samedi, 16 mai 2026
Immigration, la gauche contre le réel

Vincent Trémolet de Villers
Le catéchisme de la gauche française repose sur un seul dogme : l’immigration est par principe, toujours, partout et en toute proportion une providence. Enfreindre cette vérité incontestable, c’est s’exposer aux anathèmes des ligues de vertu, aux injures des ricaneurs de Radio Nova, à la disqualification morale par la presse progressiste. En politique, Jean-Pierre Chevènement, Manuel Valls, Arnaud Montebourg, François Ruffin, parce qu’ils ont dénoncé les effets néfastes du dérèglement migratoire, ont été reconnus coupables d’intelligence avec l’ennemi, c’est-à-dire le réel.
Dans la sphère intellectuelle, la liste des proscrits ne cesse de s’allonger. Depuis 2002 ont été rappelés à l’ordre, entre autres, Jacques Julliard, Marcel Gauchet, Régis Debray, parce qu’ils ont intégré à leur réflexion des notions aussi vieilles que la politique : la frontière, la culture, l’identité. À chaque fois, le même processus : le penseur est expulsé de la gauche et déchu de son statut d’intellectuel. Alain Finkielkraut ? Un philosophe « controversé ». Christophe Guilluy ? Un géographe « de comptoir ». Michèle Tribalat ? Une démographe « militante ». Michel Houellebecq ? Un romancier « sulfureux ».
Depuis le Collège de France ou les studios de Radio France, la gauche sans frontières prononce la sentence. Elle oscille entre deux discours contradictoires. Un jour, l’immigration est un mirage, une panique identitaire que les chiffres démentent : il n’y a pas plus d’immigrés aujourd’hui qu’il y a cinquante ans. Le lendemain, c’est le discours contraire : les photos de classe d’autrefois appartiennent au musée, la « nouvelle France » est là, et les esprits rétifs, « tout blancs, tout moches », devraient s’en réjouir.
Les grands principes, pourtant, ne parviennent plus à camoufler le cynisme électoral : puisque le peuple vote à droite, il est temps de changer le peuple. Stratégie moralement coupable, puisqu’elle essentialise autrement les immigrés ; politiquement perdante (la gauche en France rétrécit à chaque élection) ; économiquement absurde, puisqu’il n’y a pas de modèle social sans un minimum d’homogénéité culturelle. Les sociaux-démocrates danois l’ont compris, qui ont pris à bras-le-corps le sujet migratoire. Là-bas, l’équivalent du RN est encore sous les 10 %…
Source : Le Figaro 16/5/2026
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