jeudi, 28 mai 2009

Nouvelle loi Lopsi : le dynamitage de l’Etat continue

Par Olivier Carer

Altermedia 

police-de-Villeneuve-6-01.jpgLa loi dite “Lopsi” présentée par le ministre de l’Intérieur prévoit de renforcer l’intervention des sociétés de sécurité privée, notamment dans le cadre de la vidéo-surveillance.

 

Sécurité : l’abandon de la notion de missions régaliennes

 

Progressivement, sous l’influence des américanophiles, les Français assistent sans vraiment s’en rendre compte à une substitution de notre doctrine en matière de sécurité intérieure ou extérieure.

 

Autrefois, il était acquis que tout ce qui concernait la sécurité intérieure ou extérieure relevait du domaine régalien de l’Etat. La France avait, dans son histoire, eu trop de difficultés à se débarrasser des féodalités pour accepter que ce domaine sensible ne soit délégué à quiconque. Depuis 20 ans, ce principe avait déjà été mis à mal par la montée des “polices” municipales.

 

Par petites touches, la France vit une révolution silencieuse

 

Avec Nicolas Sarkozy, tout s’accélère. Il y a quelques mois, son gouvernement a édité “ le Livre blanc de la sécurité”, un rapport préfacé par le Président de la République lui-même, qui indiquait clairement ce changement radical d’orientation.

 

Pour des raisons idéologiques et peut-être budgétaires, il est prévu de déléguer les missions de sécurité aux sociétés privées. Au niveau des professionnels de la sécurité privée, cet objectif explique la récente montée des exigences de recrutement ou de formation (certificat de qualification professionnelle, formation d’intégration, carte professionnelle, etc…). Notons au passage que, pour nos dirigeants mondialistes, le recours au secteur privé permet de contourner la condition de nationalité des recrutements de la fonction publique.

 

Parallèlement, ce mouvement s’accompagne d’un dégraissage actif des effectifs de sécurité publique (police et gendarmerie).

 

Le réveil sera douloureux

 

Sur le fond, cette évolution nous prépare une société à l’américaine ou même à la sud-américaine, une société où les riches pourront se payer des gardes voire des milices privées et où les autres vivront sous la domination des mafias ou des bandes.

 

Police-justice : la même logique américaine

 

Si l’on ajoute à cela les réformes des procédures pénales actuellement dans les cartons (le plaider coupable), qui obligeront les accusés à financer l’enquête qui pourra les disculper, on comprend le danger de ce système pour le citoyen ordinaire.

 

A l’échelon de la nation, la disparition de l’armée laissera place à des entreprises de mercenaires privées type “blackwater”. D’ores et déjà, les missions d’intendance de l’armée sont concédées à des sociétés privées souvent étrangères, de même que les missions de surveillance de nos ambassades.

 

On le constate, ce qui se passe n’est rien de moins que la déconstruction minutieuse et silencieuse des Etats, et tout particulièrement de l’Etat français... Pas sûr que les Français qui souhaitaient une rupture voulaient cette rupture-là !

mardi, 19 mai 2009

A la conquête de l’opinion numérique...

olivier_carer15.jpgPar Olivier Carer

Altermedia

 

Internet ne doit pas être simplement considéré comme un endroit à la mode où l’on flâne sans but. Parce que ce territoire virtuel s’est construit autour de valeurs qui nous sont proches et qu’il est ouvert aux plus entreprenants, nous pouvons nous y faire entendre. Parce que l’opinion numérique est plus proche du pays réel que l’opinion publique fabriquée, nos idées ont toutes les chances d’y trouver de l’écho.

 

Tout le monde connait « l’opinion publique », opinion supra-individuelle qui serait l’agrégat des représentations, valeurs ou croyances partagées dans la population. Toute proportion gardée, parce qu’elle induit une sorte d’âme collective, elle s’apparente à l’unité mentale que Gustave Le Bon voulait voir dans le phénomène des foules.

