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samedi, 18 juin 2016

Un entretien entre Franck Abed et Francis Bergeron sur Léon Degrelle

13307454_500609703468110_8491307958840490828_n.jpgFranck ABED : Bonjour. Pourriez-vous prendre la peine de vous présenter en quelques mots pour ceux qui croient vous connaître et pour ceux qui ne vous connaissent pas encore ?

Francis BERGERON : Adolescent, j’ai milité dans quelques groupuscules anticommunistes, à une époque où le philocommunisme était la chose la mieux partagée du monde, alors même qu’au Vietnam, au Cambodge, au Laos, au Mozambique, en Angola, en Afghanistan, la poussée bolchevique semblait irrésistible. Cela m’a conduit ensuite à des engagements plus « musclés, avec à la clé les geôles soviétiques, et la guerre au Liban. Mais c’était il y a longtemps… Aujourd’hui j’écris des livres. Et sur le plan professionnel je participe à la direction d’un groupe international.

Pour quelles raisons avez-vous décidé d’écrire une biographie sur Léon DEGRELLE ?

J’ai écrit une biographie de Hergé et un essai sur la géopolitique dans l’oeuvre de Hergé. Or Hergé, dans sa jeunesse, a été très lié à Léon Degrelle. Cette amitié, et l’idée que Degrelle ait pu servir de modèle au personnage de Tintin m’ont donné envie de me plonger dans la vie de cet homme politique belge.

Comment définiriez-vous la doctrine défendue par Léon DEGRELLE ? Comprenez-vous qu’on puisse la classer à gauche ?

Il y a plusieurs rexismes. Le rexisme d’origine se situe plutôt du côté de Maurras et des catholiques sociaux. Degrelle éprouve une profonde admiration pour l’Action française, et en particulier pour Léon Daudet. Par la suite, il va s’éloigner de la hiérarchie catholique ; et l’organisation qu’il a créée va ressembler de plus en plus à ces groupes fascistes que l’on trouve à l’époque, dans la plupart des pays européens. A partir de 1937, une partie des militants catholiques s’éloignent de REX, tandis que ce parti attire d’anciens communistes, et va ressembler un peu au PPF de Doriot. Il y a comme toujours, dans les partis de ce type, un mélange de nationalisme et de socialisme, à des degrés divers. Mais REX, c’est vrai, fait partie des rares mouvements fascistes imprégnés de christianisme. On pense à la Garde de Fer roumaine ou à la Milice de Darnand. Alors qu’en règle générale, les ligues fascisantes ou authentiquement fascistes développaient une idéologie plutôt matérialiste et en tout cas antichrétienne.

Mais ce qui est intéressant dans le rexisme, ce qui lui est propre, c’est cette aspiration à la grandeur, à la croisade, à la construction d’une « grande Bourgogne », sorte d’empire wallon renouant avec un passé très lointain. Venant d’un si petit pays, cette incongruité est assez fascinante. La toute petite ville de Bouillon, dans les Ardennes belges, est la ville de Godefroy de Bouillon et de Léon Degrelle. Ces deux soldats se ressemblent, au fond. L’appétence pour un destin hors du commun, venue de là où on ne l’attend pas du tout.

Léon DEGRELLE a soutenu le nazisme. Toutefois il se considérait comme catholique. Or le nazisme, en tant qu’idéologie et doctrine, a clairement été condamné – à l’instar du communisme et du libéralisme – par Notre Sainte Mère l’Eglise avec l’encyclique Mit brennender Sorge de Pie XI.

Comment expliquez-vous cette incohérence philosophique et intellectuelle manifeste (incohérence qui persiste encore dans certains cénacles nationaux) ?

Oui c’est exact, il y a incompatibilité. Je ne connais pas les milieux nationaux qui, aujourd’hui, tenteraient ce grand écart idéologique. Je n’ai jamais rencontré d’adeptes du nazisme et encore moins d’adeptes d’un syncrétisme entre le catholicisme et le nazisme. Ce que l’on sait aujourd’hui du nazisme et aussi l’échec politique et militaire engendré par ce totalitarisme, la ruine de l’Europe, et son affaiblissement durable, générés par la seconde guerre mondiale, ne prêtent guère à séduction.

Avant la guerre, il pouvait bien évidemment en être autrement : Robert Brasillach est ébloui par les cathédrales de lumière de Nuremberg. Alphonse de Chateaubriant voit en Hitler une figure quasiment christique. Léon Degrelle fait partie de ceux qu’impressionne le culte du chef, en Allemagne, cet ordre nouveau qui s’y construit, la fierté retrouvée de tout un peuple, face à la menace soviétique. C’est cela qui le séduit chez les tenants d nazisme avant tout. Mais Degrelle n’est guère théoricien. L’allure, les uniformes, l’effort collectif, la croisade héroïque, voilà qui lui parle sans doute beaucoup plus que toutes les théories racialistes ou impérialistes. Mais il est vrai que, pendant la guerre, il proclamera la germanité des Wallons, sans doute dans l’espoir que soit donnée à la Belgique, dans l’Europe nouvelle qu’il croit voir se dessiner, une place significative.

