samedi, 25 avril 2026
Uber Eats, Deliveroo : la justice va-t-elle enfin soulever le tapis sous lequel la bobosphère cache ses esclaves immigrés ?
Yann Vallerie, Breizh info cliquez ici
Il faut se réjouir. Une fois n’est pas coutume, l’appareil judiciaire s’intéresse à quelque chose d’utile. Le 23 avril, une plainte pénale pour « traite d’êtres humains » a été déposée devant la procureure de la République de Paris contre Deliveroo et Uber Eats, portée par plusieurs collectifs de livreurs — la Maison des livreurs de Bordeaux, la Maison des coursiers à Paris, les associations Amal et Ciel — et par l’avocat Thibault Laforcade. Une démarche inédite en France. Mise en demeure additionnelle pour « discrimination algorithmique ». Action de groupe en ligne de mire. On voudrait que chaque plainte fasse autant de bruit. On voudrait surtout que chaque plainte, cette fois, aille jusqu’au bout.
Un chiffre qui dit tout
98% de ces livreurs sont nés à l’étranger. 64% n’ont pas de titre de séjour. Ils pédalent soixante-trois heures par semaine pour 1420 euros brut — quand les courses ne les paient pas trois euros net pour vingt kilomètres dans la nuit parisienne, à contre-sens de bus et sous l’averse, avec un sac isotherme qui leur scie les épaules et un smartphone qui leur hurle le prochain ordre. Les accidents sont massifs, les troubles urinaires généralisés — car on n’a pas le temps d’aller aux toilettes quand l’algorithme vous déconnecte — les douleurs chroniques banales. L’Anses avait tiré la sonnette d’alarme dès mars 2025. Personne n’a bougé. Un sentiment d’impunité totale pour les patrons.
Il a raison : depuis dix ans, ce système s’est installé dans nos villes avec l’aplomb des choses acquises, sous l’œil bienveillant des pouvoirs publics et la gloutonnerie béate de ses clients.
Qui profite, exactement ?
Il faut poser la question qui brûle les lèvres et que personne, dans la grande presse, ne pose : qui commande, le soir, à l’heure où ces hommes pédalent pour trois euros sous la pluie ? Qui signe, d’un index nonchalant sur une application, l’ordre qui les lance dans la circulation ? Ce ne sont pas les ouvriers des usines fermées du Nord. Ce ne sont pas les retraités de la campagne du Morbihan qui se cuisinent un ragoût. Ce ne sont pas les familles populaires qui travaillent à pas d’heure et qui savent, elles, ce que vaut un salaire gagné à la sueur du corps.
Non. Les clients, ce sont eux : les cadres supérieurs de la métropole, les diplômés des grandes écoles de management, les communicants, les créatifs, les consultants, les « talents » — comme ils se désignent eux-mêmes avec une coquetterie de classe que le marxiste Bourdieu n’aurait pas reniée.
Eux et leurs compagnes artistes, et leurs copains étudiants, communicants, etc qui se font livrer chaque soir parce qu’ils ne savent plus faire cuire une pomme de terre, parce que faire des courses « prend trop de temps », parce que leur week-end à Lisbonne les a épuisées. La bobosphère parisienne et ses répliques provinciales. La classe qui a voté Macron deux fois en se pinçant le nez, qui flirte aujourd’hui avec une gauche de salon dont toute la radicalité consiste à poster le bon hashtag pendant qu’un Malien lui monte son pad thaï au cinquième étage sans ascenseur.
L’immigration, ce grand mensonge de la gauche urbaine
Tout l’édifice idéologique de cette classe repose sur un bluff monumental : celui de l’immigration « richesse pour tous ». Or l’immigration de masse ne profite qu’à deux catégories, strictement. D’abord aux patrons qui y trouvent une main-d’œuvre docile, sans papiers donc sans recours, interchangeable, impossible à syndicaliser — le rêve humide du capitalisme tardif. Ensuite à cette bourgeoisie métropolitaine qui vote à gauche et qui achète le confort domestique — la livraison, la garde d’enfant, le ménage, le chauffeur Uber — à des tarifs impensables si ces services étaient rendus par un Français payé dignement. Le reste du pays, lui, paie : en services publics saturés, en logements raréfiés, en salaires tirés vers le bas, en cohésion nationale pulvérisée.
Cette bourgeoisie urbaine se paie en prime le luxe moral d’être gauchiste. Elle vote écologie ou LFI en s’envolant trois fois l’an pour Bali. Elle se dit antiraciste en ne fréquentant aucun Africain autrement que par le judas de son interphone, quand elle ouvre la porte pour saisir son sushi-pokebowl. Elle dénonce l’exploitation capitaliste tout en cliquant, le soir, sur l’application même qui la met en œuvre sous son nez.
Le même type qui commande sa coke
Et pendant qu’on y est, tant qu’à gratter la couche de vernis, lisons ce tableau jusqu’au bout. Cette même petite bourgeoisie, qui se fait livrer ses noodles végétariens par des livreurs sans-papiers, est aussi celle qui « sniffe un peu » les vendredis soir entre amis, qui appelle « son dealer » comme d’autres appellent leur ostéopathe, et qui alimente par son nez les cartels colombiens, mexicains, les massacres dans les favelas brésiliennes et les règlements de comptes à la kalachnikov dans les cités marseillaises. Le même individu, en une même soirée, finance une chaîne logistique d’exploitation humaine et une guerre de gangs meurtrière à dix mille kilomètres. Il ne s’en émeut pas. Il se dira de gauche, pourtant. Il partagera une infographie sur la souffrance animale entre deux rails.
Que crève ce modèle
Il y a dans la décision de ces associations une justice élémentaire, presque physique. Leur plainte, leur mise en demeure, l’action de groupe qui se profile, le texte européen adopté en novembre 2024 qui doit requalifier cinq millions et demi de travailleurs de plateformes : tout cela converge vers une conclusion, et il faut la prononcer clairement. Ce modèle doit disparaître. Pas être réformé, pas être « encadré », pas être « amélioré ». Disparaître. Comme doit disparaître, avec lui, l’idéologie qui l’a rendu possible : cette fiction d’une société fluide, connectée, où le travail humain se dématérialise en un service instantané délivré à domicile, et où l’on peut prétendre à la vertu morale tout en vivant sur le dos d’un prolétariat importé et invisibilisé.
Une civilisation digne de ce nom ne se nourrit pas de la misère des autres. Elle ne sous-traite pas ses tâches fondamentales — cuisiner, élever, transporter, soigner — à une main-d’œuvre qu’on fait venir du bout du monde pour la payer au lance-pierres. Une nation qui se respecte mange ce qu’elle cuisine, cuisine ce qu’elle achète, achète ce que ses propres paysans produisent, et rémunère dignement ceux qui la servent. Ce n’est pas un programme politique. C’est du bon sens. C’est ce qu’on appelait autrefois, sans rougir, la civilisation.
Que cette plainte aille au bout. Que la jurisprudence tombe. Que Deliveroo, Uber Eats et leurs clones disparaissent, et ne restent dans la mémoire entrepreneuriale que de la façon suivante : celui des entreprises dont la seule évocation, un jour, fera honte.
17:41 Publié dans Revue de presse | Lien permanent | Commentaires (0) |
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