 

L’opinion publique est avant tout une opinion contrôlée

 

Dans les faits, la notion d’opinion publique est aujourd’hui une construction doublement artificielle :

 

- D’une part, parce que cette opinion commune ne se forge plus de manière spontanée mais se construit selon de savantes manipulations qu’Edward Bernays, le père de la propagande politique moderne, avait décrites et même théorisées. L’encadrement médiatique et les officines publiques ou privées de la pensée unique sont à la manœuvre.

 

- D’autre part, parce que son expression est confisquée par les éditorialistes ou les sondagiers qui s’en font les porte-parole pour canaliser une spontanéité qui pourrait être dangereuse. Tous les manipulateurs d’opinion savent qu’au sein des foules, le sentiment peut être contagieux et qu’à l’instar des phénomènes de panique, le mimétisme l’emporte sur l’indépendance intellectuelle.

 

Or, à côté de cette opinion publique, souvent bêlante, se construit en silence une opinion, plus autonome, plus organisée, plus critique mais aussi et surtout moins docile envers les puissances installées ; cette opinion qui se construit de manière quasi dissidente sur un réseau social non encore contrôlé, c’est l’opinion numérique.

 

Un nouveau monde : une société post journalistique

 

L’écriture a fait sortir l’humanité de la préhistoire en 3300 avant Jésus-Christ. Gutenberg l’a fait entrer dans l’âge du papier, celui de la connaissance, celui de la diffusion par le livre. Avec Internet, le monde bascule dans un âge nouveau, celui de l’immatériel. La technique du « copier-coller » nous propulse dans l’ère de l’abondance, dans laquelle les denrées culturelles, informatives ou cognitives sont duplicables à l’infini, gratuitement, sans effort. Internet a aboli non seulement le support mais également le transport et, parce qu’il fonctionne dans l’immédiateté, le temps.

 

Info low cost : le journaliste professionnel a perdu le monopole de l’information et du décryptage

 

Le blogueur, devenu pigiste quotidien, sonne la fin de la confiscation du décryptage de l’information par les experts et les éditorialistes de la bien-pensance. Mieux, le monopole de l’information qui ressortait du privilège exclusif de la caste journalistique vole en éclat ; aujourd’hui, le moindre témoin d’un événement dégaine son téléphone portable et devient, en une seconde, un envoyé spécial du web. En plus de la défiance légitime attachée à une presse servile et arrogante, les journaux agonisent sous le poids de leur lourdeur, de leur coût ou de leur manque de réactivité. Même si ses orphelins ne veulent pas encore se l’avouer, Gutenberg est vraiment mort ; or, - et c’est pour nous l’important - derrière la fin de cette équation économique qui emporte dans son sillage les médias audiovisuels, se profile progressivement l’effacement des moyens traditionnels de contrôle des masses.

 

Lorsque l’opinion numérique impose sa loi

 

Deux exemples, parmi d’autres, tirés de l’actualité récente corroborent ce constat :

- L’affaire de l’agression du bus est, pour notre famille politique, quasiment historique. Pour la première fois, un site nationaliste, en l’occurrence l’excellent FdeSouche, sans autres moyens que le talent et le courage de ses animateurs, aura brisé le mur de la censure ; s’appuyant sur le « buzz » c’est-à-dire l’opinion numérique, il aura imposé au Système une information qu’il voulait taire et aux rédactions télévisées un des titres du 20 heures.

- Le deuxième exemple est tiré du cafouillage parlementaire lors de l’adoption de la loi Hadopi. Son simple déroulement prouve la puissance du net. Personne n’a, en effet, osé avouer que la désertion des députés UMP et de leur président de groupe lors du débat et du premier vote était liée à l’incroyable pression de la blogosphère sur les parlementaires de base. Il aura fallu toute l’autorité de l’Elysée pour empêcher la déconfiture finale.

