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jeudi, 02 avril 2026

Trois militants prorusses écroués, une presse muette : les zones d’ombre de l’affaire SOS Donbass

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Yann Vallerie Breizh info cliquez ici

Depuis le 21 novembre 2025, Anna Novikova, Vincent Perfetti et Vyacheslav P. ont été mis en examen puis placés en détention provisoire dans le cadre d’une affaire présentée comme touchant à l’espionnage, à l’ingérence et, pour l’un d’eux, à une opération d’affichage prorusse sur l’Arc de Triomphe. Les qualifications sont lourdes. Elles touchent à l’« intelligence avec une puissance étrangère », à l’« exercice d’activité pour s’informer sur les intérêts de la nation pour une puissance étrangère » et à la « participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d’un crime ».

Sur le papier, le dossier est grave. Il mérite donc mieux que les réflexes pavloviens d’une partie de la presse française, qui s’est empressée de reprendre la version des autorités, parfois mot pour mot, sans s’interroger sérieusement sur un point pourtant essentiel : au nom de quoi, sur la base de quels éléments publics, et pour quelle durée ces personnes restent-elles enfermées avant même d’être jugées ?

C’est là que commence le malaise.

Une affaire politico-judiciaire hautement sensible

Les textes disponibles permettent de cerner la trame générale. Les autorités soupçonnent l’association SOS Donbass, fondée par Anna Novikova à Pau, d’avoir servi non seulement à acheminer de l’aide humanitaire vers le Donbass, mais aussi de couverture à des activités d’influence ou de collecte d’informations au profit de la Russie. Le parquet a confirmé l’existence de soupçons portant notamment sur des prises de contact avec des cadres d’entreprises françaises. Reuters, de son côté, a documenté l’existence de réseaux, de connexions militantes et de contacts pro-russes, tout en reconnaissant explicitement n’avoir pas été en mesure d’établir, à partir des documents consultés, une implication directe dans des activités criminelles.

Autrement dit, il existe des soupçons, des fréquentations, des engagements politiques, des déplacements, des prises de position publiques, des réseaux. Cela peut nourrir une instruction. Cela ne suffit pas, en soi, à clore le débat public.

Politique

Or c’est précisément ce qui s’est produit. Dès l’origine, l’affaire a été installée dans un récit quasiment verrouillé : des militants prorusses, des liens avec des cercles du Kremlin, des affiches, des voyages, des contacts, donc une affaire d’espionnage. Le schéma est simple, efficace, médiatiquement rentable. Mais il laisse de côté une question capitale : où commence la preuve pénale, et où s’arrête la seule suspicion politique ?

L’angle mort médiatique : la détention provisoire

Ce qui frappe, dans le traitement de cette affaire, ce n’est pas seulement la reprise des accusations. C’est le peu d’intérêt manifesté pour la détention provisoire elle-même.

Dans une démocratie digne de ce nom, placer en prison des personnes présumées innocentes avant leur procès devrait toujours susciter des questions. Pas uniquement quand il s’agit de figures médiatiquement sympathiques, de militants de causes à la mode ou de profils idéologiquement compatibles avec les rédactions parisiennes. Toujours.

La détention provisoire n’est pas une formalité. C’est une mesure extrêmement grave. Elle prive de liberté des hommes et des femmes qui n’ont pas encore été condamnés. Elle est censée répondre à des critères précis : risque de fuite, risque de pression sur les témoins, risque de concertation frauduleuse, risque de réitération, nécessité de préserver l’enquête ou de mettre fin à un trouble exceptionnel à l’ordre public. Encore faut-il que le débat public ose poser la question : dans cette affaire, sur quoi repose exactement cette nécessité au long cours ?

Très peu de médias semblent l’avoir fait. On a beaucoup lu des portraits à charge, des rappels de réseaux, des allusions au climat de guerre hybride et aux manœuvres russes en Europe. On a beaucoup moins lu de papiers fouillés sur la justification concrète de l’incarcération préventive de ces trois personnes pendant des mois.

Des profils militants, certes, mais cela suffit-il ?

Que sait-on publiquement ? Anna Novikova est décrite comme une militante prorusse assumée, fondatrice de SOS Donbass, engagée dans des convois humanitaires, des manifestations et des campagnes d’affichage. Vincent Perfetti, devenu président de l’association, est présenté comme un soutien de longue date de la cause du Donbass, avec un parcours politique et militant ancien. Vyacheslav P. apparaît comme lié à l’épisode des affiches posées sur l’Arc de Triomphe.

