Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

mardi, 23 juin 2026

La poutre britannique et le fétu européen : quand Londres donne des leçons d’anarchie au continent

Les-meilleures-adresses-de-ELLE-UK-si-vous-visitez-Londres.jpg

Balbino Katz
Chroniqueur des vents et des marées

La fournaise du Midi a ceci de particulier qu’elle donne aux idées une sécheresse presque biblique. J’étais arrêté sur une aire sans grâce, entre bitume brûlant, cigales invisibles et borne de recharge, attendant que ma voiture consentît à reprendre assez de force pour poursuivre sa route. Il n’y avait là ni café digne de ce nom, ni ombre véritable, ni conversation humaine, seulement cette lumière crue qui rend les carrosseries presque blanches et les hommes un peu plus lucides, ou plus irritables.

C’est dans ces conditions peu propices à la théologie politique que je lus, sur ma tablette, un article du Telegraph signé Daniel Johnson. Le titre, déjà, avait de quoi faire sourire : « Why the Brexit “fruitcakes and loonies” were right all along ». Les « dingues » et les « illuminés » du Brexit auraient donc eu raison depuis le commencement. Le sous-titre allait plus loin encore : le Royaume-Uni serait devenu une société forte depuis sa sortie de l’Union européenne, tandis que ses voisins continentaux verseraient dans l’anarchie.

Il faut admirer cette capacité anglaise à parler du délabrement des autres avec une tasse de thé à la main, tandis que le plafond s’effondre au-dessus du salon.

L’article de Daniel Johnson n’est pas sans intérêt. Il contient même des remarques justes. L’Union européenne de 2026 n’est plus celle de 2016. Elle a subi le Brexit, le Covid, la guerre en Ukraine, la crise migratoire, l’affaiblissement industriel, la pression américaine, la concurrence chinoise, le réveil des nations, la colère des peuples. Le vieux rêve bruxellois d’une convergence douce, administrative, irrésistible, a pris du plomb dans l’aile. L’Allemagne ne ressemble plus à la machine tranquille que les européistes français regardaient autrefois avec des yeux de séminaristes devant une relique. La France tremble. L’Italie compose. La Pologne se muscle. Les peuples demandent des comptes.

Tout cela est vrai.

Ce qui l’est beaucoup moins, c’est la comparaison implicite. Car le Telegraph parle de l’Europe comme d’un navire troué sous la ligne de flottaison et du Royaume-Uni comme d’une forteresse libérale ayant retrouvé son aplomb. Or le Royaume-Uni contemporain ressemble moins à une forteresse qu’à une belle maison de famille dont les héritiers se disputent dans le vestibule pendant que l’humidité monte par les murs.

Daniel Johnson cite lui-même un chiffre terrible : selon un sondage Ipsos, 68 % des Britanniques pensent que leur pays va dans la mauvaise direction. Il faut être d’une hypocrisie toute britannique pour transformer cette donnée en preuve de solidité nationale. Un peuple dont plus des deux tiers regardent l’avenir avec inquiétude n’est pas exactement un peuple réconcilié avec lui-même. On peut appeler cela du courage insulaire. On peut aussi y voir une nation épuisée par ses propres contradictions.

Lire la suite

16:28 Publié dans Balbino Katz | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |