Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

dimanche, 26 avril 2026

UN GRAND ENTRETIEN AVEC MICHEL FESTIVI, AUTEUR DU CAHIER D'HISTOIRE DU NATIONALISME CONSACRÉ AUX PHALANGES ESPAGNOLES, SUR BREIZH INFO

2021 annonce lib sn copie 15.jpg

« Le national-syndicalisme espagnol fut radicalement à part » : Michel Festivi raconte l’histoire des Phalanges 

Source Breizh info cliquez ici

Figure régulière de Synthèse nationale et auteur d’une œuvre déjà conséquente sur l’histoire de l’Espagne contemporaine — dont une biographie de Miguel Primo de Rivera et un ouvrage sur la guerre civile, L’Espagne ensanglantée —, l’historien Michel Festivi publie cette fois une synthèse consacrée aux Phalanges espagnoles, dans la collection « Les Cahiers d’histoire du nationalisme » dirigée par Roland Hélie.

Un volume de 150 pages, accessible au grand public, qui retrace la genèse, la trajectoire et l’héritage de ce mouvement national-syndicaliste né dans l’effervescence des années 1930, autour des figures fondatrices de Ramiro Ledesma Ramos, Onésimo Redondo et José Antonio Primo de Rivera. Pour Breizh-Info, l’auteur revient sur la spécificité de cette « troisième voie » à l’espagnole, profondément marquée par le catholicisme, le castillanisme et l’héritage impérial, mais aussi sur le destin tragique d’un courant que l’unification franquiste finira par broyer.

L’occasion également d’éclairer, à la lumière de l’histoire, les lignes de fracture d’une Deuxième République qui portait en elle, selon plusieurs historiens et des témoins républicains eux-mêmes, les germes du chaos, et d’évoquer les lois mémorielles voulues par l’actuel gouvernement de Pedro Sánchez pour imposer une lecture officielle de cette période. Entretien (passionnant).

Breizh-info.com : Les Phalanges espagnoles est votre cinquième livre, et le quatrième consacré à l’histoire contemporaine de l’Espagne. Qu’est-ce qui vous a poussé, cette fois-ci, à centrer un ouvrage spécifiquement sur l’histoire des Phalanges — Las JONS, la Falange Española, puis leurs avatars successifs ? Quel vide cherchait-il à combler dans la bibliographie francophone ?

Michel Festivi : C’est en réalité mon 6e ouvrage consacré à l’histoire de l’Espagne. Pour être honnête, c’est Roland Hélie, le directeur de Synthèse nationale, qui publie un blog quotidien et une revue trimestrielle au titre éponyme, dans lesquels je collabore régulièrement, qui m’a demandé, pour sa collection « les Cahiers d’histoire du nationalisme », d’écrire cette histoire des Phalanges espagnoles. C’est donc le numéro 32 de ces Cahiers. J’ai accepté d’autant plus volontiers, que cela complète parfaitement je crois, ce que j’ai déjà écrit sur cette période, et à chaque fois, Breizh info m’avait accordé un entretien, ce dont je l’en remercie vivement. Ce n’est pas tant un vide que je cherchais à combler, car Arnaud Imatz, l’un de mes préfaciers sur ma biographie de Miguel Primo de Rivera, a écrit une œuvre considérable sur José Antonio et le national-syndicalisme (1). Le regretté Jean Claude Valla avait aussi publié un opuscule sur Ledesma Ramos (2), et feu Olivier Grimadi, un cahier sur José Antonio (3). Mais Roland Hélie souhaitait une synthèse actualisée sur l’histoire de ces phalanges, accessible au plus grand nombre.

Breizh-info.com : Vous évoquez en introduction l’onde de choc provoquée par la Première Guerre mondiale et l’émergence du bolchévisme léniniste, qui vont bouleverser la scène politique italienne, allemande, puis espagnole. Pourquoi l’Espagne, restée pourtant neutre durant le premier conflit mondial, a-t-elle été à ce point traversée par ces bouleversements idéologiques au cours des années 1920-1930 ?

Michel Festivi : Aucun pays européen n’a été épargné par les bouleversements considérables qu’ont provoqué les désastres matériels, humains et économiques de la 1ere guerre mondiale, ainsi que l’arrivée du bolchévisme en Russie fin 1917, qui entendait s’étendre au monde entier, par son bras armé de la IIIe internationale à partir de 1920. L’historien allemand Ernst Nolte, les italiens Emilio Gentile ou Renzo de Felice, ont chacun en ce que les concerne, largement approfondi et documenté cela, en explicitant comment les fascismes allemand ou italien ont été une « réaction » de défense contre l’internationalisme communiste, par la mise en exergue de la nation comme point d’ancrage. Certes ce fut en premier lieu, les vaincus de cette guerre, ou ceux qui ont vu leur victoire « mutilée » qui en ont subi le choc le plus fort. Mais la Roumanie, la Grèce, la Bulgarie, la Hongrie, la Croatie ont été traversées par des mouvements « fascistes » ou apparentés. Aucun pays n’a été épargné et même la France avec dans les années 1925/1927, un mouvement comme le faisceau de Georges Valois (4). L’Espagne connut elle aussi, ce phénomène très particulier, qui voulait affirmer une synthèse nouvelle, une troisième voie, pour dépasser le capitalisme et le socialisme, surtout après la crise de 1929, qui pourtant fut bien moins importante qu’en Allemagne par exemple. Neutre pendant cette guerre « européenne », L’Espagne souffrit une crise grave en 1917, qui fut matée par l’armée et connaissait d’autres déséquilibres économiques et sociaux, qui pouvait la rendre apte à cette recherche d’une 3ème voie.

Breizh-info.com : Le national-syndicalisme espagnol se présente comme une « troisième voie » entre capitalisme libéral et socialisme marxiste. En quoi cette proposition espagnole se distinguait-elle, dans sa doctrine économique et sociale, du fascisme italien de Mussolini ou du national-socialisme allemand ? Peut-on parler d’une spécificité hispanique réelle, ou s’agissait-il d’une simple adaptation locale de modèles étrangers ?

Michel Festivi : Ce qu’il faut bien comprendre, et c’est ce que j’ai tenté de faire valoir dans cet ouvrage, c’est la spécificité de chaque nation, de chaque histoire nationale. Chaque trajectoire historique a été et est profondément différente. De là des particularités très éloignées les unes par rapport aux autres. L’Espagne avait été un très grand pays-empire aux XVIe et XVIIe siècle. Son histoire est radicalement différente de celle de l’Allemagne et de l’Italie, états des plus récents. Sous Charles Quint, Philippe II et plusieurs de leurs successeurs, le soleil ne se couchait jamais sur l’Espagne et ses possessions américaines, africaines, asiatiques. Cela a laissé des traces indélébiles, tout comme la Reconquista sur les mahométans, qui a forgé l’État espagnol, si différent de notre État national français par exemple. Donc le national-syndicalisme fut radicalement à part, comme troisième voie, avec ce qui a pu se passer en Allemagne ou en Italie, où de plus, là-bas, il prit le pouvoir, fascisme en Italie, national-socialisme en Allemagne, car en plus des singularités inhérentes à chaque pays, les hommes jouèrent un rôle capital. Mais bien sûr ceux qui en Espagne, tenteront « de conquérir l’État », s’en inspireront même s’ils entendaient prendre une trajectoire spécifiquement espagnole, comme leurs déclarations le prouvent.

Breizh-info.com : Vous accordez une place importante à Ramiro Ledesma Ramos et Onésimo Redondo, fondateurs desJuntas de Ofensiva Nacional-Sindicalista, souvent éclipsés dans la mémoire collective par la figure rayonnante de José Antonio Primo de Rivera. Quel rôle exact jouent Ledesma Ramos et Redondo dans la genèse intellectuelle du mouvement, et pourquoi leur héritage demeure-t-il aujourd’hui moins commenté ?