 

Notre chance : l’opinion numérique se rapproche du pays réel

 

Nous devons en avoir conscience. En lieu et place de la notion galvaudée « d’opinion publique », internet fait émerger une « opinion numérique », plus active et organisée. Sorte de conscience collective, elle véhicule une défiance instinctive à l’égard du système et nous est donc potentiellement favorable. Dans la société libéralo-marchande de Nicolas Sarkozy, ses valeurs de partage (liberté de diffusion des idées et des contenus, sens collectif), d’horizontalité des rapports (refus des experts officiels) ou de gratuité (bénévolat) sont profondément subversives et déstabilisatrices pour l’ordre établi. C’est dans ce contexte que doit se comprendre la loi Hadopi et toutes les manœuvres de contrôle d’internet.

 

C’est pourquoi, sans abandonner l’action de terrain, qui reste primordiale, chacun de nous doit avoir à cœur d’apporter sa contribution à la conquête numérique. Une course de vitesse est engagée.

 

jeudi, 07 mai 2009

Devenons ce que nous sommes...

olivier_carer14.jpgPar Olivier Carer

Altermedia

 

Le courant national, qui fut en son temps un torrent, est devenu stagnant. Autrefois si prolixe et si conquérante, la famille nationale est entrée en hibernation ; lorsqu’elle en sort, généralement à l’approche d’une élection, c’est pour errer sans boussole stratégique, sans repère idéologique dans un désert thématique et conceptuel. Signe autant que conséquence de l’effacement de l’autorité légitime, l’absence de chef laisse le milieu aux affres du n’importe quoi. Privés de cadrage, nombreux sont les militants qui s’enlisent ou se noient dans le marigot boueux de la transition.

 

Quelques-uns, très peu nombreux, ont cédé aux charmes corrupteurs de l’atlantisme américano-libéral. Comme tous les apostats, ils seront réduits, sur fond de repentance perpétuelle, à la condition de laquais.

 

D’autres, par un activisme irraisonné contre la décadence occidentale et par fascination de ce qu’ils croient être la force, se projettent corps et âme dans des combats qui ne sont pas les nôtres. A la recherche d’une cause si possible tiers-mondiste, glissant d’un antisionisme obsessionnel vers une attirance pour le dynamisme djihadique, ils s’impliquent au-delà de toute mesure dans l’immémoriale guerre civile qui déchire les peuples cousins du Moyen-Orient. Auraient-ils oublié que, comme Européens, ils sont les descendants d’une civilisation autrement plus brillante et les porteurs de valeurs largement supérieures.

 

La subversion soixante-huitarde et l’esprit de repentance auront achevé le travail, accréditant l’idée d’une équivalence des cultures. Cette colonisation intellectuelle –c’était son but- les a neutralisés, avant de les faire basculer du côté obscur. Les plus égarés deviennent les supplétifs inconscients d’une cause voire d’une armée étrangère. Aucun nationaliste ne peut, sans se compromettre définitivement, composer avec les forces d’occupation de son pays.

 

Côté électoral, de navrantes campagnes de recyclage des déchets idéologiques de la IIIème République démontrent la vacuité d’un message politique désespérant de platitudes, que même le ressassement n’arrive plus à rendre crédible. Une « com » froufroutante, à destination des bobos qui peuplent les rédactions, tient lieu d’action ; l’usage inconsidéré à des références incongrues ou approximatives sur fond rose fluo brouille le positionnement ; le « bon mot » remplace le concept ; la ligne politique oscille en fonction de l’humeur passagère ; les coups -parfois mauvais- font office de stratégie en interne comme en externe, avec pour but ultime et misérable de préserver quelques situations.

 

Incontestablement, la voie de la résilience passe par la réaffirmation de nos valeurs, projet collectif contre individualisme, souffle national contre antivaleurs mondialistes, ancrage sédentaire contre vision nomade, enthousiasme révolutionnaire contre gestion exclusive du temps électoral. Tranquillement, il faut assumer non pas seulement notre patriotisme mais également notre nationalisme qui induit une vision de la société, de l’économie, de l’homme et du monde. Le génie français n’a pas attendu ni l’Oncle Tom ni l’Oncle Sam pour s’exprimer ; le plafond de la chapelle Sixtine ne se compare pas à des bricolages en bois d’art primitif ; le tchador, s’il est compréhensible en terre d’islam, n’a pas sa place en Europe ; le modèle de la virilité ne s’incarne pas dans l’imbécillité bestiale des racailles de banlieue.

 

L’existence de notre famille politique n’a de sens que si nous développons des idées alternatives. Si, par faiblesse intellectuelle, notre courant de pensée ne devait aspirer qu’à être le porte-voix d’autres causes, ou à s’accrocher à la remorque d’autres convois, alors sans objet, il scellera inévitablement sa disparition. La politique c’est la vie, et la vie est darwinienne. Il serait fatal de l’oublier.

 

lundi, 23 mars 2009

Ségo-Sarko : le mythe de Babel …

babel_1554_salomon.jpgLes articles d'Olivier Carer

Altermedia   

 

La Genèse raconte que des hommes, descendants de Noé et parlant la même langue, entreprirent d’édifier à Babylone une tour pour atteindre le ciel. Face à cette marque de l’orgueil humain, Dieu anéantit le projet babélien en donnant à chacun sa langue, ce qui organisa de fait la dispersion des hommes sur la terre.

 

 La reconnaissance des peuples : une volonté divine

 

La métaphore babélienne recèle une double signification. Dans un premier temps, ce récit tiré des Ecritures donne une légitimité religieuse à la différenciation des peuples, à la multiplicité des langues, à l’existence des nations du monde.

 

Alors qu’il est de bon ton de présenter le mythe de Babel comme une malédiction humaine, rien n’interdit de l’envisager comme une bénédiction divine. Cet épisode biblique vient, en effet, reconnaître et légitimer l’altérité des hommes et les caractères propres des peuples en les élevant même au rang des volontés divines. D’ailleurs, conformément à ce principe, Jean-Paul II prenait soin d’embrasser le sol de tous les pays qu’il visitait ; par ce geste de respect et d’amour, le successeur de saint Pierre tenait à souligner la spécificité et la légitimité des Etats du monde.

 

La seconde grille de lecture du mythe de Babel consiste à y voir pour les hommes un avertissement ; la métaphore babélienne les met en garde contre la tentation de rechercher la porte du Dieu (Bāb voulant dire « porte » et ilu voulant dire « Dieu »), de se croire au-dessus de l’ordre naturel, de vouloir défier Dieu.

 

Le projet mondialiste: reconstruire Babel

 

Or, aujourd’hui un nouveau projet babélien est en marche. Des cénacles dirigeants ambitionnent d’assouvir la boulimie hédoniste de l’Homme ; pour cela, ils poursuivent la folle utopie d’un monde sans frontière, d’un gouvernement mondial et d’un modèle économique dérégulé.

 

Un nouveau totalitarisme, le mondialisme, étaye idéologiquement ce projet en professant ouvertement la disparition des peuples par l’abrasion des spécificités culturelles et le délitement des sentiments nationaux. Un système économique globalisé est chargé de déchaîner les pulsions consuméristes des hommes et d’encadrer l’homogénéisation de leurs modes de pensée et de vie. Une seule langue est programmée pour s’imposer à la surface du globe. Des incitations au « métissage » - catéchisme inévitable des castes dirigeantes asservies - tendent à la dissolution des spécificités biologiques de chaque peuple.

 

Les exhortations compulsives de Ségolène Royal et de Nicolas Sarkozy en faveur d’une société française métissée ne sont rien de moins qu’une version laïcisée d’un mythe de Babel hexagonal. Mélange de mauvaise conscience du petit blanc, de haine de soi, de lâcheté devant les minorités, de fascination pour la force du colonisateur, cette frénésie de l’uniformisation forcée conduit à détruire les écosystèmes humains et à effacer chez les peuples la notion même d’altérité. Cette rupture de l’équilibre écologique et humain de la planète, la prétention de l’humanité de Dieu à créer un homme nouveau constituent un nouveau défi à l’ordre naturel.


La chute de tours symbolisant la finance mondialisée annonce la fin du nouveau projet babélien

 

Pourtant, ce projet monstrueux d’orgueil, qui s’inscrivait soi disant dans le courant naturel de l’histoire, commence à vaciller ; le torrent des événements est soudainement venu saper le pilier de ce nouvel ordre mondial en construction.

 

Les plus taquins remarqueront que l’ébranlement du projet mondialiste fut symboliquement marqué par une destruction de tours. Ce jour-là, le 11 septembre 2001, dans les rues du quartier d’affaires de New York, des Américains hagards, blancs, noirs et jaunes devenus uniformément gris de cendres, furent convaincus d’avoir assisté à la fin d’un monde.

 

Lehman Brothers n’avait pas encore déposé son bilan ; les Etats occidentaux porteurs du projet mondialiste ne s’imaginaient pas pouvoir connaître la faillite ; l’Empire se croyait encore invulnérable et s’apprêtait à prendre pied en Irak, le pays de Babylone où le roi Nemrod avait voulu bâtir sa tour.

 

mardi, 03 mars 2009

Sarkozy au dîner du Crif : la république communautarisée contre la Nation...

Par Olivier Carer

Altermedia

 

images.jpgSymbole de rupture avec la pratique institutionnelle, la participation du Chef de l’Etat au repas du Crif scelle symboliquement la reconnaissance des communautés comme mode d’organisation des minorités en France. Dans le même temps, menaces à l’appui, le même Nicolas Sarkozy exhorte dans ses discours sur la diversité les Franciens au métissage en ironisant sur la « consanguinité » qui, selon lui, les guetterait. Refusant de nous laisser enfermer dans les deux mâchoires d’un étau qui veut broyer notre nation, contre un tel président, nous appelons à une révolution française.

 

Le cœur a ses raisons que la raison ne connait pas. Cette année encore, le Président de la République se rendra au dîner du Crif. Cette démarche apparaîtra anodine aux yeux de la plupart de nos compatriotes. Les antisionistes épidermiques y verront la preuve d’un soutien politique insupportable à l’Etat d’Israël, d’autant que le déplacement politico-mondain est annoncé par le Président lui-même en marge d’une conférence internationale sur Gaza.

 

Au-delà de cette grille d’analyse factuelle et des affections particulières dont Nicolas Sarkozy n’a jamais fait mystère, la participation du Chef de l’Etat à ce type de manifestation constitue, au moins symboliquement, une inflexion très nette de la pratique institutionnelle ; en filigrane, transparaît en effet, derrière ce geste, ce qui ressemble quasiment à un changement de République. L’entourage présidentiel ne s’y est pas trompé. Visiblement embarrassés, les hauts fonctionnaires élyséens pétris de culture républicaine ont courageusement laissé à M. Sans-Gêne le soin d’annoncer son inopportune initiative.

 

Depuis la Constituante, la formule célèbre du Comte de Clermont-Tonnerre « tout pour les Juifs en tant qu’individus, rien pour les Juifs en tant que nation » avait fixé, pour les juifs comme pour les autres citoyens, le cadre républicain de gestion des particularismes communautaires. La conception même de la nation française découlait de ce refus affiché par l’Etat de reconnaître les communautés et les organisations sensées les représenter.

 

Dans ce cadre parfaitement balisé, l’esprit de citoyenneté se mesurait à la capacité d’effacer ses affections ou ses appartenances particulières derrière le pacte national. Or, c’est cette conception que l’attitude présidentielle fait symboliquement voler en éclat, vidant du même coup de tout contenu l’article 1 de la Constitution, qui proclame la République « indivisible et laïque ».

