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lundi, 19 décembre 2016

L'intervention de Georges Feltin-Tracol à la Table-ronde de Terre et peuple

flyer_tr_2016.jpgMesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, Chers Camarades, Chers Amis,

Permettez-moi d’abord de remercier Terre & Peuple pour son invitation à cette XXIe table ronde qui traite aujourd’hui des « Chemins de la résistance et de la reconquête ». Les voies ne manquent pas. On a parfois un peu trop tendance à séparer leurs différentes formes d’engagement. Le militantisme peut prendre trois aspects principaux qui, suivant les circonstances, se recoupent ou se contredisent. Il s’agit de l’action culturelle ou métapolitique, de l’action politique et électorale, et de l’action armée qui peut être qualifiée, le cas échéant, de « terroriste ».

Leur interaction produit sur une durée relativement longue des résultats intéressants. Pensons d’abord au mouvement corse. Qui à la prise d’Aléria en 1975 aurait imaginé que quarante ans plus tard une coalition nationaliste dirigerait les institutions de l’Île de Beauté ? Observons l’Irlande du Nord. Les républicains nationalistes ont bâti une véritable contre-société, obtenu une large autonomie interne et gouvernent dorénavant avec les unionistes radicaux pro-britanniques. Et que dire de l’ANC de feu Nelson Mandela qui sut combiner en Afrique du Sud agitations étudiantes, attaques terroristes, noyautage militant des organisations caritatives et agit-prop à l’échelle planétaire sans que cela ne soulève la moindre réprobation comme si on distinguait un bon terrorisme d’un très mauvais ?

Mais qu’est-ce que le terrorisme ? Les occurrences mentionnent plus d’une centaine de définitions au moment où s’applique en France un délit d’apologie du terrorisme, retiré du droit de la presse pour intégrer le droit pénal ordinaire, qui peut valoir à son auteur jusqu’à sept ans de prison. Si on écoute attentivement nos médiats menteurs, on remarquera l’association fréquente des mots « terrorisme » et « barbarie ». Comme pour le terrorisme, la barbarie est un concept imprécis et flou. Nos contemporains ont oublié ces actes barbares qu’étaient les bombardements « alliés » en 1944 sur les villes françaises ainsi que les nombreux viols de Françaises par des GI. N’était-il pas aussi barbare de bombarder à l’uranium appauvri les villes serbes en 1999 ? N’était-il pas barbare d’appliquer un blocus impitoyable qui tua au moins un million et demi d’Irakiens ? Le célèbre juge anti-terroriste, Gilbert Thiel, eut le culot d’estimer que « les combattants des maquis algériens n’étaient pas des terroristes lorsqu’ils se contentaient de combattre l’armée, la police et les représentants de l’État français (1) ». Cet homme oublie qu’à la « Toussaint rouge » en 1954, le couple Monnerot, bien qu’instituteurs, n’appartenait à aucun des groupes cités. En 1943, Jean Moulin fomentait des actes terroristes. Aujourd’hui, des rues, des places, des établissements scolaires portent son nom. S’agit-il d’une apologie du terrorisme ? Pour les victimes allemandes, très certainement… En 1962, le gouvernement français négocia avec le FLN algérien en faisant mine d’ignorer les bombes posées dans les cafés et les cinémas d’Alger en 1957… Si Nelson Mandela est resté vingt-sept ans en prison, c’est parce que la justice légale sud-africaine de l’époque l’avait condamné pour des attentats. À sa mort, ce passé meurtrier n’empêcha pas des dizaines de chefs d’État et de gouvernement d’assister à ses obsèques et d’être ainsi les complices au moins moraux d’un ancien terroriste. L’actuel gouvernement hexagonal a apporté un soutien non négligeable à des terroristes, cette racaille qui ferait, selon Laurent Fabius, « du bon boulot » en Syrie contre les forces du président Bachar al-Assad. Par cette incroyable déclaration, Fabius n’a-t-il pas fait, lui aussi, une apologie du terrorisme ? Le terroriste ou supposé tel mène une guerre de partisan hors des règles de la guerre conventionnelle. S’il gagne, il devient un résistant et un héros honoré. S’il perd ou s’il poursuit la lutte, il rejoint la catégorie des monstres.

La priorité qu’on accorde à l’activisme culturel, politique ou armé dépend à la fois de sa personnalité et du moment historique propice, ce fameux Kairos difficilement cernable. Toutefois, quand bien même un de ces modes acquiert une primauté opérationnelle, les deux autres ne seront jamais oubliés ou délaissés. Par exemple, l’action armée doit par ces temps de flicage généralisé tendre en pratique régulière de sports d’endurance, d’entraînement au tir dans un club agréé ou de sortie à la chasse.

Pour ma part, cela fait plus d’un quart de siècle que j’ai choisi le combat des idées. En tant qu’essayiste, rédacteur en chef du site Europe Maxima, contributeur régulier aux revues Réfléchir & Agir et Synthèse nationale ainsi qu’au site Euro-Libertés sans oublier des chroniques désormais hebdomadaires du « Village planétaire » à Radio-Libertés, je sais que les idées sont des munitions placées dans ce fusil d’assaut qu’est le livre. Bien sûr, tous les livres ne sont pas des armes mentales. Certains sont d’inoffensifs couverts en plastique. Quoique… Vous connaissez peut-être les éditions Harlequin qui depuis des décennies exploitent le filon de captivantes histoires d’amour entre le brave docteur et son infirmière si dévouée, ce gentil milliardaire et la belle ouvrière, l’avocat sympa et la charmante magistrate. Pour certaines féministes exaltées, ces romans lus avec avidité par des grands-mères et les dernières adolescentes épargnées de l’illettrisme scolaire ambiant, renforcent l’horrible domination patriarcale machiste, misogyne et sexiste.


 

Les rombières féministes veulent maintenant que les histoires éditées par Harlequin s’élargissent (si on peut dire !) aux sexualités dites alternatives, car ces nostalgiques ménopausées du matriarcat savent que le livre, y compris le plus anodin, diffuse toujours un point de vue et une certaine conception du monde. Voilà pourquoi « le livre est un fusil ». On attribue régulièrement cette belle expression à Robert Dun. En réalité, la paternité en revient à l’auteur étatsunien de science-fiction Ray Bradbury dans son roman de 1953 Fahrenheit 451.

Dans une société développée de consommation repue qui correspond au système occidental, les pompiers ont la mission de brûler tous les livres qu’ils découvrent chez les particuliers dénoncés. Pourquoi ? Le capitaine Beatty, le supérieur de Guy Montag, le héros du roman, l’énonce avec aplomb : « Plus la population est grande, plus les minorités sont nombreuses. […] Plus vaste est le marché, Montag, moins vous tenez aux controverses. […] La technologie, l’exploitation de la masse, la pression des minorités, et le tour était joué. […] Aujourd’hui, grâce à eux [les pompiers], vous pouvez vivre constamment dans le bonheur, vous avez le droit de lire des bandes dessinées, les bonnes vieilles confessions ou les revues économiques (2). » Et gare à ceux qui ne se plieraient pas aux règles, tous ceux qui persistent à vouloir lire, à marcher dans les rues sans prendre son véhicule, et à refuser de regarder les écrans-télé ou à écouter les inepties déversées par des oreillettes individuelles, ceux-là deviennent des déviants, des ennemis de la société qui doivent être écartés, voire éliminés physiquement ! Le capitaine Beatty l’assure volontiers : « Tout homme qui croit pouvoir berner le gouvernement et nous est un fou (3). » Ray Bradbury avait déjà l’intuition que la psychiatrie aiderait à la répression politique. Après l’URSS qui internait ses dissidents, l’Occident globalitaire penche de plus en plus pour enfermer les contestataires de la « mondialisation heureuse ». L’« utilisation extensive d’un vocabulaire principalement psychiatrique pour caractériser les réactions du corps social et, simultanément, la criminalisation par la loi des opinions ainsi désignées pour en faire des délits sont d’évidence liberticides et n’ont qu’un seul objectif, avertit Laurent Ozon : tuer le débat pour imposer (user de la force) des normes à la société et pour d’autres intérêts, provoquer de la polémique, de la colère et détourner l’attention de la population d’autres questions cruciales (4) ».

Fahrenheit 451 décrit donc une société ultra-sécuritaire et ultra-libérale qui s’apparente au modèle social rêvé par le soi-disant « conservateur ultra-réac » François Fillon, l’ultra-sécuritaire Éric Ciotti pour qui l’état d’urgence devrait être permanent, et les autres calamiteux caciques de l’ancienne UMP. Écoutons encore le capitaine Beatty dont les paroles nous donnent une impression plus que familière : « Davantage de sports pour chacun, esprit d’équipe, tout ça dans la bonne humeur, et on n’a plus besoin de penser, non ? Organisez et organisez et super-organisez de super-super-sports. Encore plus de dessins humoristiques. Plus d’images. L’esprit absorbe de moins en moins. Impatience. Autoroutes débordantes de foules qui vont quelque part, on ne sait où, nulle part. L’exode au volant. Les villes se transforment en motels, les gens en marées de nomades commandées par la lune, couchant ce soir dans la chambre où vous dormiez à midi et moi la veille (5). » Les sentiments d’appartenance et d’enracinement s’effacent au profit de multitudes de vivants intellectuellement morts. « On doit tous être pareils. Nous ne naissons pas libres et égaux, comme le proclame la Constitution, on nous rend égaux, s’exclame Beatty (6). » L’affirmation délétère de l’égalitarisme explique la chasse permanente des livres afin de favoriser une « bonne et prudente pensée ». « La conception des hommes “ bien-pensants ” est déterminante, souligne Carl Schmitt, parce qu’ils représentent la majorité et parviennent à imposer leur opinion, qui vaut, parce qu’elle domine (7). » Cette domination fait que « chaque homme doit être l’image de l’autre, insiste le capitaine Beatty, comme ça tout le monde est content; plus de montagnes pour les intimider, leur donner un point de comparaison. Conclusion ! Un livre est un fusil chargé dans la maison d’à côté (8) ». Ébranlé dans ses certitudes, Montag se révolte alors, tue Beatty, s’enfuit de la ville hostile et se réfugie, après une éprouvante course-poursuite, en forêt.

Il y a un côté Ernst Jünger dans cet excellent roman d’anticipation, le Jünger du Traité du rebelle. Montag exerce son recours aux forêts. Il y rencontre d’autres rebelles, d’anciens universitaires qui portent en eux des connaissances livresques largement mémorisées. Il n’est pas anodin qu’avant la fondation à Rome de CasaPound le premier établissement s’est appelé CasaMontag parce que nos amis italiens se reconnaissaient dans le héros de Fahrenheit 451.

Grégory Pons a expliqué dans Les rats noirs en 1977 que les militants nationalistes lisaient beaucoup, car « livre donné, livre jeté, livre acheté, livre lu (9) ». Si le livre est un fusil et son lecteur un combattant, l’auteur œuvre en guerrier des idées, voire en rongeur (très noir) des bibliothèques. Afin que le lecteur devienne un soldat métapolitique, toute une chaîne d’intendance et de soutien s’organise autour de l’imprimeur et de l’éditeur. Méconnus, ces deux personnages n’en demeurent pas moins indispensables pour le combat. Ils sont même fondamentaux à l’heure d’Internet, cet instrument fort utile dans la diffusion des opinions dissidentes. Nous ne devons cependant pas surestimer la Grande Toile numérique. Certes, financièrement moins coûteux qu’un livre ou qu’une périodique imprimés, sites et réseaux sociaux participent à la diffusion virale de notre sensibilité. Néanmoins, Internet détient deux inconvénients qui font que l’écrit imprimé conservera encore pour longtemps une valeur capitale. Le premier défaut, souhaité par l’éditorialiste de l’hebdomadaire mondialiste L’Express, Christophe Barbier, s’observe déjà en Chine : c’est le contrôle étatique du cybermonde avec des restrictions d’accès multiples si bien que les utilisateurs doivent en permanence justifier de leur identité tant dans les cybercafés que chez eux devant leur écran. Internet, telle la langue d’Ésope, ressemble à un super-surveillant. En France aussi ! Un officier de police rattaché à la Sous-direction de la lutte contre la cybercriminalité de la police judiciaire avouait qu’« il faut bien reconnaître que l’outil Internet nous est précieux, plus riche même que nos propres fichiers de travail. Il n’est qu’à voir avec quelle facilité les personnes étalent leur vie sur les sites de partage. C’est une enquête de personnalité à livre ouvert (10) ». La Stasi rêvait de ficher toute la population de la RDA; Facebook et Instagram ont réalisé un fichage complet et ce, sans aucune contrainte…

Hervé Juvin s’inquiète de la société ultra-connectée. Pour Noël, on va acheter la dernière montre connectée, les chaussures de sport connectées, les lunettes connectées. Or, « le téléphone portable, le Wi-Fi, la géolocalisation transforment les conditions de l’être-là, de l’être proche, de l’être présent. Ils instaurent une séparation radicale d’avec les conditions de l’expérience sensible et la présence au monde (11) ». L’individu connecté se place volontairement sous la surveillance non plus seulement des autorités légales, mais aussi du marché et des compagnies privées d’assurances qui vous incitent dès à présent à installer des mouchards dans vos véhicules ou sur vous afin de vous faire payer un bonus-malus variable.

Dématérialisé, le livre connecté contribue en outre au libriocide ! Le tsunami numérique chamboule nos ancestrales et salutaires distinctions. « La séparation de l’homme et de sa propriété est un tournant économique décisif, prévient Hervé Juvin; il faut payer pour revenir, le temps se paie ! Les naïfs qui jettent leurs livres et vident leur bibliothèque pour acheter des titres numériques et les lire sur tablettes électroniques sont assez bien partis pour payer cinq fois, vingt fois le même livre au cours de leur vie, si du moins ils veulent le relire; à chaque nouvelle génération de produits, supposés apporter un meilleur service au client, assurant en fait un meilleur rendement financier au prestataire, il leur faudra racheter les titres ! Chacun de ceux qui se souviennent de l’histoire des formats d’enregistrement vidéo, du Betamax au VHS, en attendant qu’un autre format les balaie, comprend l’intérêt de l’industrie, et l’intoxication volontaire des naïfs heureux de troquer la liberté du livre pour l’abonnement au contenu ! Chacun voit ou devrait voir la dépendance instaurée, l’assujettissement consenti et l’expulsion de la propriété engagée ! Avoir un livre ou louer un droit d’accès à un livre; la différence n’est pas mince, qui n’est pas de fonction mais de nature ! (12) » N’oublions pas que le prestataire peut déjà censurer des passages entiers d’ouvrages qui pourraient choquer le politiquement correct érigé par les minorités « protégées ».

Il faut relier cette tendance néfaste avec la disparition prévue de l’argent liquide. Le paiement sans contact, la carte bancaire, l’argent électronique feront de parfaits garde-chiourme ! Dans quelques années, une table ronde pourra-t-elle se tenir ici si les banques, principaux fourriers de l’immigration de peuplement, bloqueront nos comptes bancaires et exigeront qu’on justifie toutes nos dépenses ? On doit de suite se mobiliser contre l’insupportable modèle suédois, ce pays dégénéré, qui interdit dans les faits pièces de monnaie et billets. L’argent liquide reste un gage vitale de liberté personnelle !

Vous pensez sûrement que mon pessimisme est excessif. Il anticipe seulement les décennies à venir. Nous nous dirigeons vers une société saturée de mentalités marines anglo-saxonnes, qui combine les effroyables pressentiments esquissés dans Le Meilleur des Mondes d’Aldous Huxley, 1984 de George Orwell, Fahrenheit 451 de Ray Bradbury, The Minority Report de Philip K. Dick et Le Cercle de Dave Eggers. Dans ce dernier roman, le moins connu de tous, Eggers raconte l’omniprésence des réseaux sociaux qui veulent tout savoir sur vous. « Quand on garde un secret, il se passe deux choses, lance l’héroïne, Mae Holland [qui n’a aucune familiarité avec notre bon président sur le départ]. D’abord, cela rend les crimes possibles. On se comporte moins bien quand on ne sent pas responsable, cela va sans dire. Et deuxièmement, les secrets entraînent des spéculations. Quand nous ne savons pas ce qui est caché, nous tentons de deviner, et nous inventons les réponses (13). » L’héroïne travaille pour Le Cercle, un géant du Web pour qui « les secrets sont des mensonges, partager, c’est s’intéresser, la vie privée, c’est du vol (14) ». Pourquoi s’en soucier, peut-on me rétorquer, car ce n’est qu’un livre de science- fiction ? Mark Zuckerberg écrivait pourtant dès 2010 dans une tribune du Washington Post que « si les gens partagent plus de choses, le monde sera plus ouvert et plus connecté. Et un monde plus ouvert et plus connecté c’est un monde meilleur (15) ». En revanche, son entreprise demeure toujours aussi opaque et guère prête à payer des impôts… Ce sont les écrivains anglophones qui ont, les premiers, deviné les tendances lourdes du Léviathan libéral ultra-moderne, à savoir des générations conditionnées à la fois au tout-numérique et à la haine de l’écrit.

Le second défaut d’Internet est d’ordre psychologique avec l’émergence d’une étrange compagnie, les « pistoleros du clavier », c’est-à-dire des militants déçus par l’activisme concret ou dépités par des désaccords futiles camouflés en divergences idéologiques insurpassables si bien décrits par notre camarade Xavier Eman dans ses belles et très vachardes chroniques d’Une fin du monde sans importance (16). Jusqu’au bout de la nuit, ces combattants 2.0 répercutent des informations plus ou moins fiables, « trollent » les forums de discussion et n’hésitent pas à apprécier tel ou tel texte mis en ligne par des cliques tout en restant assis confortablement chez eux et en ayant la bonne conscience d’avoir fait avancer la cause. Or cinquante milles likes sur Facebook ne remplaceront jamais un abonnement de revue ou un achat de livre !

Par ailleurs, alors que l’hébergeur peut suspendre à tout instant et sans aucun préavis n’importe quel site, il sera toujours plus difficile d’interdire une publication surtout si elle est déjà clandestine ou doit le devenir. Évidemment se poseront les coûts d’impression (d’où la nécessité de détenir d’abondantes réserves de papier dans un entrepôt discret ou dans sa cave aménagé, de posséder une imprimerie quasi secrète chez soi ou d’avoir l’aide d’un ami imprimeur) et des frais d’envoi postaux. Ces quelques difficultés ne sont pas insurmontables si on prévoit à l’avance les postes de dépense et des recettes suffisantes. Toutefois, ne soyons pas trop sévères. Sur le site Cercle non conforme, l’ami Jean explique que « les mouvements patriotes, identitaires et populistes ont su tirer profit d’Internet qui permet de contourner la presse officielle, acquise à la mondialisation, par le biais des médias de réinformation. L’imprévu dans l’histoire porte peut-être un nom : Julian Assange. Les révélations de WikiLeaks ont grandement aidé Trump, bien qu’évidemment aucun média traditionnel n’en ait parlé. Cela vient en tout cas appuyer une idée que [l’auteur a] depuis longtemps et qui déplaira à une partie de notre lectorat, les hackers sont plus utiles que des bataillons de militants impuissants. La victoire de Trump scellera par exemple probablement le sort du TAFTA, ce que n’aurait permis aucun collage d’affiche et aucune manifestation (17) ».

La Toile virtuelle devient par conséquent une arme de diffusion massive de références anticonformistes. Grâce à elle, on peut suivre en différé les interventions de Radio-Libertés, les émissions de Méridien Zéro, les libres-journaux de Radio-Courtoisie ainsi que les reportages de TVLibertés. On peut consulter les sites réfractaires bien connus : Terre & Peuple, Euro-Synergies, Fdesouche, Polémia, Vox N-R, Synthèse nationale, Métapo Infos, Zentropa, ParisVox, le blogue de Lionel Baland, Europe Maxima, etc.

Le numérique donne cependant, et c’est son côté négatif le plus flagrant, l’image – fausse et déformée – de quiétude intellectuelle. Le monde numérique, l’univers virtuel, l’environnement digitalisé (quel vilain franglicisme ! – une autre forme de colonisation et de grand remplacement, mental celui-là) prépare l’avènement du dernier homme, ce stade ultime du Bourgeois annoncé par Nietzsche. Oui, Internet est utile, mais c’est un outil complémentaire à d’autres vecteurs plus classiques parmi lesquels on citera la lettre confidentielle (pensons à Faits & Documents du regretté Emmanuel Ratier), la revue et le livre. Par leur seule présence, nos sites contrebalancent fort utilement l’influence des médiats habituels au point que nos adversaires parlent de « fachosphère ». Saluons donc les nombreuses initiatives de réinformation qui nous libèrent de l’emprise des puissances industrielles et financières, désormais maîtresses des mass media. Dans notre bel Hexagone, télévisions, radios, presse écrite et même maisons d’édition servent l’Oligarchie mondialiste.

Quelques preuves ? Le groupe Bouygues possède TF1, TMC et LCI. L’entreprise aéronautique Dassault a la mainmise sur Le Figaro et ses filiales. Le groupe bancaire Le Crédit mutuel contrôle de nombreux titres de la presse quotidienne régionale de l’Est et du Sud-Est de la France. Le groupe Canal + (CNews, C8) et le quotidien gratuit Direct Matin appartiennent à Vincent Bolloré. Le groupe Lagardère dirige Europe 1, Paris Match et Le Journal du Dimanche. Célèbre quotidien vespéral, grand indicateur du politiquement correct, Le Monde relève du triumvirat Pierre Bergé, ancien soutien du magazine mondialiste Globe dans les années 1980, le banquier Matthieu Pigasse, et le geek Xavier Niel. Signalons enfin l’homme d’affaires le plus surendetté de la planète, Patrick Drahi, qui a acheté Libération, L’Express, la chaîne d’info permanente BFMTV et la radio RMC. Son intention serait la constitution d’un conglomérat informationnel multi-médiats de contenus en flux continus. Pourquoi des hommes réputés pour le sérieux de leur gestion financière acceptent-ils d’investir des sommes folles dans des affaires guère florissantes et très onéreuses ? L’hyper-classe veut manipuler l’opinion et la canaliser, car elle devine qu’elle est en train de perdre des positions-clefs dans la guerre culturelle.

Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, Chers Camarades, Chers Amis,

Il peut vous paraître étrange ou bien original d’affirmer ici que nous sommes en train de remporter une manche. Après tant d’années, de décennies, de déclamations dans le désert, les faits nous donnent raison et les événements confirment nos visions. Si le livre est un fusil, une revue est au moins une mitrailleuse ! Rappelez-vous de la couverture du n° 42 de Synthèse nationale de ce printemps. Au-dessus du titre ô combien prémonitoire, « Ce monde qui est en train de changer », on voit Vladimir Poutine, un verre à la main, qui semble saluer Donald Trump alors considéré comme un outsider. Roland Hélie pourrait sans problème ouvrir un cabinet de voyance et peut-être nous donner les prochains résultats du Loto, du PMU ou de l’Euro-million…

Dans son éditorial, l’ami Roland souligne que « depuis des décennies nous semons, aujourd’hui approche l’heure de la récolte (18) ». Oui, les moissons ont commencé et cette année 2016 a été assez fructueuse grâce au Brexit de juin, à l’élection de l’étonnant Donald Trump en novembre et au « non » écrasant lors du référendum constitutionnel italien de dimanche passé. Le vent de l’histoire se lève enfin. Il porte nos idées identitaires. Mais attention, pas de triomphalisme ! Blessé, le Système demeure puissant et est encore capable de ripostes redoutables. Ces succès sont plus des rémissions momentanées que de franches avancées. Nous n’avons pas définitivement gagné : nous en sommes même très loin. Il n’empêche : ne ménageons pas notre satisfaction quand un autre Trump, le remarquable président philippin Rodrigo Duterte qui vient de rétablir dans les faits la peine capitale, ose déclarer depuis Pékin : « Fini les conneries, les États-Unis ne doivent pas contrôler nos vies. »

La défaite de Norbert Hofer en Autriche, la semaine dernière, marque par exemple un net coup d’arrêt et un vrai soulagement pour la Caste. Au contraire de Trump qui a écouté les conseils avisés de Steven Bannon qui n’est pas des nôtres, Norbert Hofer paie sa campagne de dédiabolisation. N’a-t-il pas approuvé la destruction de la maison natale d’un célèbre personnage historique austro-allemand du XXe siècle au motif de ne pas en faire un lieu de pèlerinage pour des personnes mal-pensantes ? Le président de son parti n’a-t-il pas exigé l’envoi d’avions Canadair pour éteindre les incendies géants en Israël ? Le même se taisait cet été quand le feu ravageait le Portugal. Norbert Hofer avait par ailleurs annoncé qu’il ne rétablirait pas la peine de mort alors que cette restauration constitue plus que jamais la clef de voûte du réarmement moral européen. Sur ce point, je préfère encore mieux le président turc Recep Tayyip Erdogan !

Si la victoire décisive n’est pas pour demain, on assiste au renversement du monde. Citons l’incroyable tweet de l’ambassadeur de France à Washington, Gérard Araud, qui commente au mépris de toute réserve diplomatique la victoire de Trump : « Après Brexit et cette élection, tout est désormais possible. Un monde s’effondre devant nos yeux. Un vertige (19). » Malheureusement, l’écroulement de ce monde suscite des simulacres, des contrefaçons populistes. La parodie populiste, on l’a vu, existe en Autriche. Elle s’implante en Allemagne avec l’AfD. Elle est présente en Grande-Bretagne sous les traits de l’UKIP, cette formation nationale-mondialiste qui privilégie l’atlantisme, l’« Anglosphère » et le Commonwealth métissé à l’Europe des Européens. Elle se développe dans l’Hexagone avec le parti de la Dame à la Rose bleue qui ne parvient toujours pas à concilier les modalités décisives de notre combat civilisationnel : l’impératif identitaire et la lutte sociale justicialiste anti-capitaliste. Hervé Juvin rappelle fort à propos que « la liberté de mouvement des populations est le déclencheur de tous les libéralismes (20) ». Appliquer cette réflexion signifie vouloir la fin à brève échéance du tourisme intercontinental, le renvoi obligatoire des populations non-européennes chez elles et la relocalisation – sédentarisation indispensable des êtres et des activités économiques.

Identitaire et solidariste, notre société se doit d’être nécessairement fermée. Ajoutons-y un troisième axe déterminant : la préoccupation écologique. L’écologie nous revient en effet par héritage et par droit ! Sinon à quoi bon défendre nos identités enracinées si les paysages sont pollués, dévastés et bétonnés ? L’indépendance, nationale comme continentale, passe par la prise en compte de l’enjeu écologique. « L’autonomie énergétique, comme l’autonomie alimentaire, assure encore Hervé Juvin, est un élément de l’autonomie stratégique (21) », voire, même s’il ne le précise pas, de l’indispensable indépendance autarcique. Vivre et travailler au pays, oui, mille fois oui, mais avec son flingue et, si possible, quelques ogives nucléaires ! Mais, auparavant, il importe de se plonger dans les écrits des penseurs écologistes radicaux. De ce fait, lire deviendra bientôt une activité suspecte pour le désordre libéral progressiste établi. Eh bien, « sachons être suspect, écrivait Julien Freund. C’est le signe, aujourd’hui, d’un esprit libre et indépendant, surtout en milieu intellectuel (22) ».

Le vieux monde issu de 1945 est révolu. Mieux, la période commencée à la chute du Mur de Berlin se clôt définitivement. Un nouveau monde émerge avec des rapports de force inattendus. Enfin ! Revenons encore un instant à la science-fiction. Après Ray Bradbury, évoquons l’écrivain décédé cette année Maurice Georges Dantec. Certes, ce Français naturalisé canadien – drôle de choix d’ailleurs de rejoindre ce modèle extraordinaire de pandémonium multiculturaliste – se revendiquait « catholique du futur », fumeur de cannabis, occidentiste et super-atlantiste. Il écrit cependant dans l’un de ses derniers romans : « Darquandier s’est retrouvé sur le pas de la porte : Vous êtes le seul soldat professionnel que je connaisse, ou dont j’aie entendu parler, qui fasse de la littérature une arme de combat opérationnelle. Toorop s’était contenté de lui répondre : C’est parce que plus personne ne lit Homère (23). »

Comme nous l’invitait déjà Dominique Venner, lisons, relisons et – surtout – faisons lire aux plus jeunes sans l’aide de tablettes ou d’autres Smartphones l’Iliade et l’Odyssée, ces deux ouvrages qui par leur richesse et leur densité demeurent de véritables bombes atomiques.

Je vous remercie.

1 : Gilbert Thiel, Solitude et servitudes judiciaires, Fayard, 2008, cité dans Jacques Massey, ETA. Histoire secrète d’une guerre de cent ans, Flammarion, coll. « Enquête », 2010, p. 50

2 : Ray Bradbury, Fahrenheit 451, Folio – Poche Science-Fiction, 1995 pp. 85 – 86.

3 : Idem, p. 57.

4 : Laurent Ozon, France, les années décisives. Entretiens 2013 – 2014, Éditions Bios, 2014, pp. 47 – 48.

5 : Ray Bradbury, op. cit., p. 87, souligné par l’auteur.

6 : Id., souligné par l’auteur.

7 : Carl Schmitt, La valeur de l’État et la signification de l’individu, Librairie Droz, coll. « Les classiques de la pensée politique », 2003, pp. 75 – 76.

8 : Ray Bradbury, op. cit., p. 87, souligné par nous.

9 : Grégory Pons, Les rats noirs, Jean-Claude Simoën, 1977, pp. 36 – 37.

10 : dans Figaro du 7 janvier 2015.

11 : Hervé Juvin, La grande séparation. Pour une écologie des civilisations, Gallimard – Le Débat, 2013, p. 135.

12 : Idem, pp. 223 – 224.

13 : Dave Eggers, Le Cercle, Gallimard, coll. « Du monde entier », 2016, p. 343.

14 : Idem, p. 348.

15 : Mark Zuckerberg, « From Facebook, answering privacy concerns with new settings », Washington Post, le 24 mai 2010.

16 : Xavier Eman, Une fin du monde sans importance. Chroniques, Krisis, 2016, en particulier la brillante et ravageuse critique intitulée « Un guerrier 2.0 ».

17 : Jean Non-Conforme, « Une nouvelle révolution atlantique ? », mis en ligne sur Cercle non conforme, le 9 novembre 2016.

18 : Roland Hélie, « Le monde change », Synthèse nationale, n° 42, printemps 2016, p. 4.

19 : cité dans « Les tweets », l’émission « I-Media », sur TVLibertés, le 11 novembre 2016.

20 : Hervé Juvin, La grande séparation, op. cit., p. 141.

21 : Idem, p. 44.

22 : Julien Freund, « Préface » à Carl Schmitt, La notion de politique – Théorie du partisan, Flammarion, coll. « Champs », 1992, p. 7.

23 : Maurice G. Dantec, Satellite Sisters, Ring, coll. « Nouveaux Mondes Science-Fiction et Anticipation », 2012, p. 36.

• Intervention à la XXIe Table Ronde de Terre & Peuple consacrée aux « Chemins de la résistance et de la reconquête », Rungis, le 11 décembre 2016.

07:27 Publié dans Georges Feltin-Tracol | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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