisa même en 2007 l’impensable, à savoir une coalition gouvernementale entre les anciens ennemis les plus farouches : les unionistes radicaux du pasteur Ian Paisley, nouveau Premier ministre, et le Sinn Fein de Martin Mc Guiness, un ancien chef de l’IRA désigné comme vice-Premier ministre ! Cette entente s’est brisée en décembre 2016. Malade, Mc Guiness démissionna pour protester contre le détournement de subventions publiques au profit des héritiers politiques de Paisley (NDLR SN : il est décédé la semaine dernière).

Hostile au « Brexit » à 55,8 %, l’Irlande du Nord voit avec inquiétude le retour probable d’une frontière terrestre avec l’autre Irlande. Or la population catholique en Ulster sera bientôt majoritaire. L’éventualité d’une réunification de l’île s’éloigne cependant surtout si l’Écosse n’obtient pas son indépendance. Il faut toutefois prendre en compte une nouvelle donnée démographique qui modifie le face-à-face habituel en faveur d’un tiers inclus surprenant. L’Irlande du Nord enfin pacifiée a bénéficié à la fois du dynamisme économique du « Tigre celtique » et des nombreuses aides régionales de l’Union pseudo-européenne. L’Ulster a donc non seulement attiré des Polonais, des Baltes et des Roumains, mais aussi des masses allochtones extra-européennes, en particulier une importante communauté musulmane indo-pakistanaise.

Si les premiers immigrés allogènes se faisaient discrets, leurs enfants se montrent, eux, plus revendicatifs et, comme à Londres, à Édimbourg ou à Cardiff, soutiennent un multiculturalisme dément et l’instauration progressive de la charia. Leurs exigences irritent autant les républicains que les orangistes qui découvrent avec surprise et effroi qu’un troisième larron vient d’entrer en scène…

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 26, diffusée sur Radio-Libertés, le 24 mars 2017.

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vendredi, 24 mars 2017

La démocratie comme conflit

Mouffe.jpgGeorges Feltin-Tracol

Philosophe belge qui enseigne à l’université londonienne de Westminster, Chantal Mouffe vient de publier un essai magistral, indéniable pavé lancé dans la mare du conformisme idéologique ambiant. L’illusion du consensus (Albin Michel, 2016, 197 p., 17,50 €) est la traduction française d’un ouvrage rédigé en 2005 !

Chantal Mouffe entend dénoncer la conception dominante de la démocratie, à savoir l’avènement d’une unanimité formelle. « Les conflits partisans sont choses du passé, écrit-elle en introduction; on peut à présent atteindre un consensus à travers le dialogue. La mondialisation et l’universalisation de la démocratie libérale donnent tout lieu de croire en un futur cosmopolitique qui apportera paix et prospérité et permettra de faire respecter les droits de l’homme partout dans le monde (pp. 7 – 8). » Cette croyance accentue en réalité la défiance démocratique.

En lectrice avisée de Carl Schmitt, elle déplore la réduction du politique par l’économique, la morale et l’éthique. Démocrate radicale et inspiratrice du mouvement espagnol Podemos, Chantal Mouffe encourage l’apparition d’un populisme de gauche. Elle entend ainsi « reconnaître l’impossibilité d’éradiquer la dimension conflictuelle de la vie sociale, loin de saper le projet démocratique, permet précisément de relever les défis auxquels la politique démocratique est aujourd’hui confrontée (p. 11) ». Elle s’attaque par conséquent aux thèses sociales-démocrates réformistes d’Ulrich Beck et d’Anthony Giddens avant d’affirmer que « tout ordre est politique et fondé sur une certaine forme d’exclusion (p. 31) ».

Le quatrième et dernier chapitre concerne les relations internationales. Réservée à l’égard des théories cosmopolitiques pour lesquelles « tout est subordonné au domaine économique et à la souveraineté du marché (p. 137) », Chantal Mouffe qui démonte avec brio les analyses post-gauchistes sur la « multitude » de Michael Hardt et d’Antonio Negri, préfère en bonne schmittienne de gauche favoriser « un véritable multilatéralisme [qui] exige l’existence d’une pluralité de centres de décision et une certaine forme d’équilibre – même si elle n’est que relative – entre les différentes puissances (pp. 174 – 175) ». Une rupture flagrante et appréciable dans le consensus mortifère actuel !

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 25, diffusée sur Radio-Libertés, le 17 mars 2017.

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mercredi, 22 mars 2017

La république des émirs

Emirs.jpgGeorges Feltin-Tracol

La dénonciation de l’influence russe dans l’Hexagone a fait récemment l’objet de deux médiocres parutions, La France russe de Nicolas Hénin (Fayard) et Les réseaux du Kremlin en France de Cécile Vaissié (Les petits matins). Ce faisant, une autre enquête, plus juste celle-là, est passée totalement inaperçue même si quelques politiciens français dont un membre des gouvernements Valls – Cazeneuve ont porté plainte contre leurs auteurs, les journalistes Christian Chesnot et Georges Malbrunot. Ces habitués du théâtre proche-oriental viennent de sortir Nos très chers émirs (Michel Lafon, 2016, 299 p., 17,95 €). Son sous-titre,Sont-ils vraiment nos amis ?, pose le débat.

Chesnot et Malbrunot traitent de la forte présence en France du Qatar, de l’Arabie Saoudite, des Émirats arabes unis (premier investisseur arabe dans l’Hexagone) et, dans une moindre mesure, du Koweït, cet État-avorton qui restera à jamais la 19e province de l’Irak baasiste. Les auteurs décrivent la situation politique intérieure souvent complexe de ces États et insistent sur le caractère proprement schizophrénique de la société saoudienne ultra-rigoriste en public et laxiste en privé. L’aspect le plus intéressant de l’ouvrage concerne toutefois les liens des pétromonarchies avec les différents gouvernements de la République.

Depuis les années 1960, la France recherche de juteux contrats auprès d’émirs qui se servent de cet intérêt économique compréhensible pour influencer le personnel politique hexagonal. Avec Sarközy et Hollande, le Quai d’Orsay a relayé et amplifié les revendications des pétromonarchies. La position française « très ferme sur le nucléaire iranien [a ainsi] été motivée par cette “ tyrannie des contrats ” qui caractérise notre diplomatie dans cette région du monde depuis une bonne quinzaine d’années (p. 152) ». Les Saoudiens considèrent pour leur part que « chaque gros contrat signé avec la France fut le plus souvent “ une compensation ” pour remercier Paris (p. 51) ». Cette soumission affecte la présence française en Afrique maintenant brouillée par le jeu trouble de Riyad et de Doha en faveur de l’islamisme…

Saoudiens, Qatariens, Émiratis et Koweïtiens savent que les politiciens français, sensibles au luxe et à l’argent, apprécient « la diplomatie du carnet de chèques (p. 11) ». On apprend que pendant des années, l’ambassadeur du Qatar « offrait aux membres du groupe d’amitiés France – Qatar à l’Assemblée nationale des montres Rolex ou des bons d’achats dans des grands magasins, pour s’acheter un costume par exemple. La valeur du cadeau pouvait aller jusqu’à 5 000 ou 6 000 euros (pp. 15 – 16) ». La vénalité des politicards était telle que, irrité, le gouvernement qatarien exigea finalement l’arrêt immédiat du « distributeur de billets de 500 euros (p. 19) ».

Christian Chesnot et Georges Malbrunot dépeignent donc un système politique français inféodé à de nombreuses puissances étrangères. L’indépendance nationale n’est plus, hélas !, qu’un lointain souvenir.

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 24, diffusée sur Radio-Libertés, le 10 mars 2017.

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lundi, 06 mars 2017

La Russie pour cible

Chiesa.jpgGeorges Feltin-Tracol

Il ne fait pas bon d’être russe en Occident ces derniers temps. D’habitude si attentives à l’Autre, les instances politico-médiatiques occidentales ne cachent même plus leur profond mépris à l’égard de la Russie coupable de revenir sur la scène internationale, ce qui est scandaleux venant de l’État le plus étendu au monde, en outre deuxième détenteur d’ogives nucléaires de la planète.

Au moment où toutes les phobies, toutes les peurs collectives sont de plus en plus pénalisées, une seule est encouragée, voire valorisée : la russophobie. Russophobie 2.0 est d’ailleurs le titre du livre écrit par l’Italien Giulietto Chiesa (Le Retour aux Sources, 208 p., 19 €). Russophone et ancien correspondant de presse à Moscou, Chiesa fut député européen entre 2004 et 2008. Il dénonce dans cet essai « une constante au cours des cinq derniers siècles (p. 7) ». La russophobie qui s’étend jusqu’à une partie du peuple russe. « Tout au long de son histoire, l’intelligentsia russe a été éloignée de son peuple, et absolument incapable d’en partager les sentiments profonds, affirme-t-il. C’est ce qui explique également chez les intellectuels russes ce désintérêt collectif pour la nation à laquelle ils appartiennent (p. 152). » Le terme de nation apparaît ici inapproprié pour décrire l’ultime entité impérial existante. Fascinée par un soi-disant modèle occidental, cette frange infime de la société russe ignore que « les peuples américain et européen, insiste encore l’auteur, constituent de magnifiques cobayes pour le mensonge, mais il faut toujours faire attention à préserver la forme démocratique (pour l’instant, du moins) (p. 56) ».

