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lundi, 04 juin 2018

LA CHUTE DE RAJOY ET L’AGGRAVATION DE LA CRISE POLITIQUE EN ESPAGNE

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Robert Neboit

Lorsque Mariano Rajoy parvient au pouvoir en novembre 2011 le Parti populaire venait d’obtenir la majorité absolue dans les deux chambres du parlement en écrasant Parti socialiste du calamiteux Zapatero qui venait de subir une défaite historique en passant de 43 % à 28 % des voix. Cinq ans plus tard aux élections suivantes de décembre 2015 la donne change radicalement avec la fin du bipartisme PP – PSOE : le PP recule à 28 des voix et perd la majorité et les socialistes font pire encore avec 22 %, deux nouvelles forces politiques Podemos (décalque espagnol du slogan Yes we can d’Obama…) rassemblement de mouvements gauchistes et Ciudadanos (Citoyens) mouvement de centriste prétendant s’opposer aux sécessionnistes tout en refusant le moindre nationalisme espagnol. Podemos talonne le PSOE avec 20 %, et Ciudadanos est à 14 %. Faute de coalition gouvernementale les espagnols durent retourner aux urnes six mois plus tard en juin 2016. Le PP améliore son score mais reste minoritaire. Rajoy n’obtiendra que laborieusement l’investiture en octobre à la quatrième tentative grâce au soutien conditionnel de Ciudadanos. Après seulement huit mois de gouvernement et suite au scandale de corruption Gürtel une motion de censure PSOE vint de l’emporter vendredi 1erjuin et met fin au gouvernement Rajoy et espérons-le à son existence politique. Il laisse la place à Pedro Sanchez dirigeant d’un PSOE minoritaire soutenu par l’extrême gauche et les sécessionnistes basques et catalans. Et Rajoy osera se vanter d’avoir laissé l’Espagne dans un meilleur état que lorsqu’il était venu au pouvoir !

Qu’il ose dire cela ne peut être compris que si l’on se rend compte que pour lui la politique semble se restreindre au seul domaine de l’économie. Aura-t-il au moins réussi dans ce domaine ? Pas vraiment. Son résultat n’est pas catastrophique mais sans être glorieux pour autant. Certes le chômage a diminué mais cela a été accompagné de la précarisation de l’emploi et de la baisse des salaires ceci avant tout les jeunes. Enfin il n’a pas su réduire le déficit public.

Mais ce n’est pas l’économie qui a causé la chute de Rajoy, c’est son incontestable échec politique et moral après sept ans de pouvoir. Echec d’un homme qui aura trahi consciencieusement ses électeurs en leur faisant miroiter des convictions de droite durant les campagnes électorales et qui une fois élu a mené une politique au fond pas si différente de celle de Zapatero.

Sur le plan sociétal il a continué sur la voie de la promotion coercitive de l’idéologie antifamiliale LGBT. Il a fait approuver plusieurs lois qui sous prétexte de défendre les droits des homosexuels vont bien au-delà et prétendent réprimer la liberté d’expression des défenseurs de la famille traditionnelle.

Sur le plan idéologique il se met à la remorque de l’antifranquisme, et plus encore il en tolère tous les excès, notamment en n’abrogeant pas en cause la liberticide Loi de la mémoire historique qu’avait fait voter Zapatero et qui prétend instaurer une vérité officielle antifranquiste et pro Front Populaire. Il laisse ainsi à la gauche antifranquiste le monopole du récit national et lui donne ainsi les moyens de formater les nouvelles générations dans l’exécration d’un régime qu’elles n’ont pas connu.

La situation démographique est catastrophique et il n’a rien fait pour y remédier. Le taux de natalité est un des plus faible d’Europe. Enfin l’immigration ininterrompue fait que pour la première fois de son histoire le pourcentage d’étrangers a atteint les 10 % de la population.

En politique intérieur il n’a pas su s’opposer aux diverses forces sécessionnistes qui tendent à la balkanisation de l’Espagne Certains observateurs superficiels lui font gré d’une opposition supposée énergique au sécessionnisme catalan. La réalité est moins glorieuse. Rajoy a certes appliqué, mais comme à contre cœur, l’article 155 de la Constitution pour faire face à la déclaration d’indépendance qui avait suivi le référendum organisé par les sécessionnistes et qui ne respectait aucune des garanties procédurales habituelles. Mais les réactions les plus vigoureuses sont venues du peuple espagnol avec de nombreuses manifestations pour l’unité de l’Espagne, les plus importantes ayant lieu à Madrid puis à Barcelone. Et aussi du roi Philippe VI qui fit un discours énergique et sans compromission. Il n’a résolu en rien la crise puisqu’aux élections du 21 décembre au parlement de Catalogne le bloc indépendantiste, même s’il ne recueille que 47,5 % des voix, conserve la majorité. La raison de cet échec est que Rajoy n’a pas utilisé tous les pouvoirs que lui conférait cet article. Il aurait dû s’attaquer au monopole radio télévisuel de la Généralité pour faire respecter la pluralité des idées, défendre l’enseignement de la langue espagnole et la neutralité idéologique dans le système éducatif catalan. Mais il n’en a pas eu le courage par manque de convictions. Il s’est réfugié frileusement dans la simple défense de la légalité constitutionnelle, ne réalisant pas que pour défendre valablement une constitution encore faut-il défendre en même temps l’héritage historique et l’unité de la nation sans lesquels aucun contrat social n’a de sens. Sa politique face aux forces sécessionnistes a toujours consisté, sous couvert de ‘dialogue’ à les acheter sous forme d’avantages financiers. Il avait d’ailleurs déjà pratiqué ce système pour financer son parti, semblable en cela à ses concurrents socialistes. C’est cette politique qui l’a fait tomber. Le parti nationaliste basque a accepté des avantages budgétaires pour ensuite le trahir en négociant avec le parti socialiste le maintien de ces mêmes avantages !

Le gouvernement de Sanchez s’annonce encore pire que celui de Rajoy, il sera dépendant du bon vouloir de l’extrême gauche et des nationalistes catalans et basques.

La solution ne pourra venir que d’un sursaut des patriotes espagnols lors des élections générales anticipées qui seront très probablement inévitables. Le Parti populaire est irréformable idéologiquement et semble en très mauvais posture. Il faut souhaiter l’apparition d’un mouvement de droite nationale qui s’attaquera aux problèmes du pays dont les deux principaux sont les régionalismes sécessionnistes et l’immigration incontrôlée. Le mouvement de droite national Vox dirigé par Santiago Abascal semble avoir des chances réelles d’avoir des élus aux prochaines élections. Il pourrait représenter une alternative crédible pour restaurer l’unité de l’Espagne et lui redonner grandeur et dignité.

18:39 Publié dans En Europe et ailleurs... | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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