jeudi, 01 octobre 2026
Les géopolémiques de Trump
La « Chronique flibustière », n° 200,
de Georges Feltin-Tracol
Décédé le 20 juin dernier à l’âge respectable de 96 ans, le géographe Yves Lacoste a réhabilité la géopolitique à l’université. Quelques mois auparavant, à l’occasion de la parution de son centième numéro, Hérodote, sa revue fondée en 1976 avec l’investissement de l’éditeur François Maspero, lui rendait un vibrant hommage.
Rien ne prédestinait Yves Lacoste à la géopolitique. Tenant d’une géographie critique se référant à la fois au marxisme et au tiers-mondisme, ce militant du PCF dans sa jeunesse découvre les écrits de l’historien musulman Ibn Khaldoun (1332–1406) et du géographe français Élisée Reclus (1830–1905), par ailleurs fervent partisan de l’anarchisme. C’est à leur contact et en étudiant sur le terrain les ravages des bombes étatsuniennes sur les rizières du Vietnam du Nord, qu’il comprend que « la géographie, ça sert, d’abord, à faire la guerre », titre de son célèbre essai qui le consacre en patron de la géopolitique dans l’Hexagone dès 1976.
La géographie n’est pas une science objective quand bien même elle emploie des outils mathématiques et statistiques. Certes, la géographie physique qui étudie les morphologies terrestres s’approche d’une certaine rigueur scientifique en dépit du facteur anthropique qu’il ne faut jamais négliger. Quant à la géographie humaine à laquelle se rattache la géopolitique, elle ne bénéficie pas de cette assurance relative puisqu’elle se fonde sur des présupposés humains qui rendent impossibles l’élaboration de toutes autres paradigmes géographiques au contraire de la géométrie non euclidienne développée au XIXe siècle par Bernhard Riemann. L’étude du monde est par conséquent sujet d’interprétations sans cesse divergentes.
Donald Trump ignore tout de l’épistémologie de la géopolitique. Il possède toutefois un instinct redoutable qui l’entraîne dans une incroyable guerre toponymique. Dès le jour de son investiture, le 20 janvier 2025, un décret présidentiel transforme le golfe du Mexique en « golfe de l’Amérique ». Le point culminant de l’Amérique du Nord se situe en Alaska. Le sommet porte le nom de Mont McKinley en hommage au 25e président des États-Unis, William McKinley, assassiné en 1901 par l’anarchiste Leon Czolgosz et mis en avant en permanence par son lointain successeur. En 2015, le sommet change de nom et devient officiellement Denali, ce qui signifie dans l’idiome amérindien local « Celui qui est haut ». Trump rétablit son nom précédent en 2025.
Le 27 août 2026, furieux que le gouvernement canadien et des gouverneurs provinciaux, en particulier celui de l’Ontario, Doug Ford, pourtant conservateur populiste lui-même, lui tiennent tête et répondent à ses mesures protectionnistes par une hausse élevées des droits de douane, Donald Trump renomme le lac Ontario en « lac Amérique ». Osera-t-il changer le lac Majeur en « lac Trump » ? L’actuel locataire de la Maison Blanche souhaiterait aussi que l’État du Nouveau Mexique devienne l’« État de la Nouvelle-Amérique »… Dès le 2 septembre, il entend dénommer en plein conflit avec l’Iran le détroit d’Ormuz en « détroit Trump ». On attend avec impatience qu’il donne son image et ses formes à la Statue de la Liberté tant il est vrai qu’un Donald Trump en robe longue et un peu moulante ferait son plus bel effet. À moins qu’il rebaptise New York, ce fief démocrate progressiste, en Trumpville…
23:03 Publié dans Georges Feltin-Tracol | Lien permanent | Commentaires (0) |
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La chienlit calculée, ou comment l’exécutif pourrait se sauver par le chaos
Thomas Joly - Président du Parti de la France
Les images de « lycéens en colère » - ou plutôt de voyous enragés - et d'établissements en flammes nourrissent déjà, dans l’opinion, le sentiment que l’ordre public n’est plus assuré. Ce ressentiment profite mécaniquement à ceux qui, depuis des années, dénoncent l’impuissance de l’État et l’abandon de l'autorité. Mais il serait naïf de s’arrêter à ce premier mouvement.
Si les violences s’étendent et s’intensifient, dans un laisser-faire qui a tout l’air d’être calculé, le bénéfice politique peut changer de camp. L'exécutif discrédité n’aurait alors plus qu’une carte à abattre : se présenter en restaurateur de l’ordre, quitte à recourir à un régime d’exception. Face à la chienlit, une majorité de Français ulcérés serait prête, à coup sûr, à applaudir celui qui, hier encore, laissait faire.
Ce scénario n’est pas une fantaisie. Il permettrait de fausser la campagne présidentielle voire d’en modifier le calendrier sous prétexte d’urgence. Nos gouvernants ont déjà montré qu’ils n’hésitent pas à instrumentaliser les crises qu’ils ont eux-mêmes laissées mûrir. Aucune option ne doit être écartée : leur vice consiste précisément à transformer leur propre faillite en instrument de conservation du pouvoir.
22:58 Publié dans Thomas Joly | Lien permanent | Commentaires (0) |
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Non ! Jean-Marie Le Pen n’était pas Jean-Luc Mélenchon !
La chronique de Philippe Randa
S’il y a une certitude dans « l’affaire Jordan Bardella antisémite en herbe » qui secoue si fort le landernau de la politique française depuis ce week-end, c’est bien que l’électeur lambda a bien d’autres soucis en tête, notamment celui du prix de l’essence, pour s’en préoccuper. La classe politique, si ! Preuve s’il en était besoin que ses préoccupations à elle ne sont pas les mêmes.
Laissons désormais la justice trancher, puisque l’intéressé porte plainte. Mais peut-être serait-il utile, une fois de plus, mais on sait bien, pour pasticher Nicolas Boileau qu’il est nécessaire « vingt fois sur le sujet (de) rappeler la vérité », de revenir sur les éternelles accusations d’antijudaïsme à l’encontre du Front national de Jean-Marie Le Pen, reprises désormais contre ses héritiers du Rassemblement national.
J’ai justement abordé ce sujet dans (une partie) de la préface que m’a demandé Gilbert Cottinet pour son nouveau livre Et si le peuple Juif n’existait pas ? qui vient de paraître aux éditions Dualpha.
Je ne me doutais pas en l’écrivant qu’elle serait autant… d’actualité !
Gilbert Cottinet (fut) Conseiller régional estampillé Front national, douze ans durant, de 1986 à 1998 ! Il fut même responsable de la Fédération du 95 du mouvement à la flamme tricolore et élu au Premier Comité central de celui-ci.
Pour certains, c’est… fort mal et ils n’ont cessé dans le passé, ne cessent et sans doute ne cesseront dans le futur d’en dresser un bien terrible acte d’accusation.
On se rappelle les imprécations quasi-religieuses lancées, quarante ans durant, contre Jean-Marie Le Pen et ses partisans… puis contre sa fille et ses successeurs, même si elles sont allées en diminuant : à trop répéter les mêmes bêtises, on finit par lasser.
Parmi ces accusations figurait la plus terrible d’entre toutes depuis la fin de la iie Guerre mondiale lorsque furent connues les terribles persécutions ad nauseam contre les Juifs : l’antijudaïsme !
Cette accusation fut utilisée tout aussi ad nauseam contre les dirigeants du FN dont on peut pourtant chercher – bien en vain – le début d’un commencement de preuve dans leurs déclarations ou leurs actions. En trente ans de vie publique, Gilbert Cottinet n’a jamais été inquiété pour un seul de ses écrits (nombreux) et discours publics (encore plus nombreux). Et son présent éditeur… non plus !
Car a-t-on jamais entendu un responsable de ce mouvement souhaiter, de quelques manières que ce soit, par l’écrit ou la parole, la disparition de l’État d’Israël ? Remettre en cause les droits – et les obligations – d’un Français de confession israélite ? Envisager de fermer les synagogues, d’interdire quelque cérémonie juive que ce soit (…)
A-t-on jamais entendu l’un de ses responsables hier, voire aujourd’hui pour ses héritiers, sinon proposer, en tout cas envisager l’expulsion vers le Moyen-Orient des Français ou Européens, descendants des patriarches bibliques Abraham, Isaac et Jacob ?
Poser ces questions, est-ce y répondre ? Pour tout honnête homme, la réponse s’impose, mais ce ne fut guère le cas (euphémisme !), quarante ans durant, ni de la quasi-totalité de la classe politique, ni de l’immense majorité des médias français (et étrangers, d’ailleurs) qui affublèrent d’une diabolique tunique de Nesus antijudaïque Jean-Marie Le Pen, assénant de façon péremptoire à tous ceux qui en doutaient ou demandaient la moindre preuve :
- Mais c’est évident !
Et tellement évident que ces « gens-là » ajoutaient bien souvent dans la foulée :
- Tout le monde le sait !
Et, obsessionnellement, ces auto-proclamés détenteurs de la Vérité avec un grand V, assénaient le coup de grâce en suspectant de complicité d’antijudaïsme avec les Frontistes tous ceux qui refusaient leur aussi péremptoire qu’obsessionnelle sentence.
Et pourtant… pour avoir été un de leurs « compagnons de route », pour avoir connu, fréquenté et m’être lié d’amitié avec nombre de responsables, notamment l’ancien Secrétaire national Jean-Pierre Stirbois, je peux témoigner que les seuls « Israélites » pour lesquels nous n’éprouvions guère d’empathies étaient uniquement ceux qui, politiciens, journalistes, militants politiques, n’avaient de cesse de mener un combat politique au nom, justement, de leurs origines, accusant leurs adversaires – pour eux, il s’agissait d’ennemis – d’être antijudaïques.
En tout cas, jamais, dans ce milieu politique bien faussement étiqueté « droite extrême », il ne serait venu à l’idée de quiconque d’être effleuré par l’idée d’interdire à une étudiante ou étudiant israélite d’accéder à un amphi d’université pour y suivre ses cours, par l’idée d’agresser physiquement une personne – quel que soit son âge – au seul motif qu’il portait une kippa… ou d’exiger l’interdiction d’un quelconque spectacle dont la vedette « en aurait été » !
Cette droite dite « extrême » ne pensait, n’a jamais pensé, braillé et agi ad nauseam comme, en ce premier quart de xxie siècle, les représentants de l’extrême gauche, simples militants haineux ou élu(e)s hantant les Conseils régionaux ou vociférant au Parlement français.
Non, Jean-Marie Le Pen n’était pas Jean-Luc Mélenchon !
N’en déplaise à tous ceux qui, par simple bêtise, par oubli parfois, par lâcheté le plus souvent, ne le reconnaissent pas.
Et Gilbert Cottinet, qui est-ce… ?
Lire son livre, c’est avoir la réponse. Je n’en avais pas besoin pour savoir qu’il n’était pas, lui non plus, le personnage que ses ennemis politiques l’accusaient – nous accusaient – d’être… ce que confirme les propos de l’avocat et écrivain Arno Klarsfeld : « La France n’est pas un pays antisémite, l’extrême gauche l’est » (déclaration du 1er juin 2025 sur Cnews).
Pourquoi lire Et si le peuple Juif n’existait pas ? Tout simplement pour chercher à comprendre pourquoi l’antijudaïsme fantasmé par beaucoup, réel pour tant de victimes, a de tout temps existé. Et qu’il existe toujours aujourd’hui. Aussi dramatiquement.
22:54 Publié dans Philippe Randa | Lien permanent | Commentaires (0) |
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