vendredi, 14 août 2026
Rappel : comme chaque année, Synthèse nationale aura un stand aux 56e Journées chouannes de Chiré-en-Montreuil
Pour tout renseignement, cliquez ici.
11:15 | Lien permanent | Commentaires (0) |
|
Facebook | |
C'est l'été... Lucky Luke écolo-gaucho - Le "poor lonesome cowboy" embrigadé par la bien-pensance
Martine Eldé
Décidément, notre pays vit une époque "formidable". L’idéologie progressiste mâtinée d’anticapitalisme, de décolonialisme, d’écologisme, de wokisme…, y a généré un conformisme bien-pensant qui formate les esprits, assèche la pensée, étouffe les activités intellectuelles et artistiques. Aujourd’hui, même le héros de BD Lucky Luke fait les frais de ce formatage…
Sous la chape de plomb du politiquement correct, nombre de créateurs, à travers leurs œuvres, se contentent, pour l’essentiel, de faire passer les messages obligés de la pensée conforme. Ils déroulent mécaniquement le récit du "camp du bien". Ainsi, le prêchi-prêcha, sermonneur, moralisateur et culpabilisateur, s’insinue partout. Il va se nicher dans les moindres recoins de la création. Les productions qui lui échappent sont donc rares, qu’il s’agisse de films, de téléfilms, de dessins animés, de pubs, de livres ou de BD. La moraline est partout ; l’imagination, l’originalité, la subtilité ne sont nulle part (ou presque) ; et notre plaisir s’en trouve grandement gâché ! C’est l’âge des grosses ficelles, des démonstrations lourdingues, des scénarios prévisibles, des fins téléphonées. On regarde, on lit, on s’ennuie, on passe à autre chose ou on somnole, et on oublie !
Un énième exemple de cette ossification de la création française, trouvé par hasard au sein d’une production pléthorique d’œuvres de propagande, nous a été donné avec la dernière aventure parue du "Lucky Luke" de Matthieu Bonhomme : La longue marche de Lucky Luke (éditions Lucky Comics, mars 2026).
L’album de 78 pages reprend, comme les deux précédents, le personnage du génial dessinateur belge Morris (mort en 2001), le fameux cow-boy solitaire qui tire plus vite que son ombre. Y figurent également son fidèle destrier, Jolly Jumper (mais sans que ses pensées soient transcrites), et les quatre frères Dalton.
En toute logique, le dessin de Matthieu Bonhomme relève de l’école franco-belge classique. Le trait est moins "rond" et plus réaliste que celui de Morris mais on peut sans difficulté établir un lien entre les deux : les cases offrent le même dynamisme ; les personnages, représentés avec la même économie de traits de vitesse, sont eux aussi comme figés dans l’espace ; les mouvements suggérés ont la même fluidité…
Le dessin de Matthieu Bonhomme permet aussi de reconnaître Lucky Luke sans difficulté (d’autant qu’il arbore le même chapeau, la même tenue – devinée sous une épaisse pelisse de fourrure noire - et la même paille "politiquement correcte" qui, depuis 1983, remplace la cigarette que l’on ne saurait plus voir désormais). On peut faire le même constat avec Jolly Jumper - qui conserve sa crinière et sa queue blondes - et les Dalton - qui présentent le même visage, les mêmes différences de taille, la même hargne obstinée, la même bêtise (tandis qu’Averell, le plus grand, se montre toujours aussi abruti et affamé).
Il n’y a rien à dire de particulier quant au style graphique. On l’aime ou on ne l’aime pas, c’est une question de goûts personnels. En revanche, le message véhiculé à travers l’histoire (que l’on ne divulguera pas) imaginée et racontée par l’auteur, dessinateur et coloriste, est vite crispant. Les scénarios écrits par Goscinny (et treize autres après lui) sont bien loin. Fini la légèreté du propos, l’humour, les gags et les jeux de mots bon enfant ! Place à la BD à thèse qui se prend au sérieux, se veut édifiante à tout prix et dont l’histoire n’est que le prétexte à la délivrance du discours politique "progressiste" en vigueur, assimilé puis restitué par l’auteur !
