vendredi, 29 mai 2026
La France passager clandestin de l’Europe

Yves Tgréard
Souvent l’Europe est sur le banc des accusés. À juste titre. Ses réglementations tatillonnes et ses normes superfétatoires sont un enfer. Quand elles ignorent la volonté des peuples et les souverainetés nationales, les conséquences peuvent être graves. Mais, parfois aussi, l’Europe a bon dos. Elle est un alibi bien pratique qui permet à ses pays membres de cacher leur incapacité à se réformer. C’est exactement ce qui se produit aujourd’hui en France sur le front de l’immigration. Longtemps, le discours dominant a rejeté la responsabilité du fléau sur Bruxelles et les fameux accords de Schengen. L’Union européenne vient pourtant de lui donner les moyens de changer peut-être la donne.
Paris dispose encore de quelques jours pour traduire dans son arsenal législatif le pacte sur la migration et l’asile adopté par les Vingt-Sept en 2024. Celui-ci prévoit notamment la création de centres situés hors de l’Union. Les migrants illégaux y seraient pris en charge avant d’être renvoyés chez eux. Moyennant finances, le Rwanda, l’Arménie, l’Ouganda, l’Albanie et d’autres pays sont candidats. De Berlin à Copenhague en passant par Rome, la plupart de nos partenaires y sont favorables. Emmanuel Macron est, quant à lui, sceptique. Et, faute de majorité à l’Assemblée nationale, la France pourrait rester hors jeu. Issue absurde et scandaleuse lorsque l’on sait que moins de 10 % des 140 000 obligations de quitter le territoire français (OQTF) prononcées bon an mal an sont exécutées. Quand on sait également que l’immigration irrégulière est la porte ouverte à mille maux qui affectent notre équilibre social : travail clandestin, errance, délinquance…
Ce n’est malheureusement pas non plus notre pays qui a pris l’initiative de rappeler à l’ordre la Cour européenne des droits de l’homme. Mais bien la première ministre italienne, Giorgia Meloni, dont l’action en la matière a le mérite de l’efficacité, et son homologue danoise, pourtant sociale-démocrate. Il était urgent de dire aux juges de la CEDH que la souveraineté oblige chaque État à contrôler « l’entrée, le séjour et l’éloignement des ressortissants étrangers ». Alors que la plupart de nos partenaires cherchent des solutions à l’immigration, la France continue à se comporter, en Europe, comme un passager clandestin.
Source : Le Figaro 28/5/2026
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