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lundi, 07 juillet 2025

E. coli dans l’Aisne : silence gêné autour du lien avec des boucheries halal

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La rédaction de Breizh-info

Une trentaine d’intoxications, principalement chez des enfants, un décès, des fermetures administratives… et un mot qui brûle les lèvres de la presse généraliste : halal. L'affaire des contaminations à la bactérie E. Coli dans l'Aisne prend une tournure inquiétante sur le plan sanitaire, mais aussi révélatrice sur celui de l’information. Car si les autorités sanitaires ont bien identifié un « lien biologique formel » entre les cas recensés et cinq boucheries situées à Saint-Quentin, la mention de leur caractère halal semble susciter une extrême prudence dans le traitement médiatique de l’affaire.

Une contamination d’ampleur, un décès, des enfants touchés

Depuis la mi-juin, 32 cas de contamination à E. coli ont été enregistrés dans le département de l’Aisne, dont 29 chez des enfants. Une fillette de 11 ans est décédée, une autre de 12 ans a succombé quelques jours plus tard, et plusieurs malades ont développé un syndrome hémolytique et urémique (SHU), pathologie potentiellement grave. Les autorités sanitaires ont rapidement orienté leurs investigations vers plusieurs établissements de boucherie de Saint-Quentin. Six ont été fermés à titre conservatoire, dont cinq sont toujours clos début juillet.

Une preuve scientifique, un nom qu’on tait

Le 2 juillet, la préfecture a publié les résultats des analyses menées par le Laboratoire national de référence et l’Institut Pasteur. Ces examens ont confirmé « la preuve irréfutable d’une correspondance » entre les bactéries retrouvées dans certaines viandes ou surfaces des boucheries concernées et celles présentes chez les malades.

Les noms des cinq établissements ont été communiqués : La Direction, Family, El Baraka, La Fayette et le rayon boucherie de TMS Destock. Or, plusieurs de ces enseignes sont connues localement pour être des boucheries halal. Ce que plusieurs articles de presse n’ont mentionné qu’à demi-mot, voire pas du tout. Certains titres se contentent de dire que « certaines boucheries commercialisaient de la viande halal ». D’autres, comme Le Figaro, le reconnaissent, mais relèguent l’information au second plan. Pourtant, tous les établissements concernés à l’exception de l’Intermarché de Gauchy sont des boucheries halal.

Abattage rituel : un angle évité

Le lien entre certaines pratiques d’abattage rituel et des risques accrus de contamination bactérienne est bien connu des vétérinaires. Plusieurs spécialistes, dont Alain de Peretti, ont rappelé dans la presse les risques sanitaires posés par l’égorgement sans étourdissement : saignée incomplète, section de l’œsophage favorisant les fuites digestives, stress de l’animal induisant une dissémination bactérienne… Des conditions propices à la prolifération d’agents pathogènes comme E. coli ou Salmonella.

Le président de l’Académie vétérinaire de France, Jean Derégnaucourt, a même écrit au ministre de la Santé pour alerter sur ce sujet sensible. Malgré cela, la majorité des médias ont soigneusement évité de lier ces données scientifiques à la contamination récente. Comme si évoquer la question du halal relevait du tabou.

Seul le député RN Stéphane Rambaud a publiquement interpellé le gouvernement sur « l’opacité persistante sur les viandes issues d’abattages rituels ». En réponse, la ministre de la Santé, Catherine Vautrin, a promis que « toutes les causes seront regardées », évoquant la traçabilité des produits. Une réponse prudente, à l’image du silence généralisé sur le sujet dans le débat public.

Pendant ce temps, les infections continuent. Deux nouveaux cas ont été signalés le 5 juillet. Le parquet de Paris a repris la main sur l’enquête, initialement ouverte à Saint-Quentin pour homicide involontaire, blessures, mise en danger d’autrui et tromperie aggravée. La question d’éventuelles responsabilités pénales est désormais posée.

Au-delà du drame sanitaire, ce scandale révèle une nouvelle fois le malaise profond des autorités et des médias lorsqu’il s’agit d’aborder frontalement certains sujets, pourtant d’intérêt public. Dans une société soucieuse de transparence et de sécurité alimentaire, il n’est pas admissible que des considérations idéologiques ou communautaires empêchent d’informer pleinement les citoyens. La viande halal, tout comme la viande casher, dans leurs pratiques industrielles actuelle, ne sont pas au-dessus de tout soupçon. L’examen rationnel des faits, indépendamment de leur charge politique ou religieuse, devrait être une exigence journalistique et sanitaire. Pour les enfants contaminés et leurs familles, il est déjà trop tard pour les silences de convenance.

Source : Breizh-info - Cliquez ici.

11:08 Publié dans Revue de presse | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |

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