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samedi, 07 mars 2026

La lâcheté absolue de nos autorités, et des médias lors de l’affaire Traoré

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Michel Festivi 

L’affaire Adama Traoré vient de trouver son épilogue judiciaire, après dix ans de procédure. En février 2026, presque dix ans après les faits, la Cour de cassation a confirmé le non-lieu, innocentant totalement les gendarmes des accusations de violences portés contre eux. Les juges de la Haute juridiction ont ainsi avalisé le fait que le menottage et le contrôle dorsal n’avaient duré que quelques secondes : « il ne peut être sérieusement envisagé que les trois gendarmes aient pesé de leurs poids conjugués d’un total de 250 kg sur le thorax d’Adama Traoré, alors que le corps de celui-ci ne présentait pas de marques significatives, à l’exception d’une côte brisée lors des manœuvres de réanimation... en l’absence de traces significatives de violences, la thèse des violences postérieures au menottage constitue une pure allégation ». Tels sont les considérants clairs, nets et précis retenus par les Hauts magistrats, qui ont donc confirmé le non-lieu des juges d’instructions, et le non-lieu de la Chambre de l’instruction en appel de la première décision. Trois non-lieux successifs donc, trois victoires judiciaires pour les trois gendarmes et leurs courageux avocats.

On sait qu’Adama Traoré souffrait de sarcoïdose, une maladie chronique des poumons. Le jour des faits, Le 19 juillet 2016, le baromètre affichait quasiment les 37°C, les experts avaient retenu l’hypothèse « d’un coup de chaleur, une hypoxémie », qui n’aurait peut-être pas été mortelle sans l’intervention des gendarmes, mais cette intervention était parfaitement légitime, et bien sûr les forces de l’ordre ignoraient tout de l’état de santé de celui qu’elles poursuivaient et qui refusait de se laisser appréhender. On rappellera aussi un point fondamental, les trois gendarmes n’ont jamais été mis en examen, ils ont été placés sous le statut de « témoins assistés », tout au long de l’instruction judiciaire, mais ils ont vécu un acharnement médiatique hors du commun, comme l’a justement dénoncé la mère de l’un des trois militaires, dans un ouvrage intitulé, Mon fils n’est pas un assassin, co-écrit avec le journaliste Erwan Seznec. Elle blâme « une blessure profonde que l’on ne peut pas oublier et qui a bouleversé nos vies ».

L’un des avocats des gendarmes, Me Bosselut a fustigé « une complaisance initiale du système médiatique... il y a eu un lynchage médiatique ». Autre avocat de la défense, Me Sandra Chirac Kollarik met en exergue la souffrance morale qu’ont vécu les représentants de la loi « nos clients avec leurs compagnes et leurs enfants, ont énormément souffert. Ces trois gendarmes ont été trainés dans la boue alors qu’ils n’ont jamais été mis en examen » et qu’Assa Traoré n’a pas hésité « à jeter en pâture », l’identité de leurs clients sur les réseaux sociaux. Ils ont subi des menaces de mort, ont dû être mutés. Sans aucune preuve, l’avocat d’Assa Traoré et cette dernière, continuant d’affirmer que les causes de la mort seraient le fait de violences gendarmesques, Assa Traoré reprenant inlassablement sur son réseau social, péremptoirement, l’antienne bien connue des « violences racistes », et ce sans qu’aucune autorité, qu’aucun ministre ne viennent affirmer l’innocence absolue des trois fonctionnaires de la loi.

Cette affaire a été totalement instrumentalisée par la gauche politique et médiatique, avec la complicité des autorités qui ont laissé faire, voire se sont compromises. Assa Traoré est ainsi devenue une icône intouchable. Pourtant les faits étaient sans équivoque. Le 19 juillet 2016, Adama se trouvait avec son frère Bagui, soupçonné d’extorsion de fonds et donc recherché. Adama Traoré, lui, sortait de prison pour des faits de violence, il s’enfuit à la vue des gendarmes. Après une course poursuite, il s’échappe et il est rattrapé, on finira par le retrouver chez un particulier, caché sous une couverture derrière un canapé. Il décédera dans la soirée, à la gendarmerie de Persan.  On apprendra en 2020, qu’un ancien codétenu d’Adama Traoré, avait obtenu de la Commission d’indemnisation des victimes (la CIVI), une somme d’argent, suite aux accusations de viols à l’encontre d’Adama Traoré. Or pour que la CIVI indemnise, il faut qu’une infraction pénale eût pu être possible, elle se doit de vérifier si les faits rapportés sont plausibles et révèleraient une possible infraction volontaire prévue par le code pénal, à défaut de condamnation judiciaire, puisque le présumé auteur des faits est décédé. Le plaignant avait relaté des faits quotidiens de fellations sous la menace d’une fourchette, ce sont ses déclarations, sans doute corroborées par d’autres éléments au dossier, qui ont été retenues par la CIVI. Je rappelle que la CIVI est présidée par un magistrat du siège, et comprend un autre assesseur magistrat, et une personne qualifiée dans la défense des victimes d’infractions, et que le Parquet fait ses observations écrites et orales lors d’une audience. Les décisions de la CIVI sont susceptibles d’appel, c’est donc une juridiction spécialisée indépendante (cf l’article du Figaro du 6 mars 2026, Dix ans d’affaire Adama Traoré, ou la fabrique médiatique d’un martyr du racisme et des violences policières.)

Les plateaux de télévision vont dérouler le tapis rouge à Assa Traoré. Deux mois après les faits, elle est reçue par Yann Barthès, et peut sans être contredite ni modérée, l’enquête était en cours, déverser sa litanie habituelle, sa logorrhée verbale, contre la police. Le 15 février 2017, un appel « pour Adama » est lancé à la Une de Libération. On reprend telle quelle la version de la sœur, devenue une égérie, sans se poser la moindre question, la moindre interrogation, les gendarmes sont médiatiquement coupables, point barre, la justice d’un tribunal révolutionnaire dans tous ses principes. Parmi les signataires les inévitables Omar Sy, Yannick Noah, Éric Cantona, Gilles Lelouche, Rokhaya Diallo, Josiane Balasko, Yvan Le Bolloc’h, Rachida Brakni, Nicolas Duvauchelle, Mathilda May, Patrick Bruel, Anne Roumanoff, Hughes Auffray, et bien d’autres. Les éternels et perpétuels donneurs de leçons médiatiques et politiques, ceux qui vivent dans les beaux quartiers, qui ne connaissent pas les difficultés des fins de mois, et qui ne rencontrent pas l’insécurité des banlieues.

Assa Traoré multiplie les plateaux TV, rebelote avec l’émission Quotidien, puis BFMTV « Le comportement déviant, raciste et violent de certains doit être exclu de la police » pérore-t-elle. Le Monde consacrera un numéro dédié à cette affaire et au racisme, au sexisme et aux « violences policières ». Outre-Atlantique, en décembre 2020, le Time magazine désigne Assa Traoré parmi « les gardiens de l’année pour son combat pour la justice raciale ». En 2020, 20.000 personnes sur le parvis du Tribunal de Paris, viennent écouter la diva, faire un parallèle avec l’affaire George Floyd. Ceux qui osent remettre en cause cette fausse et malhonnête comparaison sont vilipendés, injuriés, ostracisés, menacés.

Lorsque qu’une syndicaliste policière, Linda Kebbab, dénoncera sur France info, l’amalgame des plus mensongers avec l’affaire George Floyd, elle sera traitée « d’arabe de service » par le militant proche de LFI, Taha Bouhafs, qui sera condamné pour injure raciale, en première instance, en appel et en cassation.

En 2021, Assa Traoré est choisie par la marque de luxe Louboutin, dans le cadre d’une campagne mondiale visant à récolter des fonds pour des associations promouvant les « minorités ethniques ».

Mais le pire de tout, c’est le silence abyssal de nos autorités, leur complaisance politique. Personne ne vient rappeler la présomption d’innocence et soutenir ceux qui assurent, parfois au péril de leur vie, souvent au prix de leur intégrité physique, notre sécurité. La sécurité étant la première des libertés, sans sécurité pas d’État de droit. En juin 2020, Emmanuel Macron va bafouer la séparation des pouvoirs, qu’il est pourtant chargé de protéger aux termes de la Constitution, en demandant en personne à son ministre de la justice, la terne Nicole Belloubet de se pencher sur ce dossier, sous l’angle du dysfonctionnement de la justice. Pourtant l’enquête est en cours, le premier personnage de l’État viole tous nos principes fondamentaux. Camouflet pour Macron et Belloubet, la famille Traoré refusera l’invitation du ministre de la justice, place Vendôme.

Cette intervention élyséenne scandaleuse va défrayer la chronique. Béatrice Brugère, magistrat et secrétaire générale du syndicat Unité Magistrats-FO dénonce le fait que « le garde des Sceaux se prête à ça. On estime que la justice ne peut pas être l’otage soit de pressions médiatiques soit de pressions politiques ». En pleine crise sanitaire, le ministre de l’intérieur de l’époque, lâche complètement ses gendarmes, et va approuver les manifestations contre « les violences policières ». Christophe Castaner n’hésite pas à déclarer que si ces manifestations ne sont pas autorisées, « car il y a un décret du premier ministre dans le cadre de la deuxième phase du confinement qui interdit les rassemblements de plus de dix personnes, je crois que l’émotion mondiale, qui est une émotion saine sur ce sujet, dépasse au fond les règles juridiques qui s’appliquent ». Castaner en rajoute dans la malversation des faits en indiquant qu’il « serait parfaitement à l’aise », pour poser un genou à terre. Exit donc l’État de droit, dont on nous rebat les oreilles en permanence. Il y aurait donc des causes qui permettraient de fouler aux pieds toutes nos règles juridiques ! Le deux poids deux mesures dans toute sa splendeur.  

Dans Le Figaro du 11/06/2020, Jean-Éric Schoettl, ancien Secrétaire général du Conseil constitutionnel avait stigmatisé très sévèrement les attitudes de Christophe Castaner et de Nicole Belloubet : « Nos ministres ont peur et mettent un genou à terre devant les activistes ». « Au lieu de réaffirmer les valeurs de la République et de faire acte d’autorité, voici un ministre de l’intérieur qui désavoue ses propres troupes...qui les désarme...qui semble même renoncer à faire respecter l’ordre public... Voici un garde des Sceaux priant en son ministère les proches d’un délinquant dont le décès il y a quatre ans, a été reconnu par une dizaine d’expertises comme non imputable à l’action de la gendarmerie ».   

C’est cela qui me semble, et de très loin, être le plus grave. Ceux-là même qui sont chargés de faire respecter et promouvoir les principes essentiels de la présomption d’innocence, de la séparation des pouvoirs, de l’indépendance de la justice, les ont allègrement bafoués. Cela porte un nom, cela s’appelle de la forfaiture. La forfaiture est un manquement grave aux devoirs de sa charge. Dans un État normal, ces gens-là auraient dû être jugés. Dans un État normal.

19:39 Publié dans Michel Festivi | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |

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