Giuletto Chiesa estime que « l’Occident cherche à couper les ponts, pour supprimer toute possibilité de dialogue (p. 201) ». N’hésitant pas à considérer le 11 septembre 2001 comme un « attentat sous fausse bannière (p. 115) » et envisageant l’élection certaine de la néo-conservatrice belliciste Hillary Clinton – il ne pouvait prévoir la surprise Trump -, il affirme que « l’ère Obama n’a pas été qu’une suite de victoires médiatiques, elle a connu aussi des défaites politiques et diplomatiques pour les États-Unis. Poutine, à l’opposé, a systématiquement perdu les premières, mais remporté les secondes (pp. 191 – 192) ». Bien vu ! En revanche, on reste très sceptique à propos de son avis partisan sur la crise ukrainienne plus complexe qu’il n’y paraît Cet ancien candidat aux européennes du parti pro-russe en Lettonie ne peut pas s’empêcher de verser dans un antifascisme obsolète en qualifiant les courageux nationalistes-révolutionnaires ukrainiens de « néo-nazis ». On s’étonnera toujours que quelques personnes n’appliquent pas à toutes les communautés populaires enracinées le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 23, diffusée sur Radio-Libertés, le 3 mars 2017.

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mercredi, 01 mars 2017

Vie et œuvre d’un doctrinaire transeuropéen

Thiriart-Pardès.jpgGeorges Feltin-Tracol

Qui connaît Jean Thiriart ? Son ami Yannick Sauveur vient de rédiger une très intéressante biographie aux éditions Pardès dans la collection « Qui suis-je ? » (127 p., 12 €). Optométriste réputé à Bruxelles, Jean Thiriart (1922 – 1992) fut un ardent militant européen ou, plus exactement, « national-européen ».

Après une jeunesse collaborationniste, Thiriart défend le Congo belge et l’Algérie française qu’il intègre rapidement dans une ambitieuse vision grande-européenne allant de l’Arctique jusqu’au Cap. Il crée dès 1962 Jeune Europe, un mouvement transeuropéen qui entend fondre toutes les nationalités en une seule citoyenneté. Hostile aux deux blocs surgis de Yalta, ce parti s’implante en Belgique, en RFA, en Italie, en France, et publie L’Europe communautaire ou La Nation européenne. Auteur, deux ans plus tard, d’Un Empire de quatre cents millions d’hommes : l’Europe. La naissance d’une nation, au départ d’un parti historique (réédité aux éditions Avatar dans la collection « Heartland » en 2007), Thiriart, en lecteur attentif de Machiavel et de Pareto, conçoit un État-nation européen, centralisé, indivisible, unifié, laïque et républicain. Être européen n’est à ses yeux qu’une question politique et nullement une réalité ethno-linguistique. Il exècre par conséquent tous les « petits nationalismes » qu’ils soient régionalistes, nationaux, ethnistes et religieux. Si, dans les années 1980, il envisageait une solide alliance euro-soviétique tournée contre les États-Unis, après la fin de l’URSS en 1991, il imagine un grand-espace plus qu’européen couvrant à la fois l’Europe de l’Ouest et l’ancien bloc de l’Est ainsi que la Turquie, l’Asie centrale, le Proche-Orient et l’Afrique du Nord.

La pensée géopolitique de ce doctrinaire intransigeant déroute. L’échec de Jeune Europe en 1969 ne l’empêche néanmoins pas de continuer à réfléchir et à persévérer. En août 1992, il séjourne à Moscou et y rencontre les opposants de Boris Eltsine dont le jeune Alexandre Douguine pas encore chantre d’une quatrième théorie politique néo-eurasiste. Toutefois, malgré quelques similitudes, force est de relever que le néo-eurasisme douguinien ne correspond pas au transeuropéisme de Thiriart.

Certaines des analyses de Jean Thiriart demeurent actuelles et pertinentes, nonobstant un idéal transeuropéen qui continue à susciter réticences, interrogations et polémiques auprès de tous les européistes identitaires convaincus.

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 22, diffusée sur Radio-Libertés, le 24 février 2017.

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dimanche, 19 février 2017

Tartuffe en série

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Georges Feltin-Tracol

Vendredi soir dernier se tenaient à Paris les 32e Victoires de la musique. Gageons que la soirée fut fructueuse pour tous les pourvoyeurs et autres livreurs de poudre blanche. Au cours des mondanités, la chanteuse Imany soutint le fameux Théo ainsi que le défunt Amada Traoré et s’indigna des violences policières devant une salle ravie. Peu de temps auparavant ou un peu plus tard, le même public salua la consécration du chanteur Renaud dont le nouvel album comporte le titre J’ai embrassé un flic. Imany, ce soir-là, ne claqua pas la bise aux agents de la force publique. Naguère « Je suis Charlie », « Je suis flic », « Je suis terrasse », ce petit monde interlope ne protesta jamais du gazage et du matraquage des participants de La Manif pour Tous. Il s’est même toujours tu sur le meurtre policier de Sébastien Deyzieu en 1994 !

On retrouve cette posture aux États-Unis. Le lendemain de l’investiture de Donald Trump se déroula une impressionnante « Marche des Femmes » en réponse à ses mâles propos très corps de garde. Or certaines figures de proue de cette contestation en dégradent volontiers l’image. Madonna ne promit-elle pas quelques gâteries aux électeurs anti-Trump de New York ? Quant à la chanteuse et actrice Miley Cyrus, elle n’hésite pas à se produire dans ses vidéos d’une manière obscène à la limite de l’outrage aux bonnes mœurs. Les féministes yankees devraient d’abord s’interroger sur l’attitude de ces exemples peu reluisants avant de dénigrer le nouveau locataire de la Maison Blanche.

Revenons en France où l’on a appris que la mairie de Paris avait l’intention d’élever un mur de verre qui encerclerait la Tour Eiffel. D’un montant évalué à vingt millions d’euros et réalisé à l’automne prochain, cette opération viserait à filtrer et à sécuriser les entrées. Il est piquant de noter que la mairesse de la Capitale condamne le projet de mur à la frontière du Mexique et des États-Unis tout en proposant par ailleurs l’érection d’un autre en plein cœur de Paris. Anne Hidalgo deviendrait-elle le Trump de l’Hexagone ? Vérité en-deçà de l’Atlantique, erreur au-delà ?

Y compris chez les tenants de l’ouverture et de la mondialisation s’impose dorénavant l’obligation d’établir des barrières, des frontières, des clôtures. Bien sûr, ils ne l’avoueront jamais, mais ils sont en train de perdre la bataille des idées !

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 21, diffusée sur Radio-Libertés, le 17 février 2017.

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dimanche, 12 février 2017

Détournement de populismes

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Georges Feltin-Tracol

L’électorat petit-blanc des États-Unis risque de se réveiller avec une effroyable gueule de bois. Sa désillusion politique peut être immense avec l’entrée en fonction de l’administration Trump. Passe encore que cette équipe rassemble des multimillionnaires, ce qui se comprend dans un pays qui s’imagine que gérer une entreprise équivaut à diriger un État. Constitué de plusieurs responsables issus de Goldman Sachs, le nouveau gouvernement envisagerait d’annuler toutes les restrictions prises au lendemain de la crise financière de 2008 contre l’hypertrophie bancaire et pourrait déjà exaspérer une population largement surendettée.

Si Donald Trump n’applique pas ses promesses contre le financement illimité des campagnes électorales et l’indispensable séparation des banques, il prouvera qu’il a canalisé, instrumentalisé et neutralisé le formidable désarroi populaire. Il a déjà désavoué l’Alt Right (cette « Droite alternative » révélée par la récente présidentielle). Mais Trump et son entourage peuvent-ils agir autrement tant leur affligeante constitution les ligote ?

Trump n’est pas le seul à pouvoir ainsi détourner la juste colère des électeurs. Pensons à la Grèce martyrisée avec le consentement du gouvernement croupion des souverainistes de l’ANEL et de la gauche radicale Syriza de l’infâme Tsipras qui a transformé la victoire référendaire du non en une soumission totale à la Troïka. Mentionnons aussi les nationaux-libéraux de l’AfD en Allemagne, le parti néerlandais de Geert Wilders, le FPÖ autrichien qui s’entend avec le parti Russie unie et se distancie de son allié français, ou l’UKIP national-mondialiste britannique. Le summum est cependant atteint avec les Italiens du Mouvement Cinq Étoiles. L’administration de la ville de Rome depuis juin dernier vire à la catastrophe. La mairesse Cinq Étoiles de Turin s’appuie, elle, sur les banques et le politiquement correct… Et passons sur sa dernière bouffonnerie au Parlement européen : la tentative avortée de Beppe Grillo de rejoindre le groupe libéral centriste. Tous ces partis troquent volontiers leur radicalité supposée pour une fumeuse respectabilité politico-médiatique. En France, le parti de la Rose bleue poursuit la même démarche d’affadissement avec l’espoir bien illusoire d’emporter les prochaines échéances électorales…

Comme l’a démontré le troisième tour de la présidentielle autrichienne de décembre dernier, les concessions incessantes démobilisent surtout un électorat très remonté sans pour autant attirer des électeurs hésitants. Les succès du premier tour préparent les défaites du second tour. Les formations dites « populistes » d’Europe occidentale devraient se pencher sur la fin du national-populisme en Roumanie où l’excès et la caricature se mêlaient à un esprit de compromission permanente avec le pouvoir.

