dimanche, 19 avril 2026
Seul Monsieur Bally Bagayoko maire de Saint-Denis, aurait-il donc le droit d’évoquer ses origines soninké ?
Certains esprits chagrins ont alors reproché à l’édile élu de la France Insoumise, de revendiquer une « noble » ascendance. Je tiens immédiatement à les rassurer car, se revendiquant en même temps d’une caste de forgerons, il y a par définition antinomie avec la « noblesse ». La société soninké est en effet divisée en castes héréditaires avec, au sommet, les nobles, suivis des castes artisanales (forgerons ou cordonniers) et des esclaves-dépendants. Les forgerons ne sont donc pas considérés comme nobles, même s’ils sont respectés car ils maîtrisent le feu et le travail du fer. Socialement, ils sont inférieurs aux nobles, mais supérieurs aux anciens esclaves-dépendants. La confusion faite par Monsieur Bally Bagayoko vient probablement du fait que les forgerons pouvaient exercer des fonctions de conseil auprès des chefs.
Le but de cette mise au point n’étant pas de traiter de la question du statut social des forgerons chez les Soninké, je peux donc renvoyer ceux qui désireraient approfondir la question à deux publications fondamentales à ce sujet :
- Dianifaba, L ; Diakho,F., (2024) « L’enclume et ses “pouvoirs” : forger dans la société traditionnelle du Gajaaga ». Temporalités, n° 40, 2024.
Mon propos est tout autre. Il a pour cœur une question : serait-il permis aux décoloniaux de toujours présenter l’homme blanc en faisant référence à ses origines sociales, familiales, politiques, et à son passé historique, tout en interdisant à un historien africaniste de faire de même avec un maire nouvellement élu et qui, de lui-même, sans que la question se soit posée avant ses propres déclarations, a fait état de ses origines soninké ?
C’est pourtant ce que fait le site Mondafrique en publiant une tribune intitulée « Bally Bagayoko sommé de rendre des comptes… à ses ancêtres ». Une tribune qui se veut la réponse à mon analyse en date du 5 avril 2026 intitulée Monsieur le Maire Bally Bagayoko, et sinous parlions de l’esclavage héréditaire chez les Soninké ?
Pour l’intérêt du débat, je publie ici intégralement ma tribune du 5 avril 2026 dont seule une partie avait été mise sur le blog de l’Afrique Réelle, le reste étant réservé aux abonnés à la revue :
Début de l’analyse publiée le 5 avril 2026 par l’Afrique Réelle et primitivement réservée aux seuls abonnés à la revue.
Monsieur Bally Bagayoko, nouveau maire de Saint-Denis, est d’origine soninké. Sa famille vient de la région de Koulikoro au Mali. En pointe dans le discours racialiste revanchard, la question « D’où parles‑tu ? » ne lui a jamais été posée. Elle ne pourrait pourtant qu’être bien acceptée par un proche de la France Insoumise puisqu’elle est née dans les milieux maoïstes et gauchistes des années 1968. Une question qui permet aujourd’hui aux décoloniaux et aux héritiers de Foucault, Bourdieu et Althusser de dresser l’acte d’accusation de l’homme blanc. Une interrogation signifiant pour les déconstructeurs que toute prise de parole est située, socialement, politiquement et historiquement, et qu’elle explique donc le discours et les prises de position. Ce que les anglo-saxons ont défini comme la « théorie du point de vue » (standpoint theory).
10:47 Publié dans Revue de presse | Lien permanent | Commentaires (0) |
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Tribune libre : Les roses de Budapest
Gabriele Adinolfi
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Je l’avais écrit avant les élections du dimanche 12 avril.
Je soutenais que la défaite d’Orbán ne serait pas un drame et que, bien au contraire, elle représentait une opportunité.
Essayons d’en mieux saisir le sens.
Nous ne pouvons pas savoir si Magyar sera à la hauteur de la tâche, ni quelle est la solidité de son caractère. Ne le connaissant pas, nous pouvons suspendre notre jugement et le reporter à l’épreuve des faits.
Pour l’instant, tenons-nous-en au programme du vainqueur
Il apparaît bien plus intéressant que celui du vaincu.
Doublement des fonds en faveur de la natalité, restrictions en matière de politique migratoire, refus — sauf dans des cas exceptionnels et dûment justifiés — du recours à une main-d’œuvre non européenne.
Ensuite : un parti des Hongrois, comme peuple et comme patrie, au-delà de la droite et de la gauche. (Cela vous rappelle-t-il quelque chose ?) Lutte contre la corruption et contre le système mafieux qui a installé des oligarques dans les autocraties libéro-soviétiques, là comme en Russie.
Positionnement central de Budapest entre l’Est et l’Ouest et pleine affirmation de l’identité européenne, sans aucune déférence à l’égard de Bruxelles.
Si ce sont des roses, elles fleuriront — mais en tous cas ce sont des roses.
Passons maintenant à l’explication de la victoire de ce Premier ministre de quarante-cinq ans, qui a défié et balayé Orbán sur le terrain patriotique.
Magyar a mis l’accent sur la servilité de ce dernier à l’égard des puissances étrangères — en particulier de la Russie — ainsi que sur la corruption endémique d’un pays administré par trois familles d’oligarques.
Le message a porté : Tisza, le parti du challenger, a remporté plus des deux tiers des sièges et environ seize points d’avance sur celui d’Orbán, qui obtient moins de la moitié des élus du vainqueur. Troisième et dernier au Parlement, le Mouvement Notre Patrie, d’inspiration ethnonationaliste, qui, avec environ 6%, décroche une poignée de députés.
Pourquoi Magyar a-t-il écrasé Orbán ?
Parce qu’il a su capter le sentiment d’indignation populaire face au servilisme du gouvernement envers l’impérialisme moscovite, et à l’offense qui en résulte pour la mémoire et le sentiment national.
Dans tous les meetings et toutes les manifestations, la foule reprenait sans relâche les slogans antirusses de 1956.
Pourquoi Orbán avait-il tenu jusque-là
Essentiellement pour deux raisons.
La première tient au fait que les élections précédentes se sont tenues peu après l’invasion russe de l’Ukraine, lorsque la position du dirigeant pouvait encore apparaître équilibrée et pragmatique. Mais, avec le temps, Orbán s’est de plus en plus affirmé comme un satrape de Moscou, une sorte de Loukachenko.
De plus, cette fois, il n’était pas affronté à un front globaliste, « woke » ou LGBT, mais à un front patriotique ; croire qu’il pouvait résister relevait au mieux de la naïveté.
Les ingérences étrangères répétées dans la campagne n’ont pas non plus joué en faveur du Premier ministre sortant. Le soutien de Moscou ne pouvait être qu’un baiser de la mort.
Mais il y a eu plus : en fin de campagne, il a reçu le soutien du vice-président américain Vance et du neveu de Netanyahou, alors même que le carnage au Moyen-Orient se poursuit.
10:41 Publié dans Gabriele Adinolfi | Lien permanent | Commentaires (0) |
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Le Figaro, la violence et le silence organisé : quand la presse de référence choisit de ne pas voir
Balbino Katz
Chroniqueur des vents et des marées
Je me suis installé au bar des Brisants, à la pointe de Lechiagat, un de ces lieux battus par le vent où les phrases prennent une autre densité. Rien ici ne rappelle le Mar Azul de Buenos Aires, ses voix chaudes, ses gestes larges, ses conversations qui s’enchevêtrent comme des cordages. En Bretagne, le réel cogne. Il ne se laisse ni enjoliver, ni contourner.
Ce matin-là pourtant, j’ouvrais Le Figaro. Une double page entière consacrée à la « flambée des violences » qui rattrape désormais les villes moyennes, à cette « marée qui monte inexorablement en France ». Les chiffres du SSMSI, le Service statistique ministériel de la sécurité intérieure, c’est-à-dire l’organisme officiel qui centralise les données de la police et de la gendarmerie, sont là, précis, glacés, incontestablesIls montrent d’abord une accumulation, année après année, des faits de violence et d’atteintes aux biens, une progression qui ne relève plus de l’accident mais d’une dynamique installée. Ils révèlent ensuite un basculement des territoires, les villes moyennes, naguère préservées, rejoignant désormais les grandes métropoles dans les niveaux d’insécurité, comme le souligne l’enquête elle-même. Enfin, ils témoignent d’un déplacement des catégories de la délinquance, avec des faits plus collectifs, plus organisés, plus violents, qui transforment en profondeur la nature même des infractions, phénomène observé jusque dans les prétoires de Bobigny. Tout y est, ou presque.
Il faut lire les deux papiers à la loupe pour mesurer ce qui manque. L’immigration n’apparaît que deux fois, furtivement, comme un élément secondaire que l’on évoque à regret. Jean-Marc Leclerc mentionne Matoury, en Guyane, « sur fond d’immigration illégale et de narcotrafic ». Plus loin, il concède que certaines razzias de pavillons sont le fait de « mineurs issus de l’Est ou du Maghreb ». Puis le texte se referme. Silence organisé, silence construit.