 

Depuis quelques décennies déjà, des autorités publiques déliquescentes ont ébréché ce socle en capitulant devant les revendications religieuses, tribales ou culturelles de minorités organisées qui ont progressé aisément derrière une martyromanie culpabilisatrice, des afflictions monnayables, des périls imaginaires ou de prétendus droits inaliénables ; le résultat fut la venimeuse floraison dans l’espace public d’innombrables exceptions vestimentaires, alimentaires, linguistiques, architecturales, culturelles ou même réglementaires.

 

Parallèlement à ces assauts, un législateur crétinisé est venu neutraliser les velléités de résistance du corps social. Au nom d’un prétendu « antiracisme», des lois ont proclamé la sacralisation des communautés, frappant d’effarantes sanctions pénales toute critique de ces pratiques pourtant fondamentalement attentatoires à l’unité nationale et aux principes républicains.

 

Avec le dynamisme dont il est capable, Nicolas Sarkozy, fidèle à sa vision anglo-saxonne et à son idéologie frelatée, a donné à cette logique de désintégration une nouvelle impulsion. Ministre de l’Intérieur, il avait pris en main l’organisation d’un culte avec le CFCM au mépris des règles de séparation des églises et de l’Etat ; élu président, il a commencé son quinquennat en piétinant la loi de 1905 pour financer avec l’argent public la construction d’une mosquée dans chaque village de France.

 

Alors que les minorités sont conviées à renouer avec leurs identités particulières au nom d’un communautarisme assumé par l’Etat, le Président de la France exhorte formellement et fermement les Franciens au métissage. Dans son discours sur « l’égalité et la diversité » du 17 décembre 2008, il pousse même l’inconvenance pour ne pas dire le racisme antifrançais à s’inquiéter d’une prétendue consanguinité de notre peuple que « la diversité » viendrait heureusement régénérer.

 

Pour nous, le pendant de la diversité n’est pas la consanguinité mais l’identité. Entre le communautarisme d’Etat et le métissage forcé, face à un Sarkozy qui est davantage un « président de la France » qu’un « président français », nous choisissons la nation française.

 

vendredi, 02 janvier 2009

Année 2008 : l’effondrement de l’individualisme

Les articles d'Olivier Carer

Altermedia 

 

rose_bleue_2.jpgLa faillite de Lehman Brothers le 15 septembre 2008 et l’écroulement du frauduleux château de cartes Madoff auront signifié pour l’ordre marchand ce que l’effondrement des Tours jumelles du World Trade Center représenta pour l’Empire états-unien.

 

Le krak mou qui aspira en quelques mois l’adiposité des fortunes les plus installées, de même que la déconfiture des usuriers ou la ruine de leurs malheureux clients ont scellé la fin du mythe de l’argent facile fondé sur une pyramide spéculative, sur des montages financiers incompréhensibles ou même souvent sur des manipulations mirobolantes. L’immoralité des spéculateurs névrotiques, la perversité de systèmes de rémunérations des traders ou des banquiers, la complaisance d’agences de notation consanguines ont accompagné la généralisation d’agissements collectifs illégaux pour lesquels le médiatique Kerviel servit un temps de bouc émissaire utile.

 

Mais cette analyse technique de la crise de l’automne 2008, somme toute assez classique, ne laisse apparaître que l’écume de la vague. Car, sous les soubresauts boursiers, un mouvement tellurique de grande ampleur ébranle tout un système de valeurs. C’est une véritable déflagration à laquelle nous assistons. Elle vient saper les fondements d’un ordre marchand que le vaticinateur Jacques Attali décrivait avec une provocante délectation dans sa « Brève histoire de l’avenir ».

 

La bataille de l’homme invisible avec lui-même

 

Avec un à-propos salvateur, une intelligence invisible est venue menotter « la main invisible du marché » et faire sortir de leurs rails la globalisation marchande et la financiarisation de l’économie, qui se voulaient inéluctables. Ce déraillement de la locomotive mondialiste a surtout renvoyé à la figure d’une élite mondiale anthropocentrée, qui a cru pouvoir revendiquer le meurtre de Dieu, les règles de l’ordre naturel.

