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lundi, 15 janvier 2018

Américannabis

Américannabis.jpgGeorges Feltin-Tracol

Les études médicales les plus récentes sont formelles : la consommation de tabac diminue très fortement aux États-Unis. Le fumeur de cigarette devient de plus en plus rare par la force de l’hygiénisme ambiant. De nombreux propriétaires exigent maintenant dans les contrats de location de ne pas fumer à l’intérieur des appartements, ni en terrasse, ni même aux environs immédiats de la résidence. Mais cette baisse massive masque un mal bien plus grand qui gangrène toute la société étatsunienne, la dépendance aux drogues.

Le 1er janvier 2018, la Californie est devenue le neuvième État à légaliser la production, la vente, la distribution, l’usage et la détention de cannabis. Dès novembre 1995, la proposition 125 autorisait les Californiens à prendre du cannabis à titre médical contre l’arthrite et le cancer. Cet usage légal est désormais reconnu dans une trentaine d’États ainsi que dans le District fédéral de Colombia, à Guam et à Porto Rico.

États fédérés, comtés et municipalités se félicitent déjà des gigantesques retombées fiscales de la vente de cet excrément à fumer, à boire et à manger. La collecte des taxes rapporterait plus de 655 millions de dollars par an. Le chiffre d’affaire tournera d’après les prévisions les plus optimistes à 5,6 milliards d’euros ! Rien qu’en Californie, 230 000 emplois à temps plein ou partiel vont être créés. Les médiats officiels européens qui relaient avec complaisance cette abjecte tolérance se taisent en revanche sur la catastrophe sanitaire qui en découle. Pour la deuxième année consécutive, l’espérance de vie des Étatsuniens a diminué du fait de l’utilisation tolérée des drogues.

En 2015, le nombre moyen de consommateurs s’y élevait à 97 millions. Un an plus tard, un consommateur décédait de surdose toutes les huit minutes. Les plus affectés sont les 25 – 34 ans qui connaissent en une seule année + 30 % de hausse de leur mortalité. Ce fléau ravage en particulier les Amérindiens dans leurs réserves et les zones rurales pauvres blanches, ces campagnes qui ont voté Donald Trump à la dernière présidentielle. Pis, sous la pression de l’industrie pharmaceutique, 28 % des victimes sont tombés dans la drogue suite à des prescriptions médicales, en particulier un anti-douleur de synthèse, le fentanyl.

Un véritable génocide s’opère donc en silence bien loin de Wall Street, du Capitole de Washington et d’Hollywood. La situation est gravissime par rapport à quelques mains aux fesses d’actrices délurées consentantes à l’insu de leur plein gré. Le recours tant au cannabis qu’aux opiacés se comprend pour un Étatsunien pris dans l’engrenage infernal du libéralisme capitaliste qui lui impose une exigence de rendement, de rentabilité, de surconsommation, de concurrence, de productivité et d’hyper-endettement personnel. Pour survivre aux cadences folles de ce monde taré où tous sont en guerre contre tout le monde, des millions d’esclaves hyper-modernes se résignent à la drogue et acceptent une existence pourrie. Bienvenue donc aux États-Zombies d’Amérique. Raison supplémentaire pour rejeter l’américanisation de l’Europe, sa saloperie de société de marché et son infect libéralisme.

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n°61, diffusée sur Radio-Libertés, le 12 janvier 2018.

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lundi, 08 janvier 2018

Le Wauquiez allemand

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Georges Feltin-Tracol

Permettez-moi d’abord de vous présenter tous mes meilleurs vœux de Grande Santé, de Force, de Prospérité et de Joie pour 2018. Malgré le crépuscule de notre civilisation boréenne, puissent les foyers européens ne jamais s’éteindre !

L’Allemagne commence la nouvelle année avec un gouvernement de gestion des affaires courantes. La coalition « Jamaïque » autour des « Noirs », les conservateurs de la CDU – CSU, des « Jaunes », les libéraux du FDP, et des « Verts », les Grünen, a échoué avec le retrait volontaire des libéraux.

Le président social-démocrate de la République fédérale, Franz-Walter Steinmeier, a alors poussé ses camarades du SPD à négocier avec Angela Merkel afin de relancer une « Grande Coalition » CDU – CSU – SPD. Or les sociaux-démocrates rechignent à s’y associer après leur sévère claque électorale de septembre dernier. Ils préféreraient que Merkel dirigeât un gouvernement minoritaire qui discuterait de chaque mesure législative avec le SPD, les Grünen ou les libéraux.

Angela Merkel souhaite, elle, privilégier un accord avec le SPD. Mais, dans ce cas, il n’est pas certain qu’elle reste chef du gouvernement. Le patron du SPD, Martin Schulz, pourrait parier sur l’affirmation au sein même de la CDU d’un autre candidat : Jens Spahn. Né en 1980, plus jeune député fédéral de l’histoire de la RFA à 22 ans, conseiller municipal d’Athaus depuis 1999, cet élu de la Rhénanie du Nord – Westphalie, spécialisé dans les politiques de santé, occupe actuellement le poste de secrétaire d’État auprès du ministre des Finances.

Il s’est fait connaître du public par ses vives critiques sur l’accueil des migrants, ce qui lui a donné la réputation flatteuse de conservateur droitier d’autant que le nouveau chancelier autrichien Sebastian Kurz est un ami personnel.

Jens Spahn coche toutes les cases pour prétendre à la succession de Merkel. À l’heure où la France, la Belgique, le Luxembourg, le Canada et même la Nouvelle-Zélande ont des dirigeants quadragénaires, voire trentenaires, l’Allemagne pourrait choisir ce membre du directoire de la banque Sparkasse Westmünster de 2009 à 2015, fort proche des milieux industriels pharmaceutiques. Invité à la réunion estivale 2017 du Groupe Bilderberg, cet adhérent actif de la Société atlantiste allemande a reçu en 2012 le titre de Young Leader décerné par l’American Council on Germany, l’équivalent allemand de la French-American Foundation.

Les médiats le dépeignent comme le tenant d’une ligne très à droite pour la plus grande satisfaction des bourgeois, ces éternels crédules droitards qui prennent toujours les vessies pour des lanternes. Spahn est en fait un progressiste qui s’est réjoui de la légalisation récente du mariage pour tous. Il vit d’ailleurs depuis 2013 avec le journaliste Daniel Funke.

Gay proche des banksters, atlantiste, cosmopolite, libéral-sécuritaire et inféodé à quelques lobbies lucratifs, ce Jens Spahn cumule de nombreux atouts qui lui permettront tôt ou tard de devenir chancelier fédéral allemand.

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 60, diffusée sur Radio-Libertés, le 5 janvier 2018.

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mardi, 02 janvier 2018

Un coin de cauchemar

Suède.jpgGeorges Feltin-Tracol

On compte sur Terre d’immenses immondices étatiques, des cloaques sociétaux, de grands champs de déchets constitués de sociétés en décomposition dépassée. On pourrait citer le Kossovo, la République turque de Chypre du Nord, la Bosnie-Herzégovine, la Grande-Bretagne, les Pays-Bas, l’Arabie Saoudite, le Koweit, la République tricolore hexagonale, le Canada multiculturaliste ou les États-Unis d’Amérique. Il n’en est rien. Malgré tous leurs défauts exemplaires, les États-Unis pour ne prendre que ce cas précis conservent encore une relative liberté d’expression et le droit fondamental de porter des armes.

L’antichambre avancé d’un monde franchement cauchemardesque se trouve à trois heures environ d’avion de Paris : la Suède. Après avoir ouvert ses frontières aux immigrés clandestins, poursuivi de sa vindicte le dissident australien Julian Assange, presque exclu l’argent liquide des échanges de la vie quotidienne et rétabli le service militaire obligatoire afin d’empêcher une fantasmatique offensiverusse, preuve du complotisme aigu délirant qui infecte Stockholm, la Suède s’était assise le jour de Noël 2014 sur ses propres valeurs soi-disant démocratiques. Soucieuses d’éviter des législatives anticipées pour le printemps 2015, majorité et opposition concluaient ce jour-là un pacte presque décennal de gouvernement qui ostracisât les Démocrates de Suède, un mouvement qualifié d’« extrême droite », sans que ce bannissement n’indigne les médiats pleurnichards.

Le gouvernement minoritaire socialiste – pseudo-écologiste suédois vient d’adopter de nouvelles règles gynocratiques. L’excellent blogue de Lionel Baland nous l’apprend dans une note du 20 décembre dernier. À compter du 1er juillet 2018 s’appliquera dans cette société largement pourrie le « contrat sexuel ». Marié ou non, l’homme devra obtenir de son épouse, de sa maîtresse ou de sa conquêted’un soir l’autorisation explicite d’avoir avec elle des relations sexuelles. Verbal, cet accord aura plus de poids s’il est rédigé. À quand la présence obligatoire de l’avocat, de l’huissier ou du notaire pour y tenir, sinon la cravate, la chandelle ?

Rappelons qu’en 2011, la cour d’appel d’Aix-en-Provence condamna un homme à verser 10 000 euros à sa femme qui remportait aussi le divorce pour avoir manqué à son devoir conjugal pendant plusieurs années, causant ainsi un « dommage considérable » à réparer financièrement. Bref, quoi qu’il fasse, le mâle blanc hétérosexuel va devoir cracher le pognon. Et on sanctionne déjà les clients des prostituées…

Ce n’est pas tout. La législation suédoise va aussi intégrer deux nouveaux délits surréalistes : l’attaque sexuelle par distraction et le viol par distraction. Une femme au matin d’une nuit d’ébats pourra engager des poursuites contre son partenaire si elle change d’avis et regrette d’avoir succombé à ce séducteur ! L’arbitraire et la subjectivité deviennent des éléments déterminants du sale droit suédois !

La tyrannie matriarcale s’épanouit près du Cercle polaire Arctique. La Suède totalement détraquée et dégénérée semble, hélas !, préfigurer le sombre avenir d’une Europe post-historique. Qui osera euthanasier la patrie d’adoption du traître Bernadotte ?

Bonjour chez vous, et à l’année prochaine !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 59, diffusée sur Radio-Libertés, le 29 décembre 2017.

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mercredi, 27 décembre 2017

Le phare spirituel de l’Europe

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Georges Feltin-Tracol

« Il est des lieux où souffle l’esprit. Il est des lieux qui tirent l’âme de sa léthargie, des lieux enveloppés, baignés de mystère, élus de toute éternité pour être le siège de l’émotion religieuse. […] Illustres ou inconnus, oubliés ou à naître, de tels lieux nous entraînent, nous font admettre insensiblement un ordre de faits supérieurs à ceux où tourne à l’ordinaire notre vie. Ils nous disposent à connaître un sens de l’existence plus secret que celui qui nous est familier, et, sans rien nous expliquer, ils nous communiquent une interprétation religieuse de notre destinée. Ces influences longuement soutenues produiraient d’elles-mêmes des vies rythmées et vigoureuses, franches et nobles comme des poèmes. Il semble que, chargées d’une mission spéciale, ces terres doivent intervenir, d’une manière irrégulière et selon les circonstances, pour former des êtres supérieurs et favoriser les hautes idées morales. » Ces propos de Maurice Barrès, écrits en 1913 dans La Colline inspirée, concordent parfaitement avec la Sainte-Montagne plus connue sous le nom de Mont Athos.

Point culminant à 2 033 m de la plus orientale des péninsules grecques de la Chalcidique, le Mont Athos devient dès la fin du VIIe siècle le lieu de retraite des ermites. L’endroit se couvre bientôt de monastères qui dépendent directement du patriarchat œcuménique de Constantinople. Très tôt, le territoire, dédié à la Vierge Marie, applique l’abaton (un terme grec signifiant « lieu pur ou inaccessible ») : l’accès y est interdit à toute personne de sexe féminin ainsi qu’à tout animal femelle, excepté pour des raisons pratiques les poules et les chattes.

L’actuelle hystérie féministe voit dans cette interdiction « anachronique » le caractère machiste, discriminatoire et sexiste de la Sainte-Montagne. Dès 2002, une socialiste député grec au Parlement européen avait réclamé de l’assemblée une ferme condamnation. Athènes s’y opposa avec vigueur. En effet, la Grèce garantit les spécificités de ce « Tibet chrétien » reconnues par le traité de Lausanne en1923 et par les différents traités européens.

