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samedi, 03 mars 2012

DEFENSE DE L’OCCIDENT : HISTOIRE D’UNE REVUE NATIONALISTE…

SN 26 Déf de l'Ocdcident.jpgPar Francis Bergeron

Article publié dans Synthèse nationale

n°26 (janvier février 2012)

Nous commémorons cette année le soixantième anniversaire de la revue Défense de l’Occident, et le trentième anniversaire de sa disparition. C’est en 1952, en effet, qu’est paru le premier numéro de cette revue, qui fut animée pendant trente années par l’écrivain et critique Maurice Bardèche. Et c’est il y a trente ans, - très exactement en décembre 1982 -, que le même Maurice Bardèche, âgé alors de 75 ans, annonça la fin de sa revue.

Défense de l’Occident ne fut donc  qu’une comète à longue queue dans le ciel du nationalisme d’après-guerre. Néanmoins cette revue exerça une grosse influence sur plusieurs générations de lecteurs. Elle fut aussi un terrain où d’exercice de leur talent pour de nombreux jeunes journalistes. Et si l’on regarde l’offre rédactionnelle d’aujourd’hui, Synthèse nationale est sans doute la revue qui se situe au plus près de l’esprit D.O. (comme on disait), même si Bardèche, en mettant un point final à son aventure journalistique, avait estimé qu’il ne laissait pas vraiment de disciples ni de successeurs après lui.

A l’origine de D.O., nous trouvons le Mouvement Social Européen. Dans le contexte d’une Europe en train de se construire, et de l’annonce d’élections européennes (qui ne verront en fait le jour qu’à la fin des années 70), Maurice Bardèche participe à la construction d’une coordination européenne des partis et mouvements nationalistes et européens, sous le nom de Mouvement Populaire Européen, puis sous celui de Mouvement Social Européen. Bardèche, seul grand intellectuel « fasciste » vivant et en liberté, y représentait la France. Et à ce titre, il eut la responsabilité de créer cet organe de liaison nommé Défense de l’Occident. Inutile de rappeler à nos lecteurs que Bardèche était le beau-frère de Robert Brasillach, le poète assassiné par le pouvoir gaullo-communiste de l’époque, et qu’il ne rentra en politique qu’après la mort de Brasillach, comme pour essayer de le venger, ou tout au moins de sauvegarder sa mémoire et de justifier les engagements qui lui avaient valu la mort.

La naissance de D.O., en 1952, « fut sans éclat et passa à peu près complètement inaperçue » devait raconter quelques années plus tard, Jacques Poilot, l’un des co-fondateurs de la revue. « Un tirage très faible, conséquence de notre pauvreté, ne nous permettait d’envisager aucune diffusion commerciale ». Bulletin de 32 pages, D.O. se voulait l’organe du Mouvement Social Européen et développait les thèmes exposés lors des congrès successifs de Rome et de Malmö. Des congrès qui avaient été présentés par la grosse presse d’après-guerre comme la première résurgence de la « peste brune » vaincue sept ans auparavant.

A partir de 1953, le succès aidant, le tirage de Défense de l’Occident fut augmenté, sa pagination passa de trente-deux à quarante-huit, et une diffusion plus large fut tentée par le circuit des librairies et des kiosques.

Mais les moyens de la revue restaient limités, et sa salle de rédaction n’était autre que l’appartement familial des Bardèche-Brasillach, rue Rataud, dans le Ve arrondissement.

Les enfants Bardèche, quoique très jeunes, étaient mis à contribution : « On vit Jacques confectionner des bandes et Pierre-Philippe coller des timbres ; tous les espoirs nous étaient permis puisque la jeune génération était avec nous ! » (Jacques Poilot, D.O., décembre 1955).

Défense de l’Occident, après quelques années de publication en tant qu’organe du MSE, était devenue une revue politique et culturelle. Sa couverture, bleue à l’origine, avait pris une couleur orange soutenue, qui la faisait repérer facilement dans les rayons des marchands de journaux.

