dimanche, 08 février 2026
Un Puy du Fou de gauche

Michel Onfray
J’ai jadis acheté chez un bouquiniste un manuel scolaire publié en 1949 sous le titre Premier Livre d’Histoire de France. Il servait aux élèves des cours élémentaires. On doit ce livre à Jacques Fuster, inspecteur d’académie, agrégé d’histoire, et à A. Lebrun, instituteur, directeur d’école d’application. Ce monsieur Fuster a fait ses études à l’École alsacienne, au lycée Louis-le-Grand, à la Sorbonne, il a collectionné nombre de médailles qui attestent de sa notabilité, c’est le mon- sieur Boucheron de l’époque. Il est mort en 1974. L’ou- vrage est préfacé par Albert Bayet, normalien, agrégé, docteur, professeur à la Sorbonne et à l’École pratique des hautes études, radical-socialiste, membre de la Ligue des droits de l’homme et de l’Union rationaliste. Cet homme de gauche défendait la mission civilisatrice de la France dans les colonies. Lors des procès de Moscou, entre 1936 et 1938, on le retrouve compagnon de route du PCF. Un autre Boucheron.
Dans ce manuel, voici comment la féodalité est enseignée aux enfants : des châtelains qui s’ennuient devant d’immenses cheminées dans lesquelles brûlent « des troncs d’arbre entiers » jouent, mangent des venai- sons en présence de serviteurs, de troubadours, de montreurs d’ours, de joueurs de harpe et de conteurs.
En face, « les opprimés » : les paysans mangent des glands comme les cochons, dorment sur un lit de feuilles sous des huttes de branchages.
Parfois le seigneur descend de son château pour ravager les terres du paysan nommé Jacques Bon- homme qui nourrit le seigneur et sa cour. La maladie et la famine règnent. Voici le plus beau : « Les uns mangent l’herbe des chemins, les autres déterrent les cadavres dans les cimetières ou attaquent les passants pour s’en nourrir » – c’est une citation, on la trouve en page 29 !
L’Éducation nationale républicaine enseigne aux chères têtes blondes d’alors que la monarchie française génère cannibalisme et nécrophagie ! La fake news n’est pas nouvelle, la preuve, celle-ci date de 1949 : à l’époque, il faut flatter les communistes dans le sens du poil soviétique.
La Révolution française abolit ce monde dans lequel les pauvres... mangent leurs morts. Rien, bien sûr, sur les massacres de Septembre, la Loi sur les suspects, le gouvernement révolutionnaire avec son tribunal, la guillotine, les 20 000 morts de la Terreur, les 200 000 du génocide vendéen, ce qui serait raconter les faits.
Les auteurs de gauche continuent leur récit avec un éloge des bienfaits de la colonisation : « Les Français, dans toutes leurs colonies, multiplient les écoles et les grands travaux (ports, routes, chemins de fer) ; nos médecins protègent les habitants contre les maladies ; nous essayons, en tous points, d’améliorer le sort des indigènes. » Algérie comprise.
Ce manuel républicain fournit à monsieur Ruffin une partie de la feuille de route de son Puy du Fou de gauche. Le reste serait à l’avenant.
Source : Journal du dimanche 8/2/2026
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6 février 1934 : mythe, instabilité et désordre républicain
Franck Abed
L’histoire de la France des années 1930 se déploie comme un enchaînement de crises politiques et sociales d’une rare intensité. Cette instabilité ne relève ni du hasard ni d’une rupture soudaine. Elle s’enracine dans la fragilité structurelle des institutions républicaines, fondées sur des équilibres précaires et la recherche permanente d’une majorité parlementaire. Exposées aux clivages partisans et aux tensions populaires, celles-ci se trouvent continuellement mises à l’épreuve. La faiblesse intrinsèque du régime des partis explique que la moindre secousse sociale prenne rapidement l’allure d’un séisme politique. Ces insuffisances ne relèvent pas de simples dysfonctionnements conjoncturels. Elles procèdent du mode opérationnel même de la République.
Parmi ces « humeurs », les 6 et 12 février 1934 se distinguent par leur charge symbolique et leur importance historique. La mémoire collective, façonnée par certains récits, a retenu les émeutes du 6 février comme un moment où la République aurait vacillé. La mobilisation militante fut souvent présentée comme susceptible de renverser le pouvoir. Pour appréhender correctement cette période, il est essentiel de replacer ces événements dans leur contexte, d’analyser les camps en présence et de mesurer la portée réelle des actions.
Le 6 février 1934, Paris fut le théâtre d’une vaste manifestation réunissant ligues, associations d’anciens combattants, mouvements nationalistes et cercles patriotiques, dont certains se rattachaient au royalisme ou à l’Action française. Elle visait le gouvernement radical d’Édouard Daladier, fragilisé par l’affaire Stavisky, scandale financier révélant un système de malversations autour de l’émission de bons du Trésor avec l’implication de plusieurs figures politiques. Elle cristallisa une profonde indignation dans le peuple. Le scandale accentua, en outre, la défiance envers des institutions républicaines déjà marquées par l’instabilité et la suspicion.
Concrètement, la manifestation dégénéra en violences intenses sur la place de la Concorde et aux abords du Palais-Bourbon, provoquant un bilan lourd : dix-neuf morts au total (dont un garde républicain) et près de mille cinq cents blessés, parmi lesquels des manifestants, des curieux et des membres des forces de l’ordre. Les assauts contre les barrages policiers furent particulièrement acharnés : certains groupes érigèrent des barricades improvisées, lancèrent divers projectiles (pavés, bâtons ferrés, débris), et engagèrent des combats corps à corps violents, parfois ponctués d’échanges de tirs sporadiques. Cette violence réelle et parfois extrême ne saurait occulter le constat central : l’absence d’unité entre les chefs, les organisations et les stratégies divergentes rendait illusoire toute prise effective et durable du pouvoir.
Ce défaut de coordination ne saurait être tenu pour un accident conjoncturel. Il traduisait au contraire une caractéristique structurelle de cette mouvance politique, où l’éparpillement des organisations, la divergence des tactiques et des doctrines constituaient la norme plutôt que l’exception. Comme l’analyse avec précision Serge Berstein dans Le 6 février 1934, les forces mobilisées restaient profondément fragmentées, dépourvues de projet commun, rendant ainsi illusoire toute tentative de renverser la République. Nonobstant cette réalité, les gauches qualifièrent abusivement ces affrontements de tentative de « coup de force fasciste », transformant une émeute violente mais désordonnée en menace existentielle organisée contre la République.
10:26 Publié dans Franck Abed, Tribunes libres | Lien permanent | Commentaires (0) |
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Samedi 21 février, à Paris : Daniel Habrekorn dédicacera son livre "Bataclan"
10:19 Publié dans Livres, Sortir en ville... ou à la campagne | Lien permanent | Commentaires (0) |
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