Tout cela dessine un environnement idéologique clair. Mais depuis quand l’adhésion à une cause étrangère, aussi contestable soit-elle aux yeux du pouvoir, vaut-elle démonstration automatique d’espionnage ? Depuis quand des voyages, des discours, des liens militants ou des actions de communication constituent-ils, à eux seuls, la preuve d’une activité clandestine au service d’une puissance étrangère ?

La question mérite d’être posée d’autant plus fermement que les textes cités eux-mêmes laissent apparaître une zone grise. Reuters évoque des connexions, des proximités, des rencontres, mais précise aussi ne pas disposer d’éléments démontrant directement une activité criminelle. L’avocat de Vincent Perfetti parle, lui, de qualifications « absurdes » et d’une dérive inquiétante vers la pénalisation des opinions prorusses. Le mari d’Anna Novikova juge les accusations « invraisemblables ». Ces éléments ne disculpent personne. Mais ils justifient pleinement qu’on regarde le dossier avec autre chose qu’un réflexe de meute.

Le soupçon d’un délit d’opinion aggravé par le contexte

Le fond du problème est peut-être là. Depuis le début de la guerre en Ukraine, tout ce qui relève de la russophilie militante, du soutien au Donbass ou simplement d’une lecture dissidente du conflit est traité en France sous un angle de plus en plus sécuritaire. Le contexte international est réel. Les opérations d’influence russes existent. Les services français ont évidemment raison de s’y intéresser. Mais ce contexte ne dispense ni de preuves, ni de nuances, ni de garanties procédurales.

Car enfin, dans cette affaire, les médias dominants ont-ils vraiment cherché à distinguer entre militantisme radical, propagande, humanitaire partisan, influence politique et espionnage au sens pénal du terme ? Ont-ils sérieusement exploré ce qui relève de l’opinion, de l’activisme, de la provocation politique ou d’une éventuelle infraction caractérisée ? La réponse, à lire la plupart des papiers parus, est non.

Tout se passe comme si le climat idéologique du moment suffisait à rendre certaines questions inutiles. Pro-russe ? Donc suspect. Donbass ? Donc opaque. Convois humanitaires ? Donc probablement façade. Relations avec des réseaux proches de Moscou ? Donc culpabilité à venir. Une telle logique est précisément celle qu’une presse libre devrait combattre.

Pourquoi si peu d’enquêtes à décharge ?

L’autre question gênante concerne le travail journalistique lui-même. Où sont les investigations à décharge ? Où sont les entretiens approfondis avec les proches, les avocats, les soutiens, les contradicteurs du parquet ? Où sont les enquêtes sur les motivations exactes du placement en détention, sur les demandes de remise en liberté éventuelles, sur les éléments concrets retenus par les juges ?

La machine médiatique a, semble-t-il, préféré le récit commode de l’« espion russe au coin de la rue » à un examen rigoureux de la procédure. Pourtant, un journaliste n’est pas là pour applaudir des mises en examen. Il est là pour éclairer, vérifier, confronter, gratter là où l’institution voudrait que personne ne regarde.

Dans cette affaire, il ne s’agit pas de proclamer l’innocence des intéressés. Il s’agit de rappeler une évidence que beaucoup semblent oublier : la justice d’un pays libre ne se mesure pas à sa capacité à enfermer des suspects mal vus, mais à sa capacité à garantir leurs droits malgré l’impopularité de leur cause.

Une démocratie se juge aussi à la manière dont elle traite ses dissidents

Il est possible que l’instruction mette au jour des faits lourds. Il est possible aussi qu’elle révèle un dossier plus fragile qu’annoncé. À ce stade, personne de sérieux ne peut trancher publiquement sur le fond. En revanche, il est parfaitement légitime de s’interroger sur le recours durable à la détention provisoire et sur l’étrange absence de curiosité médiatique à ce sujet.

Quand des militants islamistes, des antifas ou des activistes d’ultragauche bénéficient de prudence lexicale, de longs reportages de contexte et de rappels constants à la présomption d’innocence, pourquoi ce souci disparaît-il dès qu’il s’agit de militants prorusses ? Pourquoi certains prévenus ont-ils droit à la complexité, et d’autres seulement à l’étiquette infamante ?