Ainsi, l’album de Bonhomme flirte avec l’hygiénisme et l’anticapitalisme gauchard, sans oublier, au passage, de donner le coup de pied de l’âne à l’Église catholique. Il recycle le thème du "bon sauvage", usé jusqu’à la corde, et reprend sans nuance, avec un simplisme confondant, la phraséologie écolo-gaucho. L’homme blanc, par appât du gain, est capable de tous les crimes. Il saccage volontiers la nature. Il détruit les forêts, massacre la faune, empoisonne les rivières. L’Amérindiens, en revanche, n’est qu’harmonie, sagesse et bonté. Il vit en communion avec son environnement et se voit contraint de le défendre contre les assauts ravageurs de l’envahisseur mélanoderme sans scrupules...
On peut ainsi glaner, au fil des bulles ces quelques perles : « L’argent ne se mange pas » ; « Nous ne le laisserons pas faire ! Contre l’extinction : rébellion ! » (on notera la référence appuyée au mouvement social écologiste international de désobéissance civile Extinction Rébellion) ; « Avec tous les ravages qu’elle subit, la nature va se venger. Je sens venir le grand soulèvement de la Terre » (allusion explicite au "réseau de luttes" Les Soulèvements de la Terre, qualifié d’« écoterroriste » par Darmanin et dont la dissolution, par décret du 21 juin 2023, a été annulée par le Conseil d’État en novembre de la même année) ; « Oh là là, non, non ! moi je ne fume pas !, s’écrie Lucky Luke, (…) Désolé, chef… Si j’ai arrêté de fumer, ce n’est pas pour consommer des plantes hallucinogènes… » ; « Et toi (Lucky Luke), certains disent que tu pourrais avoir des ancêtres peaux-rouges » (le héros solitaire ayant le cœur pur, il ne peut être totalement blanc) ; « De toute manière, être "indien", ce n’est pas une histoire de couleur de peau…, c’est dans le cœur. La couleur de peau, il n’y a que pour les Blancs que ça compte » (et pour LFI, pourrait-on ajouter) ; « C’est vrai, petit, toi, tu as un cœur d’"Indien", c’est très précieux » ; ou encore : « Je connais un orphelinat où il sera très bien et quelques dollars régulièrement versés à la mère supérieure devraient suffire à garder sous contrôle certaines rumeurs malvenues ».…
Surtout, l’album tutoie les sommets en matière de militantisme à peine déguisé - et de ridicule - avec le grand méchant de service, le richissime Ronald Cramp (colossale finesse !), dont on ne voit jamais le visage et qui, évidemment, concentre tous les défauts que les gauches attribuent à l’actuel président des États-Unis, Donald Trump : il ne pense qu’à l’argent, se fiche de la nature et du climat, et se montre prêt à tout pour défendre ses intérêts et ceux de la Cramp company familiale dont il s’est indûment emparé. À la fin de l’histoire, on le voit même hurler à une tunique rouge canadienne française : « Le Canada n’est rien ! S’il le faut, un jour, je l’achèterai ou je l’annexerai ! » ; ce qui nous vaut en retour ce cri du cœur de toute la bien-pensance anti-trumpienne incarnée dans le représentant québécois de la police montée : « Sapristi ! Il est complètement fou, ce type ! ».
Tabernacle ! Damned ! Au moins, on a échappé à une allusion au Groenland et à l’ICE (quoique…) ! C’est toujours ça de gagné. Ouf ! Soleil couchant, musique : « We are relieved and happy natios ! »
Article paru dans le n°74 de notre revue Synthèse nationale (été 2026). Pour le commander, cliquez ici.
11:02 | Lien permanent | Commentaires (0) |
|
Facebook | |


























