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lundi, 19 août 2019

Une rentrée sous le signe de la défiance*

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Par Stéphane Dupont

Trois bonnes semaines au fort de Brégançon, émaillées de quelques rares déplacements officiels : l’été d’Emmanuel Macron dans le Var a été studieux et plutôt calme cette année. Pas d’affaire Benalla, comme l’an dernier, pour bousculer l’agenda présidentiel. La démission et le remplacement de François de Rugy à la tête du ministère de la Transition écologique ont été prestement réglés. Et aucune autre grosse polémique ne s’est invitée dans l’actualité depuis la fin juillet.

Mais rien ne dit que la rentrée sera aussi tranquille pour le chef de l’Etat. Emmanuel Macron a, de l’avis général, relativement bien réussi la sortie du grand débat lancé pour répondre au mouvement des « gilets jaunes ». Les élections européennes ne se sont pas trop mal déroulées pour la majorité fin mai, avec notamment la déroute de la droite républicaine. Et le chef de l’Etat a redoré un peu son image, très dégradée, dans l’opinion.

Cote de confiance en baisse

Mais ce rebond est en train de s’essouffler. Après trois mois de hausse, la cote de confiance d’Emmanuel Macron a de nouveau reculé en août dans notre baromètre mensuel Elabe, à un maigre 28 %. Les Français attendent désormais des résultats concrets après les annonces présidentielles du printemps.

L’action de l’exécutif en faveur de l’environnement les laisse sceptiques pour le moment. Et la vigilance est de mise sur la question du pouvoir d’achat. La diminution pour la deuxième année de suite de la taxe d’habitation et le vote dans le projet de loi de finances d’une baisse de 5 milliards de l’impôt sur le revenu à l’automne devraient convaincre, espère-t-on au gouvernement. Tout comme le reflux continu du chômage.

Mais la défiance reste très importante. Et le climat social demeure hautement inflammable. Emmanuel Macron l’a reconnu lui-même en arrivant à Brégançon. « Je ne crois pas du tout que ce qui a, à un moment donné, créé la colère sincère d’une partie de la population soit derrière nous », a-t-il déclaré. « Il y a une aspiration à un sens profond dans notre pays et on ne l’a pas encore trouvé », a admis l’hôte de l’Elysée, qui s’est dit «vigilant » et «à la tâche».

Les permanences des députés de la majorité vandalisées ces dernières semaines et la grève aux urgences hospitalières sont notamment venues lui rappeler, si besoin était, que les mouvements de protestation spontanés et parfois violents, qui ont agité le pays tout l’hiver, n’ont pas disparu à la faveur des vacances.

(*) le titre est de la rédaction.

Source : Les Echos 19/08/2019

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11:27 Publié dans Revue de presse | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

Une étincelle peut mettre le feu aux poudres

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Pauline Théveniaud , entretien avec Jérôme Fourquet* 

La crise des Gilets jaunes est-elle terminée ?

Il y a un reflux très net de cette crise, mais elle n’est pas complètement résolue. Le mouvement a remué le pays dans ses profondeurs. Plusieurs mois après, il a encore un écho, avec un noyau dur de gens beaucoup moins nombreux mais qui continuent de s’accrocher, quitte à passer à des modes d’action plus virulents et à se chercher des motivations nouvelles. L’incendie est maîtrisé, mais les braises sont toujours là.

Qu’est-ce qui pourrait les raviver ?

Nous sommes face à une situation hautement instable. Une étincelle peut mettre le feu aux poudres. Ça ne sera pas forcément où on l’attend, cela peut très bien ne pas arriver, mais nous sommes bien dans un contexte de tensions accumulées. Et, pour l’instant, elles ne s’évacuent pas.

Quels sont les sujets potentiellement irritants ?

La société est assez fragmentée, éclatée. Ces sujets « potentiellement irritants » sont différents en fonction des secteurs. La réforme des retraites peut être un sujet plus fédérateur, comme ce qui se passe aux urgences.

Gouverner revient-il désormais à gérer des colères catégorielles ?

Dans cette société émiettée, il faut parvenir à répondre à des interrogations de plus en plus sectorielles, voire individuelles. On l’a vu avec les Gilets jaunes, de nouveaux groupes peuvent s’agréger en fonction non plus des classes sociales, mais sur le mode de vie, sur une logique régionale ou plus politique comme la sensibilité environnementale. La convergence des colères est moins évidente, mais cela peut démarrer n’importe comment, n’importe où. Et puis, l’idée s’est installée qu’il faut parfois un certain degré de violence ou de conflictualité pour obtenir gain de cause. Les gens se disent : il a fallu que l’on casse pour avoir 12 milliards d’euros. Cela restera l’un des enseignements de la crise des Gilets jaunes.

La contestation violente s’est-elle banalisée ?

La violence n’est plus disqualifiée d’emblée. Pour une partie de la population, cela fait partie des modes d’action recevables. D’autant qu’une chose lie les différentes îles de cet « archipel français » : la très forte défiance vis- à-vis du sommet.

Cette défiance est-elle résorbable ?

C’est compliqué. Le sentiment de déconnexion des politiques a des causes profondes. Et l’on constate une très grande réticence face à la représentativité, à l’idée de déléguer le pouvoir.

N’est-ce pas plus compliqué encore pour Macron ?

Il y a effectivement un fossé très profond avec toute une partie de la population, qui se sent aux antipodes de ce qu’il représente et véhicule. Mais il a manifestement une base électorale solide et fidèle. Cela ne fait pas une majorité aujourd’hui, mais dans la société « archipel », si vous faites 20-25 %, c’est déjà pas mal. Ce n’est ni glorieux, ni très confortable, ni forcément très satisfaisant sur le plan démocratique, mais cela assure une certaine stabilité car personne n’est en capacité d’agréger davantage.

Cela revient à vivre dans une forme de cohabitation avec toute une partie de la population...

Là, la cohabitation ne se fait plus dans le système politique mais dans la rue, entre un exécutif et ceux qui ont « fermé les écoutilles », qui n’atendent plus rien de lui. D’où ces bouffées de violences ou de protestations : la pression s’évacue comme elle peut.

Le président avait promis « la France réconciliée ». Est-ce encore possible ?
Les fractures, les différences se creusent. Mais il reste en partage une histoire commune, un certain nombre de références, de grands rituels. Il faut essayer de trouver les points qui fédèrent encore. Il y a des moments de relative communion dans les événements heureux, comme la victoire des Bleus, ou lors des attentats, l’incendie de Notre- Dame de Paris, les commémorations.

Quel est le risque, pour le pays, s’il reste dans cet état de fragmentation ?
Il sera de plus en plus difficile à gouverner.

(*) Jérôme Fourquet est directeur du département Opinion publique à l’Ifop et l’auteur d’un éclairant ouvrage l’Archipel français (Seuil). Avec le philosophe Jean-Claude Michéa et le géographe Christophe Guilluy, il fait partie de ces analystes qui ont donné l’image la plus exacte de la France d’aujourd’hui, c’est-à-dire en mille morceaux.

Source : le parisien 18/08/2019

09:38 Publié dans Revue de presse | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook