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mardi, 30 avril 2019

L'intervention de Robert Steuckers lors de la Journée régionale de Synthèse nationale à Nieppe, près de Lille, dimanche 28 avril 2019.

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Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,

Chers amis et camarades,

Aujourd’hui, nous avons les élections législatives espagnoles ; dans moins d’un mois, les élections européennes. Très récemment, nous avons eu les législatives finlandaises qui ont fait du parti des Finlandais la deuxième formation du pays, qui talonne les sociaux-démocrates, généralement vainqueurs dans le grand Nord et cette fois avec un écart de seulement 0,2% des voix (17,5% contre 17,7%). En septembre, les sondages donnent l’AfD victorieuse en Saxe où s’effondrent le parti de Merkel et les sociaux-démocrates. Le vent semble tourner en Europe et les chances de Vox en Espagne sont réelles aujourd’hui, où l’on vote pour des législatives anticipées. Nous verrons ce soir ce que ce scrutin donnera et s’il y aura, ou non, dans les prochaines semaines, un gouvernement PP/Vox/Ciudadanos. Mais ces diverses élections, à quoi pourraient-elles bien servir ? Quels projets nouveaux et nécessaires devraient-elles promouvoir pour autant que les élections apportent réellement du nouveau ? La nécessité, urgente aujourd’hui, est l’émancipation de l’Europe qui doit échapper, coûte que coûte si elle veut simplement survivre, à l’étau qui l’enserre, à l’étau qui est formé par la politique du Deep State américain et par les initiatives, en théorie privée, des multiples associations et ONG patronnées par George Soros. Les élections italiennes, qui ont porté au pouvoir et le populisme de droite de la Lega de Salvini et le populisme de gauche du « Mouvement Cinq Etoiles » de diMaio, semble être de bon augure et les meilleures nouvelles, en ces temps moroses où les gilets jaunes peinent à obtenir gain de cause, viennent assurément d’Italie.

Dans quel contexte, plus précisément, ces espoirs de changement rapide se déploient-ils ? Le principal de ces contextes a été, sans aucun doute, la 63Conférence sur la Sécurité de Munich, tenue en février dernier dans la capitale bavaroise. Lors de cette conférence, où, généralement, les participants ânonnent benoîtement les mots d’ordre de l’OTAN, les dissonances entre les deux rives de l’Atlantique se sont fait bruyamment entendre sur des points essentiels comme le gazoduc Nord Stream 2 et les relations euro-iraniennes. Auparavant, l’alignement inconditionnel des instances européennes sur les positions de l’OTAN (donc des Etats-Unis) faisait dire au ministre russe Sergueï Lavrov que l’UE ne détenait pas le monopole de la décision dans le modelage de ses propres affaires régionales et avait raté toutes les occasions de construire réellement la « maison commune européenne ». Pour le journaliste italien Lorenzo Lamperti, qui écrit pour Affari italiani (cliquez ici), l’Europe semble avoir pris la voie de l’émancipation en n’acceptant pas la politique violemment anti-iranienne de Washington et en créant, pour la contourner et la vider de tout contenu articulable, l’instance baptisée « Instex », véhicule financier destiné à commercer avec Téhéran selon les bonnes vieilles règles du troc, sans passer par une monnaie d’échange donc sans passer par le dollar. La volonté américaine de faire jouer le « droit » et la « justice » pour punir tous ceux qui contourneraient les embargos qu’ils imposent, surtout dans la question iranienne, a attiré les critiques de Lavrov, véritable vedette à Munich, contrairement aux émissaires de Trump (Pompeo, Pence et Bolton, trois « faucons », nouvelles moutures du néo-conservatisme belliciste). Federica Mogherini a clairement affirmé que l’Europe n’entendait pas se faire dicter une conduite dans l’affaire iranienne ni s’aligner, ipso facto, sur les politiques bellicistes, dictées par les Etats-Unis, d’Israël et surtout de l’Arabie Saoudite, à laquelle les Américains s’apprêteraient à vendre des technologies nucléaires pour que l’épicentre du wahhabisme se dote de l’arme atomique pour affronter l’Iran (à la place d’Israël, qui conserverait son arsenal intact et échapperait à d’éventuelles représailles perses ?). C’est, on le voit, dans le cadre de l’UE, le retour, encore bien timide, de la géographie, donc de la géopolitique et de la géo-économie. A Munich, l’Administration Trump avait exigé que les Européens reprennent les quelque 800 prisonniers de l’Etat islamique faits en Syrie par l’US Army et qu’en cas de refus, ceux-ci seraient libérés : les Allemands ont sèchement répondu que c’était impossible.


