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dimanche, 14 juin 2026

La guerre n’est pas une querelle de cour de récréation

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Henri Guaino

En février dernier, la guerre en Ukraine est entrée dans sa cinquième année. Elle a déjà dépassé en durée la Première Guerre mondiale.   Elle a en réalité commencé bien plus tôt, avec les affrontements entre l’Ukraine et les séparatistes pro-russes du Donbass soutenus par la Russie et l’annexion, cette même année, par cette dernière, de la Crimée. Et même avant, en 2008, même si l’on ne se tirait pas encore dessus, quand la question de l’en- trée de l’Ukraine fut officiellement posée. Et encore avant, en 2004, avec la révolution orange et l’implication des États-Unis et de l’Europe. Et, bien avant encore, en 1991, avec l’effondrement de l’Union soviétique. En réalité, les racines de cette guerre sont multiséculaires. L’Ukraine, à la charnière du monde catholique et du monde orthodoxe, du monde européen et du monde russe, des peuples slaves et des peuples polono-lituaniens et nordiques, a-t-elle vocation à être dans la zone d’influence de la Russie ou dans celle de l’Occident ? Voilà l’éternelle question qui hante ce conflit meurtrier entre deux peuples jumeaux qui, depuis leur naissance, ne cessent tour à tour de s’unir et de se combattre, et l’Ukraine d’être attirée tour à tour dans l’orbite de l’un et dans celle des autres. Cir- constance aggravante, l’Ukraine, c’est ce qui fait basculer l’Empire russe du côté de l’Europe au lieu de l’Asie. Brzezinski allait jusqu’à dire que, sans l’Ukraine, la Russie cessait d’être un empire. Il plaidait pour que l’Ukraine indépendante restât neutre, tout comme Kissinger qui disait que si l’Ukraine voulait vivre en paix, elle devait rester un pont entre deux mondes, sans basculer d’un côté ou de l’autre.

Que faire ?

On peut regarder la guerre russo-ukrainienne sous l’angle du conflit entre nation et empire, entre nationalisme et impérialisme. On peut le voir du point de vue du droit inter- national : qui est dans son droit ? On peut l’envisager sous l’angle de la morale des grands principes : qui est dans le camp du bien, qui est dans celui du mal ? La nation contre l’empire ? Certes, et après ? Les nations ne feront pas disparaître les empires, ni les empires, les nations. Il faut s’y faire : on ne change pas la nature des États. Le droit international ? A-t-il jamais permis d’arrêter une guerre ? Le bien contre le mal ? Mais l’ennemi aussi pense qu’il est le bien. La bonne conscience n’est pas le plus sûr moyen de prévenir les catas- trophes, au contraire, puisque le bien peut tout se permettre.

La seule question qui vaille est tou- jours la même : que faire pour arrêter la tuerie et l’escalade qui est le propre de la guerre ? En provoquant ce conflit, Poutine a fait un mauvais calcul, même du point de vue de ses intérêts. Comme Trump a fait un mauvais calcul en attaquant l’Iran. Mais l’Europe en fait un aussi en prenant parti et en entretenant une tension croissante avec la Russie, oubliant l’avertissement de Kennedy après la crise des fusées de Cuba : il ne faut jamais mettre en tension des puissances nucléaires. Un accident, un emballement, une erreur d’appréciation sont si vite arrivés. On se rassure : « Ils n’oseront pas ! » Alors, il n’y a pas de ligne rouge. On peut toujours aller plus loin et on va plus loin. Mais les vraies lignes rouges, on ne les connaît qu’après coup, quand le drame survient.

Quand j’avais écrit en 2022 que nous allions vers la guerre comme des somnambules, et mis en garde contre le risque de l’escalade dont on finit par perdre la maîtrise, on m’avait opposé Munich, que seule la force arrêtait la force, que l’économie russe allait très vite s’effondrer et que nous n’avions pas le choix : il fallait montrer au nouvel Hitler qu’il ne nous referait pas le coup du précédent. À force de voir Hitler partout, on finit par oublier de penser et de réfléchir aux conséquences de ce que nous faisons. Nous en sommes au dix-neuvième train de sanctions européennes contre la Russie, qui est passée en économie de guerre et qui souffre peut-être, mais ne s’effondre pas. La moitié du monde est plutôt de son côté que du nôtre, et avec l’Iran, cela ne s’arrange pas.

