lundi, 06 avril 2026
Quelques commentaires sur les récentes élections municipales
La chronique flibustière de Georges Feltin-Tracol
Les élections municipales des 15 et 22 mars 2026 sont terminées. Malgré le tropisme médiatique accordé aux communes les plus peuplées (Paris, Marseille, Lyon, Bordeaux, Toulouse, Nice, Strasbourg, Lille, Nantes), il paraît difficile d’en tirer des conclusions de portée nationale tant les situations diffèrent d’une municipalité à l’autre.
On peut cependant émettre deux observations générales qui confirment le contexte chaotique ou de transition, voire d’avant-guerre, dans lequel nous sommes dorénavant plongés : un éclatement inouï de la donne politique et la montée inexorable de l’abstention.
La réforme du mode d’élection dans les communes les moins peuplées imposant la sotte parité et abolissant le panachage ainsi que la rature des candidats explique en partie la forte abstention du premier tour : 42,90% au lieu de 36,45% en 2014 (on oubliera les élections de 2020 marquées par la mystification covidienne). Notons que cette année, 68 communes françaises n’ont pas ouvert de bureau de vote, faute de liste présentée ! En 2020, on en recensait 106 et six ans plus tôt 64…
La désaffection des électeurs se comprend en outre par l’effacement du pluralisme : 68% des communes n’offraient qu’une seule liste élue d’office dès le premier tour avec 100% des suffrages exprimés. La présence de deux listes ne concernait que 25% des communes, ce qui n’a pas empêché la hausse de l’abstention et le fort accroissement des votes nuls et des bulletins blancs. Dans Le Monde (du 27 mars 2026), le chercheur Pierre-Henri Bono précise que le nombre de listes uniques dans les communes de 3.500 à 5.000 habitants est passé de 12% en 2008 à 31% cette année. Si l’on élargit le critère démographique des communes entre 1.000 et 20.000 habitants, il relève un phénomène plus massif encore : 32% en 2014 et 48% cette année ! Le désintérêt des électeurs n’en est que plus flagrant.
Ce désaveu civique accentue la fragmentation de l’actuelle offre politique. Certes, le PS conserve Paris, Le Printemps marseillais divers-gauche la cité phocéenne et les Verts Lyon, mais la gauche municipale perd des symboles historiques tels Clermont-Ferrand. L’alliance LR – macroniste remporte la mairie auvergnate aux mains des socialistes depuis 1944. Accédant au second tour grâce à 11,29% des voix, la liste RN s’effondre à 3,64%. Ses électeurs se reportent en masse vers le candidat du bloc central par hostilité compréhensible envers l’édile socialiste sortant qui préférait mieux combattre la section locale du Bastion social et des identitaires que les trafiquants de drogue implantés dans certains quartiers de sa pauvre ville.
Le PS perd aussi des municipalités dans le Nord, en banlieue parisienne et en périphérie lyonnaise au profit de LFI mélanchoniste (Saint-Denis, Roubaix, Sarcelles, Vaulx-en-Velin). Vieille terre communiste, Vénissieux tombe aussi ! La mobilisation permanente des quartiers de l’immigration en faveur des candidats de Jean-Luc Mélanchon a payé. Les notables socialistes se font « grands-remplacés ». Tant mieux ! On ne les pleurera pas !
Quant au RN, il faut ici distinguer la majorité des candidats des cadres et autres responsables nationaux. La voie vers l’Élysée en 2027 s’annonce plus difficile que prévue. En effet, le RN ne conquiert ni Marseille, ni Toulon, mais il gagne deux secteurs marseillais (les 5e et 6e, donc les IXe, Xe, XIe et XIIe arrondissements). Les métropoles confortent leur vive hostilité envers le parti de la flamme tricolore : 7,07% pour l’UDR Alexandre Dupalais à Lyon, 5,20% à Grenoble avec Valentin Gabriac, 7,02% à Bordeaux pour Julie Rechagneux, 7% à Strasbourg pour l’excellente Virginie Joron. En revanche, le RN s’implante dans les villes moyennes : Menton, Vierzon, Carcassonne, Rognac, La Seyne-sur-Mer, etc. Diverses municipalités RN sont reconduites dès le premier tour avec brio (77,71% à Hénin-Beaumont, 62,22% à Moissac). On notera la perte de Villers-Cotterêts au second tour alors que le maire sortant élu en 2014 et réélu en 2020, Franck Briffaut, adhérent au FN dès 1977, ne sollicitait pas un nouveau mandat.
La poussée frontiste se concrétise dans les villes moyennes. Par exemple, dans les Monts du Beaujolais situés dans le département du Rhône, l’assistant du député RN Jonathan Gery de la circonscription voisine, Rémy Berthoux, devient le maire de Thizy-les-Bourgs. Le cas est intéressant. Le 1er janvier 2013, cinq communes limitrophes fusionnent à l’initiative du maire de Thizy, Michel Mercier, sénateur centriste, président MoDem du conseil général du Rhône et ministre de la Justice de 2010 à 2012. Cette commune nouvelle se trouve dans la 9e circonscription du Rhône tenue par le LR Alexandre Portier. La liste RN réalise au second tour en triangulaire 46,36%. Les « Bo-Bo » lyonnais n’en dorment toujours pas !
La presse locale a évoqué la première mairie d’extrême droite du département de la Loire. Commune rurale de la plaine du Forez, Chalain-le-Comtal ne présente qu’une seule liste à l’initiative de Tom Rieu (aucun rapport a priori avec Damien Rieu). Employé agricole de 23 ans, le nouveau maire a été le suppléant du candidat RN aux législatives de 2022 et de 2024 dans la 2e circonscription de la Loire (Saint-Étienne Sud intra muros). Il quitte le RN après la condamnation de Marine Le Pen sur les assistants parlementaires européens. Il rejoint alors Identité – Libertés de Marion Maréchal. Son engagement public lui vaut 178 votes sur 586 inscrits sans omettre 7,51% de bulletins nuls et 8,87% de votes blancs. Les journalistes pensent que quatre à cinq autres communes de la Loire auraient maintenant des maires encartés au RN et à l’UDR.
On a vu que les agglomérations sont rétives aux candidats du RN. Pourtant dans la préfecture de la Loire, Saint-Étienne, après une éclipse survenue en 2020 (9,24% au premier tour), le RN devient avec huit conseillers municipaux la principale opposition à la nouvelle équipe communale socialiste – verte – communiste – Place publique. Au soir du 15 mars, le RN arrivait déjà en deuxième position derrière l’alliance de gauche et devant les quatre listes de droite et de centre-droit (18,97% et 8 212 voix exprimés). Or, par rapport aux résultats de 2014, le RN perdait néanmoins 688 suffrages. Toutefois, arrivé deuxième lui a procuré un vrai dynamisme puisqu’au soir du 22 mars, le RN a réalisé 26,68%, 11.786 suffrages, soit un apport supplémentaire de 3.574 voix ! Ce résultat ne devrait pas étonner. Dès le premier tour de la présidentielle de 1995, la Loire plaçait en tête Jean-Marie Le Pen à l’instar de six autres départements (Haut-Rhin, Bas-Rhin, Moselle, Var, Bouche-du-Rhône et Vaucluse). Le FN faisait de si bons résultats qu’au début des années 2000, des rumeurs couraient autour du parachutage électoral éventuel de Bruno Gollnisch sur la ville aux sept collines ou dans ses environs immédiats (Saint-Chamond et la vallée du Gier ou la vallée ouvrière de l’Ondaine).
Bien que non victorieux, le succès le plus brillant revient sans la moindre contestation possible à Jean-Eudes Gannat à Segré-en-Anjou-Bleu en Maine-et-Loire. Le 15 février 2016, sans aucune mention au cours de la campagne électorale de 2014, quinze communes s’unissent dans une commune nouvelle d’une superficie de 242 km². En comptant les bois de Vincennes et de Boulogne, la superficie de Paris fait 105 km². Lyon couvre près de 48 km² et Marseille s’en approche avec environ 241 km². Arrivée troisième et dernier lors de l’unique tour de scrutin, Jean-Eudes Gannat fait 21,72%, soit 1.517 voix. Sa liste obtient sept conseillers municipaux et envoie deux représentants à l’intercommunalité.
Dans un environnement difficile car la commune nouvelle se trouve dans la 7e circonscription, fief d’un député MoDem de la majorité présidentielle, Jean-Eudes Gannat suscite la sympathie des électeurs. Il profite de son statut d’enfant du pays comme d’ailleurs Tom Rieu qui bénéficie en outre d’un autre atout non négligeable : Chaloin-le-Comtal vote largement pour les candidats RN.
Jean-Eudes Gannat apporte la preuve magistrale qu’une démarche radicale réfléchie ne révulse pas toutes les franges de l’électorat. Son succès relatif risque cependant de lui attirer la vindicte de Thémis qui, pour avoir retransmis la sinistre réalité sur les réseaux sociaux, pourrait lui valoir une exécution provisoire et la privation durable de ses droits civiques, civils et de famille, car il est bien plus dangereux qu’un violeur d’enfant ou un trafiquant de drogue. Si sa liste courageuse réussit dans un milieu assez défavorable, pourquoi son exemple n’inciterait-il pas d’autres militants à l’imiter dans des zones bien plus propices à l’Opposition nationale, populaire, sociale, identitaire et européenne par exemple en Ardèche septentrionale autour d’Annonay qui a quand même élu un député UDR, et en Haute-Loire ? Avis aux bonnes et fermes volontés, imitons les exemples de Tom Rieu et de Jean-Eudes Gannat pour l’échéance municipale de 2033 !
Ne soyons donc pas pessimistes ! Il est dès à présent certain que des maires élus sans étiquette sont en leur for intérieur de sensibilité nationaliste-révolutionnaire ou identitaire, nous en connaissons plusieurs dans le Massif Central, dans le Morvan ainsi que dans le Jura.
Salutations flibustières !
23:21 Publié dans Georges Feltin-Tracol, Municipales 2026 | Lien permanent | Commentaires (0) |
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