Fort heureusement échappent à cette tendance CasaPound en Italie, le NPD qui vient d’échapper à la dissolution en Allemagne, Aube Dorée en Grèce, l’ELAM (ou Front populaire national) à Chypre, le mouvement Kukiz’15 en Pologne et le Parti Populaire – Notre Slovaquie. Malgré l’adversité et une répression impitoyable, ces forces vives gardent leur tonalité révolutionnaire, leur intransigeance doctrinale et une fantastique rigueur militante.

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 20, diffusée sur Radio-Libertés, le 10 février 2017.

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lundi, 06 février 2017

Les frontières de cœur d’Erdogan

Recep_Tayyip_Erdogan-227x300.pngGeorges Feltin-Tracol

Au début du mois d’octobre 2016, sur les bords de la Mer Noire à Rizé et devant les cadres de l’AKP, le président Erdogan tint un discours qui aurait dû susciter l’attention et la réaction de tout le monde, des Européens en particulier.

Ce jour-là, le chef d’État turc énonça ce qu’il appelle ses « frontières de cœur ». « On nous demande pourquoi nous nous intéressons à l’Irak et à la Syrie, à l’Ukraine, à la Géorgie et à la Crimée, à l’Azerbaïdjan et au Karabakh, aux Balkans et à l’Afrique du Nord, dit-il. Mais ces pays ne nous sont pas étrangers. Comment faire la différence entre Rizé et Batoumi [en Géorgie] ? Comment évoquer Edirne [l’ancienne Andrinople en Turquie d’Europe] sans parler de Thessalonique [en Grèce, ville natale d’Atatürk] et de Kardjali [en Bulgarie] ? Comment ne pas admettre que Gaziantep, Alep [en Syrie], Mardin, Syrte [en Libye] et Mossoul [en Irak] ne sont pas liés ? De Hatay au Maroc, vous trouverez les traces de nos ancêtres. C’est la même chose en Thrace et en Europe de l’Est. » Il se répéta, le 23 octobre suivant, à Buran près de la frontière bulgare : « Aujourd’hui, lorsque nous parlons de la Syrie, de l’Irak, de la Crimée, de la Thrace occidentale et de la Bosnie, des gens nous regardent comme si nous étions des extraterrestres. […] Mais pour nous il ne s’agit pas d’autres mondes, mais de morceaux de notre âme. » N’oublions pas que l’Albanie, longtemps turque et dont serait originaire la famille de Mustafa Kemal Atatürk, n’accéda à l’indépendance qu’en 1912…

Ces déclarations confirment la vision du monde d’Erdogan déjà exprimée dans son somptueux palais présidentiel par 16 soldats en tenue d’époque qui représentent l’ensemble des empires turcs et turcophones d’Asie centrale depuis le IIe siècle de notre ère. Parallèlement à ces incantations, la Turquie a inauguré en mai 2016 sa première base militaire à l’étranger, au Qatar.

Longtemps adepte de la diplomatie du « zéro problème avec les voisins », Ankara soutient dorénavant un ambitieux projet géopolitique, synthèse entre la vision néo-ottomane des cénacles islamistes conservateurs de l’AKP et la conception pantouranienne anti-européenne du MHP (le Parti de l’Action nationale) qui donne un néo-panturquisme susceptible d’attirer en outre les eurasistes turcs et les kémalistes les plus patriotes (l’invasion en 1974 du Nord de Chypre fut ordonnée par le kémaliste social-démocrate Bülent Ecevit).

Formé dans sa jeunesse par la droite radicale avant de se rallier à la mouvance islamiste, Recep Tayyip Erdogan reprend à son compte le compromis national-islamiste encouragé par le général Kenan Evren au lendemain du coup d’État de 1980. Ainsi l’AKP passe-t-il de la « démocratie musulmane » à un « islamo-nationalisme grand-turc ». Cette convergence s’explique enfin par des considérations politiciennes intérieures : l’AKP a besoin des voix du MHP au Parlement pour réviser la Constitution et établir par référendum une république hyper-présidentielle.

Les propos d’Erdogan ne sont pas encore des revendications territoriales, mais ils indiquent que la Turquie affirme son rôle de puissance régionale face à l’Arabie Saoudite déclinante, Israël ragaillardi, et – surtout – la Russie et l’Iran. L’épineuse question d’Orient relance le « Grand Jeu ».

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 19, diffusée sur Radio-Libertés, le 3 février 2017.

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mardi, 31 janvier 2017

Un réquisitoire contre le Boboland

Guilluy.jpgGeorges Feltin-Tracol

Détesté des universitaires qu’on ne voit jamais sur le terrain et attaqué régulièrement par Libération, ce qui indique un sens élevé de liberté intellectuelle, le géographe Christophe Guilluy continue, imperturbable, son examen socio-territorial de l’Hexagone. Après Fractures françaises en 2013 et La France périphérique en 2014, il vient de publier Le crépuscule de la France d’en haut chez Flammarion (253 p., 16 €), son ouvrage le plus politique.

Consultant réputé auprès des collectivités locales, l’auteur parcourt la France et constate de fortes déchirures géo-sociologique qu’il associe à une relance d’une nouvelle lutte des classes. Sous la contrainte conjuguée de la mondialisation, du libre-échange et de la mise en concurrence des salaires et de la main d’œuvre, l’espace français se scinde en trois aires inégales et disparates : des métropoles prospères et ouvertes au monde, des banlieues de l’immigration adossés aux métropoles qui profitent de leur dynamisme socio-économique, et des contrées périphériques déclassées, de loin les plus nombreuses et les moins aidées.

Ainsi disloquée, la France devient une véritable « société américaine ». « Les territoires métropolitains, explique Christophe Guilluy, ne sont pas seulement le lieu de captation du patrimoine, des richesses et de l’emploi, ils sont aussi de la production de la fabrication de la pensée unique, ce discours du système médiatique et politique que permet aux classes dominantes de dissimuler le réel, celui d’une société inégalitaire et sous tensions, derrière la fable de la société ouverte (pp. 15 – 16). » S’épanouissant dans de « nouvelles citadelles » métropolitaines, administrations centrales parisiennes et bobos défigurent par des projets coûteux, stupides et polluants la « France profonde » à Bure, à Notre-Dame-des-Landes, à Civens, à Roybon. Ils y installent même maintenant des immigrés clandestins tolérés. Ces manières détestables accroissent les tensions sociales.

Frappées par des « polycrises » économique, sociale, identitaire et écologique, les catégories populaires et moyennes en voie de paupérisation accélérée — qui ne résument pas exclusivement aux Blancs —, répondent par une sécession tranquille qui se formalise en « contre-société » sédentaire et localiste. Les gens ordinaires comprennent en effet que la cohésion sociale, la décence commune et le sentiment d’appartenance au village, au bourg et au quartier représentent un modeste mais salutaire gilet de sauvetage. En l’absence d’une politique volontariste d’aménagement raisonné du territoire, deux sociétés potentiellement conflictuelles s’élèvent par conséquent sur le même sol. Le crépuscule de la France d’en haut annonce un horizon plus que tempétueux.

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 18, diffusée sur Radio-Libertés, le 27 janvier 2017.

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lundi, 16 janvier 2017

Une révolution de couleur à Varsovie ?

PiS.jpgGeorges Feltin-Tracol

La Pologne a connu une fin de mois de décembre 2016 très agitée. Dans la nuit du 16 au 17, des manifestants qualifiés par les médiats occidentaux de « démocrates » envahirent la Diète, le Parlement polonais, bloquèrent les députés et les empêchèrent de voter de nouvelles lois. Si au moment des oppositions en 2012 – 2013 sur l’horrible loi Taubira, La Manif pour Tous avait agi ainsi, le chœur médiatique aurait crié unanime au putsch, au coup d’État et à la République en danger. Il approuve au contraire ces actions illégales survenues à Varsovie.

Les élections législatives d’octobre 2015 a donné une majorité absolue au parti social-étatiste et national-conservateur eurosceptique, anti-russe, germanophobe et atlantiste Droit et justice (PiS en polonais). L’opposition libérale-conservatrice pro-européenne de la Plate-forme civique et les opposants de gauche progressiste, presque éliminés du Parlement, se sont entendus afin de rejeter les décisions du PiS.

La présidente du Conseil des ministres, Beata Szydlo, et le chef du PiS, Jaroslaw Kaczynski, sont des démocrates ancienne manière : ils n’acceptent pas que les choix souverains de la Diète soient contrecarrés par la rue, par des tribunaux dont le Tribunal constitutionnel largement composé d’adversaires politiques ainsi que par les instances supranationales de l’Union dite « européenne » qui enquêtent sans vergogne sur de supposées violations de l’« État de droit » par le nouveau gouvernement polonais. La majorité parlementaire ose en effet appliquer son programme, abaisser l’âge de la retraite, donner une allocation de 120 € par enfant à partir du deuxième, et s’attaquer à certaines vaches sacrées du Système comme le droit à l’avortement ou la suprématie des juges sur les élus.

Bruxelles et des ONG parmi lesquelles les habituelles stipendiées de l’oligarque mondialiste George Soros, excitent par conséquent une frange marginale et urbaine de nostalgiques déçus des résultats électoraux et de la grande popularité du PiS. Elle se manifeste au sein d’un fantomatique Comité de défense de la démocratie (KOD) qu’il faudrait plutôt appeler Comité d’adhésion à la ploutocratie.

