vendredi, 21 août 2026
C'est l'été : Fake news, vous avez dit fake news ?

Alexis Murbas (article paru dans le n°72 de notre revue Synthèse nationale, hiver 2025-2026 - pour vous abonner, cliquez ici)
En janvier 2023, l’hebdomadaire Valeurs actuelles, dans un dossier intitulé Le gouvernement fake news, rappelait quelques fausses informations émises, avec un aplomb déconcertant, par certains membres des différents gouvernements macroniens. En conclusion, Charlotte d’Ornellas constatait : « La vie politique reste la vie politique, la vérité est toujours jugée relative, le mensonge de "protection" se porte bien, les tribunaux voient toujours passer les mêmes (…) ». En d’autres termes : « Faites ce que je dis - ou alors gare - mais ne faites pas ce que je fais ! »
Emmanuel Macron affiche sa volonté de mettre en place un système de contrôle des différents médias, à commencer par les réseaux sociaux, au nom de la lutte contre les manipulations de l’information. Cette lubie du fantôme de l’Élysée est loin d’être récente. Elle l’habitait déjà lors de son premier quinquennat. Pour autant, elle n'a jamais empêché le président et ses supporters de tripatouiller l’information à chaque fois qu’ils ont trouvé un intérêt à le faire…
Le contrôle des médias, marotte présidentielle
Le 3 janvier 2018, soit huit mois après son élection, le président annonce, à l’occasion de la présentation de ses vœux à la presse, le dépôt d’« un texte de loi » destiné à « faire évoluer le dispositif juridique » protégeant « la vie démocratique des fausses nouvelles ». Il appelle également les journalistes à « organiser en quelque sorte les règles de (la) profession » au motif « que toutes les paroles ne se valent pas et (…) qu’il est même des paroles qui ne sont ni journalistiques ni innocentes, mais de propagandes et de projets politiques nocifs pour nos démocraties ». Déjà, il juge « non seulement intéressante, mais souhaitable (…) la démarche de Reporters sans frontières d’inventer une forme de certification des organes de presse respectant la déontologie du métier ».
À la fin de cette même année, l’annonce du président débouche sur un texte relatif à "la lutte contre la manipulation de l’information", dit "loi fake news" ou "loi infox", promulgué le 22 décembre et consultable sur legifrance.gouv.fr.
Tentatives de manipulations autour de l’affaire Benalla
Entretemps, en juillet 2018, éclate l’affaire Alexandre Benalla, pantalonnade "politico-policière" en trois actes et belle illustration de la duplicité du pouvoir. Depuis l’un des sketches des Inconnus, on sait qu’il y a « le bon et le mauvais chasseur ». Grâce à cette farce, on sait qu’il y a aussi la bonne et la mauvaise manipulation de l’information…
Premier acte : le 18 juillet 2018, un article du Monde révèle que le "Monsieur sécurité" et "homme de confiance" du couple présidentiel, sorti de nulle part (ou presque : du PS), mais rémunéré quand même 7.113 euros brut mensuels (selon une enquête de BFM), a joué au "bleu", le 1er mai précédent, à Paris, en marge d’une manifestation, alors qu’il n’était présent, aux côtés des forces de l’ordre, qu’à titre d’observateur. Revêtu d’une belle panoplie (casque de protection et brassard "police"), Alexandre le bienheureux a laissé libre court à son enthousiasme tout juvénile, digne de celui de son "patron", en participant activement, à Paris, à deux "opérations de maintien de l’ordre". « Parce que c’est notre projet ! », aurait-il pu très bien s’écrier alors, tout en procédant aux arrestations "vigoureuses" d’un jeune homme, au Jardin des plantes, puis d’un couple, place de la Contrescarpe, tous trois désignés comme lanceurs de projectiles sur les CRS. Benalla-la-la contre CRS-S-S, en quelque sorte !
Deuxième acte : une fois l’affaire connue, le parquet ouvre une enquête préliminaire. « Un vent de panique saisit l’Élysée », écrit Le Monde. Pour protéger le président, Ismaël Emelien1, son conseiller spécial, s’emploie à allumer un contre-feu. Avec Sibeth N’Diaye, la responsable du service de presse de l’Élysée (qui, en 2017, avait déclaré : « J’assume parfaitement de mentir pour protéger le président »), il fait diffuser sur des comptes Twitter de La République en Marche des images de vidéo-surveillance obtenues illégalement auprès de la police (et parmi lesquelles certaines, ajoutées, proviennent d’une scène sans rapport avec l’affaire) afin de présenter les initiatives musclées de Benalla comme des réponses légitimes à des violences préalables. Le 2 avril 2019, dans Les informés de France info, Albert Zennou, le rédacteur en chef du service politique du Figaro, réagit : « Il y a vraiment une fabrique de la fake news. On a voté une loi contre les fake news, il y a quelques semaines, et là, l’Élysée est pris à son propre jeu »…
Un festival de fake news gouvernementales pendant la pandémie
Prenons quelques exemples (nous avons l’embarras du choix)…
Le mardi 18 février 2020, Olivier Véran, tout nouveau ministre de la Santé, affirme, péremptoire : « La France est prête (…) parce que nous avons un système de santé extrêmement solide. (…) La Chine a pris ses responsabilités en mettant en place des mesures de confinement, d’isolement, très rapidement. Je ne suis pas sûr que ce serait possible de réaliser tout cela dans un pays dans lequel les réseaux sociaux seraient ouverts ». Quatre semaines plus tard, le mardi 17 mars, le premier confinement entre en vigueur et les Français découvrent l’état réel des hôpitaux publics : manque de lits, de personnel, d’appareils de réanimation, de respirateurs, de gel hydroalcoolique, de paracétamol, de blouses et… de masques.
Concernant ces derniers, le 28 février 2020, Olivier Véran, toujours, déclare : « (Ils) sont inutiles si vous n’êtes pas malade, si vous n’avez pas été personne contact proche de personnes malades et que le port du masque ne vous a pas été recommandé ». Cinq jours plus tard, le mercredi 4 mars, il récidive : « Doivent être équipés les professionnels de santé (…), les personnes contaminées et les personnes vulnérables. L’usage des masques en dehors de ces indications est inutile ». Le même jour, sur France inter, la porte-parole du gouvernement, Sibeth N’Diaye, l’assure : « Non, il n’y a pas de risque de pénurie, d’abord pour les masques dits chirurgicaux, (…) on a des stocks d’État qui ont été réalisés dans des mandatures précédentes ». Les 11 et 17 mars 2020, le directeur général de la Santé, le professeur Jérôme Salomon, et Sibeth N’Diaye enfoncent le clou. Le premier laisse tomber sentencieusement : « Il ne faut surtout pas avoir de masques pour le grand public, ça n’a pas d’intérêt et c’est même presque faussement protecteur ». La seconde précise : « Les Français ne pourront pas acheter de masques dans les pharmacies parce que ce n’est pas nécessaire quand on n’est pas malade ».
En fait, la France, qui disposait en 2011 d’un milliard de masques chirurgicaux pour adultes et de 700 millions de FFP2, n’a plus, alors, que 117 millions des premiers et très peu des seconds. À ce moment, les masques sont donc d’autant plus « inutiles »… qu’on n’en a pas suffisamment pour tout le monde et que nos capacités de production se trouvent réduites à la portion congrue ! La suite, on la connaît : la fabrication domestique, artisanale, de masques en tissu, totalement inopérants, puis, finalement, des achats massifs à l’étranger et le port rendu obligatoire dans les transports en commun et tout l’espace public…
Quant au "vaccin", c’est encore une autre histoire, elle aussi riche en fake news. Ainsi, le 13 juillet 2021, Olivier Véran, invité d’Apolline de Malherbe, sur BFM, déclare : « Quand vous savez que vous avez eu le Covid (…), on estime entre 7 et 10% des personnes qui ne sont pas encore vaccinée qui, lorsqu’ils vont aller faire leur première dose, on leur dira : "Ben, écoutez, vous n’avez besoin que d’une dose, c’est terminé pour vous ». Avant d’ajouter, quelques minutes plus tard, à propos de l’efficacité du "vaccin" : « 95% de protection des formes graves. Vous réduisez par 12 le risque de contamination des autres. Vous réduisez par 20 le risque de faire une forme grave. On n’a jamais eu de vaccin aussi efficace que celui-ci. Si nous étions tous vaccinés, le virus ne pourrait plus cheminer ». Ben voyons, comme dit Éric Zemmour…
Gérald Darmanin, le politique qui a l’art de distordre les réalités qui le dérangent
L’ancien ministre de l’Intérieur et actuel ministre de la Justice est en quelque sorte l’archétype de l’homme politique à l’ambition débordante. Par sa souplesse, sa capacité d’adaptation et de retournement, il tient du contorsionniste. Exister et durer, telle semble être sa devise. En 2017, il voyait en Macron un « caméléon », un « démagogue », un « poison définitif » pour le pays. Aujourd’hui, il est l’un de ses ministres. Rien d’étonnant, donc, à ce qu’il dise parfois n’importe quoi. Surtout lorsqu’il s’agit de cacher une réalité qui le dérange ; et qui dérange aussi ceux au service desquels il se met… pour qu’ils lui servent de tremplin ! "Darmalin" ou le bon usage de l’info bidouillée : de cette vérité, deux exemples (parmi d’autres) feront foi.
Le premier remonte au 28 mai 2022. Ce jour-là, le Stade de France accueille la finale de la Ligue des champions : les joueurs du Real Madrid contre ceux de Liverpool. Devant les grilles et les entrées, les forces de l’ordre sont dépassées. Des milliers de supporters espagnols et anglais se pressent et piétinent, tandis que des groupes de jeunes hommes du 9-3 s’emploient à tirer profit de la situation. Certains tentent de resquiller, les autres s’en prennent aux proies qui se présentent (plus de 250 plaintes seront déposées). Face à ce chaos, hors de question de reconnaître un fiasco sécuritaire. Le ministre de l’Intérieur livre donc une "vérité", la sienne, avec un culot et un aplomb confondants : les seuls à incriminer dans cette affaire, ce sont les "British". Haro sur les baudets d’outre-Manche, ces pelés, ces galeux d’où serait venu tout le mal ! En fait, comme le souligne alors le spécialiste en rhétorique Charles Haloche, sur Le Figaro live, sa « communication est partiale et partielle. (Elle) n’a qu’un seul but, c’est de défendre la version du gouvernement ». On ne saurait mieux dire.
Le second exemple date du 5 juillet 2023. Alors que l’intensité des émeutes a fortement baissé, la polémique commence. Le ministre, interrogé au Sénat sur l’origine des émeutiers, lance sa fameuse réplique : « Oui, il y a des gens qui, apparemment, pourraient être issus de l’immigration (on admirera au passage la circonlocution) ; mais il y a eu beaucoup de Kévin et de Mattéo, si je peux me permettre. (…) L’explication seulement identitaire me paraît très erronée »…
Gérald Darmanin, bien que né à Valenciennes, répond parfaitement à la définition de l’homme du Midi donnée par Alphonse Daudet dans Tartarin de Tarascon : « (Il) ne ment pas. Il se trompe. il ne dit pas toujours la vérité, mais il croit la dire… Son mensonge à lui, ce n’est pas du mensonge, c’est une espèce de mirage… »
Ainsi va la macronie : une suite d’ectoplasmes interchangeables, bavards et satisfaits, qui débitent des balivernes, professent tout et son contraire, « en même temps », et s’évertuent à nous faire prendre des vessies pour des lanternes, et des mirages pour la réalité. Darmanin a bien choisi son camp. Qui se ressemble s’assemble…
1. Ismaël Emelien, né en 1987, bascule très jeune du côté du "camp du bien" ; ce qui le conduit, à trois reprises, à faire le "bon" choix. En 2006, puis en 2011, il est membre de l’équipe qui assiste Dominique Strauss-Kahn, candidat à la primaire socialiste… En 2013 (selon les révélations faites par L’Express en 2016), il est l’un des communicants d’Havas chargés, au Venezuela, de mettre sur orbite la candidature de Nicolas Maduro, le successeur de Chavez, en qui lui et ses collègues voient un « vrai progressiste», un « Lula vénézuélien »… Enfin, à partir de 2012, il suit Emmanuel Macron et en 2019, pour protéger celui-ci, il se mouille dans l’affaire Benalla et se brûle les ailes… En août 2017, la journaliste du Monde Solenn de Royer voyait dans Emmanuel Macron, Alexis Kohler et Ismaël Emelien « le trio qui dirige la France » : bien des choses s’expliquent…
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Economie : la France peut-elle encore tenir ? L’analyse de Jérôme Fourquet

Augustin Moriaux
Un déficit devenu incontrôlable, une balance commerciale en chute libre. Comment aurait-il pu en être autrement avec moins de voitures produites, ou encore moins de fermes agricoles ? Jérôme Fourquet, directeur Opinion de l’Ifop décrypte un demi-siècle de bascule.
Les entrepôts mythiques de Tarbes où feu le GIAT - alors entreprise stratégique d’État - faisait construire les tourelles des chars Leclerc ont été reconvertis en 2022 en un immense mur d’escalade au nom de circonstance : « L’Usine ». « On voit de façon tout à fait spectaculaire le remplacement de la production historique par les activités récréatives, soit le passage de la sphère productive à la sphère présentielle », résume Jérôme Fourquet dans l’émission La France de Fourquet sur Le Figaro TV, s’appuyant là sur les travaux de l’économiste Laurent Davezies.
Ce dernier distinguait la « sphère présentielle » de la « sphère productive ». La première englobe toutes les activités économiques qui répondent aux besoins des populations locales et des touristes à un endroit donné : commerces, services à la personne, garagistes, coiffeurs, etc. À l’inverse, la seconde inclut toute la production qui a vocation à être exportée des territoires de production.
Alors qu’au début du mandat de Valéry Giscard d’Estaing, les deux sphères étaient à exacte même proportion, le déclin de la sphère productive s’accélère et en 1990, seuls les Hauts-de-Seine, l’Aube et la Mayenne résistent en conservant une majorité d’activités productives. Quinze ans auparavant, 52 départements dépendaient principalement de l’industrie et de l’agriculture. «Dès les années 90, la messe est quasiment dite pour le tissu productif, aujourd’hui rayé de la carte au profit d’activités résidentielles sur la totalité du territoire français», relève Jérôme Fourquet. Une hémorragie non sans conséquences, puisque l’auteur de Métamorphoses françaises (éd. du Seuil) a recensé 940 fermetures de sites industriels de plus de 50 salariés entre 2008 et 2020.
L’effondrement du secteur automobile français
Juste sous nos yeux, le secteur automobile subit de plein fouet l’effondrement le plus spectaculaire. 3,7 millions de voitures étaient assemblées en France en 1990, quasi autant en 2005, pour n’arriver aujourd’hui qu’à un maigre et laborieux chiffre d’1,3 million de voitures construites en France sur l’année 2022.
Non sans rappeler l’usine du GIAT de Tarbes devenue salle d’escalade, Jérôme Fourquet cite en « exemple emblématique du déclin de notre automobile » le cas de l’île Seguin à Boulogne-Billancourt, où « la transformation paysagère est tout à fait éloquente : c’est aujourd’hui une cité musicale (La Seine musicale, NDLR) qui trône sur l’île, en lieu et place de la mythique usine Renault Billancourt qui a fermé ses portes en 1992 ».
L’agriculture, requiem pour une exception française
« Parallèlement à la contraction de notre premier moteur productif qu’était l’industrie, les effectifs de notre second moteur productif qu’était l’agriculture ont fondu comme neige au soleil », fait remarquer Jérôme Fourquet. En 1970, la France comptait 1,6 million d’exploitations professionnelles contre seulement 350 000 fermes aujourd’hui.
« Bien que silencieux, c’est le plus grand plan social de l’Histoire de France contemporaine», ajoute le sondeur, qui précise toutefois que « ça ne se voit pas forcément à l’œil nu, la taille moyenne des exploitations agricoles ayant fortement augmenté et les derniers agriculteurs restants reprenant tout ou partie des terres délaissées, mais l’agriculture comme profession a été réduite à la portion congrue».
Balance commerciale, endettement et déficit : le prix à payer
Dans sa Théorie de l’évolution économique (1911), Joseph Schumpeter, chantre de la destruction créatrice, jugeait que « le nouveau ne sort pas de l’ancien mais apparaît à côté de l’ancien, lui fait concurrence jusqu’à le ruiner ». L’Aveyron, cité en exemple typique du déclin de la sphère productive par Jérôme Fourquet, ne fait pas exception.
Là où la métallurgie à Decazeville ou l’ameublement du côté de Sévérac-le-Château faisaient office de poumons économiques du département, les enseignes de supermarché désormais pullulent. À l’échelle nationale, une marque comme Intermarché par exemple a plus que quadruplé son implantation dans les années 1980, au moment même où l’on constatait un essor de l’économie de services et une chute libre de la production. Le long de la Seine, les entrepôts logistiques ont « littéralement remplacé les friches industrielles désertées », observe le chroniqueur.
« Conséquence mécanique de ce basculement à une économie présentielle : il y a un prix à payer et c’est notamment la dégradation de notre balance commerciale, en excédent dans les années 1990 et qui, aujourd’hui, pique totalement du nez », soulève le directeur Opinion de l’Ifop. Autre facette peu reluisante de l’économie tertiarisée : une dette publique en courbe exponentielle qui paie les retraites, les aides à la consommation, les importations, les conséquences des crises diverses et... les emplois publics. « Nos régions désindustrialisées sont perfusées d’argent public. On voit souvent dans les villes qui ont perdu leurs usines combien la mairie et l’hôpital sont devenus les principaux employeurs », rappelle notamment Jérôme Fourquet. Sans industries ni agriculteurs, nos régions ont-elles d’autre sort que le coma artificiel ?
Source : Le Figaro 20/08/2026
08:49 Publié dans Revue de presse | Lien permanent | Commentaires (0) |
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