Héritier de l’Empire byzantin dont il a gardé l’étendard doré à l’aigle impériale bicéphale, le Mont Athos est un État monastique autonome de 2 250 habitants qui se répartissent entre les vingt monastères d’origine grecque, russe, bulgare, roumaine, serbe, géorgienne et arménienne. Organe délibératif, sa Communauté sacrée réunit les représentants de chaque monastère. Quatre moines choisis pour un an forment la Sainte-Épistasie, l’instance exécutive présidée par un Protos.

Classé au Patrimoine mondial de l’UNESCO en 1998, le Mont Athos concilie avec une harmonie certaine spiritualité, tradition et écologie. Des éoliennes discrètes et des panneaux solaires fournissent aux monastères leur propre électricité. Tandis que le Mont Saint-Michel croûle sous le tourisme de masse et que le Rocher de Saint-Michel d’Aiguilhe au Puy-en-Velay connaît pour l’instant une fréquentation somme toute supportable, le Mont Athos reste encore ce grand phare spirituel de l’Europe.

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n°58, diffusée sur Radio-Libertés, le 22 décembre 2017.

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dimanche, 17 décembre 2017

Une mort digne des vieux Romains

Slobodan-Praljak.jpgGeorges Feltin-Tracol

Au IVe siècle de notre ère, en plein Bas-Empire romain, Dioclétien et les autres empereurs illyriens redressèrent pour au moins trois quarts de siècle l’État impérial romain d’Occident. Lointains descendants de ces énergiques Illyriens, les Croates adopteraient-ils l’antique vertu des vieux Romains chers à Caton l’Ancien ?

Probablement depuis ce 29 novembre dernier. Ce jour-là, en pleine audience du Tribunal pénal international sur l’ex-Yougoslavie (TPIY), le lieutenant-général croate Slobodan Praljak, 72 ans, avalait du cyanure juste après avoir entendu l’énoncé du verdict. Quelques instants auparavant, il avait jeté à la face veule du président falot de ce soi-disant tribunal un tonitruant « Je rejette avec mépris votre verdict ».

Slobodan Praljak s’était rendu au TPIY en 2004. Jugé en première instance en 2013 et condamné à 20 ans de prison pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre, cet ancien officier supérieur, membre du Conseil de défense croate en Bosnie-Herzégovine, avait été dans les années 1980 en Yougoslavie post-titiste un directeur de théâtre, puis le réalisateur de séries télévisées locales remarquées.

Indigné par la lourdeur de la peine, ce patriote croate avait fait appel tout en se doutant que la sentence serait confirmée parce que le TPIY est une juridiction partiale inféodée au cosmopolitisme. En se donnant la mort en direct, Slobodan Praljak a ainsi réfuté le TPIY et son prolongement tératologique, la Cour pénale internationale.

Attaché à ce sentiment très romain de la liberté, Monsieur Praljak a prouvé qu’il valait mieux mourir debout plutôt que vivre à genoux une vie entière emprisonnée. L’Europe des peuples vivants a un nouvel héros, un vrai, celui-là ! Honneur donc à Slobodan Praljak !

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 57, diffusée sur Radio-Libertés, le 15 décembre 2017.

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vendredi, 15 décembre 2017

L’ultime vestige du Saint-Empire romain germanique

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Georges Feltin-Tracol

Le 6 août 1806, sur un ultimatum de Napoléon Ier, l’empereur François II de Habsbourg signait la dissolution du Saint-Empire romain germanique, proclamait l’Empire d’Autriche et prenait le nom de François Ier. Cette décision forcée mettait un terme définitif aux 1 200 – 1 300 entités souveraines decette étonnante structure géopolitique mitteleuropéenne.

Pourtant, deux cent onze ans plus tard demeure en plein cœur des Alpes entre Suisse et Autriche sondernier vestige : la principauté de Liechtenstein. Ce territoire de 160 km² et de 37 000 habitants, dont la capitale est Vaduz, est surtout connu des Français pour être un ancien « paradis fiscal ». En union économique et douanière avec la Confédération helvétique, cette principauté a rejoint l’ONU en 1990 et participe à l’Association européenne de libre-échange, à l’Espace économique européen ainsi qu’à l’espace Schengen. Le Conseil de l’Europe la surveille néanmoins avec une très grande attention, car les canons de la démocratie oligarchique et ploutocratique n’y sont pas appliqués.

Dans La doctrine anarcho-royaliste (2017, 395 p., 9,90 €), Rodolphe Crevelle, principal responsable du Lys Noir, encense la principauté traitée de « Cuba anarcho-royaliste ». La famille princière a donné son nom au pays si bien que son chef est prince de et à Liechtenstein. La titulature n’est pas anodine. Au début des années 2000, Son Altesse Sérénissime Hans-Adam II fit adopter par référendum une révision constitutionnelle lui accordant de larges prérogatives exécutives, quitte à froisser Montesquieu et son équilibre imbécile des pouvoirs. Avec Monaco, le Liechtenstein est le dernier État d’Europe où le souverain règne et gouverne. Afin de bien montrer aux parlementaires du Landtagqu’il est plus démocrate qu’eux, le prince régnant permet aussi des procédures de démocratie directe et le recours au référendum.

La situation politique n’est depuis plus figée dans un bipartisme stérile et convenu. Les conservateurs du Parti progressiste des citoyens (35,2 % aux législatives de cette année) et les démocrates chrétiens de l’Union patriotique (33,7 %) qui alternent au gouvernement, ont vu l’apparition de la Liste libre, fondée en 1985, d’obédience sociale-démocrate – écologiste (12,6 %), et, en 2013, des Indépendants (18,4 %) au programme très flou, parfois qualifié de « populiste », voire « libertarien ». Si l’un des premiers élus est un mécanicien travesti, dès 2015, les Indépendants se sont élevéscontre les quotas de « migrants » imposées par Bruxelles.

Le gouvernement princier a en effet fait accueillir quelques dizaines de clandestins extra-européens. Il faut reconnaître que l’accueil des réfugiés est une habitude locale. Le Liechtenstein était cher au cœur d’Alexandre Soljenitsyne. Le célèbre dissident soviétique n’oublia jamais qu’en 1945, la principauté accepta la présence de quelque 500 soldats de la 1re Armée nationale russe qui venaient de combattre les Soviétiques aux côtés des forces allemandes. Malgré les pressions diplomatiques formidables des Alliés occidentaux et de Moscou, Vaduz ne céda jamais, refusa de livrer ces Russes blancs au NKVD et tint tête à l’URSS de Joseph Staline. Cet épisode méconnu fit l’objet en 1993 d’un film de Robert Enrico, Vent d’Est.

Ce bel exemple montre que la fermeté de caractère constitue la base déterminante de toute véritable souveraineté politique.

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n°56, diffusée sur Radio-Libertés, le 8 décembre 2017.

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lundi, 27 novembre 2017

Le mondialisme en atlas

atlas-du-mondialisme.pngGeorges Feltin-Tracol

L’ouvrage est imposant : 312 pages, un format 29 cm par 29, 2,2 kg de papier glacé, 45 €. Atlas du mondialisme de Pierre Hillard publié par les excellentes éditions Le retour aux sources impressionne.

Le mondialisme, Pierre Hillard le connaît en détail puisqu’il traque depuis le début de ce siècle l’ensemble de ses manifestations. Illustrant son propos de nombreuses cartes, photographies et reproductions de documents toujours extraites de sources officielles consultables, l’auteur souhaite « expliquer l’esprit du mondialisme conditionnant des phénomènes politiques, économiques et spirituels variés (p. 11) ». Ainsi a-t-il souhaité « reconstituer pièce après pièce un immense puzzle planétaire (p. 11) ».

Sept chapitres composent ce livre. Les quatre premiers abordent la construction européenne à travers la régionalisation, le droit des peuples minoritaires et ethniques, les fonds structurels et les coopérations transfrontalières intra-communautaires. La matière y est abondante. On peut bien sûr ne pas partager toutes ses analyses. Son travail de recherche force néanmoins le respect.

Un chapitre concerne les États-Unis et un autre les relations complexes entre l’Islam et le monde juif. Enfin, un troisième et dernier porte sur « Les origines et les différentes composantes de la gouvernance mondiale ». Pierre Hillard souligne que « le mondialisme est constitué de factions oligarchiques dans chaque pays (américaines, russes, turques, israéliennes…) qui s’étripent entre elles dans l’organisation finale et la hiérarchie des membres de cette gouvernance mondiale (dans le cas américain, par exemple, des factions entre la CIA et le FBI). Le mondialisme, qui est un messianisme, c’est l’enfer contre lui-même (p. 302) ».

Cet atlas original ne sera jamais évoqué par le Système, sauf pour le dénigrer, le disqualifier et le traiter de « complotiste » ou de « conspirationniste », soit le degré zéro de la critique. Cette attitude est d’ailleurs inefficace. L’éditeur se trouve dès à présent en rupture d’exemplaires. En cours de réimpression, Atlas du mondialisme sera de nouveau disponible avant Noël. Une belle occasion pour se faire plaisir !

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 54, diffusée sur Radio-Libertés, le 24 novembre 2017.

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lundi, 20 novembre 2017

La secousse d’Ostie

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Georges Feltin-Tracol

Le 5 novembre dernier, des élections administratives se déroulaient en Italie. Outre l’élection du gouverneur et de l’assemblée régionale autonome en Sicile, les électeurs étaient conviés à plusieurs scrutins municipaux.

En Sicile, le candidat des droites unies (Forza Italia de Berlusconi, Frères d’Italie issu de l’éclatement de l’Alliance nationale post-fasciste, Ligue du Nord), Nello Musumeci, lui-même néo-fasciste dans sa jeunesse, remporte le mandat avec 39,8 % devant le candidat du Mouvement 5 Étoiles de Beppe Grillo (34,7 %). À 18,7 %, le centre-gauche au pouvoir à Rome subit un vrai revers électoral. Mais le coup de tonnerre politique est venu de la banlieue de Rome, d’Ostie plus précisément.

Arrondissement portuaire de la capitale italienne, Ostie était depuis le printemps 2015 sous la tutelle directe de l’État afin d’éradiquer toute emprise mafieuse sur la municipalité. Le second tour, très ouvert, qui va élire au suffrage universel direct le maire opposera la grilliniste Giuliana Di Pillo à Monica Picca de l’« union des droites ». Là encore, le centre-gauche gouvernemental ne réalise que 14,09 % des suffrages. Alors que la participation ne s’élève qu’à 36,15 %, 5 944 électeurs, soit 9,08 %, ont apporté leur voix à Luca Marsella de CasaPound. Stupeur et consternation des journalistes ! Le candidat « fasciste du IIIe millénaire » franchit les 20 % dans certains quartiers.

Mouvement politique, associatif et culturel, CasaPound a choisi de se présenter aux élections à partir des législatives de 2013 où il obtint moins de 50 000 voix. En juin dernier, lors des précédentes élections municipales, ses candidats ont réuni 0,33 % à Padoue, 0,68 % à Lecce, 0,96 % à L’Aquila, 1,02 % à Vérone, 1,15 % à Cumeo et à La Spezia, 1,34 % à Pistoia, 1,72 % à Lazio et 1,79 % à Padoue. On observe néanmoins que le débat sur l’adoption du droit du sol et l’arrivée massive d’immigrés clandestins radicalisent une partie de l’opinion italienne. À Todi, CasaPound atteint 5 %, à Bolzane 6,70 % et même 7 % à Luca !

Partant de très bas, la tortue, symbole du mouvement de Gianluca Iannone, engrange peu à peu quelques succès électoraux. Pour la première fois, deux élus locaux, le maire de Trenzano et le vice-maire de Montelibretti, viennent d’adhérer à CasaPound. Les législatives du printemps 2018 lui assureront-elles une modeste représentation parlementaire ? En attendant, Avanti CasaPound !

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 53, diffusée sur Radio-Libertés, le 17 novembre 2017.