L’hyper-classe eurocratique et les oligarques occidentaux ne veulent pas que la Pologne, forte de 38,5 millions d’habitants, rejoigne la Hongrie de Viktor Orban dans la catégorie novatrice et originale des démocraties illibérales au risque de susciter une contagion politique en Europe centrale, en Europe de l’Est, voire à l’Ouest. Ils montent donc un cordon sanitaire à l’extérieur et fomentent à l’intérieur une contestation dans les rues. Les dirigeants polonais sauront-ils faire face à ce début de révolution colorée ? Il faut les encourager à résister, s’il le faut, par tous les moyens.

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 16, diffusée sur Radio-Libertés, le 13 janvier 2017.

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dimanche, 08 janvier 2017

Une année cruciale

2017.jpg

Georges Feltin-Tracol

1917 est désignée par les historiens comme l’« année terrible », l’« année du tournant » dans la Grande Guerre. Cent ans plus tard, 2017 sera-t-elle comme le titre le nouveau numéro de l’excellente revue Conflits « l’année de tous les dangers » ? Malgré cet intitulé pessimiste, permettez-moi de vous présenter tous mes meilleurs vœux de Joie, de Grande Santé, de Force et de Prospérité pour les 359 jours qui seront certainement déterminants pour notre avenir.

L’administration de Donald Trump entrera en fonction dans deux semaines. L’incertitude demeure totale en ce qui concerne ses orientations géopolitiques majeures à un moment où la mer de Chine méridionale devient une véritable poudrière régionale avec l’annexion rampante des archipels Spratleys et Paracels par la Chine et le décrochage des Philippines de la zone d’influence US pour un rapprochement avec Pékin. Comment Trump réagira-t-il ?

En Europe, trois événements prévus marqueront cette année : les élections présidentielles et législatives au printemps en France, les législatives allemandes en septembre avec la possible reconduction d’Angela Merkel à un quatrième mandat (et on accuse ensuite Vladimir Poutine de s’accrocher au pouvoir !) et le déclenchement tant attendu du Brexit par l’activation de l’article 50. L’imprévu concernera d’éventuelles législatives anticipées en Italie avec une poussée prévisible des populismes du Mouvement Cinq Étoiles et de la Ligue du Nord.

Toutes ces péripéties politiciennes ne doivent cependant pas cacher que les soi-disant « migrants » continuent à se déverser sur le Vieux Continent, aidés par des natifs adeptes de l’ethnomasochisme, que la crise fragilise les catégories sociales populaires et moyennes inférieures autochtones et que les lamentables politiques d’austérité exigées par les banques qui croulent sous les profits se poursuivent au nom d’une conception désuète des rapports économiques et sociaux.

Comme pour toutes les années précédentes, 2017 sera surtout riche en événements inattendus et en retournements, plus ou moins considérables, de l’actualité. Une chose est déjà entérinée : la « fin de l’histoire » avancée par Francis Fukuyama est belle et bien achevée. Place donc aux « chocs de l’histoire » !

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 15, diffusée sur Radio-Libertés, le 6 janvier 2017.

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Salut à Boutang !

Soulié-Boutang-195x300.jpgGeorges Feltin-Tracol

Disciple zélé et talentueux de Charles Maurras, le royaliste orléaniste intransigeant Pierre Boutang fut à la fois philosophe, romancier, journaliste, critique littéraire et redoutable pamphlétaire. Révoqué de l’Université pour avoir rallié le général Giraud en 1942, Boutang fonda un journal, La Nation française, dans lequel s’exprimaient l’« historien du dimanche » Philippe Ariès et le critique de cinéma Philippe d’Hugues, soutint la cause de l’Algérie française avant d’approuver l’action néo-capétienne de Charles De Gaulle en qui il espéra un moment une éventuelle restauration monarchique en faveur du comte de Paris. Ayant appris à lire dans les colonnes de L’Action française, Boutang partage l’antisémitisme d’État de son maître à penser, puis se fait le vibrant défenseur du sionisme et de l’État d’Israël peut-être parce qu’il « voit dans Israël un modèle théocratique moderne, la théocratie étant le contenu latent de son rêve (p. 58) ».

Rémi Soulié ne développe pas le parcours intellectuel de son ami parfois sujet à de vives colères ainsi que d’« engueulade en hurlements majeurs (p. 100) ». « Quel caractère de cocon ! (p. 101) », poursuit-il plus loin, ajoutant que « Boutang, c’est Ivan le Terrible, Attila, Tamerlan et Gengis Khan en un seul homme (p. 109) ». Bref, « faute d’avoir trouvé un sage équilibre intérieur entre la paix et l’épée, Boutang ne (se) maîtrisait pas (p. 14) ». Ce tempérament difficile n’empêche pas que « Boutang s’enflamme comme un enfant. Il a des accès d’enthousiasme politique comme j’ai des quintes de toux. Comment fait-il pour rester aussi naïf après tant d’années de combats et de revers, alors qu’il est plus que prévenu contre la démocratie dite libérale et représentative ? (p. 99) ». Cette remarque surprend. En effet, « Maistre et Boutang partagent une même idée de la politique. […] Pour eux comme pour Donoso Cortés, Blanc de Saint-Bonnet et toute l’école de la pensée catholique traditionnelle, les principes de la politique ne se peuvent penser qu’à partir de l’Incarnation, du Dieu un et trine, bref, de la théologie (p. 17) ». Rémi Soulié assène même qu’« au fond, Boutang reste trop biblique (p. 99) ». « Coléreux et généreux, tendre et tyrannique, cet ogre fut un homme de passion [… qui] a construit une œuvre philosophique et polémique parfois hermétique mais qui porte à incandescence les facultés de l’esprit (p. 14). »

Un temps proche des royalistes de gauche de la NAF (Nouvelle Action française) qui deviendra plus tard la NAR (Nouvelle Action royaliste) animée par Bertrand Renouvin et Gérard Leclerc, Pierre Boutang connaît à la perfection les mécanismes démocratiques. « Il travaillait sur la notion platonicienne de “ théâtrocratie ”. Il y voyait le concept idoine à l’intelligence des temps spectaculaires (p. 138). » Parfois suspicieux envers certains titres de Jünger – tels La Paix -, il reconnaît néanmoins volontiers que « l’anarque est celui qui échappe à toute arché. Sont bonnes toutes les archies (monarchies, anarchie…), et détestables toutes les craties (démocratie, ploutocratie…) (p. 101) ».

Il n’est pas anodin si l’ouvrage s’ouvre sur une étude fouillée consacrée à « Pierre Boutang et Joseph de Maistre » au croisement de l’histoire des idées politiques, de la philosophie et de la métapolitique, terme déjà employé par l’auteur des Soirées de Saint-Pétersbourg. Cela peut surprendre chez quelqu’un qui se référait habituellement au philosophe italien Vico. Rémi Soulié insiste aussi sur « l’axe biographique, politique, métaphysique et théologique fondamental pour Boutang : la paternité et la filiation (p. 45) ». Sa pensée s’articule donc autour de ces deux notions qui fondent la nation dans son acception étymologique.

Pour saluer Pierre Boutang est un essai lumineux sur une vie, une personnalité et une œuvre complexe qui devraient probablement faire l’objet d’une étude exhaustive. Les écrits de Boutang peuvent encore avoir aujourd’hui une résonance particulière. Le supposé « populisme chrétien » décrit par Patrick Buisson dans La cause du peuple y puiserait des idées susceptibles de le rendre effectif, cohérent et combatif. George Steiner le considérait d’ailleurs comme « la voix philosophique de l’aile autoritaire de la droite contemporaine en France (p. 16) ». Les jeunes catholiques non-conformistes du début du XXIe siècle auraient par conséquent tout intérêt à redécouvrir ce philosophe engagé après avoir médité le beau livre de Rémi Soulié.

Source Europe maxima cliquez là

• Rémi Soulié, Pour saluer Pierre Boutang, Éditions Pierre-Guillaume de Roux, 2016, 141 p., 21 €.

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lundi, 26 décembre 2016

L’arroseur enfin arrosé

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Georges Feltin-Tracol

Pourquoi les États-Unis n’ont-ils jamais connu de coup d’État ? Parce qu’il n’y a pas d’ambassade étatsunienne à Washington ! Cette boutade très répandue en Amérique latine témoigne avec humour de l’emprise des États-Unis sur l’ensemble de l’hémisphère occidental depuis la proclamation en 1823 du président James Monroe. Relancée à la fin du XIXe siècle avec la conquête des îles Hawaï et poursuivie par la politique du « gros bâton » chère au 24e président, Theodore Roosevelt, cette domination s’accroît au lendemain de la Seconde Guerre mondiale avec une succession de putschs et de révoltes militaires fomentés par la CIA, cette puissante organisation terroriste légale. L’un des plus récents remonte au 28 juin 2009 avec l’éviction du président légitime du Honduras Manuel Zelaya, coupable de se rapprocher du projet bolivarien panaméricain du Commandante Hugo Chavez.

