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dimanche, 10 mai 2020

La fête est finie

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Jean-Gilles Malliarakis L'Insolent cliquez ici

En ce 10 mai, dimanche pluvieux, tous les habitants de la France, un peu en retard sur le reste de l'Europe, se préparent à revivre. Peut-être fêtera-t-on dans les prochaines années le 11 mai. Exagérons un instant le trait. Éclipsant la charmante mémoire de sainte Estelle, patronne de la Provence, cette journée deviendrait ainsi la fête du merveilleux déconfinement. La légende des hommes de l'État n'hésiterait pas dès lors à chanter au bon peuple la grâce de nos bons maîtres, nous ayant si généreusement octroyé la liberté de sortir de chez nous.

Lequel des lecteurs de cette chronique accepterait pourtant de croire en cette fable ?

Les folies mémorielles de mai nous incitent en effet à revisiter, dans leur ensemble, tous ces jours fériés dont on a oublié l'origine. Plusieurs anniversaires, et autres fêtes, sont advenus en ces jours de printemps. On évoque dans l'Hexagone, chaque année le 8 mai, un événement survenu à Berlin en 1945. Et le 9 mai c'est à Bruxelles, dans les bureaux des institutions européennes, et dans un certain nombre de pays, sauf le nôtre, une honorable déclaration faite à Paris par le ministre du quai d'Orsay. Cherchez l'erreur : vous en trouverez plusieurs.

Toutes ces festivités sacrifient-elles au plus sombre des passéismes ou annoncent-elles un avenir radieux ? On peut et on doit se poser la question.

D'instinct nous voudrions que le passé ne meure jamais.

Or, l'une des plus fortes, des plus terribles, mais aussi des plus mystérieuses images de la Bible se trouve dans le livre de la Genèse. La femme de Loth quitte la ville maudite de Sodome. Il lui est ordonné de ne pas regarder derrière elle. Ayant enfreint l'interdit, elle fut transformée en statue de sel.

Car il faut savoir, dans certaines circonstances, affronter la rupture. On doit pouvoir prononcer le mot qui fâche dans notre société qui se veut consensuelle, bienveillante et sans férocité.

Ce mot ? C'est non.

Non d'abord aux erreurs, aux lâchetés et aux médiocrités qui nous ont fait tant de mal. Tournés vers un passé mensonger, négateur de la vérité historique, on commémore beaucoup trop de choses en France. Et il en résulte, accessoirement, cette addition dommageable de jours fériés que les bons esprits déplorent parfois, en omettant toujours d'y remédier.

On ne célèbre pas encore, au catalogue des lois mémorielles extravagantes qui s'amoncellent, le 7 mai 1954. Lorsque la chute de Dien Bien Phu fut annoncée à la chambre des députés, toute l'assemblée s'est levée pour rendre hommage au courage et à l'abnégation des soldats français, vaincus après 57 jours de résistance.

Seuls les communistes restèrent assis, précurseurs des racistes anti blancs qui font actuellement la loi.

Trois ans plus tôt, en 1951, l'offensive De Lattre avait été victorieuse, en octobre à Nghia Lo, en novembre à Cho Ben et à Hoa Binh. Mais en janvier 1952, celui qu'on appelait le Roi Jean meurt ; il est fait maréchal de France. Soutenus par l'URSS stalinienne et la Chine communiste, l'adversaire reprend sa lutte sanglante. Qu'imprime alors L’Humanitéce 6 mars 1952 ? "Félicitations au succès du Vietminh. Nous sommes de cœur avec lui. Nous envoyons aux troupes du Vietminh notre fraternel salut et notre témoignage de solidarité agissante". On se félicite que le PCF ne recueille plus que 2 % des suffrages, mais historiquement, culturellement, mémoriellement, les causes l'on encense demeurent toujours celles que ce parti a soutenu.

Du 8 mai, Giscard d'Estaing avait imaginé de faire la fête de l'Europe. Il ne comprit jamais que nos voisins et cousins germains n'aient pas applaudi au projet. Ils trouvaient eux-mêmes plus convenable que l'on s'en tînt à l'estimable souvenir de la Déclaration Schuman du 9 mai 1950. Le rappel de cet événement constructif demeure toujours cantonné, hélas, aux institutions de Bruxelles. Le même Giscard s'étonnait d'ailleurs, un soir où il dînait au 10 Downing street, qu'un tableau y représente la victoire de Wellington à Waterloo.

En fait, nos technocrates et nos maîtres ne connaissent pas grand-chose de l'histoire du pays qu'ils dirigent et qu'ils conduisent vers l'abîme. Ils ne comprennent rien à la puissance de l'espace symbolique.

Inutile jour férié, le 8 mai glorifie l'armistice signé par le maréchal Keitel et une partie des alliés occidentaux parmi les nombreuses nations ayant participé au débarquement de Normandie.

Le lendemain 9 mai à Berlin arrivaient les Soviétiques. C'est ce jour-là qu'on célèbre, aujourd'hui encore, à Moscou. Les troupes de Staline, parachevaient ainsi la conquête de l'Europe de l'est. La partie orientale de notre continent leur avait été livrée par la Déclaration sur l'Europe libérée publiée à Yalta le 11 février 1945, confirmée à Potsdam en août.

Churchill aurait dit plus tard, mais il ne l'a écrit nulle part, la citation reste célèbre mais fausse comme bien souvent, et cependant on l'a retenue : "we killed the wrong pig".[1]

Évitant autant que possible l'abus de la langue anglaise dans un texte français, je cite ici cet apophtegme apocryphe dans son jus mythique original, en suggérant même d'en faire un exercice de traduction analytiquement impossible : que veut dire ici "we" ? Que veut dire "killed" [En fait "slaughtered"] ? Que veut dire "the" ? "wrong" [on le traduit en français par "mauvais", or cet adjectif possède un double sens dans notre langue] ? "pig" [s'agit-il d'un porc véritable ou d'une marionnette dans un jeu d'enfant ?]

En tout cas, et en bref, les Occidentaux ne semblent pas avoir pris assez vite clairement conscience le 8 mai 1945 du projet de leur allié stalinien. Le pacte atlantique de 1949 toujours en vigueur n'a jamais prévu que des clauses défensives, en cas de nouvelle agression militaire caractérisée. Il fallut attendre la présidence Reagan pour que Washington se prononce, 40 ans plus tard, pour la victoire de la liberté – d'abord dans les pays baltes, dont les États-Unis n'avaient pas reconnu l'annexion en 1939 – puis sur tout le continent.

La république jacobine si fière d'inscrire le mot de liberté dans sa devise n'a pas fait mieux. Bien au contraire, en 1991 la ville de Paris refusait de rendre les beaux bâtiments de leurs légations respectives aux Lettons, aux Estoniens et aux Lithuaniens que les autorités d'occupation allemandes avait donnés à leurs alliés soviétiques pendant l'été 1940.

Dans la foulée sans doute, et selon la logique du confinement des cultes, l'État ne les a pas laissé organiser eux-mêmes leur délicat déconfinement.

Et c'est ainsi, pour remédier au foisonnement des jours de congés, la suppression de la seule fête légale de l'Ascension que de bons esprits au sein des représentants du Gros Argent viennent de suggérer.[2]

Il est vrai que, située un jeudi, celle-ci alourdit gravement le calendrier productif du pays. Bien pis, elle commémore un événement et un propos qui concluent l'évangile selon saint Mathieu "allez et de toutes les nations faites des disciples"(Mt 28,19). L'ultime verset suivant affirme "je serai avec vous jusqu'à la fin du monde".

La réforme du calendrier social, si maladroitement et grossièrement proposée, pourrait encourager, si elle était adoptée, la prédication hérétique de toutes sortes de sectes blâmables, apocalyptiques et conspirationnistes.

N'y succombons pas. Contentons-nous d'observer que dans un monde plus dur, ce sont toujours les plus faibles et les plus pauvres que l'on fait payer, pour les erreurs des autres.

Notes

[1] En réalité  ce jugement lui fut attribué plus tard sous la forme suivante: "It is clear to me now that we have slaughtered the wrong pig" cf. The New Statesman and Nation, volume 35, page 373, daté du 28 août1948."

[2] "Concernant le jour férié de l’Ascension, l’Institut Montaigne milite pour sa suppression pure et simple, à titre définitif". Cela vient des fameux décodeurs du Monde. Ce n'est donc pas un des nombreux bobards qui circulent et que Sibeth N prétend pourchasser.

14:24 Publié dans Revue de presse | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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