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vendredi, 10 avril 2026

La Pax americana dans ses œuvres

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La chronique de Philippe Randa

Rappelons-nous, les bombardements des États-Unis et d’Israël contre l’Iran : alors qu’on nous expliquait chaque jour les avancées des discutions entre ces gouvernements respectifs, ils ont brutalement débutés le 28 février dernier. L’affaire devait être résolue en quelques jours. Enfin, une à deux semaines, pas davantage ! Et encore ! Pas plus d’une dizaine de jours, week-end et jours fériés compris.

Et à peine les premières explosions entendues, à peine les premières destructions constatées, à peine les premiers morts annoncés, nombreux furent les bouchons de champagne à sauter pour fêter la « fin des Mollahs », la « fin d’un régime abominable, tellement abominable » et jusqu’au fils de l’ex-Shah d’Iran qui déclarait être prêt à faire don de sa personne à son pays, à son peuple, à la démocratie, à tout le monde et aux autres si nécessaire… enfin, si on voulait bien de lui, bien sûr.

Et la chute du régime des barbus tant honni s’est fait attendre, plus encore que la réouverture du détroit d’Ormutz avec les conséquences d’approvisionnement et de coût du pétrole qui commençiaient à se faire durement sentir jusque et surtout dans nos campagnes profondes.

Le dernier ultimatum en date du président Trump n’en finissait pas de finir qui « leur » donnait jusqu’au 6 avril, « après ils n’auront plus de ponts et plus de centrales électriques. »

Fort bien ! Sans doute et pourquoi pas ! Après tout, c’est fort possible… ou pas ! L’avenir à qui on a déjà tellement fait dire l’aurait prouvé (ou pas) effectivement, mais après ?

Et donc, le cessez-le-feu a eut lieu. Tant mieux ! Et d’ailleurs, personne (ou presque) ne le regrette. L’actuel régime de Téhéran a cédé (quoi ?) pour les uns ; il a tenu bon et resta en place pour d’autres ! Il va donc pouvoir panser ses plaies, tirer les leçons de ce qui a failli lui coûter la peau et dans six mois, dans un an ou deux, sera toujours la même menace pour son haï voisin à kippa…

Et donc, devons-nous, telle sœur Anne qui ne voit jamais rien venir, souhaiter toujours et encore sa chute et voir… quoi ? Une jeune, belle et vigoureuse démocratie à l’occidentale prendre les destinées de l’Iran (à défaut de le reprendre car le précédent régime impérial n’était guère un tel modèle).

Mais bon, beaucoup en rêvent, assurément… ou en rêveraient pour les plus prudents.

Seulement, les plus chagrins, eux, ne manqueront pas de rappeler les fâcheux précédents de l’Irak et de l’Afghanistan dont les États-Unis d’Amérique avaient écrabouillés les régimes respectifs, celui du Raïs Saddam Hussein et celui du mollah Omar.

Le premier a vu naître dans la foulée de sa « libération » l’État islamique (Daech) qui, cinq années durant, a apporté comme on le sait joie, liberté et prospérité avant d’être mis hors d’état de (trop) nuire.

Fabrice Balanche, spécialiste de la géopolitique du Moyen-Orient expliquait en 2023 sur eismena.com que l’économie irakienne était désormais soumise à la dépendance pétrolière, la corruption structurelle et l’influence étrangère. De son côté, on lit sur l’encyclopédie Wikipedia que la même année, « le poids des milices paramilitaires (y) reste prépondérant. Il y a environ 80 milices importantes dans le pays, réunies dans une coalition nommée le Hachd al-Chaabi, les “unités de mobilisation populaire”. Elles émargent au budget du ministère de la défense et sont payées par l’État irakien. Chaque milice contrôle un territoire y compris l’activité économique afférente. »

Aux dernières nouvelles, la situation n’a guère changé en 2026.

En Afghanistan, le retour triomphal des Talibans en 2021 après le retrait précipité – ou la « retraite cahotique », c’est selon – a propulsé les opiacés afghans, notamment l’héroïne, à plus de 80 % de la production mondiale. Quant à la vie quotidienne sous ce régime, les femmes y apprécient comme il se doit l’interdiction qui leur est faite de travailler, d’aller à l’école, de chanter et, pour l’immense majorité d’entre elle, de connaître la tranquilité du foyer où seuls des esprits mal-intentionnés pourraient considérer qu’elles y sont, de fait, cloîtrées. C’est sûr qu’elles ne doivent pas trop perdre leur temps et ruiner leur ménage en shopping inutile, elles !

Mais au moins, désormais, l’Irak et l’Afghanistan ne menacent-ils plus l’existence d’Israël, ni l’American way of life…  Enfin, jusqu’à quand ?

Et toujours dans son dernier (en date) ultimatum, Donald Trump menaçait l’Iran s’il refusait un accord de cessez-le-feu de « faire mourir une civilisation entière. »

Preuve en est que les régimes qui naissent de la pax americana n’ont jusqu’à présent, effectivement, guère de rapport avec la définition de la civilisation comme nous aimons la concevoir.

18:25 Publié dans Philippe Randa | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |

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