L’ivresse du chef de guerre

L’escalade va bon train avec les missiles ukrainiens qui tombent sur Saint-Pétersbourg. On dira que ce sont les Russes qui ont commencé. Mais la guerre, a fortiori contre une superpuissance nucléaire, n’est pas une querelle d’enfants dans une cour de récréation. Les économies européennes payent de plus en plus cher la hausse du coût de leur éner- gie et la question sociale y est de plus en plus explosive de sorte que la facture ukrainienne commence à atteindre ses limites peut être plus pour l’Europe que pour la Russie. Le plus inquiétant, c’est que les Ukrai- niens qui constatent que les Russes n’avancent pas s’enhardissent. La question est de savoir quand ils tireront le missile de trop. Elle est aussi de savoir quand les dirigeants européens cesseront leur dangereuse fuite en avant, avec l’ivresse du chef de guerre qui semble avoir saisi beaucoup d’entre eux, comme s’ils cherchaient à retrouver dans cette politique de la peur de la guerre à venir, désormais présentée comme quasiment inéluctable, une légitimité politique que les peuples leur contestent.

L’intérêt vital de l’Europe, pour laquelle les dégâts sont déjà énormes, et la morale de responsabilité commanderaient au contraire que chacun fasse tout désormais pour que la guerre s’arrête au lieu d’aller jusqu’au point de non-retour. Hélas, ce n’est pas la sagesse que l’on voit poindre à l’horizon mais plu- tôt l’inverse. En témoigne le défilé à Kiev des candidats français à l’élec- tion présidentielle qui veulent faire entrer l’Ukraine dans l’Otan et qui se gardent bien de détailler la facture à venir de son entrée promise dans l’Europe. Mais, comme depuis le début, le débat est interdit. Il l’est même de plus en plus.

Source : Journal du dimanche 14/6/2026

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Macron et ses petites phrases

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Pascal Praud, dans le Journal du dimanche, se penche sur les déclarations tonitruantes ou pas d’Emmanuel Macron durant ses deux mandats. Ces petites phrases sont révélatrices d’une méconnaissance totale de la France, de la société française et de ses moeurs. Certes, me direz-vous, mais les Français l’ont élu et réélu. C’est bien là tout le drame français, il aura fallu deux mandats pour précipiter la France dans le vide. Certes, c’était un peu le cas avant lui. Et l’horizon 2027 laisse place à trop d’incertitude, tant il est vrai qu’en politique le jeu ne sont faits qu’au sortir des urnes.

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Source : Le Journal du dimanche, 14/6/2026

Le titre est de la rédaction

10:33 Publié dans Revue de presse | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |

Émeutes de Belfast : pourquoi les quartiers républicains/ catholiques sont restés calmes — et ce que cela révèle vraiment

Émeutes anti-immigration | L'extrême droite met le feu à Belfast

Yann Vallerie

Les trois nuits d’émeutes de juin 2026 à Belfast ont une caractéristique géographique que les médias mainstream ont soigneusement évitée : elles se sont déroulées quasi exclusivement dans des zones loyalistes et protestantes. Lower Newtownards Road, Crumlin Road, Sandy Row, Shankill Road — autant de bastions de la tradition unioniste et paramilitaire pro-britannique. Les quartiers républicains et catholiques de l’ouest et du nord-ouest de Belfast — Falls Road, Andersonstown, Ardoyne — n’ont pas connu de violences comparables.

Ce n’est pas un détail anecdotique. C’est une clé de lecture essentielle pour comprendre ce qui se passe réellement en Irlande du Nord, et pour ne pas tomber dans les simplifications qui circulent des deux côtés de la Manche.

Le contrôle républicain : une pression sociale réelle sur la jeunesse

Dans les quartiers nationalistes, l’absence d’émeutes n’est pas spontanée. Elle est le produit d’une pression sociale et politique très organisée. Le Sinn Féin, parti dominant de la communauté catholique, a très rapidement condamné les violences et déployé ses réseaux militants pour s’assurer que la jeunesse des quartiers républicains ne rejoigne pas le mouvement. La jeune maire de Belfast, Róis-Máire Donnelly, issue du Sinn Féin et première magistrate gaélophone de la ville, a publiquement qualifié les émeutes de racistes — ce qui lui a valu des menaces de mort émanant de milieux loyalistes.

L’ensemble des organisations républicaines, y compris celles qui critiquent le Sinn Féin par sa gauche — IRSP, Éirígí, Saoradh, Republican Network for Unity, Anti-Imperialist Action Ireland, Lasair Dhearg — ont fait front commun. Des patrouilles ont été organisées dans les quartiers républicains pour dissuader les jeunes d’y participer. Des républicains d’Ardoyne ont collecté des fonds pour les victimes immigrées et proposé de les accueillir dans leurs quartiers.

Un jeune homme catholique habitant Falls Road ou Ardoyne qui aurait été tenté de rejoindre les manifestations anti-immigration aurait dû affronter non seulement la désapprobation de sa communauté, mais aussi la pression concrète d’organisations structurées disposant d’une capacité d’autodéfense assumée. Ce n’est pas de la liberté de choix — c’est de la discipline communautaire. Efficace, mais il faut l’appeler par son nom.

Le paradoxe : une colère sur l’immigration qui existe aussi côté républicain

Il serait naïf de conclure que les quartiers nationalistes sont imperméables aux tensions liées à l’immigration. La réalité est plus nuancée. Les classes populaires catholiques subissent les mêmes pressions sur le logement, les mêmes listes d’attente pour les services publics, les mêmes difficultés économiques que leurs voisins protestants. La colère sociale existe des deux côtés des murs de séparation. Ce qui diffère, c’est son expression et sa canalisation politique.

Côté loyaliste, les paramilitaires de l’UDA et de l’UVF — qui ont muté en entreprises criminelles autour de la drogue (comme une partie des dissidents républicains) depuis les accords de paix de 1998 tout en conservant une emprise territoriale — ont une tradition de « défense du territoire » contre les étrangers plus perméable à la rhétorique antiimmigration. Côté républicain, cette structuration paramilitaire est largement démantelée, et le Sinn Féin a fait le choix stratégique d’une ligne institutionnelle et antiraciste incompatible avec les émeutes.

La République d’Irlande : une autre réalité, soigneusement ignorée

Ce que les commentateurs progressistes français et britanniques occultent toutefois avec soin, c’est que la colère contre l’immigration ne se limite pas aux loyalistes protestants du nord de Belfast. En République d’Irlande — État indépendant, majoritairement catholique, de tradition nationaliste — des manifestations anti-immigration ont également eu lieu à la suite des événements de Belfast, ainsi qu’à Dublin ces derniers mois, années.

Une partie de la population irlandaise du sud — celle-là même dont les ancêtres ont subi la discrimination et la misère de l’émigration — exprime aujourd’hui des inquiétudes très concrètes face à une immigration de masse que le gouvernement de Dublin a accueillie sans concertation ni préparation sérieuse. Des petites villes rurales irlandaises ont vu débarquer des centaines de demandeurs d’asile hébergés dans des hôtels réquisitionnés, sans infrastructure ni accompagnement. La réaction a été vive, et des personnalités de premier plan ont soutenu les manifestants, comme Conor McGregor.

Le fantasme de l’unité irlando-unioniste contre l’islam : une chimère

Il circule en France, dans certains milieux identitaires, un récit séduisant mais faux : l’idée que la question de l’immigration produirait une réconciliation inédite entre nationalistes irlandais et loyalistes unionistes, unis contre un ennemi commun. Ce fantasme a quelques illustrations marginales : quelques drapeaux tricolores irlandais aperçus lors de manifestations antiimmigration en 2024, quelques figures de la frange droitière du nationalisme irlandais qui jouent avec cette rhétorique.

Mais les faits sont têtus. Les émeutes de 2024, 2025 et 2026 se sont déroulées dans les bastions loyalistes. L’ensemble du mouvement républicain — de l’institutionnel Sinn Féin aux groupes les plus radicaux — a non seulement refusé d’y participer, mais a activement travaillé à en limiter la contagion dans ses propres rangs. La maire de Belfast a reçu des menaces de mort pour avoir condamné les émeutiers. Les républicains d’Ardoyne ont collecté de l’argent pour les victimes immigrées.

L’unité irlando-unioniste contre l’immigration n’existe qu’à la marge, et elle est précisément combattue comme telle par les organisations républicaines qui y voient — à juste titre dans leur logique — un piège politique destiné à détourner les classes populaires catholiques de leurs combats historiques pour les aligner sur l’agenda des paramilitaires pro-britanniques.

Ce que cela dit de la situation réelle

La lecture honnête de la situation nord-irlandaise oblige à distinguer plusieurs réalités superposées. Premièrement, une colère sociale réelle et légitime face à une immigration mal gérée, qui traverse l’ensemble des communautés. Deuxièmement, une expression violente de cette colère qui reste pour l’instant concentrée dans les milieux loyalistes, pour des raisons structurelles et historiques précises — et non parce que les catholiques seraient naturellement plus vertueux. Troisièmement, une discipline communautaire républicaine efficace mais coercitive, qui empêche l’expression de tensions qui existent néanmoins. Une forme d’omerta en quelque sorte, alors qu’une partie de la population catholique locale n’en pense pas moins. Quatrièmement, une mobilisation antiimmigration croissante en République d’Irlande, distincte du loyalisme nord-irlandais et qui mérite d’être analysée pour ce qu’elle est : une réaction populaire à une politique d’immigration imposée sans débat démocratique sérieux.

Toute analyse qui réduit les émeutes de Belfast à du « fascisme loyaliste manipulé par Tommy Robinson et Elon Musk » est aussi fausse que celle qui en ferait le signe d’une unité pan-irlandaise contre l’immigration. La réalité est plus complexe, plus sociale, et finalement plus universelle — elle ressemble à ce que vivent toutes les sociétés européennes qui n’ont pas su ou voulu organiser démocratiquement le débat sur l’immigration avant que la rue ne l’impose.

Article paru su Breizh-Info, cliquez ici

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