Michel Festivi : Tout a commencé en Espagne par ces deux hommes. José Antonio vient après. Comme souvent en histoire, on ne retient que le dernier arrivé et qui emporte toute la mise. Car José Antonio avait une aura exceptionnelle. Mais ce sont véritablement Ramiro Ledesma Ramos et Onésimo Redondo qui ont posé les bases théoriques du national-syndicalisme. L’un à Madrid, avec son hebdomadaire La Conquista del Estado, dès 1931. L’autre un peu avant d’ailleurs à Valladolid, avec Las Juntas Castellanas de Actuation hispanica et un hebdomadaire Libertad, qui ne disparaîtra qu’en 1979. C’étaient à la fois des intellectuels brillants, et des personnes passionnées par l’action. Ils avaient le même âge et étaient très jeunes, 27 ans en 1931. Le premier était diplômé de philosophie et de Lettres, et parlait parfaitement l’allemand ; le second, licencié en droit fut lecteur d’espagnol à l’université de Mannheim. C’est d’ailleurs une constante de tous ces phénomènes « fascistes » ou proto-fascistes, le culte de la jeunesse et de la modernité. Ils se sont rapidement réunis pour former las JONS. Puis ils s’associeront avec José Antonio, puis ils se sépareront.

Breizh-info.com : Vous soulignez les trois ingrédients spécifiquement espagnols qui viennent colorer cette aventure politique : l’hispanisme, le catholicisme et le castillanisme. Comment ces trois éléments interagissent-ils dans la pensée phalangiste, et dans quelle mesure rendent-ils le national-syndicalisme espagnol irréductible à ses cousins européens ?

Michel Festivi : Votre question contient quasiment toute la réponseL’histoire de l’Espagne ne ressemble en rien à celles des autres nations européennes, je l’ai indiqué. L’hispanisme apporte une touche particulière d’universalité. Le catholicisme a irrigué profondément la vie politique et sociale de l’Espagne, alors que désormais on sait que le fascisme mussolinien, mais surtout le nazisme allemand, étaient profondément anticatholique. L’Église italienne, par sa force spirituelle et avec le concours de la Papauté a réussi, par les accords du Latran de 1929 à conserver une partie de ses prérogatives, non sans difficultés. Mussolini aurait voulu que tout s’organise autour des mouvements de jeunesse fascistes. Mais en Allemagne, le protestantisme va devenir une religion d’État, à de rares exceptions près, et le catholicisme va être broyé par le nazisme, et les premiers résistants allemands à Hitler, seront bien souvent catholiques, comme le mouvement de la Rose blanche à Munich, avec Sophie et Hans Scholl. Le castillanisme a été la base de la Reconquête et de la consolidation de l’État espagnol, et après la grave crise intellectuelle et morale de 1898, c’est sur le castillanisme et la Castille, que vont s’appuyer les intellectuels espagnols, comme Miguel de Unamuno ou les frères Machado, Azorin ou Perez de Ayala, pour tenter de régénérer le pays. Au moment où va s’implanter en Espagne, le national-syndicalisme, la IIème république se met en place, et les chefs des gauches qui dominent le pays vont s’attaquer frontalement à l’Église et à ses institutions. Le national-syndicalisme est donc une synthèse de toutes ces histoires, et puis il faut rajouter un zeste d’anarchisme, très présent alors en Espagne, notamment en Catalogne et au Levant, aussi en Andalousie. Beaucoup d’anarchistes rejoindront les JONS et le syndicat phalangiste CONS n’aurait pas existé sans l’apport des anarchistes et des communistes en rupture de ban.

Breizh-info.com : Aux élections de février 1936, la Phalange ne recueille que moins de 1 % des voix. Six mois plus tard, elle devient un acteur militaire et politique considérable. Comment expliquer ce basculement brutal ? Le soulèvement nationaliste de juillet 1936 a-t-il été, comme certains historiens l’écrivent, une véritable « divine surprise » pour le mouvement de José Antonio ?

Michel Festivi : Attention, si le score de la Phalange a été aussi faible en février 1936, (0,70%), c’est la faute de ses chefs, et notamment de José Antonio Primo de Rivera, qui ont tout fait pour ne pas s’allier avec les partis de droite, comme la CEDA. Or le système électoral espagnol était tel, que partir seul aux élections était proprement suicidaire, le vote utile a été déterminant. La Phalange n’a jamais eu le sens électoral, qu’elle méprisait sans doute. José Antonio a été préventivement arrêté, avec l’un de ses frères Miguel, ainsi d’ailleurs que des centaines de militants phalangistes, dès mars 1936, bien avant le soulèvement du 18 juillet 1936. La Phalange a été interdite, ses locaux perquisitionnés et fermés, son journal Arriba, interdit aussi, et ce en toute illégalité, par le gouvernement front populaire, puisque la justice, jusqu’au Tribunal suprême va rétablir la Phalange dans ses droits, mais le gouvernement passera outre, et interdira même la publication des décisions de justice, et José Antonio restera interné arbitrairement. À partir de février 1936 néanmoins, les militants des partis de droite, comme la CEDA, surtout les plus jeunes ceux des Jeunesses d’Action populaire (les JAP), vont adhérer en masse à la phalange qui, compte tenu du contexte politique, a alors une aura considérable. En réalité, José Antonio était très dubitatif sur le mouvement national qui se profilait, initié par des militaires souvent républicains mais conservateurs, qui ne comprenaient rien aux théories du national-syndicalisme. Depuis sa prison, Madrid d’abord, Alicante ensuite, José Antonio donnera ses directives pour participer au soulèvement, mais en étant très inquiet, car il avait sans doute compris, que les militaires prendraient le dessus, du fait de la guerre, et que son mouvement serait noyé, broyé. Au début du conflit, les troupes phalangistes représentèrent le plus important contingent civil du camp national, devant les Requetés carlistes et les monarchistes constitutionnels.

Breizh-info.com : Le décret d’unification du 19 avril 1937, par lequel Franco fond la Phalange, les traditionalistes carlistes et d’autres forces nationalistes dans la FET y de las JONS, marque selon beaucoup d’historiens la mort politique de la Phalange telle que la concevait Primo de Rivera. Manuel Hedilla, son successeur désigné, sera même condamné à mort puis emprisonné. Que reste-t-il alors de la doctrine phalangiste originelle dans l’appareil franquiste ?

Michel Festivi :  Les craintes de José Antonio se sont donc réalisées. Manuel Hedilla, le second chef des Phalanges, puisque José Antonio était emprisonné, et qu’il sera fusillé le 20 novembre 1936, tentera de résister à l’unification franquiste, mais rien n’y fera. Les hauts gradés militaires qui soutenaient Franco étaient vent debout contre le Phalange, qu’ils trouvaient bien trop à gauche, et surtout ne voulaient voir dépasser aucune tête. C’est le beau-frère de Francisco Franco, pourtant un grand ami de José Antonio, l’avocat Ramon Serrano Suñer, qui rédigera, avec ses équipes, l’ensemble des décrets d’unification au printemps 1937. Il faut dire que les franquistes ont été bien aidés, par les nombreuses dissensions au sein des Phalanges. Franco, grâce à ses talents politiques et militaires, avait pris le commandement général de toutes les armées nationales et devint officiellement Chef de l’État, à Burgos, le 1er octobre 1936. À partir de là, il entendra entreprendre l’unification de tous les mouvements nationaux, les Carlistes, les monarchistes Alphonsins, les républicains modérés, les conservateurs. Ce fut aussi, l’une des conditions de sa victoire, le camp adverse étant, lui, singulièrement morcelé en diverses factions irréductibles, qui se firent même la guerre en mai 1937 et en mars 1939, comme je l’explique dans mon livre, L’Espagne ensanglantée. L’esprit national syndicaliste fut englobé. Comme je l’ai écrit, le national-syndicalisme ne prit pas le pouvoir en Espagne, même s’il participa au pouvoir.

Breizh-info.com : Vous connaissez bien les travaux de l’historien Pio Moa, avec lequel vous avez réalisé plusieurs entretiens, ainsi que ceux de Miguel Platón et de Marcelo Gullo Omodeo sur la « légende noire » espagnole. Ces historiens ont renouvelé en profondeur le regard porté sur la Seconde République, la Guerre civile et le franquisme. En quoi votre ouvrage s’inscrit-il dans cette relecture, et y a-t-il selon vous en France un retard persistant sur ces questions ?

Michel Festivi :  De nombreux historiens, comme Stanley Payne, Pio Moa, Inger Enkvist, Luis E. Iñigo, Arnaud Imatz, Miguel Platon, Javier Tusell et d’autres ont démontré que la guerre civile fut avant tout la résultante de la décrépitude totalisante pour ne pas dire totalitaire de la seconde république, qui portait en elle, dès les premiers instants, les germes de la discorde entre Espagnols, je pourrai multiplier les exemples, et les témoignages d’authentiques républicains sont nombreux en ce sens, comme ceux de Miguel Maura, Gregorio Marañon, Salvador de Madariaga, Clara Campoamor, le journaliste catalan Gaziel, José Ortega y Gasset, Miguel de Unamuno. C’était une république sans républicains, ou une démocratie sans démocrates, ou encore pour reprendre l’expression de l’historien Javier Tusell concernant cette seconde république une « démocratie peu démocratique ». En France, on continue toujours à nous rabâcher des histoires à dormir debout, comme quoi, cette république démocratique aurait été attaquée et mise en pièces par de méchants conservateurs, curés, monarchistes, fascistes. Un collectif d’historiens vient encore tout récemment de publier un livre qui prétend à de telles billevesées, et que je préfère ne pas citer, pour ne pas lui faire de la publicité, car c’est honteux. C’est aussi toute la problématique des lois mémorielles ou dites « démocratiques », (sic) du gouvernement socialo-communiste de Pedro Sanchez, qui entend par la force de la prison ou de l’amende, imposer cette vision soviétique de l’Histoire. C’est d’ailleurs le thème du livre que je suis en train d’écrire, sur le chaos de cette deuxième république, qui ne fut que « de la boue, du sang et des larmes », pour reprendre l’expression de Diego Martinez Barrio, qui fut pourtant un député et un ministre de gauche, membre du front populaire, éphémère président du conseil, le 19 juillet 1936, qui voulait former un gouvernement d’union nationale, et qui échouera à le faire, à cause de l’opposition des socialistes, de la gauche républicaine d’Azaña, et de tous ceux qui voulaient en découdre pour imposer la révolution.

Breizh-info.com : Après la mort de Franco en 1975, plusieurs héritiers revendiquent le nom de Phalange — Falange Auténtica, Falange Española de las JONS (1976), FE-La Falange… Tous restent aujourd’hui à des niveaux électoraux marginaux. Comment expliquez-vous cette dispersion, et pourquoi, contrairement à d’autres héritages politiques européens du XXᵉ siècle, l’idée phalangiste peine-t-elle à se reformuler dans l’Espagne contemporaine ?

