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mercredi, 09 septembre 2026

Déception à Vaduz

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La « Chronique flibustière » de Georges Feltin-Tracol

Dans les années 2010 et à la suite de la Manif pour Tous se distinguait un groupe activiste original : les cercles anarcho-royalistes du Lys noir animés par Rodolphe Crevelle (1955–2019). Dans La doctrine anarcho-royaliste dont la quatrième édition date de 2018, il présentait la principauté du Liechtenstein comme « notre Cuba informel » ou un « Cuba anarcho-royaliste ».

Coincé entre la Suisse et l’Autriche au cœur des Alpes, l’un des plus petits États du monde est une monarchie dont la dynastie éponyme, apparue vers 1156, y règne depuis 1719. À la différence des autres régimes couronnés d’Europe et à l’exception du Saint-Siège et de la principauté de Monaco, le souverain règne et gouverne en liaison avec un gouvernement et un parlement. Membre du Conseil de l’Europe depuis 1978, de l’ONU depuis 1990 et de l’Espace économique européen depuis 1995 malgré son traité d’union douanière avec la Confédération helvétique, le Liechtenstein est une monarchie populaire : le prince souverain dispose d’un droit de veto absolu sur les décisions gouvernementales et législatives tempéré par une procédure référendaire d’initiative populaire et le droit communal à la sécession.

Rodolphe Crevelle s’enthousiasmait donc pour cette monarchie alpine qui avait connu « la seule révolution anarcho-royaliste de l’Histoire ». En 2003, les cloportes de la Commission de Vienne, organe sentencieux émanant du Conseil de l’Europe, s’indignent des pouvoirs exécutifs conférés au souverain par la constitution. Hans-Adam II répond à l’injonction euro-mondialiste en organisant un double référendum qu’il remporte haut la main (pour l’accroissement des pouvoirs du Prince à 64,32 % et contre la diminution des pouvoirs du Prince à 83,44 %). Le 1er juillet 2012, un autre référendum prévoyant la réduction du pouvoir exécutif princier donne 76,43 % de non. Le souverain liechtensteinois « avait su résister, applaudit alors Rodolphe Crevelle, à toutes les pressions, notamment de la part du Conseil de l’Europe ». Mieux encore, la population du Liechtenstein désapprouve l’avortement, l’euthanasie, la GPA, la PMA et l’homoconjugalité. « Le Liechtenstein, poursuivait le sympathique théoricien de l’Hyper-France, fait figure de réduit sociétal européen, un gravier dans la chaussure “ drag queen ” de l’Europe. »

Malheureusement, le monde ultra-moderne poursuit son long travail de sape. Dès 2004, un obscur comité de l’ONU s’élève contre les règles de succession de la principauté au nom d’un fumeux Pacte international relatif aux droits civils et politiques. Des bureaucrates mondialistes dénonçaient la primogéniture masculine qui exclut les femmes du pouvoir princier. Ces belles âmes rappelaient que le droit de vote n’avait été concédé au beau sexe qu’en 1984. Aujourd’hui, le premier ministre de la principauté alpine est néanmoins une femme, Brigitte Haas.

Les institutions internationales et prétendues européennes ne cessent de harceler Vaduz pour cette soi-disant discrimination successorale. Ces pressions incessantes ont-elles finalement lassé la famille princière ? Le 12 août 2026, lors d’une réunion plénière tenue à huis clos, deux tiers des membres adultes de la dynastie de Liechtenstein abolissent la primogéniture masculine au profit d’une primogéniture absolue stricte. Rendue publique trois jours plus tard pour la fête nationale, la décision familiale ne s’appliquera qu’aux femmes qui naîtront à partir du 16 août 2026. Pour l’instant, l’ordre de succession compte cinquante-quatre hommes…

La famille princière de Liechtenstein aurait pu au moins s’inspirer de Monaco qui privilégie la primogéniture masculine tout en permettant la succession par les femmes. Les Grimaldi actuels tiennent leur palais grâce à deux femmes dans l’histoire. La dynastie alpine a adopté la solution la plus politiquement correcte. Cette antique famille dont le territoire abrite de nombreuses banques s’est-elle pliée au Diktat de la finance mondiale ? Il faut le craindre. Il est possible qu’un référendum d’initiative populaire saisisse ce sujet et que les électeurs rejettent au final la décision…

Deux compagnons de route du Lys noir, Joseph Joly et Vincent Lefebvre ont naguère publié aux éditions de l’Aspirant La dynastie prisonnière. Histoire des souverains du Luxembourg, de l’indépendance à aujourd’hui. Ces deux auteurs mettaient tous leurs espoirs dans le grand-duc Henri ainsi que dans son fils aîné, Guillaume, pour entrer tôt ou tard en dissidence. L’histoire immédiate a répondu à leurs attentes par un démenti formel ! Avant d’abdiquer en faveur de Guillaume V en 2025, l’ancien grand-duc Henri entérine la révision de la Constitution en 2008 qui lui retire ses ultimes prérogatives politiques. Le Lys noir croyait en la combattivité de la Maison de Bourbon-Parme à l’exemple du prétendant carliste traditionaliste Sixte-Henri. Or les anarcho-royalistes oubliaient qu’en 1986, le grand-père de Guillaume V, Jean (né en 1921, grand-duc en 1964, abdique en 2000 et décédé en 2019), renonçât pour lui et ses descendants aux titres de la Maison de Bourbon-Parme. Cette renonciation surprenante signalait déjà une acceptation inquiétante envers le nouveau désordre mondial ambiant.

Certes, à part le prince régnant de Monaco, Albert II, qui refuse la proposition du Conseil national d’autoriser l’avortement jusqu’à douze semaines de grossesse avec le risque de se faire dénigrer par les bien-pensants, force est de constater que les dynasties régnantes en Europe se couchent devant un conformisme édifiant. Cet état de fait empêche toute restauration monarchique sérieuse. La monocratie héréditaire n’est pas une solution idoine. Au risque d’oser l’oxymore, une « monarchie collective » dans laquelle la souveraineté se répartirait en fonction des circonstances d’un pôle à un autre paraît plus avantageuse. La résistance polysynodale, modulaire et « mosaïque » de la République islamique d’Iran le démontre bien chaque jour à la grande colère des atlantistes – occidentalistes globalitaires. S’il faut un empire sacré à l’Europe, que cet Imperium se donne d’abord un conductorat impérieux !

Salutations flibustières !

00:08 Publié dans Georges Feltin-Tracol | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |

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