La revanche du réel

 

L’économie, qui relève moins d’une science prédictive que d’une méthode d’analyse de phénomènes passés, feint depuis peu d’opportunes indignations !

 

Comment réclamer 12% de rendement garanti lorsque la richesse effectivement produite ne dépasse pas 3% ? Comment les banques ont-elles pu s’écarter des règles prudentielles en acceptant d’investir dans un système de titrisations risquées enrobé dans une opacité entretenue ? Pourquoi aucun organisme de contrôle privé ou étatique n’est intervenu comme régulateur d’un petit monde financier devenu fou ? Comment professer qu’un prêt puisse être accordé au delà des capacités propres de remboursement de l’emprunteur ? Comment les Etats ont-ils pu croire que l’overdose de crédits allait pouvoir masquer indéfiniment l’érosion du pouvoir d’achat des ménages ? Comment imaginer un seul instant que la planète pouvait supporter la généralisation du modèle de consommation américaine pour les milliards d’humains à venir ?

 

Le retour sur terre est effroyable. L’univers « champagne» où les financiers naviguaient, dans un océan de liquidités et de bulles, s’est brutalement asséché. Les bulles boursières du crédit, de l’immobilier et, récemment, celle des matières premières ont explosé, faisant de nombreuses victimes. On ne peut dépenser que la richesse que l’on a réellement créée. On ne peut engager nos économies que sur des risques que l’esprit humain est capable de mesurer. On ne peut rembourser qu’avec des revenus effectifs et non supposés, car personne n’est riche de crédits garrotteurs. Enfin, la terre ne peut satisfaire la promesse mondialiste de l’accès à un salut de l’homme ici-bas par la consommation planétarisée. Dans un monde purement matérialiste où le seul moteur collectif est la consommation, lorsque le mirage des écrans plats et des gadgets informatiques qui servait de but ultime de la vie s’évapore, il ne reste rien que le désarroi. En 1951, l’économiste François Perroux proclamait déjà avec justesse : « Les biens les plus précieux et les plus nobles dans la vie des hommes, l’honneur, la joie, l’affection, le respect d’autrui, ne doivent venir sur aucun marché ».

 

La revanche du grégaire

 

La conception d’un monde « nomade », du règne de la jouissance éphémère et immédiate, qu’avec Jacques Attali les mondialistes appelaient de leurs vœux, sombre dans le grand tourbillon bancaire et financier. Nous vivons le discrédit d’un paradigme cosmopolite qui annonçait l’avènement de l’homme nouveau, « libéré » de ses attaches territoriales, historiques ou identitaires, et devait voir la naissance d’un être de consommation, ne vivant que pour lui, n’agissant que pour satisfaire son égocentrisme, ne connaissant de loyauté qu’envers ses propres intérêts.


En cette fin d’année 2008, cette utopie dangereuse rejoint le communisme au cimetière des idéologies cannibales.
Ce cataclysme bienfaisant qui balaye « le nouvel ordre mondial », devenu subitement ancien, déverrouille les portes d’un monde qui situe l’homme dans sa communauté et dans la chaîne des générations. L’hétéronomie a désormais vocation à effacer progressivement la tyrannie de l’autonomie, qui reconnaissait à l’homme un droit absolu de s’affranchir de tout mode de pensée héritée de toute référence à une norme collective. Dans une économie qui ne doit pas être une fin en soi, ce mouvement rappelle à nous les valeurs des peuples sédentaires, celles des hommes qui construisent les murets de la montagne sur plusieurs générations pour eux-mêmes mais aussi pour leurs descendants. Refusant l’éphémère, le superficiel et l’individualisme prédateur, ils œuvrent dans la durée, dans le souci du futur et le respect de la nature.

 

Ce mouvement plein d’espoir pour l’avenir vient donner à Barrès et à Péguy une nouvelle modernité.