Dans l’article de Paule Gonzalès, ce silence devient une méthode. Elle décrit avec une rigueur presque clinique la transformation du tribunal de Bobigny, l’alourdissement des dossiers, la montée des bandes, l’irruption d’une violence collective qui s’installe dans la durée. Le procureur parle de basculement, les audiences s’étirent jusqu’à l’épuisement, les peines s’allongent. Tout est dit, sauf l’essentiel. Le phénomène est décrit comme s’il naissait de lui-même, dans une sorte de vide sociologique, produit spontané de l’impunité ou du narcotrafic.
Ce n’est plus une omission. C’est une construction.
Jean-Marc Leclerc et Paule Gonzalès ne découvrent pas ces réalités. Ils les côtoient, les documentent, les mesurent. Ils savent. Leur écriture n’est pas ignorante, elle est retenue, calibrée, disciplinée. Elle avance jusqu’au seuil, puis s’arrête. Elle montre sans désigner, elle suggère sans nommer. C’est une forme de censure intériorisée, d’autant plus efficace qu’elle ne dit jamais son nom.
Car enfin, les données existent. Elles ne sont pas secrètes, elles ne sont pas clandestines. Elles proviennent des mêmes institutions que le journal mobilise par ailleurs. Elles disent qu’en France, les étrangers représentent environ 8% de la population, mais près de 17 à 18% des personnes mises en cause par les forces de l’ordre. Cet écart n’est pas marginal, il est constant.
Dans certaines catégories, il devient massif. Les cambriolages de logements, les vols violents, les vols dans les véhicules montrent des proportions qui approchent ou dépassent le tiers des mis en cause. Les tentatives d’homicide, les trafics de stupéfiants, certaines formes de violence de rue présentent également des écarts significatifs. Il ne s’agit pas d’une anomalie ponctuelle, mais d’une tendance structurelle.
Plus encore, la répartition géographique de ces étrangers n’est pas neutre. Une majorité provient du continent africain, avec une forte présence du Maghreb et de l’Afrique subsaharienne. Les taux de mise en cause par habitant y apparaissent, selon les infractions, plusieurs fois supérieurs à ceux observés dans la population française dans son ensemble. Ces éléments ne suffisent pas à épuiser l’analyse, mais ils en constituent une donnée centrale.
Or cette donnée centrale disparaît dans l’écriture. Elle est dissoute dans des formulations générales, remplacée par des causes périphériques, diluée dans une sociologie abstraite. L’impunité, la chaîne pénale, la complexification des réseaux, tout cela existe, bien sûr. Mais cela ne saurait tenir lieu d’explication principale lorsque d’autres facteurs, objectivement mesurables, sont systématiquement écartés du récit.
Il y a là moins une erreur qu’un choix. Le choix de ne pas dire, de ne pas relier, de ne pas conclure. Le choix de préserver une frontière invisible entre ce qui peut être écrit et ce qui doit rester implicite. Cette frontière, toute la presse dite de référence la connaît. Elle la respecte avec une constance remarquable.
Dans cette mécanique bien huilée, les noms importent. Jean-Marc Leclerc et Paule Gonzalès signent ces pages, ils en portent donc la charge. Qu’ils s’abritent derrière la prudence, la ligne éditoriale ou l’air du temps n’y changera rien. Un jour, lorsque cette période sera relue avec le recul que donne toujours l’histoire, leurs textes figureront parmi ceux qui auront vu sans dire, décrit sans conclure, approché le réel sans jamais l’affronter. Par crainte d’être disqualifiés, ou par adhésion à un logiciel qui interdit de nommer, ils auront choisi le silence partiel. Et ce choix, qui aujourd’hui se dissimule sous les élégances de l’écriture, ne pourra indéfiniment échapper au jugement.
Je songeais alors à Spengler, pour qui les civilisations finissantes se caractérisent par une perte progressive de la lucidité. Non pas l’ignorance, mais une incapacité à formuler clairement ce que chacun perçoit pourtant. Une fatigue du regard, en quelque sorte. Le Figaro en offre aujourd’hui une illustration presque parfaite, celle d’un journal qui voit tout, décrit beaucoup, mais nomme peu.
Le lecteur, lui, n’a pas besoin de ces précautions. Il voit les transformations à l’œuvre, il les éprouve dans son quotidien, il confronte ce qu’il lit à ce qu’il vit. Et de cet écart naît une défiance croissante, presque irréversible. À force de taire l’évidence, on finit par rendre suspect tout le reste.
Dehors, le vent s’est levé sur la pointe de Lechiagat. Les hommes d’ici savent que la mer ne pardonne pas les erreurs de cap. Encore moins le refus délibéré de regarder l’horizon.
Source Breizh info cliquez ici
10:21 Publié dans Balbino Katz, Revue de presse | Lien permanent | Commentaires (0) |
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10:13 Publié dans TV Synthèse nationale, Un peu d'Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) |
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