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vendredi, 10 juillet 2020

Marseille : le RN, un si piètre tacticien

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par Georges Feltin-Traco

À l’occasion de la première séance du nouveau conseil municipal de Marseille, le samedi 4 juillet dernier, la cité phocéenne a confirmé son passage à gauche avec l’élection au poste de maire de Michèle Rubirola. En raison d’un mode de scrutin voulu par Gaston Defferre en 1982, « Le Printemps marseillais » de la nouvelle mairesse n’a, avec 42 sièges, qu’une majorité relative. Elle doit son élection au second tour au bon report des huit élus de la sénatrice socialiste Samia Ghali ainsi qu’une voix surgie du marais de centre-droit.

Bien des membres de l’Opposition nationale, populaire, sociale, identitaire et européenne regrettent l’absence de tout compromis entre les neuf conseillers municipaux du RN emmenés par le sénateur Stéphane Ravier et les 41 membres de l’ancienne majorité gaudinesque. Peut-être sur ordre du « Carré » de Nanterre où on ne compte plus les arrivistes et les incompétents, le groupe RN a préféré s’abstenir et quitter la réunion. Ce « retrait sur l’Aventin » version marseillaise constitue néanmoins une grave erreur tactique.

Quelques jours auparavant, l’héritière désignée de Jean-Claude Gaudin, Martine Vassal, défaite dans son propre secteur, le IVe, renonçait à se présenter et demandait à Guy Teissier, le député LR longtemps tendance « Droite populaire », de la remplacer. Si la manœuvre visait à attirer les frontistes, elle fut inutile, car la « droite » en miettes s’obstina à rejeter toute avance frontiste. Pourtant, irrité par cette fausse tentative de séduction, le maire de centre-droit réélu du Ve secteur, Lionel Royer-Perreaut, envisagea de soumettre sa propre candidature avant de se raviser. Dans ces conditions chaotiques et en l’absence d’une majorité absolue évidente, les neuf RN auraient pu frapper un grand coup.

Imaginons donc cette opération médiatique et politicienne qui n’a pas eu lieu. Dès la mise en avant de Guy Teissier, des proches du RN insistent devant les journalistes venus en meute son engagement dans la droite « dure », ses états de parachutiste et son militantisme juvénile dans les années 1970 au PFN. Immédiatement, les organisations de gauche, les syndicats, les grandes consciences et les rédactions parisiennes s’émeuvent de cette esquisse de rapprochement. Ils anticipent leur indignation et s’élèvent contre une  « compromission » presque manifeste. « Le Printemps marseillais » avertit : si Guy Teissier est élu maire de Marseille, il devra démissionner sur le champ. L’éditorial du Monde du 3 juillet titre même un tonitruant « Non au laboratoire marseillais ! ».

La tension atteint son comble au moment du premier tour avec la présence du RN. Coup de tonnerre ! Michèle Rubirola rassemble dès le 1er tour les 51 voix nécessaires. Le décompte montre que Samia Ghali et Guy Teissier étant eux aussi candidats et faisant le plein de leurs soutiens respectifs, le RN a choisi la candidate du « Printemps marseillais ». La gauche se trouve prise à son propre piège. L’heureuse élue fait face à un terrible dilemme. Soit elle renonce et démontre ainsi l’inexistence d’une majorité fiable et cohérente (avec le risque non négligeable de retourner aux urnes à plus ou moins longue échéance), soit elle garde son siège et provoque de vives déchirures dans son camp. Les journalistes les plus engagés n’hésitent bientôt plus quand ils la mentionnent d’écrire « élue grâce à l’extrême droite »...

Malgré les appels incessants d’une partie de la gauche, son maintien en fonction crée un formidable précédent politique utile pour les échéances régionales et départementales de 2021. Si des candidats sincères remportent la présidence de conseils départementaux ou régionaux grâce au soutien, implicite ou non, du RN, ils peuvent mieux résister aux injonctions médiatiques culpabilisantes en se référant au cas phocéen et en dénonçant le double discours des belles âmes gauchistes.

Quant à l’opinion, elle se désintéresse volontiers de toutes ces turpitudes. Se rappelle-t-elle déjà du nom des quatre présidents de conseils régionaux de centre-droit élus en 1998 par les conseillers frontistes ? Se souvient-elle qu’en 1992, le conseil régional du Nord–Pas-de-Calais se donna pour présidente la Verte Marie-Christine Blandin ? Malgré l’exagération médiatique pendant quelques jours, le public oubliera vite tous ces petits et sordides jeux politiciens.

On peut s’offusquer de penser que des élus RN puissent choisir sciemment la gauche. À tort. Il manque à cette formation le sens de l’imprévisibilité. S’extraire de la routine politicarde pour dynamiter les convenances politiciennes serait une bien meilleure voie que les innombrables reptations envers le politiquement correct. Il s’agit ici d’assumer un vrai vote révolutionnaire au sens que l’entendait Lénine.

Ce vote demeure encore d’actualité. Sa portée n’est pas stratégique, elle n’affecte pas les principes, elle est tactique. Mais il est aussi exact que le RN n’a ni principes, ni tactique, et sa seule stratégie (déplorable) promeut une troisième candidature inutile de Marine Le Pen à l’Élysée. Ce n’est donc pas demain que ce parti politique adoptera l’« évololéninisme » prôné par notre Ami Gabriele Adinolfi.

01:07 Publié dans Georges Feltin-Tracol | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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