jeudi, 16 avril 2026
La princesse et le candidat
flibustière de
Georges Feltin-Tracol
La pré-campagne présidentielle démarre en fanfare ! La couverture de Paris Match du 9 avril 2026 officialise l’idylle entre, d’une part, Jordan Bardella, le président du Rassemblement national (RN) et, au Parlement dit européen, du groupe Les patriotes pour l’Europe, et, d’autre part, la princesse Maria Carolina de Bourbon-Siciles. Dix ans auparavant, le même hebdomadaire offrait en quelques mois plusieurs couvertures avantageuses du couple Brigitte et Emmanuel Macron. Malgré les avertissements insistants de ses plus proches conseillers, François Hollande n’imaginait pas encore que son jeune ministre de l’Économie se lancerait à sa place dans la compétition élyséenne. La princesse et Jordan Bardella avaient déjà été vus ensemble le 13 janvier dernier en quittant le Grand Palais à Paris lors de la réception organisée pour les deux cents ans du Figaro.
Pour l’instant et dans l’attente du verdict en appel de l’affaire des assistants parlementaires du 7 juillet prochain, Marine Le Pen demeure la candidate naturelle de la formation nationale-centriste tandis que Jordan Bardella entend briguer Matignon. Mais une sentence plus lourde et/ou une exécution provisoire aggravée écarteraient de facto Marine Le Pen de la course et laisserait le champ libre avec sa bénédiction à son Dauphin.
Force est de constater que la romance entre l’enfant originaire du 9-3 (la Seine Saint-Denis) et une fille de Hugues Capet, de Saint Louis, d’Henri IV et de Louis XIV dont elle descend à la onzième génération fait jaser la médiasphère. Le député ex-LFI et apparenté Vert de Seine Saint-Denis, Alexis Corbière, s’élève contre « le peopopulisme… ou la nouvelle étape écœurante de la banalisation de l’extrême droite ». On en frissonne déjà. Quelques pétroleuses déphasées s’indigneront de l’écart d’âge - huit ans ! – entre Jordan Bardella (30 ans) et Maria Carolina (22 ans). Les plus hystériques en hurleront presque au détournement de mineure ! Pour sa part, l’organe-phare de la désinformation et des interprétations tendancieuses, Le Monde du 16 janvier, exprime à travers un article d’Ariane Chemin et d’Ivanne Trippenbach qu’« en s’affichant avec une héritière royale, Jordan Bardella prend le risque de brouiller son image ». Une telle liaison serait-elle une erreur grossière de la part d’un parti qui tenait naguère des positions anti-Système ? Et si la publicité de cette relation était, au contraire, un atout pour le président du RN ? Dans la Grande-Bretagne industrialisée de la seconde moitié du XIXe siècle, le futur premier ministre conservateur Benjamin Disraeli prônait au sein du mouvement Jeune Angleterre une alliance entre le peuple prolétaire et l’aristocratie nobiliaire contre la bourgeoisie fidèle aux Whigs. Ne sommes-nous pas en présence d’une circonstance semblable en plus médiatique ?
La population peut se montrer en effet sensible à cette histoire qui, en ces temps saturés de féminisme, change les codes habituels. Ce n’est plus le prince charmant qui sauve une jeune bergère endormie, mais une vraie princesse qui choisit un roturier. Bien sûr, certaines admiratrices passionnées éprises en leur for intérieur de « Jordan » se sentiront dépitées, mais la majorité se fiche de la vie privée du personnel politique. Mieux encore, cette idylle renforce l’image personnelle du patron des Patriotes pour l’Europe qui rassure l’électorat libéral-conservateur historiquement réticent à voter pour un RN jugé fiscaliste et trop de gauche. Se lier à une Bourbon permet à Jordan Bardella de récuser tout collectivisme de sa part. Lénine aurait-il épousé une grande-duchesse russe ? Dans Le Figaro (du 15 avril 2026), un professeur en Sciences politiques à l’université de Nottingham, Hugo Drochon, estime que « s’afficher avec quelqu’un dont le nom évoque l’héritage [celui de l’Ancien Régime] est une autre manière de rejeter l’ordre contemporain. Cette union de l’homme du peuple avec l’aristocratie peut plaire ». On ne peut que penser au couple mythique argentin Juan et Eva Peron. La femme du chef de l’État argentin portait manteau de fourrure et belle parure de bijoux tout en étant adulée par les « sans-chemises » justicialistes.
Enfin, Le Monde (du 15 avril 2026) publie sur deux pages un nouvel article cosigné Chemin – Trippenbach au fond vipérin. Pratiquant un confusionnisme voulu qui mêle l’origine des photographies parues dans Paris Match (prises au télé-objectif ou préparées à l’avance ?), elles parviennent à y placer Jeffrey Epstein et le président légitime de la Syrie, Bachar al-Assad. Chapeau bas, les artistes !
Qui est donc cette princesse des Deux-Siciles ? Née le 23 juin 2003 à Rome, Maria Carolina Chantal Edoarda Beatrice Januaria est la fille aînée de Charles de Bourbon-Siciles et de Camilla Crociani. À leur mariage à Monte-Carlo en 1998, l’un de leurs témoins n’était autre que le futur prince Albert II de Monaco. Le couple a une seconde fille, Maria Chiara, née en 2005.
Jouant les mannequins de mode à l’occasion et étudiante à l’université de Monte Carlo en section « Mode et études de luxe », Maria Carolina appartient à la Jet Set et participe aux raouts huppés dans les Antilles sur les îles de Saint-Barthélémy et de Saint-Martin, à Dubaï, à Hong Kong et à Monaco. Soucieuse néanmoins d’écarter la réputation facile de fêtarde, elle a accepté la proposition d’Albert II de Monaco d’intervenir en ambassadrice du projet Passion Sea pour la sauvegarde des océans. Éprise de vitesse, Maria Carolina de Bourbon-Sicile percute à vive allure en moto en mai 2025 un mur à Monaco. Elle avouera plus tard que le port du casque intégral et des soins intensifs prodigués à l’hôpital l’ont sauvée. Instruite à domicile hors de tout système scolaire par des précepteurs, elle parle couramment le français, l’italien, l’espagnol, le portugais, l’anglais et, ô horreur !, le russe. Serait-elle donc un agent clandestin de Poutine ? Les mauvais esprits complotistes ne s’interrogent pas encore, mais cela ne tardera pas…
Sa marraine est l’actrice espagnole Inès Sastre. Quant à ses parrains, ils se nomment Laurent de Belgique, frère cadet du roi des Belges Philippe, et Jean-Christophe Napoléon Bonaparte, chef de la Maison impériale de France. La mère de ce dernier s’appelle Béatrice de Bourbon-Siciles, sœur aînée de Charles, le père de Maria Carolina. La presse présente Maria Carolina du prétendant au trône du royaume des Deux-Siciles disparu au moment de l’unification italienne en 1861. Elle porte par conséquent les titres de duchesse de Calabre et de Palerme. Le 14 mai 2016, son père Charles décide d’abroger la loi salique en faveur du principe de primogéniture absolue et mentionne dans sa décision des textes diplomatiques cosmopolites tels la Convention du 18 décembre 1979 de l’ONU, le traité de Lisbonne du 13 décembre 2007 et le traité sur le fonctionnement de l’Union européenne du 1er décembre 2009. Toutefois, ses cousins rejettent cette modification d’autant que perdure une vieille querelle successorale entre les deux manifestations des Bourbons-Siciles. Le père de Maria Carolina, Charles en 22e position dans l’ordre de succession de la couronne de France selon les royalistes légitimistes, relève de la branche cadette dite « de Castro ». Les généalogistes désignent l’aînée comme la « branche de Calabre ».
Les Bourbons-Siciles forment l’un des deux rameaux italiens (avec les Bourbon-Parme) des Bourbons d’Espagne de Philippe V, le petit-fils du « Roi-Soleil ». À l’instar du triste et fâcheux précédent du traité d’Utrecht conclu en 1713 qui interdit toute union personnelle entre les royaumes de France et des Espagnes, à la fin de la guerre de Succession de Pologne en 1738, le traité de Vienne empêche le règne commun entre les Espagnes et les Deux-Siciles. Les rois d’Angleterre ignorent ces restrictions d’où leur souveraineté nominale sur l’Écosse, le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et maints petits États des Indes Occidentales dans les Caraïbes. On doit aussi remarquer que toujours influencés par Londres, les Bourbons-Sicile restent à l’écart du troisième « pacte de famille » de 1761 noué entre les Bourbons de France, d’Espagne et de Parme en complémentarité géopolitique avec la grande alliance franco-habsbourgeoise de 1756.
En 1900, Charles de Bourbon-Siciles (1870–1949) renonce devant notaire à Cannes à ses titres et à sa Maison parce qu’il va épouser l’année suivante la sœur aînée du roi Alphonse XIII d’Espagne, Marie des Grâces. Il deviendra dès lors un infant inscrit dans l’ordre de succession espagnole. Le destin des Bourbons-Siciles repose sur son frère aîné Ferdinand-Pie (1869– 960) dont l’unique fils, Roger, décède en 1914. À son décès, son neveu Alphonse (1901–1964), duc de Calabre et comte de Caserte, déclare nulle et non avenue la renonciation de 1900 de son père et, arguant de son droit d’aînesse, se proclame chef de la Maison des Bourbons-Siciles. Il entre en opposition frontale avec son oncle Rénier (1883–1973), duc de Castro, un ancien officier espagnol naturalisé français en 1904 et arrière-grand-père de Maria Carolina, qui revendique lui aussi la direction exclusive de sa Maison. Aujourd’hui, le petit-fils d’Alphonse est le prince Pierre de Bourbon-Siciles, par ailleurs onzième dans l’actuel ordre de succession du royaume d’Espagne. Les Bourbons d’Espagne, les légitimistes français, les Bragance au Portugal, les Habsbourg, les Saxe-Cobourg-Gotha en Bulgarie, les Oldenbourg de Grèce, les Orléans-Bragance au Brésil reconnaissent les prétentions de la branche de Calabre. Le 25 janvier 2014, un acte de réconciliation signé à Naples entre Calabre et Castro confirmait leurs titres respectifs et apaisait les tensions internes. La fin abrupte de la loi salique a rendu ce rapprochement interne caduc.
Ces querelles picrocholines sont très loin de Carcassonne, de Hénin-Beaumont et d’Agde, trois municipalités RN, sans oublier que la mère de Maria Carolina ne parle plus à sa propre sœur Cristiana qui l’accuse d’avoir demandé à leur mère, l’actrice et femme d’affaires italienne Edoarda Vesselovsky épouse Crociani, connue sous le nom de scène d’Edy Vessel, d’une intention maligne de la déshériter. Il s’en suivit pour la princesse Camilla divers déboires devant les tribunaux des Îles anglo-normandes et de Curaçao (Antilles néerlandaises).
Hors de toutes ces discordes familiales et dynastiques, les photographies du jeune couple prises dans le paysage bucolique du littoral corse représentent un départ tonitruant dans la longue marche électorale vers un autre palais, celui de l’Élysée.
Salutations flibustières !
« Chronique flibustière », n°189.
00:01 Publié dans Georges Feltin-Tracol | Lien permanent | Commentaires (0) |
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