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lundi, 13 novembre 2017

Les sept Corées

Morillot-RPDC.jpgGeorges Feltin-Tracol

L’actualité fait oublier les tensions permanentes entre les États-Unis d’Amérique et la Corée du Nord. Persiste toujours le risque élevé d’une agression yankee contre un État souverain. Le regard porté de France donne souvent un avis unilatéral sur ce sujet sans pour autant comprendre les origines complexes de ce lourd contentieux.

Avec La Corée du Nord en 100 questions (Tallandier, 2016, 381 p., 15,90 €), Juliette Morillot et Dorian Malovic apportent avec brio et concision des réponses qui frôlent parfois l’incorrection politique. Ils évoquent par exemple le manque de fiabilité des témoignages de certains « défecteurs ». En effet, la plupart de leurs récits sont payés plus ou moins chers par des organisations « humanitaires » protestantes en fonction du degré d’atrocités racontées.

Les auteurs insistent aussi sur les origines du programme nucléaire de dissuasion nationale conçu avec l’aide d’ingénieurs pakistanais. La détention d’un arsenal atomique garantit le maintien de ce régime hybride national-communiste ultra-souverainiste au moment même où Washington revient sur sa parole à propos de l’accord conclu avec la République islamique d’Iran. L’ouvrage fait enfin découvrir au lecteur l’existence de plusieurs territoires coréens.

Les deux Corées rivales ne sont pas les seules terres du « monde coréen ». Dans la région du Yanbian vit plus d’un million de Coréens de citoyenneté chinoise très liés à leurs cousins nord-coréens. Les Coréens du Nord ont en outre une parentèle assez étroite avec 107 000 citoyens russes d’ethnie coréenne. Les auteurs oublient en revanche de mentionner les descendants des Coréens venus travailler dans l’Empire des tsars à la fin du XIXe siècle. On en recense aujourd’hui quelque 103 000 qui sont citoyens kazakhs et 183 000 de citoyenneté ouzbek… Une « autre Corée » résulte de la colonisation japonaise dans la péninsule entre 1910 et 1945. Résident toujours dans l’Empire du Soleil Levant 458 937 Coréens du Sud et 33 939 Coréens du Nord. Enfin, la « dernière Corée » regroupe l’ensemble des Coréens installés en Amérique du Nord et en Europe. Des exilés nord-coréens mal-adaptés à la société sud-coréenne qui les méprise et les considère comme des ploucs s’installent en Occident où ils leur arrivent de rencontrer leurs compatriotes immigrés. Ces derniers (serveuses, bûcherons, ingénieurs, ouvrières spécialisées) bénéficient légalement de contrats de travail rémunérateurs et versent un pourcentage aux autorités de leur République populaire démocratique. La réalité est moins simple qu’un mauvais film de la Compagnie Disney.

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 52, diffusée sur Radio-Libertés, le 10novembre 2017.

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lundi, 06 novembre 2017

Le Pen chez les kiwis

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Georges Feltin-Tracol

Le 23 septembre dernier, les électeurs néo-zélandais choisissaient une nouvelle Chambre des représentants. Le mode de scrutin de ce pays s’apparente au système électoral allemand auquel s’ajoutent sept circonscriptions réservées aux Maoris. En effet, contrairement à leur voisin australien où les Aborigènes subissent les affres de la misère, du chômage, de l’alcoolisme, de la toxicomanie et de la délinquance, les autochtones de Nouvelle-Zélande ont su préserver leurs traditions culturelles.

Le Parti national conservateur-libéral du Premier ministre sortant Bill English arrive en tête avec 44,45% des suffrages et 56 sièges sans toutefois atteindre la majorité absolue. Les travaillistes obtiennent 36,89% des voix (46 sièges), ce qui est une surprise, car Jacinda Ardern, seulement âgée de 37 ans, a pris la direction de ce parti au mois d’août, suite à la démission fracassante d’Andrew Little. Après plusieurs semaines de tractations secrètes, Ardern est devenue Premier ministre grâce à un accord avec le Parti vert (6,27% et 8 sièges) et, surtout, New Zealand First (« Nouvelle-Zélande d’abord ») de Winston Peters (7,20%, 9 sièges).

Né en 1945, cet ancien diplomate, fils d’un Maori et d’une Écossaise, a quitté en 1993 le Parti national pour fonder New Zealand First, un mouvement protectionniste hostile à l’immigration asiatique et musulmane. Propulsée troisième force politique de Nouvelle-Zélande, New Zealand First a participé à des coalitions avec la droite et avec la gauche. Considéré comme le « Le Pen des Antipodes », Winston Peters fut ainsi vice-Premier ministre entre décembre 1996 et août 1998, puis ministre des Affaires étrangères d’octobre 2005 à août 2008. S’il a maintenant choisi de gouverner avec le Parti travailliste, c’est parce qu’au cours de la campagne, Peters et Ardern ont défendu une réduction draconienne des flux migratoires, une politique économique plus protectionniste, la renégociation du Traité Transpacifique, la limitation de la spéculation immobilière et l’interdiction imposée aux étrangers d’acquérir des terrains néo-zélandais.

La nouvelle alliance gouvernementale aurait pu être instable du fait des relations exécrables entre le Parti vert et New Zealand First. Cette difficulté a été contournée. Si Winston Peters devient vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères, New Zealand First prend les ministères de la Défense, des Infrastructures et de l’Intérieur (c’est-à-dire de l’état civil). Le Parti vert obtient quatre postes hors du Cabinet et donc non soumis à la solidarité ministérielle.

New Zealand First revient donc au pouvoir malgré des résultats décevants : 1,5% de moins et la perte de trois sièges. Les Néo-Zélandais ont saisi la complémentarité cruciale des questions sociale, identitaire et écologique. Après le cas slovaque où le Président socialiste du gouvernement Robert Fico dirige avec les nationalistes du Parti national slovaque, c’est un nouveau précédent pour les belles âmes qui savent que Jacinda Ardern présida en 2008 l’Union internationale de la jeunesse socialiste. En Autriche, le conservateur Sebastian Kurz a commencé à discuter avec les nationaux-libéraux du FPÖ. Mais, en cas d’échec, le FPÖ pourrait très bien s’entendre avec les sociaux-démocrates…

Un certain parti politique français bien malmené cette année aurait tout intérêt à observer avec attention ces quelques exemples de dépassement des clivages politiques habituels à la plus grande fureur des stipendiés du Capital anonyme et vagabond.

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n°51, diffusée sur Radio-Libertés, le 3 novembre 2017.

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lundi, 30 octobre 2017

La jeunesse au pouvoir

Bébé-politique.jpgGeorges Feltin-Tracol

La jeunesse au pouvoir est le titre de l’excellent essai de Julien Langella paru en 2015 aux Éditions du Rubicon. C’est aussi la constatation récente d’un renouvellement européen inouï des générations en politique alors que s’aggrave paradoxalement le vieillissement de sa population. Évoquons les 31 ans du conservateur Sebastian Kurz, le futur chancelier autrichien. En dehors d’Emmanuel Macron âgé de 39 ans, la précocité gouvernementale revenait auparavant au Premier ministre grec Alexis Tsipras (43 ans) et à l’Italien Matteo Renzi (42 ans) pour l’heure déchargé des affaires publiques.

Après plusieurs décennies de routine, l’histoire s’accélère et écarte les quinquagénaires afin de favoriser l’accès au pouvoir de quadragénaires, voire de trentenaires : la présidente estonienne Kersti Kaljulaid (47 ans), le président polonais Andrzej Duda (45 ans), le Premier ministre canadien Justin Trudeau (45 ans), le Premier ministre luxembourgeois Xavier Bettel (44 ans) et le Premier ministre fédéral belge Charles Michel (41 ans). Ils apparaissent cependant comme de presque seniors par rapport à de nouveaux responsables tels le Premier ministre irlandais Leo Varadkar (38 ans) ou, hors champ occidental, le Maréchal coréen Kim Jong Un (34 ans).

La prime à la juvénilité revient néanmoins à la République de San Marin, cet État enclavé en Italie. Du 1er avril au 1er octobre dernier, l’un des deux capitaines-régents de la République, soit l’équivalent de chefs d’État, n’avait que… 29 ans : Vanessa D’Ambrosio. Celle-ci vient d’être remplacée par Enrico Carattoni (32 ans).

Cette vague atteint aussi les dernières monarchies européennes. Après les abdications en série de la reine Beatrix des Pays-Bas, du roi Albert II de Belgique, et du roi Jean-Charles d’Espagne, plusieurs héritières sont adolescentes : la princesse des Belges Elisabeth (15 ans), la princesse de Norvège Ingrid Alexandra (13 ans), la princesse néerlandaise d’Orange Catharina-Amalia (13 ans), et la princesse espagnole des Asturies Leonor (11 ans).

Remarquons toutefois que les grandes puissances s’exemptent de cette cure de jouvence : l’Allemande Angela Merkel et le Turc Recep Tayyip Erdogan ont respectivement 63 ans (mais ils gouvernent depuis plus d’une décennie), le Chinois Xi Jinping 64 ans, le Russe Vladimir Poutine 65 ans, l’Indien Narendra Modi 67 ans et l’Étatsunien Donald J. Trump 71 ans ! Forts de leur expérience (à l’exception d’un seul, invertébré, « tweetocompulsif » et plutôt limité), ils observent avec placidité l’émergence de ces « jeunes pousses ». Le Vieux Monde oligarchique s’offre de nouveaux visages qui appliquent des pratiques politiciennes périmées constamment ratées.

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 50, diffusée sur Radio-Libertés, le 27 octobre 2017.

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lundi, 23 octobre 2017

La ratification fantôme

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Georges Feltin-Tracol

L’Accord économique et commercial global conclu entre le Canada et l’Union pseudo-européenne, plus connu sous ses initiales anglophones de CETA, est entré en vigueur le 21 septembre dernier alors que les parlements nationaux, voire les assemblées régionales, des États membres ne l’ont pas encore entériné. Le CETA s’appliquerait-il ainsi sans la moindre approbation légale ? La réponse est plus complexe dans les faits.

La ratification de ce traité de libre-échange s’effectue en réalité en deux temps. Le 15 février dernier, le Parlement européen le ratifiait par 408 voix (venus des bancs socialistes, libéraux, centristes et conservateurs) contre 254 et 33 abstentions. Adopté, le traité s’applique dès à présent uniquement en ce qui concerne les compétences exclusives de l’Union dite européenne. Ce n’est qu’une ratification partielle, car les clauses portant sur les compétences partagées entre Bruxelles et les États membres (ou même leurs régions autonomes ou fédérées) ne peuvent pour l’instant entrer en vigueur, faute d’approbation parlementaire.

Il y a un an, en octobre 2016, la région Wallonie alors dirigée par les socialistes s’élevait contre ce traité pendant une semaine ! Puis, fidèles à leur couardise, les socialistes wallons capitulèrent en rase campagne. La procédure de ratification a dès à présent commencé avec l’acceptation du Congrès des députés d’Espagne, de la Croatie et de la Lettonie. Elle va continuer sans trop de résistances parlementaires. En effet, sur ce point précis, les quatre États du fameux Groupe de Visegrad (Pologne, Hongrie, Tchéquie, Slovaquie) n’éprouvent aucune réticence à entériner ce document de 2 344 pages.

Le CETA aurait dû susciter en France l’indignation non seulement des élus de l’« Hexagone asservi » du camarade Mélenchon, mais aussi la colère d’un Front national en proie à de vives querelles internes. Pour la circonstance, « marinistes », « philippotistes », « marionistes » et « jean-maristes » auraient pu se retrouver contre un traité abject qui va ruiner l’agriculture européenne, polluer notre alimentation et favoriser les firmes transnationales. Mais pour cela, il eût fallu à ce parti politique une authentique fibre sociale-identitaire. Encore une occasion ratée !

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 49, diffusée sur Radio-Libertés, le 20 octobre 2017.

07:20 Publié dans Georges Feltin-Tracol | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

lundi, 16 octobre 2017

Du Kurdistan à la Catalogne

dimanche_vote-300x220.jpgGeorges Feltin-Tracol

L’automne arrive et, avec la chute des feuilles d’arbre, les referenda se ramassent à la pelle. Après le référendum de septembre 2014 sur l’indépendance de l’Écosse marquée par la nette victoire du non, deux referenda d’autodétermination se sont respectivement déroulés le 25 septembre au Kurdistan irakien et le 1er octobre en Catalogne. Ces deux consultations n’avaient aucun caractère officiel légal pour être entérinées par les autres États.

Même si les Catalans ne sont pas des Kurdes et les contextes politiques, culturels, historiques, sociaux et économiques très différents, on demeure frappé par le parallélisme des démarches. Depuis 1991, le Kurdistan du Nord de l’Irak dispose d’une très large autonomie interne. La Catalogne bénéficie, quant à elle, d’un puissant gouvernement régional grâce à la Constitution de 1978. Cette liberté politique est toutefois entravée par la rivalité politico-tribale entre le PDK (Parti démocratique du Kurdistan) du clan Barzani et l’UPK (Union patriotique du Kurdistan) de Talabani (qui vient de disparaître) ainsi que d’une dette colossale et d’un état déplorable des finances publiques pour la Généralité de Catalogne.

L’initiative kurde s’inscrit dans l’affirmation militaire de ses forces dans la région : reprise des hostilités entre les Turcs et le PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan), constitution en Syrie du Rajova socialiste-libertaire aux portes de la Turquie, volonté d’émancipation des Kurdes d’Irak. Entre un « Arc chiite » presque réalisé, le magistère russe au Proche-Orient et une « réaction sunnite » éclatée entre Ankara – Doha et Riyad – Abou Dabi, Washington et Tel-Aviv préfèrent désormais encourager les ambitions kurdes historiquement sensibles au sionisme, pensant ainsi contrarier toute hégémonie régionale perso-russe, voire sunnite.

La Catalogne réclame pour sa part son indépendance, ce que refuse le gouvernement central conservateur minoritaire et corrompu de Madrid au nom de l’ordre constitutionnel. Or ce même gouvernement a quand même approuvé le pseudo-scrutin de l’opposition au Venezuela et dénie toute légitimité à l’Assemblée constituante à Caracas. Madrid fait en outre pression sur Barcelone, quitte à recourir à des dispositions liberticides.

Il ne faut cependant pas se réjouir de ce réveil tardif des peuples. Les séparatistes catalans ne se disent pas nationalistes et les Kurdes se veulent d’excellents démocrates selon le pseudo-philosophe Botule-Henri Lévy. Les partis en pointe dans la revendication catalane proviennent de la démocratie chrétienne affairiste, de la gauche républicaine et de l’extrême gauche radicale. Ces formations ne se préoccupent jamais des ravages de l’immigration extra-européenne, ni de l’expansion de l’islam; elles rejettent plutôt le non-Catalan hispanophone et rêvent d’une nation contractuelle multiculturaliste, féministe et « gendériste ».

Alors que la puissance s’exprime désormais en grands espaces continentaux organisés, à quoi bon qu’il y ait une Catalogne et/ou un Kurdistan indépendants si cette souveraineté ne sert que les minables intérêts d’une clique politicienne toujours prête à se répartir la manne pétrolière (ou commerciale) et à suivre les injonctions du « Bloc occidental atlantiste » ? Pour la circonstance, autant les nationalismes étatiques que les indépendantismes régionaux sont les alliés objectifs zélés du mondialisme.

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 48, diffusée sur Radio-Libertés, le 13 octobre 2017.

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dimanche, 08 octobre 2017

La marâtre d’outre-Rhin

Merkel.jpgGeorges Feltin-Tracol

Depuis les législatives du 24 septembre dernier, Angela Merkel rempile pour un quatrième mandat consécutif de chancelier allemand. Il est paradoxal que les mêmes commentateurs qui applaudissent le quinquennat renouvelable une seule fois et enragent à la seule idée que Vladimir Poutine puisse solliciter un nouveau mandat présidentiel de six ans l’an prochain, s’enthousiasment de cette réélection. Mais c’est une victoire à la Pyrrhus ! Avec l’arrivée massive de l’AfD et le retour fracassant des libéraux grâce à un chef de file à la limite lui aussi populiste, la configuration politique conventionnelle a explosé : le Bundestag se retrouve divisé en sept formations (la gauche radicale post-communiste, les sociaux-démocrates, les Verts, les libéraux, les chrétiens démocrates, leurs alliés conservateurs bavarois, et l’AfD). Le futur gouvernement fédéral sera bancal et fragile. Reconnaissons toutefois que dans la piètre faune politicienne occidentale actuelle, Angela Merkel ressemble plus à un bouledogue qu’aux caniches qu’elle côtoie avec une suffisance certaine…

Elle dirige certes la première puissance économique d’Europe, mais ce modèle périclite en raison d’une austérité budgétaire décennale, d’une financiarisation incessante de son économie et d’un inquiétant déficit démographique. Le non-renouvellement des générations allemandes favorise la venue massive d’immigrés exigée par un patronat négrier toujours en quête de bénéficies énormes aux dépens des petites gens de souche. Les conservateurs âgés associent Merkel à une bonne grosse maman. Or, c’est une marâtre impitoyable pour les Grecs, les Portugais et les Italiens. Cette « Européenne » de pacotille empêche en outre toute avancée effective vers une Europe-puissance enfin dégagée des actions bellicistes de l’OTAN.

Oui, Angela Merkel est une anti-européenne patentée ! Le Tribunal constitutionnel de Karlsruhe a insisté à plusieurs reprises sur la priorité de la souveraineté allemande par rapport au projet de construction européenne. Décision cocasse quant on sait la présence massive des troupes d’occupation étatsuniennes ainsi que l’intégration de la Bundeswehr dans les structures globalitaires de l’Alliance Atlantique. L’Allemagne ne dispose en réalité que d’une souveraineté limitée.

En s’opposant avec constance aux initiatives de Charles de Gaulle, et ensuite de ses successeurs présidentiels français, Bonn, puis Berlin se détournent de toute véritable entente intergouvernementale européenne au profit d’une simple colonie marchande déracinée et métissée dans laquelle une Germanie sénile détiendrait une médiocre prépondérance.

Angela Merkel administre une belle maison de retraite outre-Rhin sans comprendre que l’histoire l’a déjà lourdée. Plus que « Mère des Allemands », l’actuel chancelier est leur infirmière ès-euthanasie. Oui, Angela Merkel über alles, proclament les médiats du Système, jusqu’à son crash final… le plus tôt possible.

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 47, diffusée sur Radio-Libertés, le 6 octobre 2017.

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jeudi, 05 octobre 2017

L’énigme alawite

Alawites-225x300.jpgGeorges Feltin-Tracol

Dans le monde arabo-musulman, le terme « alaouite » désigne l’actuelle dynastie royale marocaine en référence à son fondateur, descendant de Mahomet, venu sur la demande des tribus locales, d’où son titre de « Commandeur des croyants », ce qui lui permet de contenir les poussées islamistes.

Le mot mentionne ensuite une communauté ethno-religieuse surtout présente en Syrie et au Liban. Abdallah Naaman étudie ce groupe peu connu pour lequel il remplace les lettres o et u par un w : Les Alawites. Histoire mouvementée d’une communauté mystérieuse (Éditions Érick Bonnier, coll. « Encre d’Orient », 359 p., 20 €). L’ouvrage se compose de deux parties inégales. L’une revient longuement sur le déclenchement de la guerre civile syrienne. Démocrate et laïque, l’auteur récuse les supposés rebelles et vrais terroristes islamistes sans pour autant soutenir le gouvernement légitime du président Bachar al-Assad. Très critique envers Israël et l’Arabie Saoudite, il n’hésite pas à qualifier Nicolas Sarkozy de « burlesque », Laurent Fabius de « mouche du coche (p. 200) » et à dénoncer le philosophe botulien Bernard-Henri Lévy qu’il considère comme un « affabulateur (p. 201) » et un « malhonnête homme à la chemise blanche immaculée que d’aucuns traitent d’imposteur intellectuel de la nouvelle philosophie (p. 201) ». Cependant, hors de ces quelques vérités très incorrectes, l’autre partie s’attache à découvrir un peuple mystérieux.

Dissidence religieuse qui mêlent rites animistes, musulmans, chrétiens et zoroastriens d’où la célébration des fêtes de Noël et du Nouvel An solaire perse, les Alawites vivent surtout confinés dans les montagnes abruptes du littoral méditerranéen. Toujours méprisée et en conflit permanent avec leurs voisins chiites ismaéliens qui croient en sept imams à la différence des Iraniens, imamites, qui en vénèrent douze, la communauté alawite « longtemps tenue dans une dépendance étroite, sut conserver une vie religieuse, discrète, sinon active. Face à tous les conquérants, les Alawites sont restés immuablement attachés à leur sol, labourant leurs champs, cultivant leur tabac, leurs vignes et leurs oliviers, et gardant au fond d’eux-mêmes l’empreinte et les souvenirs des vieux cultes (p. 330) ».

Après 1918, la France, devenue puissance mandataire au Levant, tente un éphémère État alawite avant de le fondre dans un État syrien à majorité sunnite, soit les oppresseurs habituels. Les jeunes Alawites s’engagent alors en nombre dès cette époque dans l’armée ainsi que dans deux partis politiques rivaux qui proposent un projet laïque intégrateur : le Parti nationaliste social syrienfavorable à une Grande Syrie pré-arabe, et le Baas panarabe. Dans les années 1960, les militants baasistes s’emparent du pouvoir à Damas. Puis, après de féroces luttes intestines, en 1970, l’Alawite baasiste Hafez al-Assad devient l’homme fort de la Syrie. Ce baasiste qui a épousé une ancienne militante du Parti nationaliste social syrien donne aux Alawites la direction du pays tout en s’ouvrant aux autres minorités religieuses chrétiennes, druzes et chiites et en s’entendant avec une large partie de la population sunnite.

Les Alawites demeurent une énigme spirituelle, ethnologique et culturelle. Hostiles au prosélytisme, ils gardent secrète leur foi qui baigne dans un ésotérisme complexe mâtiné de croyances autour de la réincarnation de l’âme. Oscillant depuis des siècles entre certaines écoles sunnites modérées et des tendances chiites imamites, les Alawites souhaitent principalement se protéger des multiples menaces qui les entourent. Avec raison, car cette communauté très particulière incarne une part de cette diversité humaine que le monde ultra-moderne entend éradiquer. Voilà pourquoi il faut défendre les Alawites.

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 46, diffusée sur Radio-Libertés, le 29 septembre 2017.

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dimanche, 24 septembre 2017

La leçon de Standing Rock

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Georges Feltin-Tracol

Standing Rock est une réserve de la tribu des Sioux Iakota qui s’étend du Dakota du Nord au Dakota du Sud aux États-Unis. Une véritable révolte écologique, spirituelle et ethnique s’y développe depuis avril 2016. Ses habitants s’opposent en effet à la construction d’un oléoduc de 1900 km, le Dakota Access, propriété de la société Energy Transfer Partners.

Cet oléoduc menace la qualité des cours d’eau, peut polluer les nappes phréatiques et va détruire de nombreuses terres arables. Il traverse par ailleurs la réserve et bafoue des sites sacrés amérindiens dont les cimetières. Les Sioux Iakota et d’autres tribus refusent avec force ce tracé qu’ils assimilent avec raison à une profanation. Ils ne sont pas seuls. Le 4 décembre 2016, le Corps des ingénieurs de l’armée des États-Unis n’accordait aucun permis de forage sur la rivière Missouri. Barack Obama a lui aussi tergiversé. Les opposants ont espéré voir annulé ce projet coûteux pour les écosystèmes.

Cependant, à peine installé à la Maison Blanche, Donald Trump a relancé les travaux si bien qu’en mars dernier, plus de 600 personnes manifestaient sans grand succès à Washington. Sur place, les tensions s’exacerbent entre les Amérindiens excédés et des vigiles aux ordres des kleptocrates. L’oléoduc est vital pour des banques qui y ont placé des sommes vertigineuses. Marionnette du BigBusiness, la justice fédérale vient d’entériner tout le projet. Or cette décision judiciaire scandaleuse viole les clauses des traités de paix conclus entre 1851 et 1861 entre les États-Unis et les tribus amérindiennes parmi lesquelles l’interdiction faite aux gouvernements fédéral et locaux de s’accaparer des terres tribales.

Par delà de simples considérations écologiques, sociales et économiques, Standing Rock prouve une nouvelle fois toute la malhonnêteté des États-Unis. Il est dans leur nature profonde de ne jamais respecter les traités signés. La Seconde Guerre mondiale fut en partie due au refus de leur Sénat de ratifier le sinistre traité de Versailles. Avec le TAFTA pour l’heure en sommeil, les Européens risqueraient de se faire escroquer par des Yankees hâbleurs. On comprend mieux pourquoi la Corée du Nord se montre si vigilante face aux entourloupes permanentes de l’entité étatsunienne.

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 45, diffusée sur Radio-Libertés, le 22 septembre 2017.

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dimanche, 17 septembre 2017

Maudits Jeux Olymfric !

IMAGE_20150623_28898405.jpgGeorges Feltin-Tracol

La grande catastrophe est entérinée sous les applaudissements du pouvoir d’occupation médiatique, serviteur toujours zélé de la Finance et de la Banque. Réuni à Lima au Pérou le 13 septembre dernier, le CIO (Comité international olympique) a attribué l’organisation des XXXIIIe Olympiades de 2024 à Paris et les XXXIVe en 2028 à Los Angeles.

Toute la clique politico-économico-médiatico-sportivo-dopée de l’Hexagone exhulte ! Trente-deux ans après les Jeux d’hiver d’Albertville en Savoie, le grand cirque du sport-spectacle, de l’hégémonie publicitaire et du fric-roi reviendra en France, et pas n’importe où ! Dans le territoire – modèle de la « France périphérique » décrite par Christophe Guilluy, Paris et l’Île-de-France. Une fois encore, le centralisme parisien permet à la région-capitale de bénéficier d’investissements financiers colossaux pour les aménagements prévus et les nouveaux réseaux de transports. Certes, ces travaux d’aménagement peuvent empêcher l’asphyxie, la thrombose et l’apoplexie de cette région obèse en population, en activités économiques et en richesses produites. Toutefois, pour quinze jours de gloriole mondio-diffusée, le régime d’Emmanuel Macron délaisse volontiers les régions rurales, ferme des lignes ferroviaires non rentables mais indispensables au tissu local, et favorise les aires métropolitaines.

La France a-t-elle encore les moyens de se payer une danseuse capricieuse appelée « Jeux Olympiques » ? Vu la situation économique déplorable, la réponse est non. Mais les homoncules qui dirigent l’Hexagone savent être très généreux avec l’argent public, cet argent extorqué à des contribuables épuisés. Ces politiciens devraient quand même se souvenir qu’Athènes accueillit les JO en 2004. Six ans plus tard, la Grèce entrait dans une interminable récession.

L’avenir hexagonal de 2024 a déjà un passé et c’est celui, hélas !, de la patrie de Platon et d’Aristote.

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 44, diffusée sur Radio-Libertés, le 15 septembre 2017.

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mardi, 12 septembre 2017

Comme un air de guerre

Werner-198x300.jpgGeorges Feltin-Tracol

Fondées et animées par Slobodan Despot, auteur des brillants romans Le Miel (2014) et Le Rayon bleu (2017), les éditions Xenia ont un auteur fétiche, Éric Werner. Naguère publié par L’Âge d’Homme, ce philosophe suisse poursuit son examen méticuleux du monde hyper-moderne. Son nouvel essai, Un air de guerre (coll. « Franchises », 2016, 93 p., 12 €), s’attarde sur les derniers attentats islamistes survenus en France, en Belgique et ailleurs en Europe.

En fidèle lecteur de Carl Schmitt, Éric Werner désigne sans fausse pudeur l’ennemi. Mais il ne s’en contente pas. Dans sa ligne de mire se trouvent aussi l’État et ses organismes sécuritaires. En effet, les institutions occidentales sont les principaux bénéficiaires des campagnes terroristes. Loin d’être remises en question par les victimes survivantes et leurs proches, elles regagnent à peu de frais une fragile légitimité, ce qui explique en partie l’échec électoral des forces populistes sur le Vieux Continent.

Cette légitimité ténue favorise « l’interpénétration croissante des structures militaires et policières, écrit-il, interpénétration due à plusieurs facteurs, mais en particulier à l’effacement progressif de la distinction intérieur – extérieur (p. 68) ». Désormais, « les forces spéciales ressemblent aux unités antiterroristes de la police (RAID, GIGN). C’est le même concept, mais en plus grand (p. 69) ».

Éric Werner aurait pu aussi se pencher sur la valorisation du terme « sécurité » aux dépens des mots « défense », « police » et « maintien de l’ordre public ». Les militaires intègrent des « forces de sécurité », d’où la propension croissante de certains terroristes à les attaquer au cours de leurs patrouilles. Un air de guerre ne traite pas que de ce sujet. L’ouvrage insiste aussi sur la surveillance généralisée de l’ensemble des habitants par les services de l’État. Au nom d’une soi-disant « guerre contre le terrorisme », des restrictions toujours plus nombreuses (limitation des achats en liquide, fichage des voyageurs, billets de train nominatifs…) s’imposent à une population anesthésiée par un formidable bourrage de crâne médiatique.

Dans cette unanimité pesante et factice, Un air de guerre d’Éric Werner représente vraiment un souffle d’air frais, un vent de liberté venu des Alpes helvétiques.

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 43, diffusée sur Radio-Libertés, le 8 septembre 2017.

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mercredi, 06 septembre 2017

Les déboulonneurs de l’histoire

Général-Lee-300x200.jpgGeorges Feltin-Tracol

Comme il était prévisible, la période estivale fut riche en événements souvent tragiques. On pourrait revenir sur les attentats islamistes qui ont encore frappé l’Europe occidentale, la situation inquiétante au Venezuela, la crise nucléaire entre les États-Unis et la Corée du Nord ou le renvoi de Steve Bannon de la Maison Blanche. Intéressons-nous cependant à un phénomène qui ne cesse de croître en Occident : la relecture idéologiquement correcte des traces matérielles de l’histoire.

On se souvient des incidents violents survenus à Charlottesville, le 12 août dernier entre des militants de l’Alt Right étatsunienne et des contre-manifestants agressifs de gauche. La manifestation, autorisée et pacifique, des nationalistes blancs dénonçait le retrait prochain de la statue équestre du général Lee, le commandant en chef des armées sudistes pendant la Guerre de Sécession (1861 – 1865), située dans un parc public. Or depuis des mois, la mémoire du Sud vaincu est violée et bafouée. Outre l’enlèvement de statues et de monuments dédiés aux héros tombés pour Dixieland, les autorités locales retirent aussi des emplacements publics le drapeau sudiste parce qu’il inciterait à la haine raciale… À ce rythme dément, les musées consacrés à la « Guerre entre les États » fermeront ou bien seront contraints d’expliquer aux visiteurs que les Sudistes étaient très très méchants et les Nordistes super-gentils. Cette hargne contre le passé ne se limite pas à ce seul conflit. Le maire multiculturaliste de New York, Bill de Blasio, va enlever une plaque posée en 1931 – qui rend hommage au Maréchal Philippe Pétain – au motif qu’elle honore le futur chef de l’État français.

Une frénésie similaire concerne l’Espagne, l’Italie et la France. Les municipalités gauchistes hispaniques commencent à effacer toute trace de la période franquiste. Certains élus souhaiteraient même l’anéantissement du colossal monument de la Valle de los Caidos. Les descendants des perdants de 1939 se vengent avec huit décennies de retard de leur écrasante défaite. S’ils continuent ainsi, ils estimeront bientôt que le gouvernement de la IIe République en exil au Mexique était le seul légitime, l’État franquiste une usurpation totale et l’actuelle constitution royale un compromis dépassé.

En Italie, un projet de loi envisage d’interdire toute hommage sur la tombe de Benito Mussolini à Predappio ainsi que la présence de son visage sur des maillots de corps, des étiquettes de bouteille et des gadgets touristiques. Le commerce a donc des limites…

La France a elle aussi connu cette hystérie dans les années 1990 avec la chasse aux notoriétés proches de l’État français du vieux Maréchal. Ainsi de nombreuses rues qui portaient le nom du prix Nobel de médecine, Alexis Carrel, furent changées. En 1996, à l’Université Claude-Bernard – Lyon I, la faculté de médecine Alexis-Carrel devint Laennec. En 2010, la justice administrative a contraint le maire de Gonneville-sur-Mer, dans le Calvados, de retirer le portrait du Maréchal Pétain affiché enmairie, car cela susciterait un « trouble manifeste à l’ordre public ».

Un véritable négationnisme historique sévit donc des deux côtés de l’Atlantique Nord, mais ce n’est pas celui auquel on croit, car ce négationnisme-là est officiel, encouragé et valorisé. Trois bonnes raisons pour le combattre sans pitié.

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 42, diffusée sur Radio-Libertés, le 1er septembre 2017.

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vendredi, 14 juillet 2017

Quelles tensions cet été ?

Revendications_Mer_Chine_Sud-01-272x300.jpgGeorges Feltin-Tracol

Avant d’entrer dans la longue période estivale synonyme de chaleur, de vacances, de voyages et de divertissements, intéressons-nous aux possibles foyers de tensions qui éclateront peut-être cet été. Pronostic délicat, car l’actualité est si mouvante que le feu pourra presque survenir aussi bien au Groenland qu’aux Seychelles.

Dans le cadre de cette dernière chronique avant la Rentrée, on peut dès à présent dresser la liste des zones en guerre : la Syrie, l’Irak, l’Afghanistan, la Libye, le Sahel, la Somalie, l’Ukraine. Dans le Caucase, le conflit dit gelé entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan au sujet du Haut-Karabakh risque de reprendre puisque l’armée azérie a acquis un équipement militaire auprès des Occidentaux payé par la vente des hydrocarbures de la Caspienne.

En Extrême-Orient, les contentieux entre la Chine et les États voisins de la Mer de Chine méridionale ne cesseront pas. Cependant, le point névralgique de la future crise majeure reste la péninsule coréenne. Depuis son revirement interventionniste néo-conservateur, le bravache milliardaire ne cesse de provoquer et de menacer la vaillante République démocratique populaire de Corée parce qu’elle tient toujours tête à la stupide « Communauté internationale ». Comme on aurait aimé que la Maison Blanche exerçât les mêmes pressions sur l’État d’Israël qui ignore superbement les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU. Certes, Washington abrite un puissant lobby israélien alors qu’il n’existe aucun lobby nord-coréen…

Paralysé sur le plan intérieur par les menées politiciennes des élus du Congrès, Trump cherche à redorer son blason en gesticulant contre Pyongyang. Or il sait que tout missile yankee tiré sur la Corée du Nord entraînera une riposte immédiate légitime capable de bouleverser non seulement la Corée du Sud et le Japon, mais aussi l’économie chinoise, voire la stabilité très précaire de l’aire Asie – Pacifique.

Profitez cependant bien de ses deux mois ensoleillés et à la Rentrée pour de nouvelles chroniques hebdomadaires.

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 41, diffusée sur Radio-Libertés, le 7 juillet 2017.

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jeudi, 06 juillet 2017

La question macédonienne

Macedonia_region.jpgGeorges Feltin-Tracol

Pour la diplomatie française, espagnole ou australienne, la Macédoine n’existe pas. Le territoire le plus méridional issu de l’éclatement de la Yougoslavie qui correspond au large bassin hydrographique du fleuve Vardar s’appelle en anglais FYROM ou, en français, ARYM, soit « ancienne république yougoslave de Macédoine ». Candidate à l’Alliance Atlantique, son admission est reportée sine die, suite à l’opposition farouche de la Grèce. En effet, Athènes n’apprécie pas que la capitale Skopje se couvre de monuments et de symboles à la gloire d’Alexandre le Grand. Les Grecs craignent que les Macédoniens revendiquent les régions hellènes de la Macédoine égéenne dont Thessalonique est la ville principale. Par ailleurs, la Macédoine historique défendue à la fin du XIXe siècle par les comitadjisde l’ORIMA (Organisation révolutionnaire intérieure macédonienne et andrinopolitaine) qui firent les premiers attentats modernes, s’étend à l’Est au Pirin bulgare et, à l’Ouest, au Prespa albanais.

Outre les tensions avec Athènes, la Macédoine se heurte à sa puissante minorité albanaise (25 %). En décembre 2016, des législatives anticipées virent le parti au pouvoir, les conservateurs pro-russes remporter de justesse les élections contre l’opposition sociale-démocrate pro-occidentale aidée en l’occurrence par divers partis de la minorité albanaise. Ceux-ci souhaiteraient participer au gouvernement et imposer l’albanais comme seconde langue officielle du pays.

Fort du précédent du Kossovo voisin, les Albanais de Macédoine exigent en outre une large autonomie interne, préalable à terme d’un éventuel rattachement à l’Albanie qui deviendrait ainsi la « Grande Albanie ethnique ». Dans ce contexte délicat s’ajoutent les manœuvres de certaines officines soutenues par l’ineffable George Soros, qui tentent de fomenter une nouvelle révolution colorée. Pour l’instant, le président Gjorge Ivanov refuse toute coalition gouvernementale qui inclurait des irrédentistes albanais et maintient le gouvernement d’Emil Dimitriev.

Un subtil jeu d’influences et de contre-influences se déroule donc en Macédoine entre la Serbie, la Bulgarie, la Grèce et l’Albanie avec, en coulisses, les pressions discrètes de Washington, de Bruxelles, de l’OTAN et de la Russie. La Macédoine est l’exemple même des enjeux géopolitiques dans les Balkans.

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 40, diffusée sur Radio-Libertés, le 30 juin 2017.

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lundi, 26 juin 2017

Le vote des ados

Le-Naour.jpgGeorges Feltin-Tracol

Fin janvier 2017, un soi-disant syndicat lycéen (eh oui ! maintenant les lycéens ont des associations supposées représentatives animées par des permanents trentenaires du PS et du PCF) rendait public un sondage favorable à l’abaissement du droit de vote à 16 ans.

Cette surprenante revendication s’appuie sur le précédent des élections prud’homales qui autorisent les salariés âgés de 16 ans à voter. Il est toutefois étonnant que cette demande ne soit pas complétée par l’exigence de conduire des automobiles au même âge. Par ailleurs, il serait paradoxal d’accorder ces droits à des adolescents alors qu’en 2005, Chirac avait interdit le mariage des filles à partir de 15 ans au mépris des traditions culturelles légitimes et honorables. Voter serait bien, mais pas se marier…

Au cours de la campagne électorale de ce printemps, Philippe Poutou, Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon ont défendu cette mesure au nom d’une conception viciée de la citoyenneté. Accorder le droit de vote à des lycéens accentuerait le chaos au sein même des familles qui ne sont ni monoparentales, ni homoconjugales. Déjà que tout est entrepris dans l’éducation hexagonale pour faire des élèves de très bons petits républicains. Le bourrage de crânes commence très tôt, dès la maternelle, voire la crèche.

Il ne faut cependant pas rejeter cette suggestion. On doit au contraire la subvertir. En 2005, Jean-Yves Le Naour et Catherine Valenti relataient dans La famille doit voter (Hachette, 265 p.) les tentatives d’imposer en France le suffrage familial qui fut défendu autant par le gaulliste Michel Debré que par le Front national avant 2012. Par suffrage familial, on entend donner aux parents la possibilité de voter à la place de leurs enfants jusqu’à leur majorité. Le père voterait pour sa fille et aurait donc deux voix tandis que son épouse disposerait de trois bulletins (le sien et celui de leurs deux fils).

Parfaitement inégalitaire, ce mode de suffrage accorderait aux familles nombreuses un réel poids politique proportionnel à leur poids démographique dans le renouvellement des générations à la condition bien sûr que s’appliquent le droit du sang et une attribution limitée de la citoyenneté. Plus loin que le simple droit de vote des ados, c’est à la famille de racines albo-européennes qui doit s’exprimer.

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 39, diffusée sur Radio-Libertés, le 23 juin 2017.

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dimanche, 18 juin 2017

Chroniques missinistes

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Missiniste désigne l’adhérent et le militant du Mouvement social italien (MSI), fondé un 3 décembre 1946 à Rome par quelques personnes dont Pino Romualdi, le père du penseur organique, Adriano Romuladi, auteur de plusieurs essais novateurs, décédé sur la route le 12 août 1973, et Giorgio Almirante. Dès l’immédiate après-guerre, dans une Italie en ruines sous occupation anglo-saxonne, des nombreux groupes épars qui, héritiers de la République sociale italienne (1943 – 1945), entendent maintenir la flamme du fascisme s’engagent au sein d’une seule formation. Pendant plus de quarante ans, tandis qu’une partie de l’Europe au-delà du « Rideau de Fer » subit l’occupation soviétique, la flamme tricolore missiniste illuminera la grande majorité des mouvements nationalistes d’Europe occidentale.

C’est cette aventure politique exceptionnelle que relate Massimo Magliaro pour le onzième numéro des « Cahiers d’histoire du nationalisme ». Journaliste à la RAI, correspondant à Paris et à Madrid, ensuite directeur de la RAI – International, l’auteur fut auparavant le rédacteur en chef du Secolo d’Italia, le journal officiel du MSI, et un proche de Giorgio Almirante qui en fut le secrétaire général de 1947 à 1950, puis de 1969 à 1987.

L’auteur privilégie la chronologie avec des notices plus ou moins longues. Il rappelle que dès avril 1944, des militants fascistes éditent un journal clandestin Manifesto (« Manifeste »). À peine la guerre terminée, d’autres titres imprimés et des groupes locaux plus ou moins secrets – La Rivolta ideale (« La Révolte idéale »), le Parti fusionniste italien, Paginere Libere (« Pages libres »), Groupes nationalistes lombards, Rosso e Nero (« Rouge et Noir »), Front du Travail, etc. – se manifestent dans toute la péninsule.

Des années agitées

Très vite, le jeune MSI fait face à la violence politique du puissant PCI et des socialistes, aux harcèlements judiciaires pour « reconstitution du parti fasciste » ainsi qu’aux entraves administratives diverses et variées. Jusqu’à la fin des années 1980, les missinistes affrontent flics du Régime obéissants, communistes acharnés et gauchistes virulents. Maints militants y perdent la vie, souvents assassinés par des terroristes néo-bolcheviks. Ce sont les funestes « Années de plomb » avec la manipulation par le réseau occidentaliste otanien Gladio et la Loge P2 d’organisations terroristes d’extrême gauche et d’extrême droite. Dans ce contexte violent, les drames se multiplient. Le 16 avril 1973, l’appartement du secrétaire de section du quartier populaire romain de Primavalle est incendié. « Deux des enfants, l’aîné, Virgilio, 22 ans, et le plus petit, Stefano, 8 ans, meurent brûlés vifs. […] Pour la gauche, l’attentat est le fruit d’un conflit interne au sein de la section dont Mattei était le secrétaire (p. 111) », ce qui est bien sûr abject et faux.

Les intimidations, les menaces, les attentats, les bagarres de rue n’empêchent pas le MSI de siéger, grâce au mode de scrutin proportionnel, tant au Sénat et à la Chambre des députés que dans les conseils municipaux et régionaux. Aussi étrange que cela puisse paraître pour un observateur français habitué au monolithisme partitocratique, le MSI pratique une véritable démocratie interne avec la libre expression de tendances parfois antagonistes. En effet, quoi de commun entre les courants de « Gauche fasciste », l’aile « spiritualiste » de Pino Rauti, animateur du Centre d’études Ordine Nuovoqui fit un temps scission, les monarchistes ralliés après bien des palabres et qui permirent au MSI de s’adjoindre les termes de « Droite nationale » sans oublier le rôle de la CISNAL (Confédération italienne des syndicats nationaux des travailleurs), issue du MSI, et qui va progressivement s’en émanciper avant de se transformer en une UGL (Union générale du travail) de plus de deux millions d’adhérents aujourd’hui.

Outre une grande floraison de publications, certaines plus éphémères que d’autres, et la participation – originale alors – aux premières radios libres ouvertement de droite, le MSI organise très tôt des réunions culturelles internationales. Y assistent en mai 1962 les Allemands Ernst Jünger et Ernst von Salomon, le Hongrois exilé Thomas Molnar, les Français Michel Déon, Thierry Maulnier, Pierre Andreu, Paul Sérant, Philippe Héduy, Guy Dupré, Roland Laudenbach, Raoul Girardet. Julien Freund se rendra lui aussi assez régulièrement à Rome à l’invitation de cénacles culturels missinistes. En revanche, l’auteur ne mentionne pas la conférence paneuropéenne de mars 1950 qui donna un an plus tard le fameux congrès de Malmö et la création d’un des tout premiers partis ouvertement européens, le MSE (Mouvement social européen). L’engagement européen du MSI constitue une donnée politique permanente.

Un esprit fort européen

Dès 1978, le MSI de Giorgio Almirante approuve l’initiative du PFN de présenter une liste lors des premières élections européennes de l’année suivante. Plus européens que les habituels européistes patentés, Français, Italiens et Espagnols entérinent le principe d’une liste commune appelée l’« Eurodroite ». Si le 10 juin 1979, la version française conduite par Jean-Louis Tixier-Vignancour ne recueille que 1,33 % des suffrages, le MSI envoie à Strasbourg quatre élus dont Almirante. Massimo Magliaro ne signale pas non plus qu’au moment de l’élection de la présidence du Parlement européen, les députés européens missinistes votèrent pour la Française Simone Veil qui oubliera d’ailleurs cet étonnant soutien à partir du « tonnerre de Dreux » en 1983…

Cinq ans plus tard, toujours au Parlement européen, le MSI rejoint le groupe des Droites européennes présidé par Jean-Marie Le Pen qui renouait ainsi avec une vieille alliance contractée en 1972 – 1973 (la flamme du FN est un décalque de la flamme du MSI). En avril 1985, le groupe des Droites européennes tient dans la capitale italienne deux journées d’études consacrées au terrorisme, à l’émigration, à l’adhésion prochaine de l’Espagne et du Portugal et de la monnaie unique européenne ! Eh oui ! Avant la chute du Mur de Berlin, le FN et le MSI défendaient l’idée conjointe d’une monnaie et d’une armée européennes. On était très loin du souverainisme étriqué en vogue chez certains nationaux…

Massimo Magliaro évoque enfin la fin du MSI. Le 27 janvier 1995, sur proposition de son secrétaire général, Gianfranco Fini, le XVIIIe Congrès accepte de dissoudre le mouvement pour pouvoir se fondre le lendemain dans une Alliance nationale d’orientation libérale-conservatrice. Ministre des Affaires étrangères de 2004 à 2006, président de la Chambre des députés de 2008 à 2013, vice-président du Conseil des ministres de 2001 à 2006 sous Silvio Berlusconi, Gianfranco Fini achèvera son parcours politique débuté à la direction du Front de la Jeunesse, naguère ami de Jean-Marie Le Pen et disciple de Maurice Bardèche, au centre-droit très modéré et en admirateur transi de Jacques Chirac et de Nicolas Sarközy.

L’échec de Pino Rauti

Certes, un MSI – Flamme tricolore s’est maintenu avec de Pino Rauti, mais il réalisa des résultats électoraux très décevants. En janvier 1990, au XVIe Congrès à Rimini, après d’âpres débats, l’éternel opposant interne Pino Rauti avait remporté le secrétariat général face à Gianfranco Fini. Proche des thèses évoliennes, Rauti soutenait une ligne nationale-populaire dite de « troisième voie ». Dirigeant un mouvement fracturé parce qu’il ne l’avait remporté que par une avance de « 47 voix sur un total d’environ 1500 délégués (p. 216) », Rauti ne comprit pas cette fragilité. Il fut le premier à écarter la flamme tricolore des tracts et bulletins de vote et engagea le MSI sur un programme « national-gauchiste ». Rauti commit en outre deux autres erreurs. Ne comprenant pas le problème de l’immigration au moment où perçaient les ligues régionales autonomistes du Nord très en pointe sur cette question cruciale, Rauti n’hésita pas à poser sur les affiches du parti avec de jeunes immigrés ! Le MSI n’obtint aux élections régionales que 3,9 % des voix, une véritable chute libre ! La seconde concerna la guerre du Golfe (1990 – 1991). Tandis que Jean-Marie Le Pen refusait de se rallier à une supposée « union nationale » voulue par Mitterrand et Bush père, décidait avec panache de soutenir l’Irak baasiste du Président Saddam Hussein et prédisait avec un quart de siècle d’avance les conséquences délétères désormais visibles dans tout le Proche-Orient, Pino Rauti justifia, lui le farouche anti-américain, au nom de l’Occident l’intervention militaire de la coalition internationale ! De nouveaux mauvais résultats survenus en juin 1991 à l’occasion d’élections en Sicile entraînèrent la démission de Rauti et son remplacement par Fini.

