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jeudi, 16 mai 2013

Syrie : un rebelle, oui, un rebelle mange le cœur d’un soldat !

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Gabrielle Cluzel

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Horreur et malédiction. Stupeur et tremblements. Une vidéo dont, pour le moment, nul n’est parvenu à mettre en doute l’authenticité, montre un chef de mouvement rebelle syrien arracher le cœur d’un soldat et le porter à sa bouche. Après avoir mutilé le corps vêtu de l’uniforme de l’armée syrienne, le rebelle s’exprime en ces termes devant la caméra : « Je vous promets devant Dieu, vous les soldats de Bachar, vous les chiens, que nous mangerons vos cœurs et vos foies… » et joint le geste à la parole.

Ah non, ça ne va pas être possible ! Qui m’a écrit ce foutu scénario ? Ce n’était pas du tout ce qui était prévu dans le synopsis. Que l’on fasse appeler tout de suite Spielberg qui tue le temps sur la Croisette, qu’il nous remette tout ça d’aplomb. Parce que, ce qu’il faut pour l’opinion publique, c’est un bon film américain, avec des gentils très gentils et des méchants très méchants. Et il était convenu, c’était dans le contrat, que Bachar el-Assad et lui seul camperait Dark Vador. Vous comprenez bien que si les chevaliers Jedi se mettent à faire frire en rognons les viscères de Palpatine, cela brouille le message.

C’est comme cela, et pas autrement, que se mènent les guerres en Occident. Il y a, tout au début, le coup de starter : une séquence émotion, relayée en format XXL par les chaînes de télévision, où il est question de liberté bafouée, d’opposants assassinés, de femmes en pleurs, d’enfants opprimés (et même de couveuses débranchées, cela s’est vu, quand on a affaire à des scénaristes vraiment perfectionnistes qui soignent les détails) et d’un croque-mitaine sanguinaire au pouvoir. Avec, à la clé, une morale binaire quelque part entre Bonanza et La petite maison de la prairie, partant du postulat que la finesse d’analyse de l’occidental moyen ne dépasse pas le niveau entrée en 6e.

Il y a ensuite, à rythme régulier, les piqûres de rappel : la liberté assassinée, les opposants bafoués, les enfants en pleurs et les femmes opprimées… Parce qu’il est entendu qu’aucun pays occidental digne de ce nom n’entre en conflit (ni ne soutient en sous-main une insurrection) pour défendre des intérêts géostratégiques, financiers, politiques, diplomatiques, et choisit de ce fait de jouer opportunément et ponctuellement la carte de la peste contre celle du choléra.

Un pays occidental est forcément un justicier blanc désintéressé droit sorti du générique d’Avengers. Le malheur est qu’il faut composer avec un casting complexe, et des acteurs locaux aux mœurs et à la philosophie générale de vie passablement éloignées des nôtres, pour le dire pudiquement, qui ont un peu de mal à rentrer dans leur rôle. Et faire passer un rebelle syrien — comme en son temps un rebelle libyen — pour le clone jovial de Charles Ingalls, même auprès d’un téléspectateur confiant et de bonne volonté, n’est pas toujours chose aisée. Surtout lorsque la formidable fluidité de circulation des films et clichés induite par Internet vient se mettre en travers de votre chemin.

Allez, pas de panique. Ces jolies légendes dorées, aujourd’hui comme hier, sont ciselées par des orfèvres. Il faut plus que les manies un peu gore de certains pour atteindre leur blancheur immaculée. Au hasard… qui se souvient encore de Mgr Asensio Barroso, émasculé vivant avant d’être assassiné le 9 août 1936 ? Qui se souvient encore de l’embuscade de Palestro et de ses cadavres éviscérés et mutilés ? Tout cela empêche-t-il les républicains espagnols et les Algériens du FLN de passer pour des héros ? Non, n’est-ce pas ? Alors ce ne sont pas les fredaines somme toute assez modestes d’un obscur rebelle syrien qui vont mettre en péril la nouvelle superproduction.

08:16 Publié dans Revue de presse | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |

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