Depuis quelques semaines, l’Establishment yankee se dit bouleversé par les cyberattaques contre le Parti démocrate durant la dernière campagne présidentielle. Les 17 (!) agences de renseignement US, dont la CIA toujours constituée de faucons vraiment très néo-cons, les attribuent sans trop de preuves formelles à la Russie. Médiacrates et élus du Congrès s’offusquent d’une ingérence pareille envers un État si sourcilleux de sa souveraineté.

Leur indignation fait plaisir à voir et révèle toute l’hypocrisie de cette lamentable caste qui entend par ailleurs imposer au monde entier par des sanctions, l’embargo économique et des bombardements, son droit élastique, ses normes idiotes et sa démocratie de pacotille vérolée par le fric. La France de Chirac, de Sarközy et de Hollande n’a jamais réagi aux manœuvres subversives de l’ambassade des États-Unis à Paris qui investit dans les banlieues hexagonales de l’immigration, recrute le pire des futurs politicards dans le cadre de la French-American Foundation et s’affiche régulièrement avec certains politiciens en exercice tels le centriste Hervé Morin, un véritable habitué du lieu.

Le Système étatsunien et ses prébendiers locaux commencent néanmoins à comprendre que leur hégémonie s’estompe au profit d’un monde plus multipolaire et mieux équilibré. Les États-Unis ne sont plus cette forteresse inexpugnable protégée par deux vastes océans. Leur création la plus novatrice du XXe siècle – Internet – devient presque leur talon d’Achille, car le réseau numérique planétaire diffuse enfin auprès d’une population désinformée des vérités jusque-là bien occultées. Oncle Sam rentre dans le rang !

Certes, des observateurs venus de Chine, du Bélarus, de Corée du Nord, d’Iran, du Venezuela, d’Érythrée, de Russie et de Cuba ne superviseront pas encore les élections de mi-mandat en novembre 2018 et encore moins la présidentielle de 2020. Un sévère coup vient toutefois d’être porté à l’hyper-classe ploutocratique étatsunienne. Il faut s’en réjouir.

Chers Amis, joyeux Noël, très bon solstice d’hiver et à l’année prochaine pour de nouvelles chroniques hebdomadaires du Village planétaire, toujours sur Radio-Libertés !

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 15, diffusée sur Radio-Libertés, le 23 décembre 2016.

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jeudi, 22 décembre 2016

La démocratie du XXIe siècle

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Georges Feltin-Tracol

La Hongrie, la Turquie, la Russie, Singapour, le Bélarus, voire peut-être bientôt la Pologne, seraient pour leurs détracteurs occidentaux des « démocratures », un mélange plus ou moins subtile de pratiques démocratiques et d’autoritarisme politique. Il serait plus juste de les qualifier de « démocraties illibérales ».

L’expression revient au politologue étatsunien d’origine indienne musulmane, Fareed Zakaria, qui l’employa pour la première fois dans le numéro de novembre – décembre 1997 de la revue mondialiste Foreign Affairs. En 2003, il développa et étaya sa thèse dans L’avenir de la liberté. La démocratie illibérale aux États-Unis et dans le monde. L’élève de Samuel Huntington y défendait l’indépendance complète des institutions par rapport à l’élection en prenant l’exemple révélateur de la Banque centrale européenne.

Le 26 juillet 2014, le ministre-président hongrois, Viktor Orban, s’en appropria le concept. Il s’agit pour lui de célébrer le retour du politique et la nécessaire correction des excès du libéralisme politique et économique. Cet « État non libéral, disait-il, ne nie pas les valeurs fondamentales du libéralisme comme la liberté, etc. Mais il ne fait pas de l’idéologie un élément central de l’organisation de l’État. Il applique une approche spécifique et nationale », propre à l’histoire et aux mentalités hongroises, pourrait-on ajouter.

Si cette expression est récente, la pratique illibérale est pourtant relativement ancienne en Europe. Dans son excellente biographie sur Napoléon III parue en 2004, Pierre Milza définit avec raison le Second Empire comme un régime illibéral. Cette caractéristique méconnue influencera ensuite la fameuse « droite bonapartiste », des boulangistes à certaines tendances du Front national en passant par les « Syndicats jaunes », des non-conformistes des années 30 et le gaullisme de gauche.

Au XIXe siècle, la France de Napoléon III n’était pas le seul État illibéral d’Europe. Son vainqueur de 1870, la jeune Allemagne forgée par le chancelier Bismarck correspondait aussi à cette catégorie. Sa constitution impériale conciliait en effet fédéralisme politique, autorité monarchique, suffrage universel direct, forte protection sociale, gouvernement indépendant des manœuvres parlementaires et présence massive d’élus sociaux-démocrates.

Alternative prometteuse à la démocratie représentative épuisée et à la chimérique démocratie participative, la démocratie illibérale ne peut être que la première étape vers une démocratie authentique, la démocratie organique, cette formidable matrice de l’aristocratie populaire européenne.

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 14, diffusée sur Radio-Libertés, le 16 décembre 2016.

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lundi, 19 décembre 2016

L'intervention de Georges Feltin-Tracol à la Table-ronde de Terre et peuple

flyer_tr_2016.jpgMesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, Chers Camarades, Chers Amis,

Permettez-moi d’abord de remercier Terre & Peuple pour son invitation à cette XXIe table ronde qui traite aujourd’hui des « Chemins de la résistance et de la reconquête ». Les voies ne manquent pas. On a parfois un peu trop tendance à séparer leurs différentes formes d’engagement. Le militantisme peut prendre trois aspects principaux qui, suivant les circonstances, se recoupent ou se contredisent. Il s’agit de l’action culturelle ou métapolitique, de l’action politique et électorale, et de l’action armée qui peut être qualifiée, le cas échéant, de « terroriste ».

Leur interaction produit sur une durée relativement longue des résultats intéressants. Pensons d’abord au mouvement corse. Qui à la prise d’Aléria en 1975 aurait imaginé que quarante ans plus tard une coalition nationaliste dirigerait les institutions de l’Île de Beauté ? Observons l’Irlande du Nord. Les républicains nationalistes ont bâti une véritable contre-société, obtenu une large autonomie interne et gouvernent dorénavant avec les unionistes radicaux pro-britanniques. Et que dire de l’ANC de feu Nelson Mandela qui sut combiner en Afrique du Sud agitations étudiantes, attaques terroristes, noyautage militant des organisations caritatives et agit-prop à l’échelle planétaire sans que cela ne soulève la moindre réprobation comme si on distinguait un bon terrorisme d’un très mauvais ?

Mais qu’est-ce que le terrorisme ? Les occurrences mentionnent plus d’une centaine de définitions au moment où s’applique en France un délit d’apologie du terrorisme, retiré du droit de la presse pour intégrer le droit pénal ordinaire, qui peut valoir à son auteur jusqu’à sept ans de prison. Si on écoute attentivement nos médiats menteurs, on remarquera l’association fréquente des mots « terrorisme » et « barbarie ». Comme pour le terrorisme, la barbarie est un concept imprécis et flou. Nos contemporains ont oublié ces actes barbares qu’étaient les bombardements « alliés » en 1944 sur les villes françaises ainsi que les nombreux viols de Françaises par des GI. N’était-il pas aussi barbare de bombarder à l’uranium appauvri les villes serbes en 1999 ? N’était-il pas barbare d’appliquer un blocus impitoyable qui tua au moins un million et demi d’Irakiens ? Le célèbre juge anti-terroriste, Gilbert Thiel, eut le culot d’estimer que « les combattants des maquis algériens n’étaient pas des terroristes lorsqu’ils se contentaient de combattre l’armée, la police et les représentants de l’État français (1) ». Cet homme oublie qu’à la « Toussaint rouge » en 1954, le couple Monnerot, bien qu’instituteurs, n’appartenait à aucun des groupes cités. En 1943, Jean Moulin fomentait des actes terroristes. Aujourd’hui, des rues, des places, des établissements scolaires portent son nom. S’agit-il d’une apologie du terrorisme ? Pour les victimes allemandes, très certainement… En 1962, le gouvernement français négocia avec le FLN algérien en faisant mine d’ignorer les bombes posées dans les cafés et les cinémas d’Alger en 1957… Si Nelson Mandela est resté vingt-sept ans en prison, c’est parce que la justice légale sud-africaine de l’époque l’avait condamné pour des attentats. À sa mort, ce passé meurtrier n’empêcha pas des dizaines de chefs d’État et de gouvernement d’assister à ses obsèques et d’être ainsi les complices au moins moraux d’un ancien terroriste. L’actuel gouvernement hexagonal a apporté un soutien non négligeable à des terroristes, cette racaille qui ferait, selon Laurent Fabius, « du bon boulot » en Syrie contre les forces du président Bachar al-Assad. Par cette incroyable déclaration, Fabius n’a-t-il pas fait, lui aussi, une apologie du terrorisme ? Le terroriste ou supposé tel mène une guerre de partisan hors des règles de la guerre conventionnelle. S’il gagne, il devient un résistant et un héros honoré. S’il perd ou s’il poursuit la lutte, il rejoint la catégorie des monstres.

La priorité qu’on accorde à l’activisme culturel, politique ou armé dépend à la fois de sa personnalité et du moment historique propice, ce fameux Kairos difficilement cernable. Toutefois, quand bien même un de ces modes acquiert une primauté opérationnelle, les deux autres ne seront jamais oubliés ou délaissés. Par exemple, l’action armée doit par ces temps de flicage généralisé tendre en pratique régulière de sports d’endurance, d’entraînement au tir dans un club agréé ou de sortie à la chasse.

Pour ma part, cela fait plus d’un quart de siècle que j’ai choisi le combat des idées. En tant qu’essayiste, rédacteur en chef du site Europe Maxima, contributeur régulier aux revues Réfléchir & Agir et Synthèse nationale ainsi qu’au site Euro-Libertés sans oublier des chroniques désormais hebdomadaires du « Village planétaire » à Radio-Libertés, je sais que les idées sont des munitions placées dans ce fusil d’assaut qu’est le livre. Bien sûr, tous les livres ne sont pas des armes mentales. Certains sont d’inoffensifs couverts en plastique. Quoique… Vous connaissez peut-être les éditions Harlequin qui depuis des décennies exploitent le filon de captivantes histoires d’amour entre le brave docteur et son infirmière si dévouée, ce gentil milliardaire et la belle ouvrière, l’avocat sympa et la charmante magistrate. Pour certaines féministes exaltées, ces romans lus avec avidité par des grands-mères et les dernières adolescentes épargnées de l’illettrisme scolaire ambiant, renforcent l’horrible domination patriarcale machiste, misogyne et sexiste.

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samedi, 10 décembre 2016

Vers l’Europe militaire ?

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Georges Feltin-Tracol

On n’en finit plus de spéculer sur la politique étrangère que va mener le 45e président des États-Unis d’Amérique à compter du 20 janvier 2017. Si on se fie à ses déclarations au cours de cette longue campagne électorale, on ne peut que relever une nette affirmation d’inciter au désengagement – relatif – des forces armées US en Asie et en Europe. Le prochain occupant du Bureau oval exigera peut-être que ses alliés du « Vieux Continent » cessent de considérer l’OTAN comme leur unique recours possible. Il aimerait bien que les Européens prennent enfin leur destin militaire en main. Plus de soixante ans après l’échec de la Communauté européenne de défense (CED), le Brexit pourrait paradoxalement relancer un processus militaire européen si possible émancipé de la tutelle étatsunienne.

Lors du sommet européen à Bratislava le 16 septembre 2016, François Hollande déclarait pour une fois avec raison : « Si les États-Unis font le choix de s’éloigner, l’Europe doit être capable de se défendre par elle-même. Pour l’Union européenne, la défense, c’est le défi. Il s’agit de peser sur le destin du monde, de se doter d’une capacité de projection. […] Il n’y a pas de continent, il n’y a pas d’union s’il n’y a pas de défense de ce que nous représentons (dans Le Figaro des 17 et 18 septembre 2016). » Mieux encore, Jean-Jacques Mével rapporte que « le trublion Viktor Orban a surpris beaucoup de monde en s’affichant comme le partisan résolu d’une Europe militaire : “ la sécurité de l’UE est la priorité et nous devrions mettre sur pied une armée européenne ”, assurait-il le mois dernier (dans Le Figaro du 14 septembre 2016) ».

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Ce projet ambitieux suscite cependant toujours la réticence de certains États-membres de l’Union pseudo-européenne qui ne veulent pas s’écarter du cadre atlantiste. Du coup, Varsovie vient d’annuler l’achat d’hélicoptères militaires Caracal par des hélicoptères assemblés outre-Atlantique. Jean-Jacques Mével ajoutait en outre « la Pologne est favorable à l’Europe de la défense, “ du moment qu’elle ne cherche pas à faire concurrence à l’OTAN ”, dit-on à Varsovie. Prague et Bratislava sont à peu près sur la même ligne (art. cit.) ». Pis, fin septembre 2016, le ministre britannique de la Défense, Michael Fallon, assurait que « le Royaume-Uni s’opposera au projet d’Europe de la défense porté par la France et l’Allemagne tant qu’il fera partie de l’UE ».

Les Pays-Bas, le Danemark et les États baltes expriment eux aussi aussi leur défiance envers tout projet militaire européen non-atlantiste. Or, s’il y a un domaine dans lequel l’Europe peut se concevoir, c’est bien la défense et ses fantastiques retombées économiques grâce à la recherche-développement. Le Brexit et l’arrivée de Donald Trump pourraient sortir les Européens du continent, des aires méditerranéenne, rhénane et danubienne, de leur torpeur insensée. « Lorsque les Britanniques partiront, prévient Frederico Santopinto, du Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité, l’alibi qu’ils ont incarné pour justifier l’absence de progrès en matière de défense s’en ira avec eux… (dans Le Monde du 29 octobre 2016). » En 1980, Julien Freund relevait dans La fin de la Renaissance (PUF) que « le vrai principe fédérateur en politique est le militaire et non l’économique ou le culturel. En effet, c’est par les guerres ou à la suite de guerres que les États se sont constitués (p. 11) ».

Il manque encore au drapeau européen l’adoubement par le tragique sur les champs de bataille et le sang versé des Européens, mais cette absence ne durera peut-être plus longtemps.

Bonjour chez vous !

« Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 13, diffusée sur Radio-Libertés, le 9 décembre 2016.

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dimanche, 04 décembre 2016

Élections dominicales

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Georges Feltin-Tracol

La proximité de Noël favorisera bientôt la fameuse « trêve des confiseurs ». Entre-temps, la vie politique se poursuit en Europe avec deux scrutins décisifs, ce dimanche 4 décembre.

Après un incroyable report de deux mois et bien des péripéties, les Autrichiens désigneront enfin leur nouveau président fédéral à l’occasion d’un « second » second tour entre le Vert Alexander Van der Bellen et le national-libéral populiste Norbert Hofer. Si les électeurs confirment leur précédent choix et élisent Van der Bellen, un coup d’arrêt sera donné à un mouvement commencé en juin en Grande-Bretagne avec le Brexit et amplifiée en novembre aux États-Unis par la victoire de Donald Trump. En revanche, si Hofer l’emporte après avoir fait de nombreuses concessions au politiquement correct, un autre trublion s’installerait en Autriche et pourrait renforcer le groupe centre-européen de Visegrad dans son opposition aux quotas d’immigrés clandestins.

Mais l’attention, ce jour-là, ne se focalisera pas que sur l’Autriche. L’Italie sera aussi observée en raison du référendum constitutionnel décidé par le président du Conseil Matteo Renzi. Ce dernier propose la suppression du Conseil économique et social, la réduction du nombre de parlementaires, une recentralisation de certaines compétences régionales et la transformation du Sénat en assemblée consultative des territoires sans pouvoir législatif. Le jeune dirigeant de centre gauche veut créer une IIIe République primo ministérielle renforcée par l’instauration de l’« Italicum ». Il s’agit d’un nouveau mode de scrutin des députés qui remplacerait l’actuel, le « Porcellum » trop proportionnel à son goût. Variante transalpine du mode de scrutin français pour les municipales et les régionales, l’« Italicum » stipule l’obtention de la majorité absolue de députés si un parti recueille plus de 40 % des suffrages au niveau national. Sinon se déroulera un second tour réservé aux deux formations arrivées en tête avec des candidats tous nommés par les appareils politiques…

Défendu avec force par les banques, la Commission de Bruxelles et la funeste Angela Merkel, le « oui » est, d’après les sondages, en difficulté quand bien même plus d’un tiers des électeurs pencherait pour l’abstention ou l’indécision. Potentiel vainqueur, le « non » rassemble un ensemble hétéroclite qui comprend nos amis de CasaPound, les populistes identitaires de la Ligue du Nord, les populistes atypiques du Mouvement 5 Étoiles, les post-fascistes de Frères d’Italie, les berlusconiens de Forza Italia, la gauche radicale et les dissidents internes du parti de Renzi.

Si le « non » l’emporte, Renzi a prévenu qu’il démissionnerait. Il s’ensuivrait soit un nouveau gouvernement de technocrates, soit des législatives anticipées qui verraient probablement la victoire du Mouvement 5 Étoiles, ce qui ferait l’effet d’une explosion nucléaire à quatre mois de la présidentielle française. Les électeurs autrichiens et italiens oseront-ils franchir le Rubicon et enfin bousculer un système politicien usé pour des nouveautés radicales ? Il faut le souhaiter.

Bonjour chez vous !

Cette « Chronique hebdomadaire du Village planétaire » a été diffusée sur Radio-Libertés le 2 décembre 2016.

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mercredi, 30 novembre 2016

Le précurseur européen de Donald Trump

Le-piège_-195x300.jpgGeorges Feltin-Tracol

Le président élu des États-Unis, Donald Trump, n’est pas le premier homme d’affaire à entrer en politique pour soumettre aux électeurs propositions iconoclastes. Dans la décennie 1990, l’indépendant Ross Perot, le républicain anti-néo-républicain Patrick Buchanan et l’écologiste Ralph Nader préfiguraient le phénomène Trump. À la même époque en Europe, un homme d’affaires prévenait les Français de l’engrenage maastrichtien : le Franco-Britannique Jimmy Goldsmith (1933 – 1997). Frère de l’écologiste « paléoconservateur » Edward Goldsmith et père de Zac Goldsmith, candidat conservateur malheureux à la mairie de Londres en 2016, il devint en 1994 député français au Parlement européen sur la liste L’autre Europe conduite par Philippe de Villiers.

Un an plus tôt, il avait publié chez Fixot Le piège, une série d’entretiens avec Yves Messarovitch. Hostile au traité de Maastricht et à la monnaie unique, Jimmy Goldsmith, en conservateur libéral, soutenait néanmoins « un marché européen libre à l’intérieur duquel puissent circuler sans restrictions marchandises, services et capitaux (p. 34) ». Sur l’euro perçu comme un intolérable carcan, il annonçait que l’impossibilité de le dévaluer entraînerait la Grèce et l’Espagne à accepter « le transfert des chômeurs […] vers d’autres [pays] plus prospères (p. 37) », ce qui est le cas avec une forte émigration hispano-grecque en Allemagne.

Vilipendant le libre-échange et les délocalisations, Jimmy Goldsmith invitait à « rejeter, sans complexes, le GATT [l’ancêtre de l’OMC] et protéger l’Europe (p. 71) ». Il prévoyait aussi que les élites auto-proclamées approuveraient l’injonction « selon laquelle ce serait aux gens de se déplacer vers les emplois et non l’inverse (p. 28) ». La mobilité européenne ne s’alignera jamais sur celle des États-Unis, surtout si elle est subie !

Contrairement à Donald Trump, Jimmy Goldsmith condamnait l’énergie nucléaire ainsi que les énergies fossiles. Il encourageait en revanche les « énergies vertes ». Quand on relit Le piège un quart de siècle plus tard, on ne peut que constater la pertinence de ses analyses, nonobstant leur libéralisme affiché. Finalement assez proche des thèses du Prix Nobel d’économie Maurice Allais, Goldsmith dénonçait la course à l’abîme de la pseudo-UE. Un indéniable esprit altereuropéen se manifestait déjà dans cet ouvrage plus que jamais d’actualité.

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 10, diffusée sur Radio-Libertés, le 25 novembre 2016.

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dimanche, 20 novembre 2016

Sur la longue durée, Donald Trump n’est pas une surprise*

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Georges Feltin-Tracol

Contrairement aux idées reçues, finance et politique forment un excellent duo. Aux temps de la Rome antique, les patriciens de la République se dédiaient aux affaires publiques tandis que leurs esclaves les plus dévoués en hommes de paille avisés faisaient du négoce. Au Moyen Âge et à la Renaissance, les cités italiennes ou de la Ligue Hanséatique dans le Saint-Empire romain germanique étaient le théâtre de vives confrontation entre de vieilles lignées terriennes de l’aristocratie et les jeunes bourgeoisies enrichies par le commerce et la banque (les Médicis à Florence).

Si l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis est une grande surprise pour le XXIe siècle, sa réussite repose sur quelques précédents. Il y a 25 ans, le milliardaire texan indépendant Ross Perot que Trump soutint un moment, recueillait 18,9 % des suffrages, empêchait la réélection de George Bush père et favorisait indirectement l’élection de Bill Clinton. Quatre ans plus tard, toujours candidat sur des thèmes protectionnistes et hostiles au libre-échange, Perot n’obtenait que 8,4 %, dépassé par un Clinton, grand séducteur d’électeurs, véritables Monica Lewinski politiques.

Sur cette terre par excellence du progressisme, de la modernité et de l’individualisme que sont les États-Unis, Donald Trump représente aux yeux de ses compatriotes le « rêve américain », le self made man, dur au travail, qui s’est bâti une vie prospère grâce à l’alchimie délicate d’une farouche volonté, d’un toupet extraordinaire et d’une chance inouïe. Longtemps, des généraux victorieux, George Washington (1789 – 1797), Andrew Jackson (1829 – 1837), vainqueur des Britanniques à La Nouvelle-Orléans en 1815, Zachary Taylor (1849 – 1850), Ulysses Grant (1869 – 1877) qui triompha de la Guerre de Sécession ou Dwight Eisenhower (1953 – 1961), occupèrent le Bureau oval. Aujourd’hui, la guerre ayant pris une tournure économique, c’est au tour des hommes d’affaires, surtout si leur notoriété s’alimente d’articles de presse people et d’une intégration – ancienne et remarquable – au « médiacosme ».

Homme d’argent, Donald Trump est aussi un homme d’images. Avant d’être une vedette de la télé-réalité, il figura dans des épisodes de feuilletons télévisés (Le Prince de Bel-Air, Spin City, Sex and the City, etc.) ou fut cité dans certains films tels Retour vers le futur 2 sous les traits du méchant Biff Tannen ou dans Gremlins 2. La nouvelle génération en tant que Daniel Clamp, voire en jouant son propre rôle truculent (Maman, j’ai encore raté l’avion, Zoolander ou L’Amour sans préavis). S’affranchissant de tous les codes, Donald Trump rejoint le pécore Mister Smith, cet idéaliste novice en politique, à la différence toutefois que le président élu connaît fort bien le marigot politicien. Le 7 novembre dernier, Arte diffusait d’ailleurs en soirée Monsieur Smith au Sénat, la satire féroce des mœurs politiques de Washington réalisée par Frank Capra en 1939. À l’insu de son plein gré, la chaîne franco-allemande annonçait le séisme planétaire du lendemain.

Bonjour chez vous !

* « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 9, diffusée sur Radio-Libertés, le 18 novembre 2016.

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dimanche, 10 juillet 2016

Pas de TAFTA pour l’Europe !

13411831_1128129680592027_3004680909563587835_o.jpgGeorges Feltin-Tracol 

Réfléchir et agir

Malgré l’échéance présidentielle US de novembre 2016 et dans un silence médiatique plus qu’assourdissant, les négociations autour du TAFTA (ou Traité transatlantique) se poursuivent entre Washington et Bruxelles dans une complète opacité.

À l’heure où la transparence s’érige en vertu publique suprême et que les États occidentaux surveillent les appels téléphoniques et les messageries numériques de millions de leurs résidents, le Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement déroge à cette lourde tendance. Est-il acceptable qu’un député laisse son téléphone à l’entrée, ne puisse prendre aucune note, ni la moindre photographie, et consulte dans un anglais juridique abscons cet accord commercial dans une pièce fermée sous la stricte vigilance de gardes ? Pire, s’il évoque la moindre clause, il risque des poursuites judiciaires en dépit de son immunité parlementaire !

L’Europe à l’encan

Si ce funeste traité était entériné, l’agriculture française déjà bien mal en point disparaîtrait définitivement. Mais la faillite de la ferme préfigurerait celle de l’atelier, de l’usine et de la boutique et le passage total de l’ensemble des activités économiques européennes aux mains des ploutocrates yankees. En France comme ailleurs dans l’UE, de nombreuses PME sont rachetées par des fonds de pension prédateurs et des multinationales voraces qui prélèvent outillages, techniques et savoir-faire avant de délocaliser et de licencier leurs personnels.

Au-delà des conséquences humaines de vies réduites en miettes par la « mondialisation heureuse » et outre un abaissement prévisible des normes sociales, préfiguré par la loi El Khomri, écologiques (hum ! le bon poulet aux hormones…) et juridiques (un tribunal d’arbitrage privé bien apprécié des contribuables français depuis le fiasco Adidas – Tapie trancherait les litiges entre États et entreprises), Washington aura le droit d’exiger que l’UE adopte toutes leurs lois. Ce partenariat prépare donc la dissolution définitive du Vieux Monde dans un pandémonium occidental made in Hollywood.

Coup d’État commercial

Les transnationales du fric et de la malbouffe soutiennent sa conclusion rapide. En brisant le droit continental d’origine romaine, elles lorgnent sur la privatisation du vivant (GPA, organes humains, semences) et incitent les populations à s’endetter par une consommation futile. L’actuelle campagne contre l’argent liquide au profit d’une monnaie électronique sous couvert de lutte contre la criminalité et le terrorisme participe à ce putsch marchand. Mais ce coup d’État ira encore plus loin dans l’asservissement de nos vies. Déjà, certains endroits aux USA interdisent la détention de… jardins potagers ! Il s’agit d’empêcher à terme toute autonomie collective et personnelle.

Le Traité transatlantique représente notre pire menace. Front paneuropéen du bien commun contre l’Ennemi !

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vendredi, 10 juin 2016

Rencontres de Béziers : l'analyse de Georges Feltin-Tracol

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Les 27, 28 et 29 mai 2016 se tenait « Le Rendez-Vous de Béziers » organisé par son célèbre maire, Robert Ménard. Pour l’occasion, l’ancien président de Reporters sans frontières avait quelques jours auparavant fondé une association à l’orthographe très vallaud-belkacemesque : « Oz ta droite ».

Au terme de ces trois journées de débats ponctuées par le psychodrame du départ précipité dès samedi midi, des élus frontistes, Marion Maréchal – Le Pen en tête (une vraie tempête dans un verre d’eau peu rempli), les quelque deux mille participants entérinèrent une cinquantaine de mesures qui devraient inspirer, voire être reprises, par les prochains candidats dits de droite à la présidentielle. Ces propositions dont la majorité est salutaire (abolition des lois attentatoires à la libre d’expression, moratoire sur l’ouverture de grandes surfaces, dénonciation de l’adhésion de la France aux articles de la Convention européenne des droits de l’homme, net refus du Traité transatlantique…) ne doivent cependant pas cacher les défauts de cette manifestation : un libéralisme assumé, un conservatisme chrétien ankylosé et moralisateur ainsi qu’un souverainisme quelque peu étriqué

« Oz ta droite » aurait l’intention folle de regrouper ce que Patrick Buisson, ancien responsable de Minute et ex-conseiller informel de Sarközy, appelle la « droite hors les murs », c’est-à-dire cette mouvance droitière sortie un temps de sa torpeur habituelle et de sa paresse conceptuelle par La Manif pour Tous et qui se trouverait à mi-chemin entre l’aile droite du parti Les Républicains, Debout la France et le néo-FN. Mirage politique, cette « droite » en quête supposée d’un dirigeant providentiel n’en demeure pas moins la proie de rivalités personnelles. Ainsi, le président de Debout la France, Nicolas Dupont-Aignan déclara-t-il à Marianne (des 27 mai au 2 juin 2016) : « J’aimerais y aller, mais ce sera non, pour ne pas prendre le risque d’une surinterprétation médiatique à me voir aux côtés de personnes peu fréquentables. » Le maire d’Yerres, naguère rocardien et Young Leader, rencontre bien tous les jours des incompétents nuisibles dans cette vaste décharge sise au Palais-Bourbon.

Sensible au discours identitaire néo-frontiste, cet électorat droitier rechigne néanmoins à voter pour le parti de Marine Le Pen dont il ne partage ni sa phobie de l’euro, ni un programme économique — jugé par ses adversaires et les médiats partisans — étatiste et dirigiste. « Le Rendez-Vous de Béziers » s’adressait par conséquent en priorité à des publics national-conservateur, libéral-conservateur et national-libéral, soit les orphelins politiques de Christine Boutin, de Philippe de Villiers, de Charles Pasqua et de Charles Millon, d’où une assistance relativement âgée et parfois chenue.

Libéralisme, les voilà !

Ce rendez-vous parapolitique prouve une nouvelle fois la schizophrénie des participants. Volontiers adulateurs du libéralisme en économie, ils accusent ce même libéralisme de tous les maux pour ses ravages culturels et moraux, montrant leur ignorance abyssal des écrits de Jean-Claude Michéa qui rappelle, livre après livre, l’unité intrinsèque de tous les libéralismes. Pourquoi s’opposer à l’homoconjugalité et à la GPA et accepter par ailleurs la suppression des 35 heures, la retraite à 65 ans ou la priorité aux économies dans le domaine de l’État-Providence ? Une réelle confusion a plané au cours de ces journées avec les interventions du chef d’entreprise Charles Beigbeder ou du chrétien libéral Charles Gave (le Christ ne détenait pourtant aucune propriété). Si Fabien Niezgoda, vice-président du MEI (Mouvement écologiste indépendant) d’Antoine Waechter ou Patrick Pérignon du syndicat agricole Coordination rurale ont pu exposer leurs points de vue originaux, d’autres intervenants manièrent avec un zèle certain la langue de coton et la valorisation ridicule de l’« Occident ». Pensons au chantre de l’« Amérique-Monde », l’ultra-néo-conservateur pro-sioniste Guy Millière, complice moral de l’assassinat du président Saddam Hussein, ou du journaliste Ivan Rioufol. Ce dernier qualifie dans son bloc-notes du Figaro (6 mai 2016) l’ignominieux TAFTA d’« imparfait mais utile ». Utile pour l’agriculture française et européenne ? Pour la santé et la souveraineté des Européens enchaînés au cauchemar yankee ? Hostile à l’islam, cet apologiste du mythe judéo-chrétien (cette variante droitarde du pâté d’alouette reprise par l’ineffable libéral-sécuritariste Éric Ciotti) défend la société multiraciale et prône l’assimilation, ce facteur facilitateur du « Grand Remplacement ». Fort heureusement, le public chauffée à blanc par le thème le hua copieusement. Cela signifierait-il que les participants accepteraient le modèle communautarien ethno-différencialiste et la réémigration ? Ce serait s’avancer un peu trop vite.

D’autres ateliers de discussions auraient mérité des sifflets. L’ambiguïté de ces trois jours persiste et ce dès les débuts, car le site d’Emmanuelle Duverger, l’épouse de Robert Ménard, Boulevard Voltaire, accepta le parrainage de Valeurs actuelles. Ce soutien n’est pas fortuit : le magazine vient d’être racheté par l’homme d’affaire libanais Iskandar Safa. Animé jusqu’à ces jours-ci par le national-mondialiste Yves de Kerdrel, ancien Young Leader de la French-American Foundation et atlantiste assumé (Geoffroy Lejeune vient de le remplacer), ce titre roule pour Les Républicains les plus droitards.

L’incongruité arriva à son comble au moment de l’allocation de Denis Tillinac. Dans Immédiatement (1972), Dominique de Roux qualifiait (fort injustement) Maurice Genevoix d’« écrivain pour mulots ». Il est indéniable que le chiraquien transi Tillinac incarne, lui, à merveille l’écrivaillon pour les blaireaux. Et comment une salle pleine de braves gens a-t-elle pu applaudir un bonhomme qui a toujours approuvé le calamiteux Jacques Chirac, ce pitoyable politicien qui accepta l’immigration extra-européenne de peuplement et donc le « Grand Remplacement », et qui accorda aux anciens des Brigades internationales la carte des anciens combattants ? Dans un essai justement oublié, Le Retour de d’Artagnan (1992), Tillinac définit une soi-disant « droite mousquetaire » qui ne rassemblait ni aux mouvements Occident ou Ordre nouveau, ni au GUD, ni même au FN et encore moins à la célèbre « Nouvelle Droite ». Souvent éthylique, la droite selon Tillinac devient étique et se résume à un slogan facile à inscrire sur un timbre postal : « Contre la gauche ! » Remarquable analyste marxien, Éric Zemmour, par ailleurs fin connaisseur du lamentable Chirac, n’a pas pris la peine de s’y rendre. Bien lui en a pris !

Avec de pareils scribouillards, abonnés à pisser d’affligeantes tribunes d’un Figaro, très faux cul à l’égard de ses lecteurs, on a berné l’ensemble des inscrits au « Rendez-Vous de Béziers », ce qui est le propre du bourgeois. Le public national-libéral-conservateur s’illusionne sur une « union des droites » plus qu’hypothétique alors qu’elles n’ont entre elles aucune affinité, sinon de vieux contentieux. Qu’y a-t-il finalement de commun entre un lecteur de Valeurs actuelles et un abonné d’Éléments ? À part la maîtrise de la langue française, rien…

Inutilité des discussions

« Le Rendez-Vous de Béziers », « Oz ta droite » et Robert Ménard s’imaginaient réussir une convergence inédite tant sur le plan des idées que dans l’action politique. Le résultat est une déception; c’est même une déconvenue. En matière économique et sociale, on se demande presque si le MEDEF mondialiste ne serait pas le rédacteur principal de certaines suggestions. Plutôt que de puiser chez tous les thuriféraires décatis du Marché qui empoisonnent la pensée européenne depuis le XVIIIe siècle, les Biterrois de cette fin de semaine auraient pu discuter de la doctrine sociale de l’Église catholique, des thèses économiques non-conformistes des années 30, des écrits du prix Nobel grand-européen français Maurice Allais, de la cogestion, de la fin du salariat, du revenu de citoyenneté, de la réussite méconnue des communautés de travail montées par Marcel Barbu et Hyacinthe Dubreuil et des coopératives de production. Redécouvrir leurs textes, les adapter à l’ère mondialisée, penser à la démondialisation auraient été de bons préalables pour une éventuelle conquête des esprits. Mais l’assistance les connaît-il vraiment ? Une réponse positive surprendrait de la part de personnes qui ont refusé l’épreuve de force lors des manifestations contre la loi Taubira en 2012 – 2013 et préféré leur confort douillet de l’embourgeoisement permanent.

Toute coopération avec ces milieux qui n’ont jamais hésité à pratiquer la délation contre les militants les plus investis et les moins consensuels est inutile et même nuisible. Sans vision mobilisatrice, la droite bourgeoise n’est pas hors des murs, mais va plutôt dans le mur d’un quotidien très éprouvant. Quelles sont donc ces initiatives métapolitiques et culturelles différentes ? Mentionnons les périodiques Réfléchir & Agir (23 ans d’existence), Synthèse nationale (10 ans), Salut public (4 ans), Terre & Peuple (20 ans); Europe Maxima (bientôt 11 ans) et les sites amis tels Cercle Non-Conforme, Euro-Synergies, Métapo Infos, Vox N-R, etc.; des cercles militants (Dextra, Le Lys Noir, La Camisole…). Nonobstant d’inévitables et saines divergences, tous publient de véritables opinions hérétiques irréductibles au primat de l’argent.

Par son titre très dans le vent, « Oz ta droite » se réfère-t-il implicitement au fameux magicien d’Oz ? N’oublions pas qu’à la fin de l’histoire, le magicien se révèle être un imposteur. S’agirait-il d’une fantastique supercherie pour un public volontiers captif qui regrette toujours le bon vieux temps du fusilleur Thiers à Versailles ? Ses arrière-petits-enfants idéologiques ignorent tout des enjeux écologiques, géopolitiques, économiques, sociaux et ethniques de ce début de XXIe siècle. Tenter de les former ne servirait à rien et ferait perdre à tous un temps précieux. Laissons-les couler avec leur monde moderne et préparons dès à présent le nôtre, révolutionnaire, identitaire et violent !

20:22 Publié dans Georges Feltin-Tracol | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook