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lundi, 03 août 2026

Chronique d’une époque "formidable" : quand un rond-point de Flins-sur-Seine, dans les Yvelines, illustre à sa façon la "réindustrialisation" de la France promue par le président…

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Didier Lecerf

Dans son discours élyséen du 11 mai 2023, adressé aux « acteurs de l’industrie française », Emmanuel Macron constatait, six ans tout de même après sa première élection : « Nous avons plus désindustrialisé que les autres, ce qui nous place dans une situation d’impasse ».

Saluons ce beau moment de réalisme de la part d’un président qui, en 2017, a trouvé l’industrie à 12,5% du PIB (et 3,18 millions d’emplois) et nous la laisse à un peu moins de 10% (et 2,84 millions d’emplois, soit 340.000 de moins) alors qu’il s’apprête à tirer sa révérence ! Décidément, il est bien vrai que la lucidité vient avec le nombre des années !

Ainsi, il en aura été de la réindustrialisation du pays comme de sa souveraineté, de son identité ou de sa sécurité : un prétexte pour battre les estrades, s’y pavaner et y discourir à foison, sous le regard énamouré de parterres de groupies de plus en plus clairsemés… Pour ce président, comme pour une bonne part de la classe politique d’ailleurs, la volonté n’est qu’affichée et la parole remplace l’action…

Point de réindustrialisation ni de redressement de la croissance, donc. En revanche, il est un domaine qui continue de se bien porter : la création et l’aménagement de ronds-points. Il paraît que notre pays en est le grand champion : près de 43.000 en tout, et 500 à 1.000 de plus chaque année ! Que de pages blanches offertes à l’imagination débridée des édiles municipaux, de leurs jardiniers et "artistes" locaux, jamais avares d’une énième création audacieuse dont, le plus souvent, la laideur est proportionnelle à son coût !

Parmi ces innombrables symboles de sa vacuité que notre époque a semé aux croisements des routes, prenons, à Flins-sur-Seine, celui qui dessert l’A13 et l’ancienne usine d’assemblage de Renault. Dans les Chants de Maldoror, Lautréamont écrit, à propos du jeune Mervyn, « fils de la blonde Angleterre » : « Il est beau (…) comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie ». Avec l’aménagement récent du rond-point dont il est question ici, la municipalité de Flins peut ajouter au passage susmentionné du long poème en prose : « Ou comme la rencontre improbable sur un carrefour circulaire de carcasses de robots industriels avec le  buste en plastique blanc d’un penseur ou d'un dieu grec barbu ». C’est, en effet, le spectacle édifiant qui s’y trouve offert au passant qui passe, comme le montre la photo illustrant cet article.

En fin de compte, quel plus beau symbole de la "réindustrialisation" de la France promue par le fantôme de l'Élysée pourrait-on trouver ? Une usine où la production s’est arrêtée le 29 mars 2024 après 72 ans d’activité et 19 millions de voitures assemblées (et qui sert désormais au reconditionnement de véhicules d’occasion - bientôt de plus en plus chinois -, à la rénovation de batteries - chinoises elles aussi - ou encore au rétrofit de robots de production - japonais, allemands ou scandinaves) ; un rond-point, emprunté auparavant par le personnel nombreux de ce centre de fabrication, où se dressent désormais trois bras robotiques devenus inutiles ; le tout dans un pays qui, en 2023, comptait 186 robots pour 10.000 emplois, soit deux fois moins qu’en Allemagne et cinq fois moins qu’en Corée du Sud ou qu’à Singapour, et qui, en 2024, en a installé 4.900 (contre 7.400 en 2022), alors que le Japon en installait 44.500, l’Allemagne 27.000 et les États-Unis 34.200 !

Notre actuel chef de l'État et les ectoplasmes interchangeables dont il aime à s’entourer auraient grandement gagné à méditer cette pensée du cardinal de Retz : « Il y a très loin de la velléité à la volonté, de la volonté à la résolution, de la résolution au choix des moyens, du choix des moyens à l’application »…

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