La question dérange, mais elle mérite d’être posée. Et même posée de plus en plus fort.

Au-delà du cas SOS Donbass, une affaire révélatrice

L’affaire SOS Donbass dépasse désormais les seules personnes d’Anna Novikova, Vincent Perfetti et Vyacheslav P. Elle dit quelque chose du climat français. D’un pays où certaines opinions deviennent instantanément sulfureuses, où certaines proximités valent presque condamnation anticipée, et où l’incarcération préventive de profils politiquement détestés ne semble plus scandaliser grand monde.

Politique

C’est précisément pour cela qu’il faut regarder ce dossier avec sang-froid. Non pour blanchir qui que ce soit. Non pour nier les risques d’ingérence étrangère. Mais pour refuser que la raison d’État, l’alignement médiatique et la paresse intellectuelle remplacent l’exigence de preuve, le débat contradictoire et la vigilance à l’égard des libertés publiques.

Car une chose est sûre : dans cette affaire, il n’y a pas seulement trois mises en examen. Il y a aussi une question que trop peu de rédactions ont eu le courage de poser : pourquoi, en France, la détention provisoire de dissidents mal classés idéologiquement semble-t-elle susciter si peu d’émoi ?

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Finistère : Mgr Dognin interdit encore à un prêtre traditionaliste de célébrer dans les églises

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Yann Vallerie, Breizh Info cliquez ici

Quelques mois après avoir chassé la Fraternité Saint-Pierre de son diocèse, l’évêque de Quimper s’oppose cette fois à l’abbé David Aldalur, ancien membre de la Fraternité Saint-Pie X installé à Brasparts, qui revendique une identité catholique traditionnelle et bretonne.

Européens occidentaux

Par un communiqué daté du 25 mars 2026, Monseigneur Laurent Dognin, évêque de Quimper et Léon, a interdit à l’abbé David Aldalur de célébrer dans les églises et chapelles communales du diocèse. Ce prêtre, ancien membre de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX), s’est récemment installé sur la commune de Brasparts « sans mandat ni mission officielle ».

Un communiqué épiscopal sans appel

« Cette fraternité n’étant pas en pleine communion avec l’Église catholique romaine, son ministère ne bénéficie d’aucune reconnaissance canonique dans le diocèse », écrit Monseigneur Dognin dans son communiqué.

L’évêque rappelle que « conformément à la loi de 1905, les églises et chapelles communales, ainsi que leurs dépendances, sont exclusivement affectées au culte catholique célébré en communion avec le Saint-Siège et sous l’autorité de l’Évêque diocésain ».

Une réponse publique lors du dimanche des Rameaux

Le 29 mars 2026, dimanche des Rameaux, l’abbé Aldalur a, devant un grand nombre de fidèles, que visiblement Monseigneur Dognin n’arrivait plus à réunir jusqu’ici dans cette commune du Finistère, répondu publiquement à cette interdiction lors d’un sermon prononcé à Brasparts devant une assemblée nombreuse. Le prêtre a commencé par lire le communiqué de l’évêque, avant de s’adresser directement à lui.

« Ce n’est pas sans douleur et sans tristesse que je vous lis ce message », a-t-il déclaré en breton et en français. « Excellence ! Mgr Dognin, si seulement ce message pouvait arriver jusqu’à vous. Ah Mgr, si seulement vous pouviez être au milieu de nous ce matin pour voir de vos yeux et entendre de vos oreilles ce qui se dit et ce passe à Brasparts… »

Dans son sermon (à lire ici), l’abbé Aldalur a révélé son vœu le plus cher : « Oui, mon vœu le plus cher, et que j’espère voir réalisé avant ma mort : c’est d’être incardiné dans votre diocèse. »

Il a expliqué sa situation canonique complexe : « Oui, je suis un ancien membre de la FSSPX et j’en suis fier car je suis convaincu que le combat de Mgr Lefebvre sera reconnu plus tard comme celui qu’il fallait mener pour sauver la Tradition de l’Église. »

Concernant son départ de la FSSPX, il précise : « Si je n’ai pas pu rester attaché à cette excellente famille sacerdotale, ce n’est pas une question de désaccord doctrinal, pas même une question d’obéissance, mais une question de vocation. Si l’église n’était pas en crise et si vous n’étiez pas un de ces évêques qui alimentent sciemment ou inconsciemment cette crise (…) je serai devenu dès le départ un de vos prêtres. »