Grâce à cette histoire chronologique du MSI, on découvre enfin un mouvement animé par un militantisme ardent, une intense activité culturelle (pensons aux camps de jeunesse des années 1970 inspirés de l’œuvre de J.R.R. Tolkien) et une exceptionnelle vigueur éditoriale. À part peut-être entre 1989 et 1998, jamais son pendant français, le FN, ne fut aussi actif et astucieux. Même si le contexte italien ne correspond pas à la situation française, l’histoire du MSI démontre que rien n’est jamais gagné, ce qui est logique d’autant que c’est bien à Rome que le Capitole se trouve toujours à proximité de la roche Tarpéienne.

• Massimo Magliaro, Le MSI. Le Mouvement social italien, « Cahiers d’histoire du nationalisme », n° 11, Synthèse nationale, 2017, 248 p., 20 € (+ 4 € de port), à commander à l’ordre de Synthèse nationale, 9, rue Parot, CS 72 809, 75 012 Paris.

Le commander en ligne cliquez là

Le banquet pour les 70 ans du MSI à Paris cliquez ici

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mardi, 13 juin 2017

RÉVOLUTION NATIONALE EN INDE

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Georges Feltin-Tracol

Focalisés par la campagne présidentielle française, les commentateurs politiques ne se sont pas intéressés aux élections provinciales survenues en Inde ce printemps. À tort ! Cinq provinces (l’Uttar Pradesh, Goa, Manipur, le Pendjab et l’Uttarakhand) renouvelaient leur parlement local. L’enjeu était de taille pour le Premier ministre fédéral, le nationaliste Narendra Modi. D’abord, avec 220 millions d’habitants, l’Uttar Pradesh est l’État le plus peuplé de l’Union indienne, ce qui donne une indication fiable de l’opinion publique. Ensuite, en novembre 2016, afin de lutter contre la corruption, l’enrichissement mafieux et le travail au noir, Modi ordonna le retrait immédiat des grosses coupures alors que 98 % des transactions financières se réalisent par des paiements liquides, provoquant ainsi un incroyable chaos économique et monétaire. Enfin, ces élections avaient valeur de test national pour le BJP (Parti du peuple hindou) au pouvoir depuis juin 2014. À la surprise générale, le BJP de Modi a remporté quatre provinces sur cinq, seul le Pendjab est revenu à l’opposition (le Parti du Congrès). En Uttar Pradesh, le scrutin majoritaire uninominal à un tour accorde au BJP près de 310 sièges sur 403 !

Créé en 1980, le BJP obtint quatre ans plus tard 7,74 % et deux sièges de députés fédéraux. Au pouvoir entre 1998 et 2004 dans le cadre de l’Alliance démocratique nationale (ADN) qui fédère vingt-quatre partis dont le Shiv Shena du Maharashtra et l’étonnant Parti socialiste révolutionnaire bolchevik au Kérala, le BJP conforte son assise électorale pour les échéances de 2019 et renforce la popularité de son chef. En fin politique, Narendra Modi a choisi comme Ministre en chef (Premier ministre régional) de l’Uttar Pradesh un sadhu, un ascète hindou. Ancien député fédéral de 44 ans, Shri Yogi Adityanah souhaite interdire l’abattage des vaches au nom de l’Hindutva (l’hindouité). Poursuivi dans dix-huit affaires judiciaires pour incitation à la haine et un temps emprisonné pour incitation à la violence, le nouvel homme fort de l’Uttar Pradesh s’oppose avec force aux deux religions étrangères qui menacent l’identité spirituelle indienne : l’islam (les musulmans sont 138 millions, soit 13,4 %) et les différents prosélytismes chrétiens.

Il est regrettable de ne pas s’intéresser à l’Inde, car une véritable révolution nationale s’opère dans ce pays qui,en 2050, sera le plus peuplé au monde.

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 37, diffusée sur Radio-Libertés, le 9 juin 2017.

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mercredi, 07 juin 2017

La Nature en sujet de droit

280px-NZ-Whanganui_R.pngGeorges Feltin-Tracol

L’information est passée inaperçue, car venue de l’autre côté du globe, de Nouvelle-Zélande précisément. Le 17 mars 2017, le Parlement néo-zélandais accordait au Whanganui le statut d’entité vivante avec la personnalité juridique et les droits et devoirs qui en découlent.

Le Whanganui est un fleuve sacré pour les Maoris. Situé dans l’île du Nord, long de 290 km, ce cours d’eau est gardé par la tribu indigène. Grâce à ce vote, la tribu et le gouvernement néo-zélandais pourront dorénavant désigner des avocats qui représenteront le fleuve. Les Néo-Zélandais n’innovent pas. Au Mexique et en Équateur, de semblables mesures ont déjà été prises. Mieux, en Bolivie, le président syndicaliste en poste depuis 2006 Evo Morales se réclame de la Pachamama, la « Déesse-Terre » à la grande fureur des sectes évangéliques et de l’Église catholique.

Dans la province septentrionale indienne de l’Uttarakhand, une haute-cour estima, le 31 mars dernier, que les glaciers de Gangotri et de Yamunotri, sources respectives du Gange et du Yamuna, étaient des entités vivantes, ce qu’étaient déjà ces deux fleuves jugés sacrés par les hindous. Le tribunal va plus loin puisqu’il considère qu’il faut protéger et conserver les rivières, les ruisseaux, les lacs, l’air, les prés, les vallées, les jungles, les forêts, les marécages, les prairies et les cascades qui doivent donc avoir les mêmes droits, devoirs et responsabilités qu’un être physique.

Indiens, Néo-Zélandais et Boliviens font redécouvrir aux Occidentaux le holisme et l’organicité dynamique complexe de la Vie. Cette tendance va plus loin qu’une simple prise de conscience écologiste. À rebours de la doxa mécaniciste dominante occidentale, cette nouvelle perception de la co-appartenance de la Nature et de l’homme (ou plus exactement, des peuples et des communautés enracinées) au monde renoue en fait avec les vieilles visions européennes médiévales et antiques.

Ces quelques décisions judiciaires inimaginables aujourd’hui en France bousculent de vieux schémas de pensée modernes dus aux Lumières du XVIIIe siècle. Un nouvel univers mental émerge lentement sous nos yeux. Il faut s’en réjouir, foi d’un obscurantiste allumé !

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 36, diffusée sur Radio-Libertés, le 2 juin 2017.

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mardi, 06 juin 2017

Saluons le Bastion social de Lyon !

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Georges Feltin-Tracol

Depuis le début des années 1970, le GUD (Groupe Union Défense) joue au grain de sable dans le merveilleux monde des Bisounours. Malgré des différences bien compréhensibles, toutes les générations gudardes se sont révélées par des initiatives médiatiques retentissantes dont la plus récente s’appelle le Bastion social.

Le samedi 27 mai 2017, au 18, rue du Port-du-Temple, dans le IIe arrondissement de la Capitale des Gaules, sa section lyonnaise animée depuis plusieurs années par Steven Bissuel, par ailleurs président national du GUD, a mis en pratique une occupation non-conforme, soit la réquisition d’un immeuble désaffecté appartenant à la municipalité. Après l’avoir sommairement aménagé, le Bastion social va accueillir en priorité des sans-abris d’origine française. En effet, pendant que des travailleurs précaires dorment dans leur véhicule, des familles françaises endettées sont expulsées sans ménagement de leur foyer, et des clochards abandonnés dans la rue par des autorités peu charitables, les mêmes autorités offrent aux clandestins sans-papiers de bonnes conditions d’accueil. Écœurés et scandalisés par ce traitement franchement discriminatoire à l’encontre des nôtres au profit des autres, l’ami Steven Bissuel et son équipe entendent y remédier un petit peu.

Le GUD lyonnais s’inspire très clairement des actions qui rendirent célèbre le mouvement CasaPound. Il s’agissait de donner un toit aux Italiens de racines albo-boréennes qui en étaient dépourvus. L’exemple italien fut ensuite appliqué en Espagne, gravement touchée par la crise financière, avec les militants du Hogar Social (HS) de Madrid. Ce n’est pas un hasard si, le 16 novembre 2015, s’exprimaient au Congrès européen du GUD à Rungis des représentants grecs d’Aube dorée, chypriote de l’ELAM (Front populaire national), de CasaPound et du HS. Certes, les modalités pratiques varient suivant le droit italien, espagnol, grec ou français. Cela n’empêche pas d’oser d’astucieuses entreprises sociales à l’esprit réellement solidariste.

L’apparition du Bastion social a suscité l’indignation habituelle des bien-pensants, plumitifs stipendiés de la presse quotidienne régionale aux ordres des potentats locaux, politiciens trouillards et minables antifas. Ces derniers n’acceptent pas l’idée même d’un squat nationaliste-révolutionnaire au service exclusif des seuls Français d’origine boréenne. La connivence, voire la complicité, entre les flics et les gauchistes s’est déjà manifesté à diverses reprises. Violant sciemment la loi, les forces du « désordre ripouxblicain » ont coupé dans la journée de mercredi 31 mai l’alimentation électrique du bâtiment tandis que la mairie de Lyon déposait une plainte. Vendredi 2 juin, une centaine d’antifas crasseux et de philâtres pro-migrants protestaient, place des Jacobins, à quelques centaines de mètres du Bastion social. Tenant des banderoles genre « Bienvenue aux réfugiés (en anglais) », ce ramassis improbable de mal-lavés cannabisés, d’enseignants retraités, d’intermittents du spectacle et de cultureux cosmopolites verse lui-même dans une inacceptable stigmatisation en beuglant des slogans ineptes tels « Pas de fachos dans nos quartiers. Pas de quartiers pour les fachos » ou « Les seuls étrangers dans nos quartiers, ce sont les racistes ! ». Le « Vivre ensemble » pour tous, oui, sauf pour les « horribles » fafs ?… Discutera-t-on bientôt de leur appartenance à l’humanité ?

Combien de temps résistera le Bastion social ? Les ripostes à venir rendent toute réponse bien pessimiste. Incapables de maintenir le moindre ordre public dans les banlieues de l’immigration gangrenées par les trafics de drogue, plus que timorés quand il faut déloger les délinquants qui occupent illégalement le domicile d’un particulier, et inactifs face au racisme anti-blanc assumé ducollectif Mwasi (prononcez « Moisi »), organisateur du fameux festival parisien Nyansapo (interdit aux femmes blanches et aux hommes !) des 28 30 juillet prochains, État, police, municipalité et justice risquent pour la circonstance de se dépêcher afin d’éviter au plus vite une possible contagion d’occupations non-conformes non seulement à Lyon et dans son aire urbaine, mais aussi en Auvergne – Rhône-Alpes et dans toute l’Hexagone. La non-mixité ethnique du lieu semble ici vraiment poser problème. Vérité à Paris, erreur à Lyon ? Si c’est le cas, que Steven et ses « Rats noirs » se griment au cirage noir et fassent leurs relèves en mini-jupe ! Ou bien qu’ils demandent le patronage des « Afro-descendantes » de ce collectif qui paraît bénéficier d’une réelle immunité !

Pour l’instant, le Bastion social a besoin de votre aide matérielle ou financière. De bonnes volontés bénévoles sont les bienvenues pour des travaux d’aménagement domestique, et des dons de matériel ou de meubles. En pleine campagne des élections législatives fade et nulle sur le plan médiatique, le GUD lyonnais a dès à présent réussi un magnifique coup de maître en plein cœur de la Macronie (le nouveau ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, est le futur ancien maire de Lyon et président de la Métropole). Mieux que la course stérile aux suffrages, cette action directe pacifique démontre toute la pertinence d’allier exemple européen, cause nationale et enjeu social. Bravo donc aux militants du Baston social !

