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mardi, 16 juin 2015

« Un Français » pas si mauvais…

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Serge Ayoub Solidarisme cliquez ici

Je suis allé voir le film Un Français. Je m’attendais à un film aussi consternant que les propos que le réalisateur, Diastème, avait tenu lors de la promotion. De manière assez victimaire il sous-entendait que l’ « extrême droite » allait fondre sur les exploitants de salles ayant le révolutionnaire courage de diffuser un film traitant du racisme, de la haine, des skins et du FN. Même les antifas ont avoué sur leur blog que ce genre de « menace » relevait du fantasme le plus grotesque et du coup de com’ balourd.

Malgré mes réticences et l’agacement de voir un mouvement aussi complexe que les skinheads dépossédés de leur histoire et de leur vérité, je suis allé voir le film, et j’avoue avoir été plutôt surpris.

Cinématographiquement, le film est certes assez moyen, très loin de l’académisme réussi de l’American History X ou du souci du détail d’un Made in Britain. L’étalement sur 30 ans se prête d’ailleurs plus à un biopic qu’à un film démonstratif. Le scénario pêche en effet essentiellement par manque d’intelligence. On ne comprend pas véritablement ce qui fait renoncer peu à peu Marco, le héros, à ses sentiments politiques, et le fait basculer du mauvais côté des coups de boule. La faute certainement au manichéisme simpliste de l’écriture : incapable de concevoir les idées de Marco autrement que comme anormales, le scénario décrit ce renoncement comme une guérison, lente, mais inexpliquée. Une trop grande confiance à la narration personnel de William Deligny, qui a inspiré cette histoire de rédemption et que j’ai bien connu, explique aussi ce déficit de crédibilité. Je reviendrai sur la réalité de cet envers du décor.

Malgré ces nombreux défauts, Un Français ne m’a pas déplu.

Tout d’abord parce que les skins y ressemblent à des skins, bougent comme des skins, parlent un langage moins exubérant et fleuri que notre argot de l’époque, mais néanmoins crédible. Les acteurs, en particulier Alban Lenoir, jouent leur rôle avec conviction, rien dans leur jeu n’a en tout cas choqué le skinhead que j’ai été. Le film souffre de nombreuses inexactitudes : par exemple les redskins ne se rasaient pas à blanc mais se faisaient faire une coupe « tremplin ». Les liens avec le FN étaient également beaucoup plus conflictuels que le film ne le montre, en tout cas pour ce qui est des skins parisiens. Nous reprochions en effet au FN sa ligne ultra-libérale et son caractère bourgeois. Cette composante sociale et anticapitaliste de l’idéologie des skins de l’époque est totalement occultée, c’est dommage.

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Le film s’appuie en revanche sur des faits divers réels, une démarche qui compense mécaniquement l’hostilité profonde du réalisateur et scénariste pour son sujet. On y voit la violence, le racisme, qui faisait évidemment parti du quotidien des bandes de l’époque. Malgré la pauvreté des dialogues, j’y ai retrouvé un peu de notre humour « bête et méchant ». Personnellement je n’ai jamais fait chanter de force la Marseillaise à des maghrébins. Mais il est certain que nous avions un sens de l’humour particulier et que beaucoup de ceux qui nous ont croisés à l’époque n’en gardent pas forcément un très bon souvenir.

Plus surprenant, Diastème n’accorde dans ce film aucun crédit aux racontars d’Antifa, chasseur de skins1. Les redskins y sont présentés brièvement et sous un jour particulièrement peu glorieux. Diastème en fait non seulement des mauvais incapables de se battre correctement, mais également des imbéciles incapables d’en avoir conscience. Des Clément Méric, en somme : on attaque, on perd, on veut me venger, on perd encore. Quand en 2009 j’avais déclaré dans Sur les Pavés que les redskins étaient des larves, je ne pensais pas qu’un réalisateur de gauche me donnerait à ce point raison.

Autre vérité du film : le fait que les skins et leur ennemis zoulous ou redskins partageaient souvent une origine sociale commune, une culture de la bande identique et se connaissaient parfois pour avoir grandi ensemble… C’est anecdotique, mais on sent que Diastème a travaillé son sujet avec une certaine honnêteté intellectuelle. On voit dans son film également l’importance de la vie en communauté. Comme je l’avais dit dans Sur les pavés, être skin à partir du début des années 80, c’était adhérer à une mode vestimentaire, une musique, une communauté et une conscience politique.

L’absence d’happy end aussi m’a plu. Au bout de cette rédemption/trahison, que reste-t-il ? Rien. Marco finit avec un petit boulot dans la grande distribution, sans amis, détesté par ses anciens camarades pour qui il conserve, lui, encore de l’empathie, loin de sa fille, de la garde de laquelle son ex-femme le prive. On peut en conclure qu’avoir été skin amène des blessures. On peut en conclure aussi que trahir les siens te condamne à ne plus être un homme. « Où sont passées tes couilles ? » lui demande sa femme devant l’enthousiasme de Marco pour les festivités Black-blanc-beur de 98. Après cette scène, il n’aura plus le droit de voir sa fille. Celui qui n’est plus un homme n’a plus le droit d’être père, ça pourrait être une des morales du film. Même si l’auteur du film ne partage pas ce point de vue, il présente sans excès de manichéisme cette ambivalence entre rédemption et trahison. À ce titre, le personnage peut être le plus émouvant du film est Braguette. Leader de la bande, il est blessé lors d’un fusillade avec des punks, et se retrouve cloué en chaise roulante2. Malgré le handicap, il persiste dans son combat, ne renie aucune de ses idées et continue, 30 ans après ses premiers combats, à militer. Malgré l’apparence, la force est en lui bien plus qu’en Marco, qui pourtant ne semble pas ressentir physiquement le poids des années. C’est d’ailleurs Braguette, qui, bien que marchant avec une canne, enverra à terre son ancien acolyte, désormais paralysé par son pacifisme. Braguette, lui, ne « lâche rien » face au système qu’il combat.

Le principal défaut du film tient en fait à son argument antifasciste. Ce manichéisme que Diastème parvient plutôt bien à éviter en montrant que les skins sont des êtres humains comme les autres, l’empêche toutefois d’apporter une crédibilité suffisante à la conversion idéologique progressive de son personnage principal. La scène du bus où Marco se met à suffoquer après avoir embrouillé une famille arabe ressemble presque à un exorcisme. On a l’impression que l’acteur se transforme et que la « haine quitte son corps ». Du point de vue du réalisme scénaristique, ce genre de ficelle magique est une grosse faiblesse. Elle témoigne de l’incapacité de la bourgeoisie de gauche à percevoir le racisme des classes populaires (pas seulement blanches, d’ailleurs) autrement que comme un ressentiment irrationnel, une sorte de haine anormale et difficilement explicable. À maladie étrange, guérison mystérieuse.

PN-574930.jpgCommençons par dévoiler l’envers du décor. William Deligny, alias P’tit Willy, a cessé d’être skinhead parce qu’il se droguait, beaucoup. Fumer du haschich et prendre des acides toute la journée ne vous donne ni l’âme ni le corps d’un combattant. Cela vous mène davantage à ce veule consentement au monde « tel qu’il va ». Et quand vous n’avez plus la force mentale et physique de vous battre contre vos ennemis, il est tellement plus simple de décréter qu’ils sont vos amis. Jamais redescendu d’un trip où il pensait communier avec le cosmos, William se convertit à un mysticisme oriental quelconque et à la tolérance universelle. La dernière fois que je l’ai croisé, je me souviens simplement lui avoir conseiller d’aimer un peu moins tout le monde et d’aimer un peu plus sa fille. Mais William aurait pu se contenter de la spiritualité douillette vers laquelle sa mollesse, la drogue, et une consommation excessive de Choco B&N l’avaient poussé, il n’aurait pas été pour autant un traître. Il l’est devenu lorsqu’il a entrepris de faire un peu d’argent en racontant sa jeunesse skinhead et en cherchant à faire de son impuissance à rester droit un chemin exemplaire de rédemption vers le bien.

C’est en cela que le film pêche. Le parcours de Marco n’est pas crédible parce qu’il s’appuie sur un mensonge vieux comme la morale et réitéré par la fable commerciale de Deligny : la rédemption.

Je pense que Diastème et nombre de gens de gauche seront d’accord avec moi : il n’y a ni bien ni mal, il n’y a que des visions du monde et des systèmes de valeurs différents. Si c’est bien le cas, alors il faut aller au bout du raisonnement : sans bien ni mal, plus de rédemption. Il ne reste que des changements de camps plus ou moins opportunistes. C’est cette noirceur et ce « pessimisme » qui manquent à Un Français pour être vraiment un bon film.

Autre principal point faible du film : sa méconnaissance profonde du fonctionnement de l’idéologie. La violence des skins est en effet présentée comme une conséquence de leur idéologie. Je peux témoigner que la relation fut toujours inverse : ce sont les rapports concrets d’un individu avec son environnement qui commandent sa vision du monde. Les skins étaient majoritairement des blancs issus des quartiers populaires et soumis aux antagonismes raciaux et culturels produits par l’immigration de masse et la promiscuité entre différents peuples dans les banlieues pauvres. Dans Sur les pavés, j’avais déjà expliqué que le racisme était le produit de ces antagonismes et des choix individuels entre combat et soumission, docilité ou révolte. D’anciens membres des Back Dragons (bande de « chasseur de skins ») ne diront pas autre chose à Rue 89.

Ce sont les rapports de forces communautaires issus de l’immigration qui ont provoqué le racisme. Cela nous en avions conscience dès le début des années 80, en tant que skinheads. Parmi ces rapports de force, il y avait la présence dans la rue. Il s’agissait de montrer aux autres bandes que nous n’avions pas peur d’affirmer qui nous étions et ce que nous pensions. Ce rapport de force était bien sûr physique, pas intellectuel. C’est ce qui explique l’extrémisme ambiant. Il n’était pas question de débattre du rôle de l’immigration dans la pression à la baisse sur les salaires français ou de la compatibilité de l’Islam avec les valeurs républicaines. Il n’était pas question de s’expliquer parce qu’il n’était pas question de s’excuser. Un patch à croix gammée n’a aucune valeur politique d’un point de vue intellectuel. La porter ne sert pas à convaincre l’autre des bienfaits du Troisième Reich, en tout cas je ne l’ai jamais pensé. Elle sert à convaincre l’autre que vous êtes assez fort pour porter un symbole universellement honni et d’en assumer les conséquences. L’extrémisme était au service d’une communication tactique et non d’un projet politique.

Le skin est en substance cette recherche permanente du rapport de force, afin de récupérer dans la rue un peu de cette puissance dont tout un système de domination politique et médiatique a spolié sa catégorie sociale : les Français du peuple.

Est-ce que ce besoin de puissance de la part de jeunes gens totalement dépourvus de pouvoir réel sur l’évolution de leur société a été bien montré dans le film ? Forcément effleurée, cette question est pour moi occultée par une essentialisation de la haine raciale, sans montrer assez les rapports de force dont cette haine est l’articulation. S’il y a haine, c’est qu’il y a un antagonisme à l’origine, un contexte favorable, un but légitime ou non, une envie de changer une situation perçue comme injuste, etc. La haine n’est pas une sorte de plaie divine, de malédiction prête à posséder certains « esprits fragiles » et dont la rééducation antiraciste serait l’exorcisme.

C’est en tout cas cette histoire des skins qui reste à faire, et qui ne pourra être l’œuvre que d’un réalisateur ayant suffisamment de hauteur intellectuelle pour s’écarter des clichés que le regard dominant de la société a pris sur notre mouvement.


1 Documentaire réalisé par la mouvance antifa et glorifiant la très éphémère et fragile opposition des bandes comme les Ducky Boys ou les Red Warriors aux nôtres.

2 Comme Sniff, chanteur du groupe Evil Skin, qui fut un de mes amis.

Le film Sur les pavés :

12:36 Publié dans Combat nationaliste et identitaire | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |

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