2019 04 28 NIEPPE 2.jpgDans le dossier très complexe et très épineux de la 5G développée par la firme chinoise Huawei, les Européens, surtout les Allemands, se montrent très réticents à annuler les projets qui sont déjà en phase de réalisation. Pour les Etats-Unis, ne pas se laisser distancer par les Chinois dans la technologie de la 5G est un impératif de sécurité nationale, d’où les multiples interdits qui frappent la firme Huawei et la mesure qui a permis l’arrestation d’une des cadres de la firme au Canada récemment. La raison majeure de cette panique à Washington vient du fait que la 5G chinoise ne possède pas la « porte d’entrée » (le « backdoor ») permettant à la NSA de s’y introduire, comme dans les appareils Samsung. Les appareils chinois et même certains modèles d’Apple permettent en revanche aux services chinois d’y accéder : l’Europe, qui n’a jamais misé sur ces technologies, se trouve dès lors coincée entre les Etats-Unis et la Chine et soumise à leurs réseaux d’espionnage, sans possibilité de répondre à ce défi et d’en contrer les inconvénients.

Les menaces de Trump, d’imposer des droits de douane aux automobiles européennes, ne sont pas passées à Munich en février et l’UE s’apprête à prendre des contre-mesures. Trump, en adoptant une intransigeance qu’il n’avait pas promis, bien au contraire, pour se faire élire, a sabordé l’unanimité qui faisait la force, jusqu’ici, de l’alliance transatlantique, contraire aux intérêts européens. L’Allemagne lorgne désormais vers la Chine et vers le Japon : les ministres des Affaires étrangères allemand et chinois insistent sur le droit national des Etats européens et asiatiques à pratiquer le multilatéralisme en commerce international. Quant à l’Italie, elle s’est branchée sur les « routes de la Soie » et a accepté que le port adriatique de Trieste, aujourd’hui encore souvenir des splendeurs de la monarchie austro-hongroises, redevienne un port de la plus haute importance en Méditerranée certes mais branché aussi et surtout sur l’Europe centrale bavaroise, autrichienne et hongroise comme avant son annexion à l’Italie. Trieste est relié à Stettin sur la Baltique par un chemin de fer rapide, lien indispensable dans l’isthme du centre de l’Europe, ce qui apportera encore davantage de cohérence géopolitique à l’ensemble européen. A terme, Gènes s’y branchera aussi, entraînant la Suisse qui est son hinterland naturel ainsi que la Provence, le Languedoc et la Catalogne. La société danoise Maersk, spécialisée dans le transport par conteneurs vers la Chine est d’ores et déjà présente sur la côte ligure, prête à lancer une synergie balto-méditerranéenne, avec les ports d’Anvers, Rotterdam et Hambourg, le trio portuaire nord-européen au passé hanséatique.

Pour l’observateur irlandais Finian Cunningham, les tentatives de Macron, absent à Munich, de bidouiller un montage institutionnel au sein de l’UE, pour freiner l’utilisation du gazoduc Nord Stream 2, constitue un piètre expédient atlantiste que l’Allemagne, les pays du Benelux, la Grèce et Chypre n’ont pas accepté, faute de devoir payer l’énergie trop chère, tant pour les industries que pour les ménages. Cette tentative maladroite et déraisonnable de torpiller l’approvisionnement énergétique de l’Europe du Nord comme du Sud met en exergue les contradictions de la politique européenne de Macron : d’une part, il se veut le champion du « couple franco-allemand » mais, d’autre part, empêche son partenaire soi-disant privilégié de s’approvisionner en énergie comme il l’entend, rendant automatiquement caduques toutes les belles déclamations du nouveau traité d’Aix-la-Chapelle qu’il a signé naguère avec Merkel sous les huées de gilets jaunes allemands, français et wallons. Ensuite, Macron a promis d’être le champion des « causes vertes » et de pratiquer des politiques écologiques, où le gaz, moins polluant, devrait toujours être préféré au nucléaire, au pétrole et au charbon. Une contradiction de plus et non des moindres. Enfin, alors qu’il devrait se montrer soucieux de tarir le mécontentement des gilets jaunes qui déstabilisent la France, il agit pour que l’énergie soit plus chère, car éventuellement dérivée du gaz de schiste américain, quand le peuple français se rebelle justement contre la hausse du prix de l’essence. Plus sévère encore à l’endroit de la politique anti-gazière de Macron est la géopolitologue française Caroline Galacteros : « Nous agissons comme si (…) nous n’avions nul besoin de nous mettre en ordre de bataille (entre Européens) pour projeter notre puissance de frappe commerciale collective vers le reste de la planète, afin de ne pas nous faire dévorer tout crus par Pékin et Washington. Bref on a tout faux… mais on fonce dans le mur avec l’assurance d’un taureau au front court se précipitant sur une muleta rouge pour finir lardé de banderilles meurtrières ». Fin de citation. L’UE, ajoute-t-elle, « paralysée par ses propres réglementations anachroniques…, consent à son effacement de la carte des grands ensembles ». Pour Caroline Galacteros, Macron a agi par peur des pressions américaines, pour saisir une chance de plaire au « maître ».

Cette attitude ouvre bien entendu le dossier, crucial et inquiétant, du « parti américain » au sein des institutions eurocratiques qui, le 12 mars dernier, a encore voté une résolution antirusse présentée par une parlementaire lettone, Sandra Kalniete, dénonçant les présidentielles russes comme « non-démocratiques » : elle a obtenu 402 voix pour, 163 voix contre et 89 abstentions. Dans la plupart des cas, le parlement européen répète, à la lettre près, les accusations formulées par des ONG américaines. De même, quand l’Italie a formulé, pour la première fois, le désir de participer aux synergies de la « route de la soie », la Commission de Juncker lui a fait savoir que la Chine « est un rival qui promeut des modèles alternatifs de gouvernance » ( !), alors que, justement, tous ont besoin de gouvernance nouvelle ou rénovée, tant le « malgoverno » s’est généralisé en Europe depuis près d’un demi-siècle ! Manlio Dinucci, observateur des fluctuations géopolitiques dans le monde, dénonce dès lors « l’influence qu’exerce le ‘parti américain’, puissant camp transversal qui oriente les politiques de l’UE le long des lignes stratégiques USA/OTAN », avec le risque, s’empresse-t-il d’ajouter, « d’accepter très bientôt les missiles balistiques avec base à terre, soit de nouveaux euromissiles qui feront, une fois encore, de l’Europe la base et, en même temps, la cible d’une guerre nucléaire ». Nous revoilà revenu à l’année 1982 quand les Etats-Unis, en pleine guerre froide, voulaient déployer leurs missiles Pershing en Allemagne pour préparer l’Armageddon annoncé par Reagan, premier président américain à avoir réintroduit le discours biblique et apocalyptique dans l’exposition des buts de la politique internationale de Washington et à avoir abandonné le « réalisme » cher à Kissinger.

C’est ce « parti américain » que les formations politiques nouvelles, populistes de droite ou de gauche, devront empêcher de nuire dans l’avenir pour que les générations qui nous suivront puissent simplement survivre dans un monde de plus en plus multipolaire et de moins en moins européen. On parle d’une internationale des populistes en gestation, sans nécessairement s’entendre sur une définition précise de ce qui est populiste et ne l’est pas. On sait depuis le début du XXe siècle que les partis se sclérosent, « s’oligarchisent », « se bonzifient », pour reprendre la terminologie polémique d’un observateur que l’on n’a cessé de citer depuis : Roberto Michels. La sclérose a indubitablement frappé les trois principales formations qui structurent le fonctionnement du parlement européen : les chrétiens-démocrates du PPE, les sociaux-démocrates et les libéraux. Ces trois ensembles ont répété à satiété la politique voulue et imposée par Washington, conduisant l’Europe dans l’impasse où elle se trouve aujourd’hui. Toute formation réellement politique se doit de dégager notre continent de cette cangue et de permettre son désenclavement géopolitique. C’est donc en politique étrangère, comme on l’a vu à Munich en février dernier, que ce dégagement et ce désenclavement devront s’opérer en premier lieu.

Les chrétiens-démocrates de Merkel, et leurs partenaires socialistes et libéraux, ont toujours joué la carte atlantiste or cette option est désormais grosse de dangers réels pour notre avenir, ceux qui nous précipiteront à coup sûr, s’ils ne sont pas conjurés dans les plus brefs délais, dans une irrémédiable récession. L’idéologie que véhiculent ces forces politiques du passé est une idéologie du sur place, de la répétition ad nauseam du même et encore du même dans un monde qui change à une vitesse désormais vertigineuse (celle de la 5G !). Cette idéologie de l’indécision et du débat stérile, théorisée par Jürgen Habermas, pratiquée par Verhofstadt et vulgarisée par Cohn-Bendit doit être balayée de nos horizons. Mais tous les populistes qui ont émergé dans les contextes nationaux des pays d’Europe, d’Ibérie aux rives de la Baltique, ont-ils conscience de ce double enjeu ? Ont-ils tous la volonté de sortir de la cangue de l’atlantisme ? Ont-ils tous viré leur cuti néolibérale ? Car, ne l’oublions pas, la science politique qualifie de « populiste » tout mouvement qui n’est pas strictement chrétien-démocrate, socialiste ou libéral, à la rigueur écologiste, et qui sera, dès lors, disqualifié par les médias dominants qui lui colleront l’étiquette de « populiste ». Or Podemos en Espagne ou Syriza en Grèce voire Mélanchon en France sont aussi étiquetés « populistes », tout en bénéficiant d’une certaine mansuétude de la part des médiacrates et des intellocrates parce qu’ils sont des « populistes de gauche », non hostiles à la vague migratoire donc peu susceptibles de gagner des voix en suffisance et de défier effectivement  les trois pôles politiques majeurs en place dans les institutions eurocratiques.  Seule Sarah Wagenknecht avait des chances dans une fraction des gauches allemandes de parfaire une politique populiste de gauche efficace mais elle a démissionné et a quitté la scène politique. Macron, en se dégageant du parti socialiste de Hollande et en n’empruntant pas la voie du sarkozisme, est considéré, lui aussi, comme un « populiste », un « populiste néolibéral », un peu comme Bolsanaro au Brésil mais en moins vigoureux, en moins machiste.

L’Internationale populiste, crainte par les Merkel et les Macron de tous poils et acabits, verra le jour, c’est certain, car il est très probable que onze ou douze nationalités participeront à un groupe politique unique au parlement européen à la fin du mois de mai 2019. Mais cette nouvelle Internationale des nationaux sera-t-elle homogène sur le plan de la politique internationale et sur le plan d’une géopolitique européenne enfin ressuscitée ? Là est la question, l’épineuse, la lancinante question qu’il faut se poser aujourd’hui, à la vieille du grand scrutin. Agira-t-elle dans le sens des paroles fermes de Federica Mogherini à Munich en février, lors de la 63e Conférence sur la Sécurité en Europe ? L’Internationale populiste, si elle est appelée à s’ancrer, à partir de mai 2019, dans le quotidien du parlement européen et à constituer un bloc antisystème au sein du système, doit être intransigeante sur la politique énergétique européenne, qui doit demeurer totalement indépendante de toute ingérence extra-européenne, doit être inflexible sur la politique iranienne de l’UE, sur la politique russe de l’UE, sur les relations que l’Europe souhaitera entretenir avec la Chine.

Tel est le programme, la ligne directrice incontournable qu’il s’agira de suivre. C’est ce désenclavement politique, géopolitique et idéologique auquel il faudra œuvrer sinon ce qui nous attend au tournant, et très vite, c’est la mort, lente ou rapide, dans la récession économique, dans l’implosion sociale et la submersion démographique.

Je vous remercie.

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22:45 Publié dans La vie de l'association Synthèse nationale | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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