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mardi, 07 juillet 2020

Les droites et le nouveau gouvernement

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Jean-Gilles Malliarakis L'Insolent cliquez ici

La petite opération de ravalement gouvernemental donne lieu à une avalanche de commentaires. La place des "laïcs", des "hommes de réseaux", des "amis de Xavier Bertrand", autant d'expressions qui permettent d'éviter les gros mots. Personne n'entend attaquer trop frontalement la bienfaisance philosophique qui structure le régime républicain. Depuis la victoire des radicaux socialistes en 1902 et celle de Mitterrand en 1981, on appelle cela la gauche

On a pourtant étrangement insisté, à l'occasion du passage de témoin – on hésite écrire de faux témoins – sur la qualité d'hommes de "droite" qui aurait caractérisé Édouard Philippe en 2017 puis son successeur Castex en 2020. Au rebours en effet de l'idéologie fondatrice de la cinquième république, on communique en effet de plus en plus en France sur l’existence d'une droite.

Rappelons à ce sujet que ce mot n'appartenait pas au vocabulaire de référence du fondateur lequel raisonnait essentiellement en terme de rassemblement. Cette appellation se retrouve d'ailleurs dans le seul parti qu'il n'ait jamais constitué lui-même, le RPF de 1947. On chercherait vainement sous sa plume pourtant féconde une réfutation du marxisme en tant que tel, ni même une franche condamnation du stalinisme, tout au plus parlera-t-il du régime affreux de l'Union soviétique alors qu'il justifie de nouer avec elle en 1944 une belle et bonne alliance. A ses adversaires intérieurs du parti communiste français il reproche leur séparatisme. De 1954, date à laquelle, selon l'expression de l'homme de Colombey "le rassemblement était devenu une débandade", à 1977, quand le RPR fut fondé à Égletons où Jacques Chirac se revendique d'un "travaillisme à la française", aucun parti d'obédience gaulliste n'a jamais utilisé le mot "droite".

Il faut attendre Sarkozy pour voir apparaître franchement le concept.

Il est désormais devenu courant et personne ne semble contester vraiment dans les rangs du parti continuateur LR. Reste qu'entre temps était apparue l'UMP, union pour la majorité présidentielle de 2002, créée dans la foulée de la victoire ambiguë d'une coalition hétéroclite dirigée contre la présence au second tour de Jean-Marie Le Pen. Le nouveau parti était supposé fusionner, ou plutôt agréger autour de l'épine dorsale chiraquienne les restes du giscardisme, du centrisme et même ceux de l'éphémère démocratie libérale revendus par l'intermédiaire Raffarin qu'on nomma Premier ministre.

Or, pour apprécier l'ensemble de ces évolutions, on doit observer qu'il existe en regard, de façon massive et même grandissante au sein de l'électorat des aspirations constitutives de diverses clientèles "de droite".

Nos vaseux communicants et autres sondeurs, si prompts et si empressés à se tromper eux-mêmes, si habiles à induire le grand public en erreur, ne s'y méprennent pas sur ce point.

Dès les travaux de Deutsch Lindon et Weill (1) de 1966, et les premières critiques de la Bipolarisation institutionnelle qui semblait caractéristique dans les débuts de la cinquième république, il apparaissait de façon parfaitement claire, avec un demi siècle d'avance qu'il existait un "marché", une demande de droite au moins au départ, et depuis les années 1980 de plus en plus forte d'un grand parti non pas travailliste mais conservateur en France.

Faut-il dès lors accuser de "tromperie sur la marchandise" tous les hommes politiques qui s'emploient depuis lors à répondre à cette demande par une offre plus ou moins inadaptée à cette demande ?

Une telle accusation se révèle en partie naïve.

Cette rhétorique des dénonciations réciproques de la "fausse droite" et de "l'extrême droite" a commencé à poindre en effet dans les années 1990. Elle se trouvait dans les propos et sous la plume de "nationaux" qui, 20 ans plus tôt, avaient eu pourtant l'intuition volontariste, aussi bien chez les frères ennemis du FN et du PFN, d'une "droite nationale et populaire", voire au plan philosophique une "nouvelle droite", etc... Ils n'avaient rassemblé au départ qu'un nombre très limité de suffrages. La première poussée électorale s'était produite, à la faveur de l'ère Mitterrand, aux élections européennes de 1984.

 permit Ce n'est qu'à partir de 1990, et sur la base d'un montage provocateur, pourtant assez grossièrement fabriqué à Carpentras par une officine liée aux renseignements généraux, qu'il est devenu constant, et obligatoire, d'ostraciser de façon définitive toute notion d'union des droites.

Et 30 ans plus tard cela dure encore.

(1) Deutsch, Lindon et Weill, "Les Familles politiques en France"  1966, 128 pages Editions de Minuit

 

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En France, l’autorité est dénigrée en bas et embourbée en haut

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Par Eric Deschavanne et Pierre-Henri Tavoillot*

L’autorité vient d’en haut, la confiance vient d’en bas », disait Sieyès. Le problème français est que nous n’avons plus ni haut ni bas. C’est la principale leçon de la crise, qui vient confirmer un diagnostic établi depuis longtemps.

Du côté de la confiance, les citoyens n’en ont guère envers un État auquel ils demandent pourtant sans cesse davantage. L’État est plein de défiance à l’égard de la société civile, qu’il perçoit comme un tas de Gaulois réfractaires.

Au sein de l’État, l’exécutif ne se fie que peu à l’administration (qui le lui rend bien), ni au législatif qui s’englue dans l’atonie. Entre les élus et les services, que de malentendus ! Entre le national et le local, que de  soupçons ! Et que dire des citoyens entre eux quand on voit une Convention de 150  citoyens tirés au sort ne faire aucune confiance aux 60 millions de leurs congénères pour relever les défis du changement climatique ? Leurs propositions le révèlent : il faut punir ces ignorants pour leur bien et les forcer à entrer dans une écologie décroissante ! Il faut bouleverser la Constitution pour contraindre les politiques à tout jamais. Sans doute la question posée induisait- elle assez largement ce type de réponse.

Du côté de l’autorité, même constat alarmant : elle est dénigrée d’en bas dès qu’elle tente de s’affirmer ; elle est embourbée en haut par les abus de contre-pouvoirs et d’agences irresponsables qu’elle s’est imposés  à elle-même. Souvent laxiste et inefficace, là où elle devrait s’affirmer ; parfois autoritariste, là où elle devrait être à l’écoute : elle est toujours à contretemps ! « Nul n’obéit à quelqu’un qui ne croit pas à son droit de commander. » Raymond Aron rejoint là, deux fois n’est pas coutume, de Gaulle : « Heurtée d’en bas, chaque fois qu’elle se montre, [l’autorité] se prend à douter d’elle-même, tâtonne, s’exerce à contretemps, ou bien au minimum avec réticences, précautions, excuses, ou bien à l’excès par bourrage, rudesses et formalisme » (Le Fil de l’épée, 1932). La date de ce texte révèle que le problème n’est pas vraiment nouveau. Il est structurel en démocratie. Mais ce n’est pas une excuse. Car l’ampleur qu’il prend est vraiment inquiétante.

C’est ce que révèle une note remarquable publiée par Nicolas Bauquet, directeur des études à l’Institut Montaigne, sur l’action publique durant la crise de la Covid-19. Il fait là le travail urgent et capital que font mal — en ce moment même — les commissions d’enquête parlementaire. Il s’agit d’une analyse serrée, sans complaisance mais sans accusation, de ce qui a marché (l’informel) et dysfonctionné (la chaîne bureaucratique) dans la gestion de la crise. Tout y passe : la défiance entre services, le carcan des règles, la terreur des responsabilités, les rétentions d’informations utiles, l’indigestion de données inutiles, la dilution de la décision, les ruptures graves dans les chaînes de commandement, le brouillage du rapport entre le savant et le politique. Nous l’avons vu à propos de la gestion des tests, des masques, du confinement, de l’organisation de la santé en France, des relations entre la recherche médicale et le soin... : sur tous ces sujets, il y a eu, en trois mois, un condensé exceptionnel de tous les défauts, mais aussi des forces de notre système.

Après la crise, il y a donc une bonne et une mauvaise nouvelle. La bonne est que la qualité des personnes - y compris au plus haut niveau - leur dévouement et leurs initiatives ont permis de tenir bon. Jean Castex a été une de ces chevilles ouvrières. La mauvaise est que les circuits institutionnels n’ont cessé de leur mettre des bâtons dans les roues.

Alors que nous sommes en train de renouer avec le quotidien et nos mauvaises habitudes, ne gâchons pas cette occasion unique de nous améliorer. Le changement de premier ministre est censé ouvrir une nouvelle ère. Déjà les chantiers s’esquissent avec leur lot de querelles prévisibles et de blocages annoncés. Ce serait pourtant une grave erreur de ne pas procéder à un bilan. Il faut revoir en détail le déroulé de cette séquence complexe, sans perdre de vue les idées directrices. L’énergie nationale devrait s’attacher non seulement à sortir de la crise, mais à en tirer les leçons, sans esprit d’accusation, ni désir de vengeance. De ce point de vue, les procédures judiciaires engagées au pénal contre les responsables politiques sont d’une bêtise insigne révélant seulement l’extrême confusion des esprits : la substitution du juridique au politique.

Non, le seul but qui doit animer l’intérêt général n’est ni de punir ni d’ostraciser, mais d’améliorer les choses par l’examen scrupuleux de nos faiblesses. Avons-nous encore cette énergie qui permettra de faire se rencontrer l’autorité d’en haut  et la confiance d’en bas ? En avons- nous même encore le désir ?

(*)  Éric Deschavanne est enseignant en philosophie, auteur notamment d’un essai intitulé « Le Deuxième Humanisme » (Germina 2010). Pierre-Henri Tavoillot est maître de conférences en philosophie à l’université Paris-Sorbonne et a publié en particulier « Comment gouverner  un peuple roi ? » (Odile Jacob, 2019). Tous deux animent ensemble le Collège de philosophie.

Source : Le Figaro 7/7/2020

09:32 Publié dans Revue de presse | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook