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mardi, 11 septembre 2018

Le Procès Méric vu par le quotidien Présent

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Chaque jour vous pouvez lire dans Présent le compte-rendu du "procès Méric" grâce aux articles d'Aristide Leucate. Après le premier article en début de semaine dernière cliquez ici, voici les trois jours suivants.

2e jour : quand le doute s’installe

Le procès d’Esteban Morillo, Samuel Dufour et Alexandre Eyraud, tous trois impliqués, à des degrés divers, dans le décès de Clément Méric, jeune antifa, alors impatient d’en découdre, ce tragique 5 juin 2013, avec ces « fascistes » proches, à l’époque, de Serge Ayoub, prend rapidement, ce mercredi 5 septembre, une tournure technique.

Tout d’abord, la caméra de vidéosurveillance postée face à la gare RER « Le Havre-Caumartin », à l’instar d’une boîte noire endommagée, ne paraît vouloir livrer que des images imprécises et tronquées. L’expert convoqué à la barre s’en désole, tandis qu’un des enquêteurs interrogés avoue que les images recueillies sont « de piètre qualité », ajoutant que « la vidéo ne permet pas de savoir qui a donné le premier coup et si des armes ont été utilisées ». Il est facile, en effet, de constater à l’audience, le caractère difficilement exploitable d’une imagerie ressemblant plus à une succession de clichés mis bout à bout qu’à un film en cinémascope.

Vient ensuite la question cruciale de l’usage présumé d’un poing américain par l’un des accusés, en l’occurrence Samuel Dufour. En réponse à l’avocat général, Rémi Crosson du Cormier, le policier est formel et affirme la présence d’une telle arme sur les lieux. Un autre fonctionnaire, de la Brigade criminelle, cette fois, revenant sur les lieux, un mois après les faits, atteste que cinq témoins ont vu « une sorte de poing américain (sic) une barre en métal argenté avec un aspect plat, et non en pic, comme certains poings américains ». On se perd, toutefois, en conjectures, sur la solidité de ces témoignages…

En ce deuxième jour du procès, l’audience, salle Georges Vedel du Palais de justice de Paris, avait commencé par l’audition de Samuel Dufour. Plus malmené que ses co-accusés, il doit faire face à un interrogatoire des plus inquisitorial sur ses dilections pour les armes, la musculation, Napoléon et Hitler, les tatouages, etc., tout en ressassant combien il veut « tourner la page ».

Malgré des débats menés avec fermeté mais correction de la part des magistrats, force est de constater que des incertitudes se sont rapidement faites jour de nature, en théorie, à profiter aux accusés. Nous ne sommes, néanmoins qu’au début du procès. Tous les retournements sont possibles. Ce jeudi, Les parents de Clément Méric viendront déposer à la barre. Déjà, quelques minutes avant la fin de l’audience, l’ancienne professeur d’histoire-géographie de terminale (?) de Clément Méric soutenait que « les armes de Clément ce n'était pas ses poings, c'était la vivacité et l'élégance de son esprit ».

3e jour : un agneau pas si doux qu’on veut bien le dire

Si les deux audiences précédentes, sacrifiant ainsi à un rituel bien connu des cours d’assises, étaient toute entières consacrées à la personnalité des accusés, celle du jeudi 6 septembre se trouve entièrement dédiée à la jeune victime, Clément Méric.

Le moins que l’on puisse dire est que les expertises et témoignages ne plaident nullement en faveur de ce dernier qui, visiblement, d’une part, aurait été frappé à poings nus uniquement par Esteban Morillo (et non à l’aide d’un coup de poing américain, selon deux dépositions concordantes de médecins légistes quelque peu bousculés par les avocats des parties civiles), d’autre part, qu’il aurait été clairement à l’origine de la bagarre malheureuse qui allait entraîner sa chute sur le trottoir et, bientôt, sa mort. De fait, nous sommes loin de l’aimable garçon doux et pacifique décrit au début de l’audience par l’enquêtrice de personnalité : « il était là pour régler des comptes. Il était excité », « il était dans la provocation », « il était énervé », affirment sans hésitations les deux vigiles en fonction ce 5 juin 2013 dans la salle des ventes, rue de Caumartin.

Mais, du parquet aux parties civiles, jusqu’aux trois magistrats présidant la session, la nervosité est palpable. D’abord, les témoignages semblent dédouaner les trois accusés (Morillo éclatera même en sanglots au témoignage, poignant, il est vrai, de la mère de Clément Méric), les faisant subrepticement passer du rang de provocateurs à celui d’agressés, un des vendeurs allant même jusqu’à dire que « les skinheads étaient terrorisés » (sic) ; ensuite, Serge Ayoub qui avait déclaré qu’il viendrait à la barre « si son état de santé le lui permettait », fait de nouveau défaut, ce qui a le don d’irriter la présidente Siméoni.

Quoi qu’il en soit, on a retrouvé, pour l’occasion, un article du Point daté du 25 juin 2013 qui avait eu accès au procès-verbal de police et dans lequel il était clairement indiqué que « Clément Méric voulait vraiment en découdre. (…) Il semblait vraiment haïr ces gens [les accusés, NDLR] ». En d’autres termes, conviendrait-il que la cour s’appuie, a minima, sur les éléments d’enquête recueillis à l’époque sans systématiquement chercher à les travestir en les sur/sous-interprétant. Au lieu de cela, se dégage l’impression désagréable d’une stratégie judiciaire implicite consistant à entretenir le flou des témoignages, cinq ans après les faits, autant qu’à dénier aux accusés le droit d’un sincère repentir.

Pas sûr, néanmoins que nous soyons entendus. Reste aux jurés à lire ou à se faire apporter les bonnes feuilles du mémoire en défense publié par Serge Ayoub lui-même en novembre 2013 (L’affaire Clément Méric. Du fait divers au scandale politique, éditions du Pont d’Arcole) pour se forger l’intime conviction que viennent résolument conforter les divers témoins qui se sont succédé au Palais de justice en ce troisième jour de procès.

4e jour : Affaire Méric : Les accusés au bord de l’abîme

Tandis que le procès Morillo et consorts paraît s’enliser dans un magma d’expertises plutôt favorables aux accusés, la Cour d’assises de Paris décide de sortir de son chapeau des témoins qui n’en sont pas vraiment.

Tout commence par l’historien de gauche, Nicolas Lebourg, « spécialiste de l’extrême droite » membre de l'Observatoire des radicalités politiques (ORAP) de la Fondation Jean-Jaurès, proche du Parti socialiste, dont la présence ès-qualités est vivement contestée par Me Maisonneuve, avocat de la défense. Vêtu de noir comme le principal accusé, Esteban Morillo, l’universitaire n’apporte rien de capital au dossier sauf à décrire les tatouages des accusés : « le trident par exemple ça vient des ukrainiens (...) pour se distinguer de la croix celtique». C’est dire le niveau du débat.

Arrive ensuite un SDF (interrogé en visioconférence du tribunal de Tour) qui buvait mais n’était pas saoul (!) au moment des faits au point qu’il aurait vu ce fameux poing américain qui ressemble de plus en plus à l’Arlésienne mais que le tribunal cherche manifestement à faire émerger des tréfonds de son imagination. L’homme n’a pas l’air sûr de lui et donne l’impression de réciter son texte, osant même une sortie de route improvisée, sans doute pour donner plus de véracité à son propos. Ainsi, à la question de la présidente de savoir s’il avait déjà vu des poings américains, il répond tout à trac : « Ah beh oui ! J'en ai chez moi. J'en ai une trentaine, je fais collection ! ». Entre consternation et hilarité, les juges balancent, sous les yeux vides des parents de la victime…

Parmi les autres témoins, entre ceux qui ne se souviennent plus des accusés mais attestent formellement la présence d’un poing américain, ceux qui se prennent les pieds dans le tapis d’une mémoire qui trahit la fragilité de leur déposition et un légiste venant contredire ses prédécesseurs à la barre en affirmant qu’un objet métallique (point américain ou bagues saillantes, notamment celles de Samuel Dufour qui nie avoir frappé Méric) a été utilisé par les accusés, viennent les « antifas », Steve Domas (amnésique volontaire), Aurélien Boudon (dont l’arrogance aura été rabattue par Me Antoine Vey, avocat de Samuel Dufour) et Matthias Bouchenot (surjouant la comédie de l’antifasciste angélique outragé) dont les témoignages restent sujets à caution, eu égard à leurs déclarations anti-judiciaires récentes.

En ce quatrième jour d’audience, une chose est désormais acquise. Tandis que les grands médias ne consacrent que quelques mots à un procès visiblement jugé d’avance, la cause semble entendue. L’hypothèse du coup de poing américain, circonstance aggravante pouvant entraîner une peine alourdie pour Esteban Morillo (20 ans de réclusion), en dépit de six contre-expertises menées durant la phase d’instruction la réfutant, est visiblement accouchée aux forceps par des magistrats ayant tombé le masque d’une apparente impartialité. Les jurés seront-ils dupes ?

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18:24 Publié dans Aristide Leucate | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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