Quels furent les atouts et les qualités de DEGRELLE pour devenir une personnalité politique qui compte dans la Belgique d’entre deux guerres ?

Les atouts de Degrelle tiennent à sa personnalité, à commencer par cet optimisme à tous crins, par ce culot incommensurable. C’est un homme qui ne doute jamais. Son courage physique, et aussi sa résistance physique sont exceptionnels. Par ailleurs il va se révéler excellent journaliste, et orateur très puissant. Son charisme est impressionnant. Et puis, comme il aimait à le dire, « la chance m’aime bien ». Même si le bilan, au final, est celui d’un terrible échec, Degrelle a vécu quinze années assez fabuleuses, et il a su ensuite les raconter et les magnifier, contribuant à créer ce mythe formidable.

Beaucoup de choses sont dites et écrites au sujet des rapports entre Léon DEGRELLE et HERGE. Qu’en fut-il réellement ?

Les deux hommes se sont connus très jeunes, à vingt ans, en travaillant dans le même journal catholique bruxellois, le XXe Siècle. Ils étaient très liés, et Hergé n’a jamais renié cette amitié, malgré la divergence des destins. D’ailleurs l’une des caractéristiques d’Hergé, c’est sa fidélité en amitié. Il suffit de penser à l’histoire de ses relations avec son ami chinois Tchang.

Longtemps après la création de TINTIN, DEGRELLE a souvent dit et écrit qu’il en avait été le modèle. Qu’en pensez-vous ?

Ce n’est pas complètement faux. Hergé, « voyageur immobile » trouvait son inspiration autour de lui. Et cet ami et collègue de bureau, du même âge que lui, partant au Mexique chez les Christeros, puis en Amérique du Nord, pouvait constituer une sorte de modèle vivant au moment où Hergé commence à imaginer son héros, jeune homme de son temps, reporter et aventurier. Il y donc certainement un peu de Degrelle chez Tintin. mais on sait aussi qu’Hergé s’est inspiré de son frère Paul. Et puis comme Flaubert et madame Bovary, « Tintin, c’est moi », a-t-il souvent expliqué. Titntin, c‘est Hergé, un jeune homme fidèle à sa promesse scoute, ayant pour vocation de défendre la veuve et l’orphelin.

Existe-t-il des mouvements et/ou des personnalités politiques actuels en Belgique ou ailleurs qui se revendiquent de DEGRELLE et du Rexisme ?

Il doit y en avoir, mais je n’en ai pas rencontré. Alors que j’ai connu des adeptes du VERDINASO de Joris Van Severen, l’équivalent flamand de Degrelle, assassiné en 1940 à Abbeville. J’ai cru comprendre, en lisant Robert Poulet ou Pol Vandromme, que Degrelle n’a pas laissé que de bons souvenirs, en Belgique, aussi bien chez ses opposants que chez ceux qu’il a entrainés dans une aventure qui s’est révélée sans issue. La fin du rexisme ressemble à la fin de notre Milice : une sorte de guerre civile où il ne fait pas bon être dans le camp des perdants. D’abord parce que l’Histoire est écrite par les vainqueurs. Ensuite parce que l’épuration belge sera affreusement sévère, plus épouvantable encore que l’épuration française. Cela a laissé de terribles séquelles, meurtri des familles, des générations de Belges. Et qu’on le veuille ou non, Degrelle a sa part de responsabilités.

Finalement si DEGRELLE est toujours autant apprécié en France, cela ne tient-il pas au fait qu’il incarne le perdant magnifique haut en couleurs comme notre pays les aime tant ?

Oui, il y a de cela, certainement. Mais surtout Degrelle a été le metteur en scène de sa propre gloire. Dans des livres remarquables : La Guerre en prison, La Campagne de Russie, La Cohue de 1940, il raconte le fascinant destin d’un jeune Belge qui se retrouve directeur de journaux à vingt ans, grand reporter, chef d’un important parti politique à trente, et combattant héroïque sur le Front de l’Est. Quinze années intenses où cet homme est allé jusqu’au bout de ses engagements, et a miraculeusement survécu. Degrelle ? Quel phénomène !

Qui suis-je ? Léon Degrelle, par Francis Bergeron, éditions Pardès, 120 pages, 12 €

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11:55 Publié dans Les entretiens avec Franck Abed | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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