jeudi, 29 octobre 2026
Cryptomonnaies : jusqu’où ira la surveillance de nos patrimoines ?
Franck Abed
Le 9 octobre 2026, la commission des finances de l’Assemblée nationale a adopté un amendement présenté par le député Charles de Courson, visant à imposer la déclaration des portefeuilles de cryptomonnaies auto-hébergés dont la valeur atteint ou dépasse 100 000 euros. À défaut, une amende pouvant atteindre 10 000 euros serait encourue.
Au-delà de la question fiscale, cette initiative soulève une interrogation fondamentale. Jusqu’où l’État républicain peut-il étendre son droit de regard sur le patrimoine privé des citoyens ? La liberté de posséder, d’épargner, de transmettre et de disposer du fruit de son travail constitue l’un des fondements d’une société libre. Elle implique naturellement des devoirs, car aucune liberté authentique ne saurait exister sans responsabilité.
Pourtant, notre époque semble substituer à cette conception un principe bien différent. Le citoyen n’est plus considéré comme un propriétaire responsable, mais comme un administré dont il faudrait connaître, vérifier et surveiller les avoirs. Cette évolution appelle une réflexion politique plus profonde. Pendant des siècles, la propriété, les libertés locales et les corps intermédiaires ont constitué autant de limites concrètes à l’exercice du pouvoir. La centralisation administrative moderne, poursuivie par les régimes successifs, tend au contraire à multiplier les instruments de contrôle au nom de l’intérêt général.
Le paradoxe est saisissant. Un régime qui place la liberté au cœur de sa légitimité semble éprouver une difficulté croissante à accepter que certaines sphères de l’existence échappent à son regard. La lutte contre la fraude fiscale demeure légitime. Mais elle ne saurait justifier une extension indéfinie de la surveillance patrimoniale. La multiplication des données sensibles, dans un contexte d’agressions visant des détenteurs de cryptomonnaies, soulève également de sérieuses questions de sécurité.
Une autorité politique forte n’est pas nécessairement une autorité omniprésente. Sa grandeur se mesure aussi à sa capacité de protéger les libertés plutôt qu’à sa volonté de tout contrôler. Voilà peut-être l’une des grandes contradictions de notre modernité politique. À mesure que les libertés sont proclamées comme des principes universels, leur exercice concret semble devoir être toujours davantage déclaré, encadré et surveillé…
00:05 Publié dans Franck Abed | Lien permanent | Commentaires (0) |
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