Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

samedi, 09 mars 2024

Le kitsch et le vide

rdmol .jpg

Vincent Tremolet de Villers

Milan Kundera définissait le kitsch comme « l’embellissement du mensonge ». Il était autorisé d’y songer devant la liturgie qui s’est déployée vendredi Place Vendôme. Un Terrien revenu de la Lune pouvait croire que la France était devenue le cinquante et unième État américain ou une nation entourée de pays défendant la mo- rale victorienne. Il aurait même été éberlué d’entendre le président de la République, comme en écho au discours de l’état de l’Union de Joe Biden, faire du droit à l’IVG le thème de lancement de la campagne des élections européennes. Paris n’est pas Washington, Marine Le Pen n’est pas Donald Trump, et personne, ni Maréchal ni Bellamy, ne remet en cause la loi Veil. Accessoirement, les sujets de société sont le propre des nations, ils n’entrent pas dans le spectre des compétences communautaires. Menace fantomatique, donc, qui prend le relais d’une menace bien réelle, la guerre en Ukraine. Laquelle aussi est abordée par l’Élysée dans une confusion dé- routante où l’escalade verbale et la tactique électorale s’entremêlent.

Si l’on veut une campagne européenne digne de ce nom, il faut donc d’urgence desceller le scrutin de la dialectique sommaire que la ma- jorité voudrait imposer : nous sommes le droit des femmes et la défense de l’Ukraine; les autres, c’est Trump, Orban, Poutine, Sauron ou Belzébuth. Si le propre du populisme, c’est d’évacuer la nuance, surjouer l’affrontement, caricaturer l’adversaire, cibler des ennemis imaginaires, il peut se retrouver chez ceux qui s’en croient préservés...

Pendant ce temps, notre Vieux Continent enchaîne les crises, agricoles, migratoires, démocratiques. Menacé par la volonté déstabilisatrice de la Russie, par la puissance numérique américaine, par la force commerciale chinoise, par la vitalité conquérante du «Sud global », il subit l’appauvrissement économique, la dépossession culturelle, l’angoisse existentielle. Tout cela mériterait une profonde délibération collective plutôt que la vacuité sonore qui nous tympanise. La démocratie, ce n’est pas seulement le droit de vote. C’est aussi, avant le scrutin, la possibilité d’un débat approfondi, civilisé et équitable. Intelligent, c’est utopique ; mais moins bête, c’est atteignable. I

Source : le Figaro 9/3/2024

08:48 Publié dans Revue de presse | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |

Les commentaires sont fermés.