Source Europe maxima cliquez ici

 

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jeudi, 01 juin 2017

Comiques en politique

Mvt-5-stelle.pngGeorges Feltin-Tracol

L’héritage de Coluche ne se limite pas aux Restos du Cœur, ni aux histrions appelés « Les Enfoirés ». Sa postérité inattendue se retrouve aussi en politique, un domaine que Michel Colucci tenta d’investir entre octobre 1980 et mars 1981 quand il présenta sa candidature à l’élection présidentielle. Recueillant jusqu’à 16 % des intentions de votes, l’acteur comique se retira finalement après de nombreuses pressions parfois menaçantes…

Ce n’était pas la première fois qu’un comique postulait pour l’Élysée. En 1965, Pierre Dac avait l’intention de se présenter avant que cet ancien de la France libre ne se retirât en faveur du général De Gaulle. Depuis, Pierre Dac et Coluche ont eu des épigones dans le monde entier. On pense bien sûr à Beppe Grillo, le fondateur du Mouvement Cinq Étoiles en 2009. Il avait ouvert dès 2005 un virulent blogue contre Silvio Berlusconi, la corruption et la malbouffe. Aujourd’hui, sa formation serait la première d’Italie. Mais Grillo n’est pas seul.

Le 25 octobre 2015, le Guatemala portait à sa présidence le conservateur protestant Jimmy Morales. Cet ancien enseignant en économie se fit connaître de ses futurs électeurs en tant que producteur de cinéma, réalisateur, acteur et humoriste télévisuel. En Hongrie, pour remplacer les partis de gauche en plein naufrage, des amateurs de street art hostiles à Viktor Orban lancèrent en 2006 un parti parodique au nom loufoque : le Parti hongrois du chien à deux queues (MKKP). Onze ans plus tard, ce parti est devenu le fer de lance de l’opposition face au Fidesz et au Jobbik. Il prône par exemple la « petite Hongrie » ou l’érection de montagnes près du Danube…

Le 2 avril dernier, les Serbes élisaient dès le premier tour à la présidence leur Premier ministre Alexandre Vucitch. Troisième de l’élection avec 9,59 %, Luka Maksimovitch surnommé « Beli (Blanc) » est un modeste étudiant en communication de 25 ans qui s’est fait remarquer par un costume d’un blanc immaculé, des manifestations parodiques, un discours anti-corruption et un slogan percutant : « Frappe fort ». Ses facéties lui assurèrent une véritable popularité qui défavorisa les candidats nationalistes Vojislav Sesel (4,56 %) et Bosko Obradovitch (2,3 %).

En France, un certain comique troupier politicien a disparu avec le retrait de Nicolas Sarközy et de François Hollande. Gageons cependant que cette vacance sera vite comblée par les figures montantes surgies du PS, des Verts, de l’UDI, des Républicains et d’En Marche !.

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 35, diffusée sur Radio-Libertés, le 26 mai 2017.

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mardi, 23 mai 2017

Platon à Téhéran

170px-Plato_Pio-Clemetino_Inv305.jpgGeorges Feltin-Tracol

Aujourd’hui (NDLR : 19 mai) se déroule en Iran le premier tour de l’élection présidentielle. Sauf énorme surprise, le président sortant Hassan Rohani sera réélu pour un second mandat de quatre ans. Il ne faut toutefois pas surestimer l’action du président qui, bien que représentant l’État, n’est qu’un super-Premier ministre.

République islamique depuis 1979, l’Iran est une théocratie dans laquelle le clergé chiite joue un rôle important. La Constitution du 3 décembre 1980, adoptée par référendum, transcrit dans les faits la vision politique de l’ayatollah Khomeyni. Comme tous les clercs chiites, Khomeyni a lu et médité les auteurs classiques grecs traduits en arabe et en perse farsi dont La République de Platon qui dépeint la cité idéale gouvernée par un philosophe-roi.

Révisée par référendum en 1989, la Constitution distingue très nettement le pouvoir exécutif détenu par un président qui nomme vice-présidents et ministres, le pouvoir législatif, le Majlis ou Assemblée consultative islamique, élu pour quatre ans au suffrage universel direct, et le pouvoir judiciaire avec un Chef indépendant des deux autres pouvoirs. Ces trois pouvoirs sont placés sous la supervision du Guide suprême de la Révolution islamique, soit le philosophe-roi platonicien. Successeur de Khomeyni depuis 1989, Ali Khamenei, chef des armées, peut révoquer le président. Élu par l’Assemblée des experts (86 religieux élus par les Iraniens pour 8 ans) qui peut le révoquer, le Guide suprême désigne le Chef de la justice. Ce dernier nomme à son tour les six religieux qui siègent au Conseil des gardiens de la Constitution aux côtés des six juristes choisis par le Majlis. Ce conseil vérifie la conformité musulmane et constitutionnelle des lois et valide (ou pas) les candidatures aux élections.

Outre la suppression du poste de Premier ministre, la révision de 1989 a entériné le Conseil de discernement du bien de l’État qui entend préserver le Guide suprême des problèmes triviaux de la vie courante dont les interventions risqueraient de désacraliser la fonction. Cet autre conseil se compose de 31 membres nommés par le Guide parmi lesquels s’y trouvent de droit le président, le président du Majlis et du Chef du pouvoir judiciaire. Cet organisme tranche les conflits entre l’exécutif, le législatif et le Conseil des gardiens de la Constitution à propos des questions politiques, économiques et sociales. Ainsi le Guide suprême se réserve-t-il l’essentiel tel l’accord nucléaire conclu avec l’Occident.

La République islamique d’Iran concilie par conséquent un système théocratique et l’élection populaire, ce qui donne toute sa plasticité, son originalité et sa longévité en dépit des crises politiques fréquentes et des tentatives de déstabilisation venues de l’extérieur.

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 34, diffusée sur Radio-Libertés, le 19 mai 2017.

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lundi, 15 mai 2017

Les enfants de SAS

KO-Odessa-186x300.jpgGeorges Feltin-Tracol

Le 31 octobre 2013 décédait à l’âge de 83 ans l’écrivain et journaliste Gérard de Villiers, créateur de Malko Linge alias SAS (Son Altesse Sérénissime). Quelques mois plus tôt était paru la 200e aventure du fameux agent autrichien de la CIA, La Vengeance du Kremlin. Allant sur place plusieurs semaines et obtenant des données confidentielles d’honorables correspondants, Gérard de Villiers exprimait un point de vue atlantiste et pro-occidental assorti d’une conception phallocratique blanche à faire frémir les féministes les plus remontées. Était-il un agent d’influence occidental ? En tout cas, les réseaux qui lui fournissaient de la matière viennent de trouver son successeur capable de diffuser leurs renseignements et de modeler subtilement l’opinion publique.

Au début de cette année, Le Livre de poche a publié une nouvelle série intitulée KO. En relation étroite avec les « Services », les journalistes, les cabinets ministériels, les ONG et les hackers, l’auteur, Alex de Brienne porte ce pseudonyme qui se réfère au siège historique du ministère français de la Défense.

Par KO, il désigne les initiales de ses héros : Kali et Odys Grant, deux citoyens helvétiques. Redoutable informaticien pirate pour sa sœur jumelle, Odys est officiellement chef du protocole aux Nations unies à Genève. Agent de terrain, polyglotte et experte en arts martiaux, Kali agit pour un mystérieux Lord Byron qui travaille pour Sa Gracieuse Majesté.

Deux volumes sont déjà parus : Opération Mossoul et Massacre à Odessa. Ce dernier qui ouvre la série revient sur l’incendie criminel à la Maison des syndicats d’Odessa dans laquelle moururent vifs des militants pro-russes en 2013. L’auteur adresse un clin d’œil sympathique à Villiers. Dans l’avion qui l’emmène à Kiev, Kali « commença à lire un SAS de Gérard de Villiers, Le Cartel de Sébastopol. N’en déplaise aux critiques qui l’avaient snobé pendant toute sa carrière, Villiers savait comme personne nous familiariser avec un pays, ses mœurs et ses agences de renseignements (p. 43) ». D’ailleurs, la trame est assez proche de ses propres intrigues. Analyses géopolitiques et coups tordus des services secrets cohabitent avec les moments d’action et les inévitables scènes de sexe avec cette nouveauté : Kali est une redoutable coureuse de jupons ! Cela préfigurerait-il un prochain James Bond homosexuel, voire d’origine africaine ?

Dans Massacre à Odessa, les pro-russes et les nationalistes ukrainiens sont dépeints en brutes violentes et en trafiquants liés aux oligarques et aux mafias locales, ce qui montre une bonne connaissance du terrain. On y trouve aussi de vives critiques à l’égard de la Russie de Poutine. Y sont évoqués les clans antagonistes du Kremlin. En revanche, l’auteur n’insiste jamais sur la lourde responsabilité des puissances occidentales (États-Unis, Grande-Bretagne, Allemagne, France) dans le drame ukrainien.

La guerre culturelle et la guérilla de l’information constituent des vecteurs souvent anodins. La littérature dite de gare, style SAS et maintenant KO, en fait partie. Ces fictions d’espionnage inspirées de faits réels apportent un éclairage intéressant – mais biaisé – sur les coulisses véritables des grands événements mondiaux.

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 33, diffusée sur Radio-Libertés, le 12 mai 2017.

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vendredi, 12 mai 2017

Bookchin au Rojava

110px-Flag_of_Syrian_Kurdistan.svg_.pngGeorges Feltin-Tracol

Il est des penseurs guère connus du grand public dont les idées circulent néanmoins et s’implantent dans des terreaux fertiles. C’est le cas de l’écologiste social étatsunien Murray Bookchin (1921 – 2006). Intellectuel de la « Nouvelle Gauche » favorable au féminisme et aux sociétés non hiérarchiques, Bookchin théorise le municipalisme libertaire qui postule le renversement des sociétés patriarcales et l’abolition de l’État.

Dans les dernières années de sa vie, Bookchin a correspondu avec Abdullah Öcalan, le chef du PKK (le Parti des travailleurs du Kurdistan) détenu en Turquie. Ses arguments firent évoluer Öcalan et ses partisans indépendantistes du marxisme-léninisme maoïste à une conception socio-politique attentive aux questions d’environnement, aux droits des minorités ethniques et religieuses, à la démocratie directe et à l’égalité des sexes (les combattantes kurdes sont réputées pour leur vaillance militaire).

Dans le conflit syrien, l’émanation locale du PKK s’appelle le PYD (Parti de l’union démocratique). Grâce à ses forces armées et l’aide des Occidentaux, il contrôle trois territoires non contigus (Afrine, Kobané et la Djézireh) qui constituent le Rojava (« l’Ouest » en kurde). Cet ensemble autonome se désigne lui-même de « Système fédéral démocratique de Syrie du Nord » sans officiellement exprimer la moindre revendication séparatiste.

Un texte constitutionnel, la Charte du Contrat social, organise les structures politiques du Rojava. Si ce document s’inspire des expériences communistes libertaires, anarchistes (dont Makhno en Ukraine) et zapatistes au Mexique, il applique aussi de nombreux concepts chers à Bookchin et ce, en dépit de la situation conflictuelle avec le voisin turc, l’Organisation de l’État islamique, les autres groupes rebelles sunnites et, parfois, l’armée nationale syrienne du Président Bachar al-Assad.

Si les Kurdes longtemps soucieux de concilier lutte des classes et libération nationale-populaire, se montrent sensibles aux idées bookchiniennes, c’est peut-être parce que « son mode de réflexion, note Frédéric Dufoing dans L’écologie radicale, relève d’une logique dialectique issue du marxisme et de l’hégélianisme (Infolio, 2012, p. 88) ». Après le Chiapas du sous-commandant Marcos dans les années 1990, il est possible qu’une fois les combats terminés, le Rojava devienne le nouveau modèle de l’utopie post-gauchiste.

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 32, diffusée sur Radio-Libertés, le 5 mai 2017.

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