Michel Festivi : Le mouvement phalangiste a toujours été très divisé, et cela dès les années 1930. J’explique dans mon livre, ces unions puis ces divisions, d’ailleurs la plupart du temps pour des motifs les plus puérils voire insignifiants les chamailleries éclatent. Dès lors, avec la chute du franquisme en 1976, les fragmentations ont perduré et se sont amplifiées. Aujourd’hui, électoralement parlant, les phalanges ne représentent plus grand chose. Après des vaches très maigres, la création de Vox, crée en 2013, a modifié complètement la donne politique en Espagne. Aujourd’hui, pour un patriote espagnol qui entend défendre l’unité charnelle de la patrie, la défense du pays contre l’immigration massive, la lutte contre la délinquance, la grandeur de l’État, le vote Vox s’impose et recueille d’ailleurs de beaux succès, obtenant même par des alliances avec le Parti populaire, des gouvernances dans des régions ou des municipalités, pour combattre l’immigration massive et des baisses d’impôts, comme récemment en Estrémadure, en Aragon et ailleurs. Mais nous sommes très loin du national-syndicalisme. Les Phalanges espagnoles aujourd’hui portent un témoignage, ce n’est pas si mal. Il y a toujours de la braise qui est entretenue. Elles représentent une partie de l’histoire de l’Espagne et c’est important qu’elle ne périclite pas complètement, même si la société a complètement changé. En tout cas, et j’ai pu moi-même le constater, ces mouvements, certes épars, attirent aussi des jeunes.

Breizh-info.com : Pour conclure, près d’un siècle après les premiers textes de Ledesma Ramos et de José Antonio, quels sont, selon vous, les éléments de la pensée phalangiste — unité nationale, critique conjointe du capitalisme et du socialisme, recherche d’un bien commun dépassant la lutte des classes — qui méritent encore d’être médités par les Européens d’aujourd’hui ? Et quelles sont, à l’inverse, les impasses historiques qu’il convient d’avoir présentes à l’esprit ?

Michel Festivi : Question très complexe. Tous les éléments que contient votre question faisaient partie des idées du mouvement national-syndicaliste. Mais dans les années 1930, les problématiques étaient totalement autres. En écrivant ce livre, j’ai parfois été surpris par des expressions phalangistes, que n’auraient pas renié les communistes d’alors ni les anarchistes. Beaucoup ont d’ailleurs rejoints les rangs de José Antonio et de ses hommes. En février 1936, quand les gauches ont triomphé, frauduleusement (5), mais elles avaient triomphé, les premières réactions de José Antonio ont plutôt été positives, il détestait en réalité la droite et les conservateurs, il avait enjoint ses partisans de laisser la gauche gouverner. Il était très ami aux Cortès (il avait été élu en 1933), avec des socialistes, dont Indalecio Prieto, qui l’avait défendu le jour où le gouvernement avait demandé la levée de son immunité parlementaire. Ce qui dépassait tout pour les phalangistes, c’était la Patrie, unique et intouchable, car comme le disait Jaurès à la Chambre des députés en 1910, « à celui qui n’a rien, sa Patrie est son seul bien », contrairement à Marx qui affirmait que les prolétaires n’ont pas de Patrie. La première guerre mondiale a apporté le national-syndicalisme, le fascisme ou le nazisme, comme une tentative de 3e voie, ainsi que je le soulignais en début d’entretien. La seconde guerre mondiale, va tout emporter. Les impasses historiques d’aujourd’hui sont à l’image des impasses idéologiques du XXIe siècle. Le combat aujourd’hui a totalement changé de visage et de nature.

Michel Festivi, Les Phalanges espagnoles, Les Cahiers d’histoire du nationalisme, n° 32, Synthèse nationale, 150 pages, 24 euros.

Pour le commander cliquez ici

Notes :

(1) Imatz Arnaud, José Antonio, la phalange espagnole et le national-syndicalisme, Godefroy de Bouillon, 2000.

(2) Valla Jean-Claude, Ledesma Ramos et la phalange espagnole 1931-1936, Dualpha 2013

(3) Grimaldi Olivier & le Cercle franco-hispanique, José Antonio, 1903-2013, Synthèse nationale, 2013

(4) Frèrejacques Olivier, Le Faisceau, une tentative fasciste française, Revue d’Histoire européenne, n°29, avril-mai 2026

(5) Festivi Michel, Le Front populaire espagnol, la victoire frauduleuse de 1936, Revue d’Histoire européenne, n°29, avril-mai 2026

 

19:18 Publié dans Michel Festivi, Revue de presse | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |

Les commentaires sont fermés.