La revue comptait des collaborateurs plutôt bien informés des affaires algériennes, ces affaires qui devaient commencer le 1er novembre 1954, six mois après Dien Bien Phu, pour se terminer en 1963 avec l’attentat du Petit-Clamart, la mort du colonel Jean Bastien-Thiry et la fin de la courageuse aventure de l’OAS.

La position de Défense de l’Occident était assez particulière dans l’éventail des publications de la droite nationale. Comme Benoist-Méchin et quelques rares  autres, Bardèche avait établi un fructueux dialogue avec les nationalistes arabes. Alors que l’extrême droite française vouait au gémonies l’Egyptien Nasser, et apportait un soutien indéfectible au petit Etat d’Israël, perçu comme le David de la Bible face au Goliath du panarabisme, Bardèche, tout en participant à la défense de l’Algérie française, faisait bouger les lignes de la vision  géopolitique de son camp. Peut-être ce philo-arabisme était-il facilité par la complaisance des régimes arabes pour les « survivants de l’aventure hitlérienne ».

Lorsque De Gaulle revient aux affaires, dans le contexte de la crise algérienne, Défense de l’Occident – avec Lectures françaises, la revue d’Henry Coston -  est pratiquement le seul organe de presse un peu consistant à mettre en garde les droitistes. Et, dans la classe politique, seul ou presque, Isorni, à droite, manifeste son opposition. « De Gaulle ne sera pas le sauveur de l’Algérie française, mais son fossoyeur », prophétise, pour sa part, Bardèche.

« Tous nos amis revinrent très vite de leur illusion. Mais peu d’entre eux eurent le courage d’en tirer la leçon politique : quand on est faible, il faut être absolu, c’est le seul moyen de n’être pas ridicule. »

La première série de Défense de l’Occident comporte 64 numéros, et paraîtra de décembre 1952 à décembre 1959.

C’est donc d’abord une mince revue, organe d’une coordiation de divers partis et mouvements comme le MSI italien et la première mouture du NPD allemand. Les collaborations sont européennes, et Bardèche est le seul Français à s’exprimer dans ses colonnes.

Mais, dès la fin de 1953, une petite équipe de rédacteurs français se constitue, qui assurera la rédaction de la revue, après la rupture avec le MSE : on trouve en particulier maître Louis Guitard, Pierre Fontaine et  Pierre Hofstetter.

images.jpgLe n° 21 de la revue, en février 1955, est entièrement consacré à Robert Brasillach, à l’occasion du dixième anniversaire de sa disparition. L’année suivante, le succès électoral du poujadisme est analysé avec un autre numéro spécial sur ce phénomène politique. C’est à cette époque que Bernard George rejoint la revue. En janvier 1957, est publié un numéro spécial sur l’épuration, avec la participation de Jacques Isorni, Xavier Vallat, Bernard George et Maurice Bardèche, bien entendu.

L’écrivain Albert Paraz  envoie régulièrement des articles à la revue, et y évoque son ami Céline. Le numéro d’octobre 1957 publie d’ailleurs une lettre de Céline. En février 1958, la revue rend hommage à Drieu La Rochelle. Les collaborations de ce numéro sont prestigieuses : Marcel Jouhandeau, Robert Poulet, François Mauriac, Kléber Haedens, Emmanuel Berl, Willy de Spens, etc. Sous l’influence de Bernard George et de Paul Sérant, la revue a pris une orientation littéraire assez nette.

Mais Bardèche suspend un mois la parution de Défense de l’Occident, et annonce, en janvier 1960, le lancement d’une nouvelle série (n° 1 en janvier 1960, et n° 194 en novembre 1982).

Ce n° 1 aligne une équipe prestigieuse. La « une » porte les noms de Maurice Bardèche, bien entendu, Paul Sérant, Michel Braspart (pseudonyme de l’éditeur Roland Laudenbach), Bernard Vorge (pseudonyme de Bernard George), Henry Coston, Michel Mourre (futur auteur du fameux dictionnaire historique « Mourre »), Willy-Paul Romain, Lucien Rebatet. Nous sommes sans doute à l’apogée de la revue, en tout cas pour ce qui concerne la qualité littéraire.

Dans son éditorial, Bardèche explique qu’il veut faire de Défense de l’Occident une véritable revue culturelle, la sortir d’une approche trop étroitement politique, et l’ouvrir à des tendances « différentes des nôtres».

C’est à cette époque que la rue Rataud voit défiler Hergé (qui dédicace à tours de bras ses albums aux enfants Bardèche), Alice Cocéa, Paul Morand, Lucien Rebatet, Bernard de Fallois, Hélène Carrère d’Encausse, Jacques Isorni, Jean-LouisTixier-Vignancour, Marcel Aymé, très souvent, Pierre Gripari, Pierre Béarn, André Barret (le producteur des deux films Tintin et le mystère de la toison d’or et Tintin et les oranges bleues).

Le retour de De Gaulle aux affaires et le drame algérien vont rapidement repolitiser Défense de l’Occident. Quelques jeunes talents de la « génération OAS » ont rejoint la tribune de Bardèche : Fabrice Laroche, alias Alain de Benoist, Dominique Venner, Michel Mourlet, Eric Ollivier,  François d’Orcival, Pol Vandromme,  Jean Mabire, notamment. Ces journalistes ont entre vingt et trente ans, ils constituent une relève de qualité, mais qui sera éphémère, car leurs signatures, apparues au début des années 60, rejoindront progressivement d’autres organes de presse (Valeurs actuelles et Le Spectacle du monde, les revues de la Nouvelle Droite, Le Figaro magazine…).

Après mai 1968, François Duprat (pseudonymes : François Solchaga et François Massa) envahit à lui tout seul les colonnes du journal. La revue se transforme un peu en revue d’histoire du fascisme (Duprat finira d’ailleurs par créer une revue du même format et de même typographie que Défense de l’Occident, portant ce titre de Revue d’histoire du fascisme).

Enfin une troisième génération de rédacteurs fait une furtive apparition : la génération Ordre nouveau : François-Bernard Huygue, Alain Robert, Pascal Gauchon, Yves Van Ghele,  Alain Renault, Eric Vatré, Christian de Bongain, Georges Gondinet.  Quelques très bons numéros spéciaux sont publiés : La Croisade antibolchevique (trois numéros de 1974),  La Droite vue d’en face (1975).

Mais la revue perd peu à peu son unité. Cela se sent très nettement à la fin des années 70. Elle n’est plus qu’une juxtaposition d’articles de qualité variable. Bardèche y poursuit son monologue géopolitique, tandis que les autres rédacteurs délivrent quelques articles historiques ou culturels.

L’aventure se termine donc discrètement en décembre 1982. Bardèche explique simplement qu’il ne se sent plus l’énergie physique pour poursuivre cette œuvre, qui était en fait un combat solitaire. « Cette disparition n’est ni un évènement ni un symbole », explique-t-il. « J’ai entrepris cette revue par devoir, j’en ai poursuivi la publication par honnêteté, je la cesse sans amertume. Je ne crois pas que les idées que j’ai exprimées aient cessé d’être vraies ou d’être utiles. Je les crois aussi nécessaires qu’autrefois : mais elles sont utiles, elles n’ont d’avenir aujourd’hui que si ce sont des hommes jeunes qui les professent et les répandent. C’est à cette condition seulement que la moisson lèvera. »

Il me semble que dans la France du XXIe siècle cette moisson a levé, et qu’elle est grosse d’espérances.

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Francis Bergeron est l’auteur d’un Maurice Bardèche, Editions Pardès, février 2012, 124 pages, 100 illustrations et photos, 12 €.

 

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