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vendredi, 04 mars 2022

Poutine réveille les ambitions européistes

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Ivan Rioufol

L’Union européenne cherche à imposer son pouvoir supranational en tirant profit  du conflit russo-ukrainien. Elle voit, dans la déraison de Vladimir Poutine, l’opportunité de se présenter en rempart pour pour les démocraties et en puissance guerrière. L’UE a débloqué 450 millions d’euros, puisés dans le fonds « Facilité européenne pour la paix » (sic), pour offrir des armes létales à l’Ukraine envahie. Ursula von der Leyen, présidente de la Commission, a interdit la diffusion sur l’Europe des chaînes russes RT et Sputnik. Elle a choisi d’accélérer l’adhésion à l’Union du pays agressé: «Ils sont des nôtres », a-t-elle répondu au président Volodymyr Zelensky qui demandait l’intégration de l’Ukraine « sans délai ». Emmanuel Macron, président pour six mois de l’Europe, entend mener sa campagne, ouverte de facto, sur le thème de l’« Europe souveraine ». Mais les dirigeants décident dans leur entre-soi.

Il y a une indécence chez les européistes, partisans de l’unification, à forcer l’histoire sur le dos d’une crise. « Notre Europe doit (...) devenir une puissance, plus indépendante, plus souveraine (...). Notre défense européenne doit franchir une nouvelle étape », a déclaré mercredi soir le chef de l’État dans une dramaturgie guerrière dont il se veut le héros. Cependant, la « révolution européenne » annoncée par la macronie n’est pas celle à laquelle les Français aspirent. Ils l’auraient fait savoir. Il est anormal que ce soit l’Europe qui décide de sanctionner des télévisions accusées de « propagande ». En France, ce rôle aurait dû revenir à l’Arcom (ex-CSA), qui régule les autorisations de diffusion. Il est certes rassurant d’observer l’UE, défiée par la démentielle violence russe, se rendre compte de son angélisme. Mais ce réveil n’autorise pas le coup de force institutionnel.

Légitime est l’émotion suscitée, dimanche, par la menace proférée par Poutine de frappes nucléaires. Cependant, les puissants ne peuvent se laisser aller à la panique. Il est heureux que l’Europe du « soft power » et du désarmement veuille prouver sa résistance face à Moscou. Toutefois les dirigeants laissent voir parfois leur manque de discernement. Entendre Jean-Yves Le Drian, ministre des Affaires étrangères, rappeler au « dictateur » que « l’Otan est une alliance nucléaire » est une manière puérile de se placer mimétiquement sur le terrain de la montée aux extrêmes. Il est possible que Poutine bluffe avec la mise en alerte de sa force de dissuasion, après avoir menacé l’Occident de « conséquences auxquelles vous n’avez jamais été confrontés dans votre histoire ». Mais les autocrates paranos font souvent ce qu’ils disent. En finir avec l’« apaisement » n’oblige pas à attiser les braises.

La posture des boutefeux anti-Poutine masque leur lâcheté. Leur démonstration de force ne peut faire oublier leur « esprit munichois », c’est-à-dire leur capitulation, dès qu’il s’agit de combattre l’islam radical et sa conquête de l’Europe. C’est la même UE, ardente contre la Russie orthodoxe, qui s’est soumise au monde islamique et à ses exigences, notamment au Kosovo. Jamais Bruxelles n’a fait preuve d’intransigeance contre des États musulmans déstabilisateurs des démocraties occidentales. La décision des instances internationales du football (UEFA, Fifa), lundi, d’exclure la Russie de la Coupe du monde 2022 au Qatar vient rappeler que ce dernier pays finance l’islamisme exporté. Poutine doit être tenu pour responsable de l’agression insensée contre l’Ukraine. Mais les pyromanes sont aussi à Paris, Bruxelles, Washington, etc. Au bout du compte, le monde chrétien déchiré s’affaiblit.

Dramatisation

« La guerre en Europe est là, sous nos yeux », dit Macron. Elle est, pour l’instant, entre la Russie et l’Ukraine, démocratie naissante
et encore imparfaite. Ces pays frères se déchirent à propos d’une possible extension des bases militaires de l’Otan. Depuis la chute de l’URSS, en 1991, l’Alliance atlantique s’est installée, à leurs demandes, dans douze anciens pays communistes alentour de la Russie. Or celle-ci refuse, à ses portes, la perspective d’une nouvelle présence américaine armée, conformément à des engagements oraux qui auraient été pris à l’époque. Les termes du contentieux sont donc délimités, même si Poutine a commis la faute de provoquer le monde libre. Pourtant, ce conflit local est prêt à prendre une envergure internationale, voire apocalyptique, si rien ne vient calmer les surenchères hystériques entre un paria humilié par ceux qu’il appelle « les Puissants » et une UE ectoplasmique soucieuse de démontrer qu’elle sait être méchante. Il est curieux, à ce stade, de noter les mêmes mécanismes manichéens observés durant la crise du Covid : celui qui cherche à prendre une distance pour analyser le conflit ukrainien et ses causes prend le risque de subir le même flot d’injures des mêmes lyncheurs qui ne supportaient pas non plus une approche critique de la politique hygiéniste. C’est d’ailleurs le drapeau ukrainien qui est apparu un temps sur l’application gouvernementale Tous Anti Covid, en signe de solidarité...

Macron se comporte lui-même davantage en homme de guerre qu’en négociateur de paix. Le chef de l’État, président de l’UE, doit être soutenu dans son dialogue jamais rompu avec Poutine. Mais il dissimule mal sa tentation d’instrumentaliser la crise pour consolider, en guise de campagne électorale, son image de président protecteur d’un virus puis d’un despote. Quoi de plus commodes que des états d’exception toujours renouvelés autour d’une union nationale ? Ces situations confortent le chef et rendent les débats inaudibles. Or rien n’obligeait Macron à nationaliser ce conflit local en diffusant, lundi, un « message aux armées » dans lequel il explique : « Je sais pouvoir compter sur vous. » C’est dans ce contexte belliqueux que Bruno Le Maire s’est cru autorisé, mardi, à rappeler la détermination de l’Europe à « livrer une guerre économique et financière totale à la Russie (...) et provoquer l’effondrement de l’économie russe ». Le ministre de l’Économie a reconnu par la suite que «le terme de guerre était inapproprié et ne correspond pas à notre stratégie de désescalade ». Mais ce dernier mot n’a pas été repris par Macron.

Changement d’époque

« Ces événements (...) sont le signal d’un changement d’époque », assure Macron, qui veut croire à sa vision mondialiste et européiste. Or, avec l’Ukraine, c’est le réveil d’un peuple et d’une nation qui s’observe.

Source : Le Figaro 4/03/2022

11:08 Publié dans Revue de presse | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |

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