Un combat pour l’identité catholique bretonne

Le cœur du message de l’abbé Aldalur porte sur la défense d’une identité catholique traditionnelle spécifiquement bretonne. Il affirme que les fidèles qui viennent à Brasparts cherchent « ce qu’ils ne trouvent pas ni dans la FSSPX ni dans notre diocèse : Professer, vivre, défendre et revendiquer haut et fort le droit d’être catholique traditionnel breton… de la tête au pied… penn kill ha troad ! »

Il critique ce qu’il considère comme « du modernisme saupoudré de traditionalisme » et « de la pastorale essentiellement française saupoudrée de breton ». « Or nous avons le droit, nous catholiques baptisés bretons en Bretagne à plus que du saupoudrage ! », lance-t-il.

L’abbé souligne l’affluence rencontrée après seulement six mois d’installation : « Mgr, les fidèles qui sont ici aujourd’hui, si nombreux après à peine 6 mois d’installation viennent précisément chercher ce qu’ils ne trouvent pas ni dans la FSPX ni dans notre diocèse. »

Il conclut son sermon par un appel à la persévérance : « Aujourd’hui pour être un prêtre catholique breton traditionnel, il faudra passer par la même voie que NSJC au jour des Rameaux : D’abord l’enthousiasme puis des abandons, d’abord la gloire puis ensuite le dénuement, d’abord les joies et ensuite les larmes. Mais c’est la Croix et seulement la Croix qui est rédemptrice. »

Un évêque déjà en conflit avec les traditionalistes

Cette affaire intervient quelques mois seulement après l’expulsion par Monseigneur Dognin de deux prêtres de la Fraternité Saint-Pierre (FSSP) du diocèse de Quimper, décidée en décembre 2023.

Les abbés Loïc Courtois et Nicolas Télisson, pourtant décrits par l’évêque lui-même comme « des pasteurs zélés » accomplissant « leur ministère avec zèle et se donnant généreusement à la mission qui leur est confiée », avaient reçu l’ordre de quitter le diocèse à la fin de l’année pastorale 2023-2024.

À l’époque, Monseigneur Dognin avait justifié cette décision par des « tensions » au sein du diocèse et par le fait que les activités pastorales des prêtres de la FSSP créaient « de facto deux paroisses personnelles (non canoniques) en parallèle des activités paroissiales ».

Certains observateurs avaient alors souligné les contradictions de l’argumentation épiscopale, notamment le reproche fait à ces prêtres d’être « plus disponibles que leurs confrères » pour le bien des fidèles.

Une ligne de fracture qui s’approfondit

Ces deux affaires successives révèlent une ligne de fracture profonde dans le diocèse de Quimper et Léon concernant la place de la liturgie traditionnelle et, dans le cas de l’abbé Aldalur, la question de l’identité bretonne du catholicisme.

Européens occidentaux

L’abbé Aldalur termine son sermon par une supplique en breton : « Aotrou n’Eskob, spi am eus en em wellimp adarre » (Monseigneur l’Évêque, j’espère que nous nous reverrons), avant de demander la bénédiction épiscopale « pour moi et pour tous les chrétiens qui sont venus ici aujourd’hui et qui viendront demain encore plus nombreux ! »

Plutôt que de s’en prendre à la Tradition, Monseigneur Dognin serait sans doute bien avisé de plutôt s’interroger sur la raison des églises qui se vident dans tout le Finistère, quand elles ne sont pas peuplées uniquement de têtes grises. Sans compter le nombre d’églises et de chapelles qui, toute l’année, restent portes closes, hormis lorsqu’il s’agit de satisfaire quelques touristes.

Le prochain lundi de Pâques, en Scrignac, devrait devrait, eu égard de l’affluence attendue, une nouvelle fois démontrer aux autorités de l’Église catholique en Finistère, qu’elles sont totalement « à la rue ».

12:10 Publié dans Revue de presse | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |

Le « bébé miracle » de Marine Tondelier ou l'écologie à géométrie variable

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Thomas Joly - Président du Parti de la France

Il y a quelque chose de profondément révélateur dans cette séquence. Marine Tondelier, figure d’une écologie politique qui ne cesse de culpabiliser les Français sur leur mode de vie, annonce, avec force détails, l’arrivée d’un « bébé miracle ». Dont acte : c’est une bonne nouvelle sur le plan humain. Mais politiquement, quelle incohérence.

Depuis des années, les pseudo-écologistes expliquent que la planète est surpeuplée, que chaque naissance alourdit l’empreinte carbone, que faire des enfants serait presque un geste irresponsable. Et voilà que l’une de leurs principales responsables transforme sa grossesse en récit public, en symbole, presque en argument de campagne. Ce qui serait condamnable chez les autres devient vertueux quand il s’agit de soi.

Plus troublant encore : cette même mouvance passe son temps à déconstruire la famille traditionnelle, à dénoncer le « patriarcat », à relativiser le rôle du père et à présenter la maternité comme une construction sociale à dépasser. Mais dès qu’il s’agit d’exister politiquement, on redécouvre les vertus éternelles de la mère, figure protectrice, courageuse, presque sacrificielle.

Il y a là une instrumentalisation évidente de l’intime. On nous livre tout : le parcours, les épreuves, les détails personnels, non pas dans la pudeur mais dans une stratégie de communication parfaitement huilée. La politique devient récit émotionnel, et la maternité, un levier électoral.

Il ne s’agit pas de juger une femme qui attend un enfant mais de pointer une contradiction majeure. On ne peut pas, d’un côté, culpabiliser les autres pour leurs choix de vie et, de l’autre, s’exonérer soi-même de ces principes dès qu’ils deviennent contraignants.

À force de moraliser la société, certains finissent surtout par révéler leurs propres incohérences. Et les Français, eux, ne sont pas dupes.

RAPPEL :

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11:59 Publié dans Thomas Joly | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |

Citoyenneté sans peuple, la fiction politique du droit du sol

Droit du sol en France : conditions, démarches et exceptions

Balbino Katz, chroniqueur des vents et des marées

Le débat nord-américain sur le droit du sol met au jour une rupture fondamentale, la dissociation croissante entre citoyenneté et appartenance, au cœur de la crise politique des nations de culture européenne.

Une querelle juridique qui masque une question vitale

L’audience portée devant la Cour suprême des États-Unis à propos du droit du sol est présentée comme une controverse constitutionnelle. Elle est en réalité d’une tout autre nature. Ce qui s’y joue n’est pas seulement l’interprétation d’un amendement, mais la définition même du corps politique.

Le discours dominant s’efforce de ramener cette question à une opposition morale, ouverture contre fermeture, universalité contre exclusion. Cette rhétorique dispense de penser. Elle évite surtout de poser la question décisive, qu’est-ce qu’un citoyen lorsque le peuple auquel il appartient cesse d’être défini ?

Comme le pensait Pierre Manent, « il n’y a pas de démocratie sans peuple, et il n’y a pas de peuple sans limites ». Or toute extension indéfinie de la citoyenneté tend précisément à abolir ces limites.

La grande confusion, citoyenneté et nationalité

L’un des traits majeurs de la modernité tardive réside dans la confusion entretenue entre citoyenneté et nationalité. Cette confusion n’est pas innocente, elle permet de substituer un statut juridique à une réalité historique.

La citoyenneté, entendue comme participation aux droits politiques, tend à absorber la nationalité, qui désigne pourtant une appartenance plus profonde, culturelle, historique, parfois même anthropologique. Cette substitution permet de faire croire que l’appartenance peut être produite par le droit.

Or l’expérience historique montre l’inverse. Même les régimes les plus universalistes ont été contraints de reconnaître cette distinction. L’Union soviétique elle-même distinguait la citoyenneté, soviétique, de la nationalité, ethnique. Cette reconnaissance implicite d’une pluralité irréductible des appartenances traduisait une réalité que l’idéologie ne pouvait abolir.

La citoyenneté libérale, une construction sans mémoire

La conception libérale de la citoyenneté repose sur une abstraction fondatrice. Elle suppose que l’individu peut être détaché de ses origines, de son histoire, de ses appartenances, pour être reconnu comme sujet de droit.

Cette vision trouve son expression classique chez Ernest Renan. Mais l’interprétation contemporaine en trahit profondément l’esprit. Car Renan lui-même insistait sur le « riche legs de souvenirs » sans lequel aucun plébiscite n’est possible. La volonté ne suffit pas, elle suppose une mémoire.

La modernité tardive, décrite par Marcel Gauchet, tend à dissoudre cette mémoire dans l’universalisme des droits. La citoyenneté devient un attribut, un label, une qualité attribuée indépendamment de toute continuité.

Le droit du sol constitue l’aboutissement de cette logique. Il transforme la naissance en fait générateur d’appartenance, indépendamment de toute inscription dans une histoire commune. Le territoire devient un support administratif, non plus un espace vécu.

L’illusion de la citoyenneté universelle

Cette extension indéfinie de la citoyenneté repose sur une illusion, celle d’une communauté politique sans fondement substantiel. Elle suppose que des individus peuvent partager des droits sans partager un monde.

Dominique Schnapper a montré que la citoyenneté moderne repose sur une tension entre universel et particulier. Lorsque cette tension disparaît au profit du seul universel, la citoyenneté perd sa consistance.

Le résultat n’est pas l’unité, mais la juxtaposition. Des individus juridiquement égaux coexistent sans nécessairement former un peuple. Le droit produit une fiction d’unité que la réalité sociale dément.

La conception organique, la citoyenneté comme destin partagé

Face à cette abstraction, une autre conception subsiste, plus ancienne, plus enracinée. Elle considère la citoyenneté comme l’expression d’une continuité historique.

Alexis de Tocqueville soulignait que les institutions démocratiques reposent sur des mœurs. Ces mœurs, produit d’une histoire longue, constituent le socle invisible de la citoyenneté.

Dans une perspective proche, Alain de Benoist rappelle que « toute identité est héritée avant d’être choisie ». Cette formule dit l’essentiel, la citoyenneté ne se décrète pas, elle se reçoit et se transmet.

Le juriste Carl Schmitt apporte une clé décisive. Le politique suppose une distinction, une capacité à dire qui appartient et qui n’appartient pas. Une citoyenneté indifférenciée tend à abolir cette distinction, et avec elle, la possibilité même du politique.

Le droit du sol, moteur de la déliaison

Le débat américain met en lumière une transformation du droit du sol lui-même. Ce qui fut un instrument d’intégration devient un mécanisme de déliaison.

Les critiques soulignent ses effets concrets, attraction migratoire, stratégies d’ancrage par la naissance, transformation de la citoyenneté en moyen d’accès indirect au territoire. La figure des « anchor babies » illustre cette mutation, la citoyenneté cesse d’être un aboutissement pour devenir un levier.

Plus profondément, elle tend à produire ce que l’on pourrait appeler une citoyenneté de circonstance. Elle ne procède plus d’une appartenance, mais d’un événement, la naissance sur un sol.

Cette évolution correspond à ce que Oswald Spengler décrivait comme le destin des civilisations tardives, la survie des formes au prix de la disparition de leur contenu.

Dissocier pour restaurer

Face à cette crise, une piste consiste à rétablir la distinction entre nationalité et citoyenneté. La première relèverait de l’appartenance historique, la seconde de la participation politique.

Une telle dissociation permettrait de reconnaître la réalité des sociétés contemporaines tout en préservant l’existence du corps politique. Elle introduirait une hiérarchie là où règne aujourd’hui la confusion.

Elle suppose toutefois de rompre avec l’illusion selon laquelle le droit peut produire de l’appartenance. Comme le rappelait Guillaume Faye, une société qui ne se définit plus finit toujours par être définie par d’autres.

Une question européenne décisive

L’Europe est désormais confrontée à cette question dans toute son ampleur. Le droit du sol, dans ses différentes déclinaisons, participe à une transformation silencieuse du corps civique.

Cette transformation ne se limite pas à des statistiques ou à des flux. Elle affecte la perception même de l’appartenance, et donc la cohésion politique.

Le débat américain ne fait qu’anticiper des interrogations qui s’imposeront, tôt ou tard, aux nations européennes.

Un révélateur

Le droit du sol n’est pas un simple mécanisme juridique. Il est un révélateur.

Il révèle une mutation profonde, le passage d’une citoyenneté enracinée dans une histoire à une citoyenneté produite par le droit. Entre ces deux conceptions, le choix n’est pas technique, il est existentiel.

Car au terme de cette évolution, une question demeure à laquelle il faudra bien un jour donner une réponse : une communauté politique peut-elle survivre lorsque la citoyenneté n’exprime plus une appartenance, mais seulement une procédure ?

Article paru sur Polémia (cliquez ici)

09:08 Publié dans Balbino Katz, Revue de presse | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |